CHAPITRE VIH
[Dans plusieurs des articles de cet ouvrage, il a été déjà ou il sera encore (2) ; question des modifications que la fonction cataméniale peut subir ou apporter, fans le couis ou a 1 occasion des maladies que présentent les divers appareils de économie, toutefois, ces modifications, subies ou apportées par la menstruation,
(1) Velpeau, Traité des maladies du sein. Paris, 1858, p. 210.
(2) A 1 occasion de quelques-unes des maladies de la peau, nous aurons, en effet, à mentionner ces modifications.
n’ont été indiquées qu’à litre accessoire, et partant se sont nécessairement trouvées soustraites à une vue générale d’ensemble. En outre, quelques faits particuliers, dont l’histoire appartient plus spécialement à la fonction cataméniale, n’ont pu trouver une place utile dans aucun autre chapitre que celui-ci, qui, dans notre pensée, doit avoir pour but, et aura peut-être pour résultat, d’éclairer un peu l’intéressante question des rapports qui existent ou peuvent exister entre la menstruation et divers états pathologiques. On sait combien ces rapports ont été et sont encore souvent diversement interprétés; aussi, sur plusieurs points ne saurionsnous présenter une opinion absolument admise ou admissible, et devrons-nous nous borner à tracer, aussi succinctement et fidèlement que possible, les différentes opinions qui se sont produites sur les sujets controversés.
I. Nous avons eu, à diverses reprises, dans le cours de ce livre dixième, l’occasion de rappeler l’opinion aujourd’hui la plus généralement admise sur la manière de comprendre le rôle de V écoulement menstruel comme élément fonctionnel important , mais non indispensable, dans V accomplissement régulier du grand acte physiologique que constitue V ovulation ; interprétation qui, on le sait, est péremptoirement établie aujourd’hui, depuis les travaux de Négrier (1), de Jones (2), de Paterson (3), de Montgomery (U), de A. Pouchct (5), de A. Raciborski (6), etc.
La menstruation consiste ainsi dans un travail physiologique qui se passe principalement dans les ovaires, et par suite duquel un ovule arrive périodiquement à la maturité. « A chaque époque menstruelle, il s’opère des modifications importantes dans les follicules de de Graaf, ainsi que dans la matrice, en vue de faciliter le passage de l’ovule, et d’offrir les conditions les plus favorables à sa fécondation. C’est ce qui constitue la ponte spontanée des mammifères. L’ hémorrhagie n'en est qu'un des épisodes ; peu marquée sur la plupart des femelles des mammifères, elle acquiert sans doute plus d'importance chez la femme, et mérite d’être prise en considération; mais elle ne constitue pas moins un phénomène subalterne des époques menstruelles. »
II. Ce rôle, seulement accessoire, qui appartient à l’élément hémorrhagique dans le phénomène de l’ovulation, étant une fois admis, nous sommes conduits en présence d’un cas d’aménorrhée, à ne pas attribuer à l'absence de l écoulement sanguin , tous les symptômes qui peuvent s observer en même temps qu elle, et qui n’ont de rapport avec elle aussi, tantôt que celui d’une cause commune, tantôt
(1) Négrier (d’Angers), Recherches anatomiques et physiologiques sur les ovaires de l'espèce humaine. Paris, 1840.
(2) W. Jones, Practical Observations on Diseases of Women. Londres, 183J.
(3) Paterson, Edinburgh med. and surg. Journal, 1840.
(4) Montgomery, Exposition of the signs and symptoms of Pregnancy. Londres, îan.
(5) A. Pouchet, Théorie positive de la fécondation. Paris, 1840 ; Théorie positive de / ovu- 1
lation spontanée, etc. Paris, 1847 . , , , , . .
(6) A. Raciborski, De la puberté et de l’Age critique chez la femme, et de
dique chez les mammifères . Paris, 1844. — Voyez aussi : Gendnn, iai c p u osop uq médecine pratique. Paris, 1839, t. II, p. 28, chap. Menstruation. —
Transact., t. XXII, p. 329. — Bischoff, Ann. des sciences nat., 1844, 3 série, Zoolog , t. Il, p. 104. — Courty, De l’œuf et de son développement dans l espece humaine. Montpellier, 1845.— Duvernoy, Congrès scientifique de Strasbourg, 1842. — Coste, H‘st» générale et particulière du développement des corps organisés. Pans, 184/, t. l, p. et suiv.
t me celui d’une simple coïncidence. Dans un des articles précédents (1), à l’occa- ;)ii de Y aménorrhée, ces divers symptômes ont été déjà suffisamment indiqués (2)
•( mur que nous n’ayons pas à y revenir ici ; et cependant il est quelques points sur î «squcls il est bon d’insister.
i lllf. Une première question qui se présente est relative à l'influence que l’on ccorde quelquefois trop largement à l’aménorrhée, quand il s’agit de dire si elle si mtraîne ou non, fatalement, l’idée de stérilité. En faisant, dès l’abord, la part des v verses espèces d’aménorrhées, qui, par la nature même des causes dont elles ■(•pendent (3), ne laissent aucun doute sur l’impossibilité d’une fécondation, soit uj’en l’absence d’ovaires, le travail de l’ovulation fasse absolument défaut, soit me, ce travail ayant lieu, un obstacle matériel insurmontable empêche seul l’issue tu sang menstruel au dehors ; il faut réserver le pronostic pour les autres espèces a aménorrhées, et ne pas se hâter de conclure de l’absence du flux cataménial à iiimpossibilité d’une gestation. Nous devons nous borner à rappeler qu’il existe i'cs cas dans lesquels la gestation a eu lieu, en effet, et cela plusieurs fois, chez ees femmes qui n’avaient jamais été réglées (fi). Dans ces divers cas, ou bien lihémorrhagie menstruelle manquait absolument, ou bien elle se faisait par des noies détournées, qui suppléaient complètement l’écoulement menstruel tout à fait bbsent, ou bien ne faisaient que le compléter , alors qu’un examen plus attentif mît pu faire reconnaître des traces de l’hémorrhagie utérine (5). Il y a donc, en ■ aareils cas, une modification plus ou moins apparente ou réelle de la fonction aataménialc; mais cette modification porte, en réalité, tout entière sur le seul i dément hémorrhagie, dont le molimen « distrait de son centre physiologique, se Touve en quelque sorte divisé, mais jamais anéanti » ; et, ce qui prouve suraboniamment «< la persistance du travail physiologique fondamental de la menstruation, nalgré la suppression de l’hémorrhagie, ce sont les observations de femmes devenues enceintes, nonobstant le déplacement apparent de la menstruation » (6).
Ainsi, soit qu’il y ait aménorrhée complète, soit qu’il y ait hémorrhagie supplé- 1 nentaire, soit que, l’aménorrhée n’étant pas complète, il y ait hémorrhagie comolémentaire, ce n’est pas sur le fait de l’aménorrhée que doivent se baser les probabilités relatives à la question de stérilité, mais bien sur les causes mômes de I d’aménorrhée (7). *
IV. Les hémorrhagies cataméniales, soit supplémentaires, soit complément
(1) Art. Aménorrhée, p. 52.
(2) Voyez, p. 57.
(3) Voyez, p. 53.
(4) Fabrice de llilden, Ceniur. Y, obs. 42, p. 425.
Donatus, Ceniur. IV, obs. 54.
