‹ Guide du médecin praticien (volume 2)Chapitre 118 sur 494 · HYPERTROPHIE DES MAMELLES · texte numérisé non relu

HYPERTROPHIE DES MAMELLES

§ I. — Considérations générales.

L’hypertrophie des mamelles peut affecter les deux seins ou l’un des seins seulenment, ou même une partie de l’un des seins. Cependant il est plus habituel de voir rcette maladie se montrer sur les deux seins à la fois. Le mot hypertrophie n’a pas tuunsens tellement défini, qu’on puisse se dispenser de le déterminer. Par là on entend l’augmentation de volume, soit de la masse d’un organe, soit de scs éléments i constitutifs; cependant, à la mamelle, il y a lieu de faire une distinction qui a de D'importance. L’augmentation de volume des seins peut porter sur tout ou partie (ides éléments complexes qui entrent dans la composition de ces organes. La graisse ! peut prédominer, la glande elle-même et le tissu fibreux qui en forment la trame i peuvent s’hypertrophicr. Dans l’hypertrophie en masse , les mamelles conservant leur proportion et leur forme, tout en croissant énormément, les choses se comportent comme nous venons de le dire. Quant à l’accroissement en volume des éléments glandulaires seuls, des culs-de-sac et de l’épithélium de la glande, et à leur multiplication avec déformation, c’est un genre de lésion qui appartient surtout à l’hypertrophie partielle, et qui rentre dans un ordre de faits que nous n’aborderons pas ici; c’est dans les livres de chirurgie, à l’article tumeur (adénoïde), qu’il faut chercher la description de celte maladie.

§ H. — Anatomie pathologique.

Scanzoni (1) définit ainsi l’hypertrophie dont nous avons à nous occuper : « L’hypertrophie générale des mamelles peut amener une augmentation énorme de poids et de volume; elle porte ordinairement sur les deux organes. L’excès de volume est dû principalement à l’accroissement du tissu adipeux, l’hypertrophie du parenchyme glandulaire n’y est que pour une part très-secondaire. Sur la - surface de section, les tissus sont ou bien très-vascularisés, sillonnés en tous sens I par des vaisseaux dilatés et gorgés de sang, ou bien, au contraire, très-anémiques,

(1) Scanzoni, Traité pratique des maladies des organes sexuels, trad. Dor et Socin.

I Paris, 1858.

MALADIES DES FEMMES

et très-secs. Le premier de ces deux étals se rencontre surtout lorsque la maladie .s’est développée rapidement chez des sujets jeunes; les conduits galactophores et les lobules de la glande sont alors ordinairement agrandis; les premiers sont dilatés et quelquefois remplis de lait. La mamelle hypertrophiée est au contraire anémique, lorsque l’affection n’a fait que des progrès très-lents. » Suivant Velpeau (1), l’hypertrophie des mamelles, dont il est ici question, doit prendre le nom d 'hypertrophie diffuse. Cette altération a été désignée sous les noms de gj'osscs mamelles, mamelles éléphantiasiques. D’après cet auteur, l’hypertrophie peut porter isolément sur le tissu adipeux ou sur la glande proprement dite, ou bien sur l’élément fibreux; dans d’autres cas, l’hypertrophie comprend h la fois les trois tissus. Celte hyperthrophie peut atteindre des proportions considérables.

§ III. — Fréquence.

On ne trouve pas dans les auteurs de statistique sérieuse à cet égard. En réalité, ce genre de lésion paraît rare; elle est, h ce qu’il semble, plus fréquente aux Indes, en Amérique, en Égypte, en Angleterre et en Allemagne.

