‹ Guide du médecin praticien (volume 2)Chapitre 113 sur 494 · MALADIES DE LA MAMELLE CHEZ LES NOUVEAU -NÉS ET LES ENFANTS · texte numérisé non relu

MALADIES DE LA MAMELLE CHEZ LES NOUVEAU -NÉS ET LES ENFANTS

Bien que le présent article fasse partie d’une division de ce livre spécialement consacrée aux maladies des femmes, nous ne pouvons cependant nous dispenser d’y réserver quelques paragraphes aux maladies du sein survenant chez les enfants et les jeunes gens. Nous placerons ici immédiatement les quelques mots relatifs à cette catégorie.

Les hommes sont rarement affectés de maladies du sein , et cela se comprend facilement. Ce n’est pas qu’ils soient dépourvus complètement de glandes mammaires : à cet égard, il existe un préjugé fondé sur le petit volume et l’atrophie de ces organes chez l’homme; mais il n’en est pas moins certain que tout atrophié qu’il est, l’organe existe, et tout inutile qu’il est, il peut cependant encore être le siège de quelques maladies, telles que les kystes, les cancroïdes et les cancers. Ces maladies étant du domaine de la chirurgie, nous ne les décrirons pas.

S’il est vrai que, chez l’homme adulte, il n’y ait pas de maladie du sein qui intéresse la médecine proprement dite, cette proposition cesse d’être vraie, si l’on considère les enfants nouveau-nés et les jeunes gens. C’est un fait connu sans doute de toute antiquité, que les enfants nouveau-nés éprouvent, peu de temps après la naissance, dans les mamelles, un gonflement avec sécrétion d’un liquide plus ou moins analogue à du lait. Ce fait vulgaire n’a jamais beaucoup occupé l’attention des médecins : cependant ce gonflement douloureux peut être une gène pour les enfants; il se fait même quelquefois une inflammation érysipélateuse autour des mamelles des nouveau-nés ; et nous y avons observé, nombre de fois, des abcès. Nous pensons qu’on ne lira pas sans intérêt les détails qui suivent.

Deux ou trois jours après la naissance, quelquefois un peu plus tard, il se développe, surtout chez les enfants vigoureux, mâles ou femelles, une turgescence des mamelles, lesquelles deviennent globuleuses, dures, et se colorent un peu. Il existe une tension douloureuse en ce point. Dans l’immense majorité des cas, ce phénomène physiologique ne dure que peu de jours et ne donne lieu à aucun accident.

Souvent il passe inaperçu. «Quelquefois il se fait un léger suintement par le mamelon, qui n’est jamais saillant. Ce fait et ceux dont nous allons parler, ont été le sujet de plusieurs mémoires récemment publiés. Il n’existait sur ce point dans la science que quelques phrases de Morgagni. En 1853, Natalis Guillot publia un mémoire étendu sur ce sujet (1). En 1856, Gubler fil paraître également un mémoire intitulé : Sur la sécrétion et la composition du lait chez les enfants nouveau-nés des deux sexes (2), dans lequel il revendique la priorité dans celte sorte d’études. En réalité, cet ordre de faits est encore peu exploré. Lorain a eu l’occasion, à l’hospice des Enfants trouvés, à la Maternité et à l’hôpital des Cliniques, d’observer un très-grand nombre de fois les faits en question, qui ne sont ignorés d’aucun médecin s’occupant des enfants nouveau -nés. D’après Gubler (3)

(1) Natalis Guillot, De la sécrétion du lait chez les enfants nouveau-nés, et des accidents qui peuvent l accompagner [Arcli. gén. de mèd., novembre 1853).

(2) Gubler, Mémoires de la Société de biologie , 1850.

(3) Gubler, Ion. cil.

"la sécrétion apparaît quelquefois le troisième jour; le quatrième jour, les glandes sont plus volumineuses, etsouvent (11 fois sur 22) elles laissent s’échapper par la pression un liquide assez copieux, dense et opaque. Après le quatrième jour, le nombre des sujets pourvus de lait augmente graduellement, et la sécrétion s’accroît de meme. La progression continue jusqu’au huitième jour, où elle atteint sensiblement son maximum; puis, l’état reste à peu près stationnaire pendant quelques jours encore. Du neuvième au douzième jour, sur 65 enfants, un seul n’avait pas de lait. A l’âge d’un mois, il est rare que la sécrétion laiteuse n’ait pas totalement cessé, o L’abondance de la sécrétion n’est pas toujours en rapport avec la vigueur des enfants. Cette sécrétion est véritablement du lait; Quevenne et Gubler en ont fait l’analyse (voy. loc. cit.).

Dans les cas d’engorgement simple du sein, il y a quelquefois lieu, pour le médecin, d’intervenir. Il existe dans certains pays, principalement en Bourgogne, où abondent les nourrices de profession, une pratique traditionnelle qui consiste h faire écouler par la pression, le trop-plein des mamelles chez les nouveau-nés qui paraissent souffrir de cet engorgement. L’emploi des (opiques émollients (cataplasmes de fécule ou de graine de lin) et d’un léger laxatif, comme le sirop de chicorée à la dose de 20 ou 30 grammes, suffît, en général, pour faire cesser assez rapidement cet état, du reste peu grave.

L’engorgement des mamelles, chez les nouveau-nés, peut dépasser les limites physiologiques, et, en pareil cas, il y aurait, suivant Natalis Guillot, sept fois sur huit, érysipèle au niveau de la mamelle. On comprend qu’il y a lieu d'apporter un examen critique sévère à l’appréciation de faits de cette nature. En effet, il est rare que l’érysipèle de la mamelle atteigne les enfants sains, bien portants, et vivant dans un milieu salubre; tandis que dans ces foyers de maladie, d’infection, qu’on appelle hôpitaux, les enfants, surtout en cas d’épidémie de fièvre puerpérale, sont exposés à cette terrible intoxication qui se traduit par la péritonite, l’omphalite, la suppuration des vaisseaux ombilicaux et les érysipèles. On ne saurait donc juger de ce qui se passe dans le monde d’après la pratique des hôpitaux. Quoi qu’il en soit, lorsque la mamelle est le siège d’un phlegmon simple, et que l’enfant n’est pas sous l’influence d’une affection nosocomiale, ce phlegmon peut ne pas présenter de gravité, et c’est, on peut le dire, ainsi que les choses se comportent dans la grande majorité des cas. L’emploi des topiques émollients et l’ouverture de l’abcès en temps utile, à l’aide de la lancette, sont les seuls moyens qui conviennent; dans aucun cas et sous aucun prétexte, il ne faut avoir recours aux émissions sanguines chez les enfants nouveau-nés. Il n’existe pas, chez eux, de traitement particulier de l’érysipèle. Que cet érysipèle (1) soit symptomatique d’un état infectieux, ou qu’il soit purement accidentel, local, en tout cas, la seule préoccupation du médecin doit être de diminuer la douleur par des lotions émollientes, ou l’application de cataplasmes ou de corps gras, l’usage modéré des bains lièdes, et surtout.de fortifier l’enfant contre son mal, en le maintenant au contact d’une bonne nourrice.

(1) Voyez, plus loin, l’article Erysipki.e.

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