Rondelet, Methodus curandor. omnium morb. corp . humani.
Joubert, Med.prat. tibri. Lyon, 1577.
P. Frank, Epitome de curand. hominum morbis.
Velpeau, Traité d'accouchements.
Kleemann, Magaz. deHust., XV1III.
(5) Gendrin, Traité philosophique de médecine pratique. Voyez aussi : Puccli, Influence
de la déviation des règles sur T ovulation, 4° conclusion ( Archives générales de médecine , '1863, t. I,p. 624). J ’
(6) Raciborski, Du rote de la menstruation dans la pathologie et la thérapeutique, Paris, 1856, p. 108. — Voyez encore Puech, loc. cit., 6^ conclusion.
(7) Voyez plus haut, p. 53.
MALADIES DES FEMMES
taircs, peuvent se faire par des points très-différents, soit à la surface du corps, soit dans certains organes creux, soit dans 1 épaisseur même des tissus. Tantôt elles ont lieu par des points déjà plus ou moins congestionnés antérieurement; d’autres fois, par un point de la peau ou des membranes muqueuses où l’on ne soupçonnait jusqu’alors aucune altération.
Des ulcères (1), des nævi (2), des varices (3), le moignon d’un membre amputé (U), ont, dans plusieurs cas, été le siège de l’écoulement cataménial; dans d’autres circonstances, on l’a vu se faire par le nombril, les yeux, les oreilles (5), les gencives (6), les poumons (7), l’estomac (8), les bras, la vessie (9), les mamelles (10), l’extrémité des doigts, les orteils (11), les diverses jointures, l’ais-
selle (12), le jarret (13), et généralement, par toute la surface de la peau (U).
Ajoutons encore que, dans quelques cas, on a vu devenir plus abondants qu’à l’ordinaire certains produits de sécrétions normales. C’est ainsi que Sicbold (15) et Fl. Churchill (16), entre autres, ont pu constater l’existence d’une excessive salivation. Nous devons mentionner également ces cas dans lesquels des femmes (pii s’étaient fait accidentellement une blessure au moment des règles, rendaient du sang par le point correspondant à leur blessure, aux époques suivantes (1 7).
Indépendamment de l’intérêt qu’elles offrent à la curiosité du physiologiste en montrant par quelles voies souvent détournées la nature arrive à ses résultats, les déviations menstruelles doivent encore fixer l’attention du médecin praticien. lin
(1) Bordeu, cité par Raciborski, toc. cit., p. 107. — Bliuidell, cité par Fl. Churchill , Traité pratique de y maladies des femmes, p. 213.
(2) Raciborski, toc. cit., p. 107.
(3) Ibid, et A. Bierre de Boismont, De la menstruation (Mémoires de l’Académie de méd. , 1841, t. I\). — Briquet, cité par Raciborski, loc. cit., p. 107.
(4) Fl. Churchill, loc. cit., p. 212.
(5) Ashwell, Guy’s hospital Reports, n° V, p. 156. — Law, cité par Fl. Churchill, toc. cit., p. 213.
(6) Dunlap, Edinburgh monthly Journal, octobre 1850, p. 375.
(7) Fl. Churchill, loc. cit., p. 213, a vu une malade qui eut une hémorrhagie supplémentaire par les poumons au début d’une grossesse, et ce Tait se répéta dans deux grossesses successives. — Voyez sur les hémoptysies supplémentaires, notre tome II, p. 495. — Dreyfus, Séances de la Société méd.-prat. (Union médicale, 15 juin 1851). — Trousseau, Clinique médicale de l'Hôtcl-Dieu, 1865, t. I, p. 572. — Charles Wase, American medical Journal, avril 1850, p. 371. — Puech, loc. cit.
(8) Voyez tome III, p. 610. — Voyez aussi Puech, loc. cit.
(9) A. Brierre de Boismont, loc. cit., p. 163.
(10) Puech, loc. cit. (25 fois).
(11) Medic. Gazette of London, nov. 1839 et 20 sept. 1816.
(12) Bonlils (de Nancy), Journal général de médecine, 1828.
(13) Cummius, Lettre au docteur Elsnerus, sur une hémorrhagie menstruelle par le jarret, observée chez une femme enceinte (Éphémérides de l'Académie des curieux de la nature, dec. I, nnn. I, 1670, observation 96, et Collection académique, t. 111, p, 17. Paris, 1755).
(14) Capuron, Maladies des femmes, p. 120. — Astruc, vol. I, p. 158. — Haller, Elementa physiologiœ. — Hamillon, Medical Commentâmes, vol. XI, p. 337. — Atsbury, Edinburgh mecl. and surg. Journ ., vol. XVII, p. 341. — Mem. of the med. Society, t. III, p' 502. — Davis, Ubstetric Medicinc, vol. I, p. 242. — Locok, Cyclop. of Practi tned.’, Vol. I, p. 71. — Med. Gazette , 29 juillet 1837.
(15) Siebold, Handbuch zur Erkenntniss und lleilung cler Eraucniimmcr Krankhcitcn, Frankfurt am Mein, 1821, vol. 1, p. 338.
(16) Fl. Churchill, loc. cit., p. 213.
(17) Girod (de Lvon), Journal de la Société de médecine, t. XIX, cahier de nivôse.
« quoique la plupart du temps elles soient à peu près inoffensives (l), il sera < on néanmoins de chercher à imprimer à l’hémorrhagie périodique sa direction ormale, soit par l’application de quelques sangsues à la vulve, aux approches Vune époque présumée des règles, soit par des sinapismes aux cuisses, ou, ce qui aut mieux encore, par des vapeurs ammoniacales ou celles d’infusion de farine de moutarde dirigées dans le vagin, etc. Mais, quelque gênante que puisse être une i-émorrhagie supplémentaire, on ne doit jamais penser à la supprimer avant de L'établir préalablement le flux menstruel » (2); car il existe des exemples de tenijlivcs téméraires de suppression, suivies de très-graves accidents (3). Ajoutons uue, dans les cas où une grossesse survient, elle a pour effet habituel de supprimer les déviations hémorrhagiques, sauf à ce que celles-ci reparaissent, soit après ms couches, soit à la cessation de l’allaitement (A).
V. Si, dans quelques cas, l’aménorrhée ne s’est accompagnée d’aucun trouble, aon-seulement dans la santé générale (5), mais encore dans la fonction de reproduction elle-même (6); d’un autre côté, nous venons de voir les efforts que fait la aature pour suppléer par des voies diverses l’écoulement régulier, lorsqu’il vient à iairc défaut. En outre, et indépendamment des symptômes variés et purement mcaux fournis par le seul appareil génital (7), il est des cas nombreux où des 'roubles survenus dans certains autres appareils, invitent, par le fait de leur coïncidence, à rechercher la part que peuvent avoir dans leur production l’aménor- Irhéc complète ou partielle, la suppression passagère ou définitive, ou les seules liQicultés d’évacuation du flux menstruel. L’appréciation de la valeur palhorjéni- \ we de ces anomalies de l'écoulement cataménial , si l’on pouvait toujours la fixer 'exactement, nous éviterait une foule d’erreurs; et, par exemple, on ncs’acharnef ‘ait pas, en toute circonstance et à tout prix, au rappel d’une hémorrhagie que la ihysiologie nous apprend à considérer, désormais, comme un élément seulement i iccessoire d’une fonction qui peut souvent s’accomplir sans préjudice appréciable 1 tiré de l’absence des menstrues.