§ IV. — Causes.

h' âge exerce une certaine influence sur l’hypertrophie dos mamelles. A. Cooper pense que celte affection se développe principalement entre trente et trente-cinq ans; cependant il en cite un cas observé sur une jeune fille de quinze ans. Le célibat, suivant le même auteur, pourrait être considéré comme une cause prédisposante de cette affection. Pour Scanzoni (2), il existerait une connexion entre cet état morbide et certains troubles des fonctions génitales : la suppression subite des règles a souvent été accusée d’en être la cause; cet auteur pense que, quelquefois , le développement physiologique des glandes mammaires à l’ûgc de puberté, pendant la grossesse et la lactation, peuvent, en s’exagérant, être la cause première d’une nutrition anormale. Il est rare, suivant le même auteur, que l’hypertrophie des mamelles soit précédée d’inflammation.

Velpeau dit n’avoir pas vu d’exemple de cette lésion avant quinze ans, ni après quarante ans.

On voit, par ce qui précède, que les causes de l’hypertrophie des mamelles sont mal connues, mais que quelques auteurs les rapportent volontiers à des modifications survenues dans les fonctions génitales.

§ V. — Symptômes, marche, terminaison.

Le début de l’hypertrophie ne présente aucune particularité digne d’être notée, et cet accroissement de volume n’est point douloureux d’abord; aussi n’existe-t-il dans les premiers temps aucune préoccupation. Cependant, lorsque la marche de l’affection est assez rapide, il y a une sensation de tiraillement et des douleurs névralgiques s’irradiant vers l’aisselle; quelquefois la peau, au début, est rouge et douloureuse au toucher; peu à peu, suivant Scanzoni (3), les douleurs cessent, et

(1) Velpeau, loc. cit.

(2) Scanzoni, loc. cit.

(3) Scanzoni, loc. cit.

4 icccroissemeut de la mamelle fait des progrès plus lents. Lorsque le volume est insidérable, les malades éprouvent une gène qu’il est facile de comprendre. On mu, en effet, une seule mamelle acquérir le poids énorme de 30 livres; ces .ganes tendent alors à se pédiculer et peuvent pendre jusqu’au niveau des genoux, mrmi les symptômes propres à cette affection, les plus intéressants sont ceux qui montrent du côté des organes génitaux. D’après Velpeau, en pareil cas « les .gles perdent de leur abondance, et ne reviennent pas à des époques aussi exactes; muent môme elles se suppriment tout à fait » (1).

1 Le pronostic est en général fâcheux. Il faut d’abord tenir compte de la difforiiité et de la gène qui résulte de ce poids considérable; en outre, l’expérience contre que les dégénérescences ou altérations organiques des éléments du sein se induisent souvent en pareil cas; enfin il peut résulter, de l’affection seule, un maigrissement, un trouble profond des fonctions digestives et le marasme. Lorsii je la maladie a fait des progrès notables, la guérison paraît difficile h obtenir. Un tôt important à signaler, c’est que cette hypertrophie a été notée comme étant un astacle à la conception.

§ VI. — Traitement.

Le traitement qui a été le plus employé dans ces dernières années est l’iode, iui paraît jouir de la propriété d’atrophier certaines glandes, surtout les mamelles, i’iode, l’huile de foie de morue, l’huile iodée, la ciguë, l’iodurc de potassium, idodure de fer, paraissent à Velpeau les meilleurs remèdes à employer dans les rremiers temps. On a conseillé la compression méthodique. L’extirpation de la mamelle est une opération grave, et à laquelle il ne faut avoir recours que dans >es cas où cette dernière ressource paraît, en raison du bon état des malades, de- <oir offrir des chances suffisantes de succès, et aussi dans des conditions déterminées, ainsi que 1 indique très bien Velpeau. Ce chirurgien ne propose l’extirpation l'iue chez les malades où la tumeur, plus ou moins mobile, est pendante et douée I l’une sorte de racine, c’est-à-dire quand l’hypertrophie porte plutôt sur le tissu landuleux que sur les autres éléments de la région, ou quand les téguments sont ' ssez souples, assez sains pour permettre d’en conserver la quantité, l’étendue, nécessaires au rapprochement des lèvrdfc de la plaie. (Lorain.) ]

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