Pour procéder utilement, nous devons successivement passer en revue les désordres des divers appareils.
(1) Quelquefois, cependant, certaines déviations menstruelles ont causé la mort (Puech, loc. cit., 8e conclusion).
(2) Raciborski, loc. cit p. 111.
(3) Forestus, De eerebr. morbis, obs. 24.
Chauffe (de Besançon), Des accidents et des maladies qui surviennent à la cessation de la menstruation , thèse de Paris, an X.
é)c. cit., 7e conclusion. Dans certains cas cependant, et dutre autres, dans celui eju cit ■ c Lummlus (voyez p. 300, ndto 13), c’est immédiatement après la première suppression ( uc a la grossesse, qu’urtc hémorrhagie, menstruelle quant à son apparition régulière, commence a se montrer sur une surface étrangère aux voies génitales : les règles dans ce cas 'reprirent eur voie régulière, quand l’accouchement d’urt enfant rnâle , sain et bien conformé eut mis fin a la grossesse.
('^) ^es cas sontde ceux dans lesquels, l’ovaire n’existant pas, il n’y a pas seulement absence de 1 écoulement normal, mais absence complète du phénomène capital, ovulation spontanée , * voyez p. 304 et p. 53.
(0) Nous avons vu, en elfct, précédemment (p. 365, notes 4 et 0) que la gestation non-seulement est possible, mais qu elle se fait encore, ei jusqu’à plusieurs fois, chez les mêmes personnes, de la façon la plus heureuse.
(7) Voyez p. 57.
MALADIES DES FEMMES
1° Appareil génital. — Les troubles symptomatiques présentés par ccl appareil ne s’observent ordinairement, nous l’avons déjà dit, que dans les cas où l’ovulation spontanée a réellement lieu; ils sont, du reste, variables de formes et d’intensité, selon les formes mêmes de l’aménorrhée (1) ou de la dysménorrhée (2). Ils ont été déjà longuement indiqués à propos de ces deux états (3), et nous devons ici nous borner à en rappeler l’existence. Cependant il en est quelques-uns à l’occasion desquels on peut se demander si les désordres observés concurremment dans l’évacuation menstruelle doivent réellement être mis en cause, ou si les uns et les autres n’auraient pas, en réalité, d’autre rapport que celui d’une commune origine.
A. Nous avons vu précédemment (ù) que, dans l’une des variétés de Y hématocale peri-ulérine, l’hémorrhagie peut provenir de la muqueuse de la trompe ou du pavillon de ce conduit, et paraît se produire par le seul fait d’une exagération de l’orgasme menstruel ( hématocèle cataméniale de Trousseau); nous avons insisté également, à l’occasion des inflammations péri-utérines chroniques (5), sur les recrudescences que déterminent les retours périodiques du molimen menstruel; nous avons fait ressortir celle même influence à l’occasion du retour des hémorrhagies dans les cas de fongosités utérines (6); et, dans plusieurs autres articles du présent livre, l’importance de ce fait a encore été signalée. Mais, nulle part ailleurs, l’influence des mouvements congestifs liés aux époques menstruelles n’est peut-être plus évidente que dans l’histoire de ces polypes utérins à apparition intermittente , dont Huguier, surtout, s’est attaché à bien faire connaître l’évolution : un polype utérin a été vainement cherché par le toucher vaginal; une époque menstruelle arrive, une nouvelle exploration est faite, et l’on sent trèsmanifestement, entre les lèvres du col dilaté spontanément, une tumeur que le doigt circonscrit parfois très -aisément; l’époque menstruelle est passée, le travail congestif qui l’accompagnait a cessé avec elle, et le toucher vaginal pratiqué de nouveau ne retrouve plus la petite tumeur (7). C’est encore la congestion menstruelle qui détermine ces variétés de dysménorrhées avec engorgement dur de l'utérus , sur lesquelles Duparcque a tant insisté (8).
(1) Voyez p. 53-5G.
(2) Voyez p. 73-75.
(3) Voyez p. 71.
(4) Voyez p. 270.
(5) Voyez p. 318.
(6) Voyez p. 1G4. — Voyez aussi : A. Haciborski, Du rôle de la menstruation dans la pathologie et la thérapeutique, p. A3.
(7) [Ces apparitions intermittentes du polype peuvent prêter aux illusions les plus regrettables en pratique, et si, par hasard, la malade était examinée par deux médecins dillérents, l’un pratiquant le toucher pendant l'époque menstruelle, l’autre en dehors de cette époque, les différences dans les résultats des deux explorations pourraient, de part et d autre, entraîner de déplorables interprétations. Un fait important à ne pas oublier, pour peu qu on veuille tirer, de ce que nous venons de rappeler, des renseignements utiles, c’est que les hémorrhagies provoquées par la presence meme des polypes utérins, simulent quelquetois de véritables règles. La confusion, en pareil cas, serait d’autant plus fâcheuse, qu’elle pourrait porteries observateurs superficiels à rejeter comme inexact le fait signalé par Huguier. Celait, sans doute, n’est pas constant, mais si l’on veut le rechercher utilement, c’est au moment des règles, et non pas à l’occasion d’hémorrhagies accidentelles, qu’il faut l’interroger. ]
(8) Duparcque, Traité théorique et pratique sur les altérations organiques simples e cancéreuses de la matrice, p. 22. — Yoycz aussi : A. Haciborski, loc, ait., p. 46.
B. Mais, eu dehors de ces troubles divers survenus dans l’appareil génital, et qui (kloivcut faire accorder une véritable valeur pathogénique a l’élément congestif de lll’ovulation, il est un certain nombre de cas dans lesquels la congestion simple ; paraît dépassée. Les ovaires, on le sait, deviennent, à chaque époque menstruelle,
« le foyer d'une surexcitation nerveuse et d’une congestion sanguine active » ; or, '«oit prédisposition individuelle, soit par suite de « certaines dispositions locales Henant à quelques conditions pathologiques dans l’organisation des ovaires ou des (•follicules », l’état congestif ordinaire peut « s’élever jusqu’au degré d’une véritable iphlegmasie et occasionner au moins une ovarite partielle. Les malades souffrent aalors beaucoup dans le bas-ventre et particulièrement du côté de l’un des ovaires. (.Grâce à de nombreuses ramifications des plexus nerveux de cette région et à leurs aanastomoscs étendues, il survient souvent une foule de troubles sympathiques, Mels que des douleurs de rein, des envies fréquentes d’uriner, des douleurs névralgiques dans les cuisses, des migraines, des vomissements, etc. Le phénomène qui ddomine le plus, est la douleur; elle est quelquefois tellement vive que les malades >se tordent dans leur lit ou se tiennent courbées en deux. Chez les femmes nerveuses cet très-irritables, ces symptômes acquièrent une telle intensité que, vu le peu de j I fièvre ou même l’absence de mouvement fébrile, on serait tenté de regarder tout i cela comme purement nerveux >. Cependant, selon ltaciborski (1), en examinant : ;i attentivement, on manque rarement de découvrir la véritable source de ces accidents, et plusieurs fois on a pu, par la palpation ou la percussion, déterminer le > siège de l’ovaire qui était le point de départ de tous ces troubles, et au niveau duquel la douleur, généralement plus vive, augmentait sensiblement à la pression. (Cet état précède ordinairement l’éruption des règles, mais il est rare qu’il continue i ; pendant toute la durée de l’hémorrhagie menstruelle; et, quoique, dans quelques 1 1 cas, il y ait eu de véritables pertes, dans la plupart, cependant, l’hémorrhagie est i peu abondante, tant que durent les douleurs ("2). « Des accidents de celte nature p se répètent quelquefois à chaque époque menstruelle et durent ainsi pendant des années. » Les trois quarts des cas de dysménorrhée seraient même, selon Raciborski, constitués par des ovariles folliculeuses, dans lesquelles on voit seulement prédominer tantôt l’élément nerveux, tantôt l’élément inflammatoire. Cette manière de voir est, du reste, importante à méditer en pratique, puisque, si la forme inflammatoire est bien dessinée, l’auteur que nous venons de citer n’hésite pas à pratiquer une émission sanguine locale, ou même générale quand les malades sont d une forte constitution. « Immédiatement après, il a recours aux bains , par lesquels il commence au contraire lorsque les accidents nerveux dominent. Quant au danger attribué généralement à l’usage des bains pendant les époques menstruelles, Raciborski (3), faisant remarquer que les craintes inspirées par ce danger, tiennent à ce qu’on a confondu la menstruation avec toutes les autres hémorrhagies en général, déclare que ses appréhensions personnelles sont aujourd’hui « singulièrement amoindries » (b). De plus, quand les bains tièdes « nous rendent
(1) A. Raciborski, Inc. cit., p. 28.
(2) Voyez aussi, sur ce sujet, Chereau, Mémoire pour servir à l’étude des maladies des I ovaires. Paris, 1844, p. 12(5.
(3) A. Raciborski, loc. vit., p. 29.
W Quoique les règles s’arrêtent ordinairement sous l'influence d’uuc immersion clans l’eau Valleix, b1 2 3’ édit. V — 24
MALADIES DES FEMMES
tant de services dans les phlegmasies abdominales et les surexcitations nerveuses », comment « pourraient-ils être nuisibles dans l’ inflammation folliculeuse des ovaires? Ne doivent ils pas, au contraire, tendre à ramener cette inflammation dans ses limites normales et calmer la surexcitation nerveuse qui l’accompagne » ? Voici, du reste, comment procède Raciborski : « Les bains pris tous les jours ne durent jamais plus d’une heure. Pendant cet intervalle, on verse de temps en temps de l’eau, de 2 ou 3 degrés plus chaude, sur les épaules, la poitrine et la partie supérieure du ventre, ce qui est généralement agréable aux malades et produit une révulsion salutaire aux ovaires. Loin de disposer aux pertes, cette méthode de traitement a conjuré deux fois des ménorrhagies abondantes qui affaiblissaient les malades. » Freind (1), dans des cas semblables, conseillait l’usage de préparations alcalines et surtout de l’ammoniaque. Adoptant cette pratique, Raciborski prescrit l'acétate d’ammoniaque, à la dose de 12 à 15 gouttes dans un demi-verre d’eau sucrée, quatre à cinq fois par jour, conjointement avec les moyens précédemment indiqués.
« L’ovaritc folliculeuse, qui accompagne les époques des règles, ne se termine pas toujours par résolution, et quelquefois elle aboutit à la suppuration. Il arrive même souvent que l’inflammation, gagnant les trompes et la matrice, occasionne des adhérences anormales ou des tumeurs formées par une exsudation de matière plastique ou remplies de pus (2). Dans ces cas, il y a nécessairement stérilité par cause mécanique. On ne saurait donc donner trop d’attention à ces faits, si on les compare à ceux dans lesquels on voit les femmes qui éprouvent habituellement de très-vives souffrances pendant les règles on qui présentent d’autres signes encore plus caractéristiques d’ovarite folliculeuse, être, en assez grand nombre, frappées destérilité^3). »
G. Indépendamment de l’influence fâcheuse que peut ainsi exercer déjà l’un des éléments de la fonction cataméniale (la congestion), lorsque ses limites normales sont outre-passées, nous devons ajouter qu’il faut encore « tenir compte de la surexcitation que l’inflammation des follicules peut occasionner au milieu des nombreux plexus nerveux du bassin ».
D. Les glandes mammaires, par lesquelles, comme nous l’avons vu, se font quelquefois les hémorrhagies supplémentaires des règles (A), sont trop intimement liées au reste de l’appareil génital, pour que l’on n’oit pas été tenté de rechercher quelle influence la menstruation peut exercer sur le lait des nourrices et sur la santé des nourrissons.
On sait que l’allaitement suspend, en général, le travail de l’ovulation pendant un temps plus ou moins long; ordinairement pendant environ un an, quelquefois même pendant plus longtemps. Les règles cessent de paraître pendant ce temps, et les femmes sont, en général , aussi, moins exposées à contracter une nouvelle grossesse. On voit cependant, parfois, des nourrices chez lesquelles les règles refroide, l’habitude cependant détruit dans quelques cas cette disposition, comme cela s’observe chez les femmes employées aux bains de mer. (Brierre de Boismont, loc. cit ., p. 154.)
(1) Freind, Emménologic, trad. par Devaux, 1730.
(2) Harison (de Louisville), cité par Chereau. loc. cit., p. 129. — Andral, Journal hebdomadaire de méd., 1828, t. I, p. lié.
(3) A. Raciborski, toc. cit., p» 30.
(é) Voyez plus haut, p. 307.
FONCTION CATAMÉNIALE El' SON INFLUENCE SUR LES MALADIES. 371
paraissent, après l'accouchement , au terme habituel, comme si elles n’avaient pas i nourri: il importe donc desavoir si la continuation ou le retour des règles, chez mue nourrice , a quelque influence sur le lait, et si l'on peut confier impunément hun enfant à une nourrice qui est menstruée.
Les réponses de beaucoup d’auteurs à cette grave question, que l’on peut poser , cious les jours au praticien, sont empreintes d’un caractère d’hésitation qui ne ppermet guère d’y puiser un enseignement. Cependant, des tentatives fondées sur ides recherches scientifiques ont été faites en ce sens par Donné; et, selon lui, « s’il yy a des cas où la menstruation exerce une influence fâcheuse sur le lait •>, il arrive i pplus souvent qu’elle n’en exerce aucune et que l’enfant ne s’en ressent d’aucune mnanière. « A part donc les cas où le lait éprouve une altération notable, c’est le | rrésultat même qui doit servir de guide, c’est-à-dire que l’état de l’enfant est le mneilleur indice de la conduite à tenir. •> Mais ces sages conseils de Donné ne font ique reculer la difficulté; caries bases sur lesquelles ils sont fondés, n’établissent pas qque, si l’enfant ne vient pas bien, cet insuccès soit dû à la présence des règles. Ce qqu’il fallait faire, c’était : chercher si le lait subit réellement quelques altérations )/ importantes sous l'influence de la menstruation.
Selon Gendrin (1), qui a suivi cette voie : « quand les règles surviennent chez les i mourrices, elles s’accompagnent d’une diminution dans l’activité de la sécrétion mnammaire. Le lait, alors sécrété, est toujours séreux et moins riche en principes nnutritifs; le microscope fait reconnaître la diminution des granulations; le lait se ! rrapproche du colostrum, il acquiert même ordinairement des propriétés laxatives nqui se traduisent par les coliques et les selles diarrhéiques, donL le nourrisson est «atteint tant que dure l’hémorrhagie utérine menstruelle. Si les nourrices conliijlriuent à être réglées, et surtout si elles le sont abondamment, la quantité habituelle Me lait diminue, et ce liquide s’affaiblit dans scs qualités alimentaires : l’enfant nmaigrit et est insuffisamment nourri. <>
Cependant, non satisfaits des résultats obtenus par Gendrin, A. llaciborski et Duevenne ont entrepris de nouvelles recherches sur le sujet qui nous occupe. Il aut, selon ces observateurs, singulièrement rabattre de l’opinion des médecins, pu attribuent à la menstruation uife influence fâcheuse sur le lait, ou qui lui 'opposent de graves altérations au moment des époques menstruelles.
La seule altération réellement attribuable à l’influence des règles, serait la dimimtion dans les proportions des globules bulyreux ou la diminution de la crème, cependant , cette influence serait loin de se faire remarquer chez toutes les animes, et même de se reproduire constamment à chaque époque; et enfin, la dimimtion de la crème, constatée dans plus de la moitié des cas par Raciborski et Juevenne, n’a jamais été au delà des limites à partir desquelles elle constituerait un mauvais lait.
« Ce lait, ajoutent les auteurs que nous venons de citer, est évidemment moins fiche, mais il n’est pas mauvais pour cela, surtout quand on pense qu’il reprend actuellement son degré primitif aussitôt après les règles.
” La réaction chimique n’a pas été modifiée une seule fois par l’influence de la menstruation, et le lait conservait toujours son alcalinité ordinaire; fait qui répond mffisamment aux personnes disposées à attribuer au lait des nourrices menstruées
(i) Gendrin, Traité philosophique de médecine pratique. Paris, 1889.
I inconvénient de favoriser le développement des acides dans l’estomac et d’occasionner la diarrhée.
» La continuation des règles, chez une nourrice, ne semble avoir aucune influence sensible sur la santé des enfants; généralement, ils ne se trouvent pas indisposés au moment des règles, et ils ne paraissent pas avoir tiré des conditions de leur allaitement les prétendues dispositions au développement des scrofules.
» Il ne semblerait pas raisonnable de refuser une nourrice par cette seule considération qu’elle continuerait à être menstruée, les nourrices réglées n’étant pas du tout, toutes choses égales d’ailleurs, moins bonnes nourrices que celles qui ne sont pas menstruées.
’> Eu égard à la surexcitation nerveuse qui accompagne généralement, quoiqu’il différents degrés, les époques menstruelles, on doit surveiller davantage les nourrices menstruées, pendant leurs règles, et les mettre à l’abri de toutes les impressions morales vives qui pourraient réagir sur le système nerveux des nourrissons (1). »
A ce qui précède ajoutons encore que J. F. Larcher (2) a constamment remarqué que les enfants allaités par des femmes menstruées prenaient le sein avec moins d’avidité quand les nourrices avaient leurs règles, et cela, du reste, sans aucune atteinte portée à la santé, pourvu que la nourrice fût bonne sous tous les autres rapports. La période menstruelle une fois passée, les enfants letaient comme h l’ordinaire.
E. Après avoir examiné la part d’influence pathogénique qu’il est possible d’accorder à l’absence ou aux difficultés de la menstruation dans un âge où cette fonction doit s’établir ou s’accomplir régulièrement; après avoir essayé de montrer quelle influence peut revendiquer cette même fonction, soit dans l’étiologie de certaines maladies de l’appareil génital, soit dans leurs recrudescences, soit dans a production de quelques-uns de leurs symptômes, soit enfin dans les troubles de la santé observés chez certains nourrissons, troubles au sujet desquels on l’incriminerait à tort; il nous reste à examiner encore le rôle de la ménopause dans la pathologie et la thérapeutique de l’appareil génital.
On sait qu’après avoir accompli, pendant un certain nombre d’années, ses re- ] tours périodiques, la menstruation finit par disparaître ainsi que l’ovulation, vers un fige qui, dans notre pays, oscille entre quarante-cinq et quarante-six ans, en moyenne, quoique assez souvent il s’élève jusqu’à cinquante et quelquefois au delà. Nous n’avons pas à rappeler ici les modifications physiologiques qu’éprouvent alors les parties fondamentales de l’appareil génital; il nous suffit ici d’indiquer celles de ces modifications qui peuvent tenir de l’état pathologique.
Or, si l’on admet assez généralement que la ménopause paraît exercer une influence, plutôt heureuse que défavorable, sur la métrite chronique rebelle, ce qui parait s’expliquer par l’absence même des retours périodiques de la congestion menstruelle, la grave question du cancer de V utérus surgit, en revanche, entourée de quelques difficultés. Beaucoup d’auteurs, et Fl. Churchill (3) en particulier, regardent comme débutant à l’époque de la ménopause les affections malignes; cependant, selon la remarque de Raciborski (ô), il résulte de la comparaison même
(1) A. Raciborski, loc. aï., p. 118-129.
(2) J. F. Larcher, Notes manuscrites de mè lcdnc pratique*
(3) Fl. Churchill, loc. vil ., p. 246.
(4) A. Raciborski, /oc. cil., p. 51.
ikles cas renfermés dans le tableau dressé par madame Boivin, que les affections c cancéreuses de l'utérus , rares au début de la période menstruelle de la vie , deviennent plus fréquentes à mesure que cette période s'avance et que les ovaires comme l'utérus jouent un rôle plus actif chez la femme , pour diminuer ensuite A progressivement , à partir de l'âge de quarante-six ans, qui peut être considéré I ccomme l'âge moyen de la cessation de la menstruation en France.
Dupuytren (1), comme beaucoup d’autres auteurs, attribuait à l’influence du i j retour d'âge, la fréquence relativement plus grande des polypes aux approches de 1,1a cessation de la menstruation. Cependant, du tableau même donné par Du- : ppuytren, il semble ressortir, d’une part, que la fréquence des polypes est toujours (en raison directe de la durée du temps qui s'est écoulé depuis le commencement ode l'exercice de la menstruation [de quarante à quarante-neuf ans), et, d'aut/x l part , qu 'une fois ce tenue dépassé, la fréquence des polypes diminue avec une irapid ité surprenante.
Le molimen menstruel peut donc être considéré comme très-défavorable à toutes Mes affections de l’utérus en général (2), et en particulier aux affections cancéreusses ; et la ménopause ne paraît pas exercer, sur leur développement, cette influence f.fâcheuse qui avait valu à l’âge correspondant, la qualification d'enfer des femmes.
2° Appareil urinaire. — Nous avons rappelé déjà précédemment que \\' hématurie est, dans certains cas, l’une des formes que revêtent les menstruations sBupplémentaires ; quelquefois on observe des troubles dans la miction; mais un |ohénomène qui parait des plus importants est la congestion rénale. Becquet (3), qui ai examiné cette question avec un soin particulier, est arrivé à celte conclusion, i [ü'au moment où s'effectue la fluxion cataméniale, les reins s’associent à cette congestion des organes génitaux et se tuméfient ; fait qui, moins rare qu’on ne le süiippose, et peut-être physiologique, rend compte des douleurs qui signalent l 'époque des règles, surtout chez les femmes mal réglées. Ainsi tuméfié et rendu pplus pesant, le rein (h) fait effort contre les faibles obstacles qui le retiennent et i tend à sortir de sa place. Si, cependant, il la reprend quand a cessé la congestion ; il’i’ua autre côté, celle-ci, en se répétant chaque mois, finit bientôt par déplacer l l’organe lentement, sans souffrance?, par un processus insensible, jusqu’au jour où il apparaît libre et flottant dans l’abdomen, soit au moment des règles, soit après une fatigue ou une secousse violente (5). La position horizontale, le repos pendant les règles et même quelques jours avant et après, l’interdiction de la danse et de l’équitation, du corset, sont les meilleurs moyens préventifs. Les autres doivent tendre à combattre la cause même delà congestion menstruelle.
1 Quoique la constatation des reins flottants, chez l’homme, prouve que les mouvements congestifs liés à la menstruation ne sont pas seuls cause de ce phénomène, l’étiologie sur laquelle insiste Becquet porte cependant à penser que la ménopause,
(1) Dupuytren, Leçons orales de clinique chirurgicale, faites à l’ Hôtel-Dieu de Paris, t. III, |0. 483.
(2) Voyez ce que nous avons déjà dit, à ce sujet, p. 368.
(3) Becquet, Essai sur la pathogénie des reins flottants (Archives qénérales de médecine,
(à) Le rein droit, le plus souvent.
(5) Voyez, pour la symptomatologie des reins flottants, l’article Mobilité des reins, ... IV, p. 512.
MALADIES DES FEMMES
en faisant cesser la cause, no peut être que favorable : il faut donc en tenir grand compte dans le pronostic.
3° Appareil de l’innervation. — Dès l’abord, nous devons faire remarquer que, pour bien apprécier l'influence de la menstruation, il faut tenir compte, non pas seulement de l’élément hémorrhagique, mais encore de l’élément nerveux inséparable des époques menstruelles. Il ne faut pas perdre de vue, qu’indépendamment de ce qui, dans la pathogénie des troubles de l’innervation, peut être rapporté aux anomalies de l’hémorrhagie cataméniale, la surexcitation nerveuse dont s’accompagne normalemeut le travail de l’ovulation, devient souvent, à elle seule , une cause prédisposante de différentes névroses qui, pour cette raison,
« sont plus fréquentes aux approches de la puberté, offrent des exacerbations au moment des règles, et deviennent, au contraire, généralement moins communes après l’âge de la ménopause » (1). Cependant, si cette remarque s’applique aux névroses à symptômes plus ou moins constants, ayant une forme déterminée, telles que l’hystérie, l’épilepsie, etc.; il faut, en revanche, reconnaître qu’à mesure que l’excitation périodique de l’ovulation s’éteint, à mesure que cette cause prédisposante des névroses s’éloigne, il survient d’autres troubles nerveux, à forme mal déterminée, vagues, mobiles, changeant à tout moment d’aspect, ou se remplaçant successivement. (Racihorski.)
Nous devons, pour procéder avec quelque ordre dans une étude aussi complexe que celle des troubles de l’innervation, passer successivement en revue les modifications que les désordres de la menstruation peuvent apporter, soit dans la sensibilité, soit dans la motilité, soit dans l’intelligence.
A. Névralgies. • — Dans huit observations recueillies par Raciborski, et dont trois étaient relatives aux névralgies de la cinquième paire, trois à la sciatique, deux à la névralgie iléo-Iombaire, toutes les malades avaient éprouvé des exacerbations aux approches des règles, et même souvent pendant leur durée (’2). A celte occasion, nous pouvons dire déjà, une fois pour toutes, que, de même que les congestions périodiques exercent une influence fâcheuse sur le cours de plusieurs affections utérines ; de même aussi, « dans toutes les affections du système nerveux ayant pour caractère Y excitation, la menstruation exerce généralement une in • fluence bien marquée et incontestable, caractérisée par le surcroît de cette excitation ». (Raciborski.)
B. Paralysies. — Nous avons eu déjà, à propos de plusieurs maladies utérines, l’occasion d’indiquer certaines paralysies qui peuvent s’observer dans leurs cours, et nous avons mentionné spécialement diverses formes de paraplégies. La pathogénie de ces troubles portant soit sur la motilité, soit sur la sensibilité, soit sur ces t deux modes fonctionnels à la fois, a soulevé de grandes discussions, surtout depuis les travaux de Nouât (3) et de. ses élèves Esnault (6) et Vallin (5). Nous ne pou-
(1) Raciborski, loc.cit., p. 133. 1
(2) Raciborski, toc. cit., p. 100. — Voyez aussi Axenfeld, Des névralgies (in Requin, Éléments de pathologie médicale, t. IV, p. 161. Paris, 1863).
(3) Nonat, Traité pratique des maladies de l’utérus. Paris, 1860. Les premières observations de l'auteur remontent à 1 850.
(A) Esnault, Des paralysies symptomati/ues de la mètrite et du phlegmon péri-uténa,
thèse de Paris, 1857. ..... , , , ,
(5) Vallin, Des paralysies sympathiques des maladie; de l utérus et de ses annexes, tneSfl
de Paris, 1858,
I « vous entrer ici dans de grands détails sur celte question, et nous devons nous
I I borner à rappeler que, si, dans un certain nombre de cas, les lésions de l’utérus 1 1 et de ses annexes peuvent amener une paraplégie fonctionnelle ou névrolytique (1), V ic’est là l’exception ; toutes les fois donc que le toucher vaginal révèle l’existence d’un , i état organique capable de déterminer par compression les accidents paralytiques,
i toutes les fois aussi que les symptômes dénotent une congestion rachidienne, c’est , à ces conditions qu’il faut rapporter la paraplégie ou la parésie observée, sans aller invoquer le phénomène toujours exceptionnel de l’épuisement (2). Cette conclusion j i générale nous paraît applicable également aux paraplégies consécutives aux suppressions brusques de la menstruation qui s’accompagnent alors de congestion rai chidienne (3) ; cependant on doit reconnaître que, dans quelques cas, tel que celui que rapporte Brown-Séquard, la sensibilité n’ayant subi aucune diminution, aucun symptôme de paralysie n’ayant lieu ni du côté du rectum, ni du côté de la vessie, la paraplégie presque complète qui se montrait à chaque période menstruelle, reconnaissait bien une origine périphérique, placée dans l’utérus luimême, alors très-développé et congestionné [h). Les ménorrhagics excessives deviennent aussi quelquefois la cause de symptômes paralytiques, mais ceux-ci, outre qu’ils cèdent ordinairement à un traitement tonique, ne portent pas nécessairement sur les membres inférieurs , la cause qui leur donne naissance (anémie des centres nerveux) pouvant étendre plus ou moins loin son influence (5). Eulin, quand on songe à la prédominance de l’élément nerveux au moment de chaque ovulation, et si l’on se rappelle la relation des attaques d’hystérie avec l’époque menstruelle chez plusieurs femmes, il paraît naturel d’admettre ici l’explication proposée par Brodie (ti), Romberg (7), fiasse (8), Winslow (9), Franque (10), pour l’interprétation des paralysies hystériques, et, lorsque, ni une suppression des menstrues, ni un écoulement cataménial surabondant ne permettent qu’on leur rapporte les troubles paralytiques, on pourra considérer ces derniers comme le résultat d’une impuissance delà volonté, d’une insuffisance de l’impulsion motrice.
Nous devons, du reste, faire ici une remarque générale, applicable encore à d’autres troubles déterminés par les désordres menstruels, à savoir, que la nature de ces désordres, et, s’il s’agit en particulier d’une suppression, la nature même des causes qui l’ont déterminée, constituent autant de conditions qui influent sur
(1) C. E. Brown- Séquard, Leçons sur le diagnostic et. le traitement des principales formes de paralysie des membres inférieurs, traduction française de R. Gordon, l’aris
1 8GA, p. 8.
(2) S. Jaccoud, Les paraplégies et l'ataxie du mouvement. Paris, 1 864, p. 374.
(3) Raoul Leroy (d’Étiolles). Des paralysies des membres inférieurs. Paris, 1856-1857.
(4) C. E. Brown-Séquard, loc. cit., p. 8.
(5) Moutard-Martin, Paraplégies causées par les hémorrhagies utérines ou rectales (Soc. médicale des hôpitaux, Paris, 1852 ; Union médicale, 1852).
Hérard, Rapport sur le travail précédent.
0. Landry, Recherches sur les causes et les indications curatives des maladies nerveuses. Paris, 1855.
(C) Brodie, Lectures illustrative of certain local nervous Affections. Londres, 1837.
(7) Romberg, Lchrbuch der Nervenkrankheiten. Berlin. 1857.
(8) liasse, Krankheiten des Nervenapparates , in Virchow’s llandbuth. Erlangen, 1855.
(0) Winslow, Obscure diseuses of the H rain. Londres, 1860.
(10) Franque, Ueber hysterische Krampft und hysterische Lllhmungen. München, 186t. Voyez aussi S. Jaccoud, loc. cit., p. 444 et 445, auquel nous empruntons ces citations.
la nature des accidents consécutifs. « Ainsi, on peut être sûr d’avance que, lorsqu’il s’agit de la frayeur, d'un chagrin profond ou d’une douleur subite, la suppression des règles sera accompagnée d’accidents appartenant à l'innervation; si, au contraire, la cause qui a précédé la suppression est d’une autre nature, comme, par exemple, le passage brusque du chaud au froid, on verra succéder des accidents de nature inflammatoire. Ces accidents sont, par conséquent, absolument semblables à ceux que les mêmes causes produisent habituellement en dehors de l'influence des époques menstruelles », ce qui paraît prouver que « les règles ne jouent d autre rôle dans leur étiologie que celui de cause prédisposante. Ce rôle, déjà assez important par lui-même à cause de l’impressionnabilité plus grande des femmes à cette époque, emprunte une importance tout exceptionnelle aux causes qui agissent particulièrement sur l’innervation » (1).
II y a donc tout un ordre de troubles de l’innervation, dans la production desquels l’hémorrhagie menstruelle ne paraît entrer pour rien. Mais, en revanche, deux autres ordres d’accidents semblent emprunter à cette hémorrhagie leurs principaux caractères : ce sont l’engorgement congestif ou inflammatoire de l’utérus, et les hémorrhagies supplémentaires dont nous avons déjà parlé.
Presque tout l’intérêt des troubles paralytiques liés à la menstruation s’est borné jusqu’ici à rechercher précisément en quoi consistait le lien pathogénique. Il nous reste quelques mots seulement à dire sur V influence que la menstruation peut exercer ultérieurement sur la marche des paralysies. Les femmes que Raciborski a interrogées dans ce but, sont au nombre de huit : deux fiaient hémiplégiques, trois paraplégiques et trois autres étaient atteintes de paralysie faciale. Toutes ces femmes avaient été habituellement bien réglées jusqu’à l’invasion de la maladie, et continuèrent de l’être ensuite. Pas une seule n’a jamais remarqué la moindre modification dans son état, au moment des règles (2).
C. Névroses complexes. — a. Iipilepsie. — L’ovulation paraît jouer un rôle important dans l’étiologie de l’épilepsie et de Y hystérie, puisque, d’après les recherches de Beau, l’àge correspondant à l’époque de la première apparition des règles est celui où débutent le plus souvent ces deux névroses. Les diverses statistiques (3) ne laissent guère douter que la menstruation soit réellement une cause prédisposante de l’épilepsie et de l’hystérie, et, pour la première de ces deux névroses en particulier, Marotte, ainsi que Bouchet et Cazauvielh sont arrivés à la même conclusion. Selon Marotte (û), l’influence de la menstruation peut être appréciée de trois manières différentes : « 1° La menstruation peut n’avoir concouru en rien à la
(!) Raciborski, toc. cit., p. 105.
(2) Id. , ibid., p. 100.
(3) « D’un autre côté, de 30 femmes épileptiques sur qui la cause a agi au moment des règles, l’effet a été immédiat chez 17. — Pour l’hystérie, la cause ayant agi deux [fois au moment des règles, a été suivie deux fois d’effet immédiat. — Enfin, sur 227 femmes épileptiques observées par Beau, il n’y en avait que 82 chez lesquelles la névrose avait été plus ou moins antérieure à l’établissement de la menstruation. Toutes les autres étaient déjà réglées lorsque l’épilepsie s’csl déclarée, et parmi elles il y en avait 35 chez qui la menstruation et l’épilepsie ont paru dans la môme année. En présence de ces chiffres et de ceux fournis encore par Landouzy, il n’est guère possible de douter que la menstruation soit réellement une cause prédisposante de l’épilepsie et de l’hystérie.» (Raciborski, toc. cit., p. 98 et 99.)
(/i) Marotte, Rapports de l’épilepsie avec la menstruation (Renie médico-chirurg ., 1851).
roduction de l’épilepsie, mais donner néanmoins une impulsion aux attaques une jeune fille commence à avoir des attaques d’épilepsie à neuf ans ; de douze à luinzeans, les attaques cessent; cependant la menstruation s’établit alors, et les attaques épileptiques recommencent) ; 2° l’épilepsie, tout en étant antérieure à établissement des régies, reçoit quelquefois une activité inaccoutumée des retours périodiques de la menstruation, et ses attaques deviennent plus fréquentes; 3° l’épi- •ppsie, quoique produite par d’autres causes efficientes que la menstruation, revient pôannioins périodiquement, simultanément avec le retour des règles. »
Ces conclusions sur l’influence que la menstruation peut exercer sur la marche Ultérieure de l’épilepsie, se maintiennent vraies dans les cas publiés par Maisonneuve (1), Tissot (2), Marotte (3), cas qui, ayant débuté avec l’établissement même ne la menstruation, constituent des exemples d'épilepsie utérine (Marotte), ou mieux ovarique, car cette désignation établit plus nettement que la névrose paraît 'voir pris naissance sous la seule influence de l’excitation périodique qui accompagne l’ovulation (Raciborski).
Si les retours périodiques de la menstruation paraissent en général exercer sur éépilepsie une influence fâcheuse, l’absence de cette fonction pendant de longues années n’a pas paru plus favorable. Ainsi, chez une malade, dont Raciborski nmprunte l’histoire à Fovillc père, les règles n’avaient pas paru, quoiqu’elle eût déjà vingt-six ans. Foville, attribuant ce retard à une constitution éminemment xrofulcuse, recommanda l’usage des préparations iodées, et les règles vinrent unlin. Cependant ce changement, opéré sous l’influence d’une modification favorable de la constitution, n’amena aucune crise heureuse dans le cours de l’épilepsie uui a continué sa marche comme avant la menstruation (â).
b. Hystérie. — Nous avons peu de choses à ajouter qui n’ait déjà été ditprécéeemment à l’occasion de l’épilepsie. Comme dans cette dernière, les accès hystériques peuvent se déclarer au moment des règles, à la suite d’une émotion vive,
< e répéter ensuite chaque mois, tant que dure le flux menstruel; puis, comme l’a nu Lucas Championnière (5), cesser dans l’intervalle, ainsi que pendant une grossesse, jusqu’au moment du retour des règles.
“ L’hystérie est, du reste, probablement celle de toutes les névroses (fui se pré- 1 rente le plus souvent aux époques menstruelles, par suite de l’excitation nerveuse pii caractérise ces époques» ; car, selon la remarque de Landouzv (6), la mensruation, en dehors de toute anomalie, de toute irrégularité, de tout désordre, >araît, chez certaines malades prédisposées, la seule cause occasionnelle de l'hystérie (7).
De tout ce qui précède, nous croyons pouvoir conclure avec Raciborski, que es nécrosés d origine menstruelle constituent un groupe ù. part , quil est impor-
(1) Maisonneuve, Recherches et observations sur l'épilepsie. Paris, 1803.
(2) Tissot, Des nerfs et de leurs maladies, édition de Y Encyclopédie des sciences médiales, § 27. — Il est remarquable, dans le cas observé par Tissot, que la malade ait été complètement guene a la suite du mariage.
(3) Marotte, loc. cit.
(Il) Raciborski, loc. cit., p. 101.
(5) Lucas Championnière, Journal de mèd. et de chir. prat., 1830, p. 13G.
(G) Landouzv, Traité complet de l'hystérie. Paris, 181 G.
(7) Raciborski, loc. cit., p. 97.
MALADIES DES FEMMES
tant de savoir distinguer des mêmes névroses venant d'une autre source. Cette distinction, vraie encore pour les autres troubles de l’innervation qu’il nous reste à examiner, est importante, car elle sert de base pour le pronostic et les indications thérapeutiques.
D. Troubles encéphaliques. — Les troubles de l’encéphale, dans leurs rapports avec la menstruation régulière ou irrégulière, sont quelquefois tellement vagues qu’il est forl difficile de les classer utilement; les malades éprouvent parfois des vertiges, des maux de tète horriblement violents. « Elles ont peur de marcher, surtout de marcher seules; elles croient qu’elles vont tomber; parfois elles s’imaginent qu’elles vont devenir folles, ou bien qu’elles vont avoir une congestion cérébrale ». Ces troubles des sensations ou des idées peuvent se montrer aux diverses phases de la menstruation; mais plus particulièrement, lorsque la fonction va s’établir, et plus souvent encore quand elle va cesser. Dans ce dernier cas, « les divers phénomènes que nous venons de rappeler se manifestent bien avant que les règles se dérangent , et ils continuent longtemps après la ménopause. La période de temps pendant laquelle ces accidents persistent, est de deux à quatre ans, si ce n’est plus encore » (1).
Quant à la congestion cérébrale dont les malades se croient souvent menacées, en bien des cas, ce n’est qu’une illusion de leurs sens; mais, dans d’autres circonstances, elle est réelle; chez les femmes dysménorrhéiques, la migraine est assez fréquente à l’époque menstruelle; quelquefois, le mouvement congestif qui se fait vers la tête, se traduit, quelques jours avant le temps même des règles, par une épistaxis, véritable hémorrhagie prémonitoire (J. F. Larcher). Dans quelques cas, enfin, les règles s’étant supprimées brusquement, le mouvement congestif peut se faire vers le cerveau, avec une intensité telle, que la mort en résulte (2).
Indépendamment de ces troubles encéphaliques variés, qui, comme ou vient do le voir, méritent qu’on les surveille avec prudence, il en est d’autres dont les allures et la chronicité sont tellement connues, dont les relations avec la menstruation sont si intimes, que nous devons les examiner avec quelques détails.
Vésanies. — L’aménorrhée est toujours plus ou moins complète, sur le tiers au moins des jeunes filles et des jeunes femmes dont l'aliénation mentale ne remonte encore qu’à une date récente ; mais le flux menstruel finit presque toujours par se rétablir chez celles qui recouvrent la raison. Il se rétablit aussi le plus souvent chez les personnes qui ont le malheur de rester toujours aliénées (3). D’ailleurs, que l’aménorrhée persiste ou que la menstruation se rétablisse, la fonction cataméniale paraît exercer une grande influence sur l’aliénation mentale. « Règle générale, les époques menstruelles produisent presque toujours plus ou moins de surexcitation chez les maniaques, à tel point que lorsqu’on remarque que, sans cause appréciable, il survient de l’exacerbation dans leur état ordinaire, on peut prédire une prochaine apparition des règles (4). » — « L’époque des retours menstruels, dit
(1) Fl. Churchill, toc. cit., p. 248.
(2) Witehead, Observation de congestion cérébrale, suite de suppression des menstrues [London med. Gaz., April 1847, et Àrch. gén. de méd., 4° série, t. XVI, p. 94).
(3) Calmeil, Maladies intercurrentes des aliénés ( Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, t. III, P- 185. Paris, 1865).
(4) A. Raciborski, loc. cit., p. 100.
•îsquirol (1), est toujours un temps orageux pour les femmes aliénées, même pour celles dont les menstrues ne sont point dérangées, »
Cette influence fâcheuse de la menstruation sur l’aliénation mentale est aujourd'hui généralement admise, et dans quelques cas assez rares, on a même observé une folie simplement périodique pendant la menstruation, avec un intervalle comblétement lucide de plusieurs semaines (2).
Indépendamment des faits uniquement relatifs à l'influence de la menstruation iiur l’aliénation mentale déjà en puissance, il y a lieu d’examiner la valeur pathogénique des désordres menstruels dans l’étiologie des vésanies. « Les cas les plus Simples, mais aussi les plus rares, sont ceux dans lesquels, chez des personnes qui avaient joui jusque-là d’une bonne santé, il survient, après une cessation ou une 'suppression brusque des règles, une violente hypérémie cérébrale aiguë, et il apparaît aussitôt des phénomènes d’aliénation mentale; le plus souvent, c’est la imanie accompagnée d’une vive congestion de la tête.
» Beaucoup plus souvent, un arrêt des règles précède la folie, mais il n’a pas mec celle-ci une relation aussi directe; l’aliénation doit plutôt être considérée rcommc le résultat d'une dépression persistante des sentiments, comme un phénomène partiel d'un état d’anémie, ou d'une autre maladie chronique, ou en général ll’une lésion de la constitution, toutes circonstances qui sont par elles-mêmes des [■causes de folie bien plus importantes que la ménostasie.
» D’un autre côté, un écoulement trop abondant des règles, produisant l’anémnie ou une mauvaise nutrition générale, peut déterminer la folie comme toute autre «névrose.
» Mais souvent les irrégularités de la menstruation ne se montrent qu’après le ddébut de la folie, aussi bien qu’elles peuvent apparaître dans toute autre maladie ( chronique, et l’on est souvent à même d’observer que, lors de la guérison de la [ folie, celle-ci ne suit pas le retour de la menstruation ; c’est, au contraire, l’apparrition des règles qui est consécutive à la guérison déjà accomplie de la maladie i cérébrale.
» On sait que la plupart des femmes, pendant leurs règles, présentent une sens! bilité très-grande ; elles sont maussades, moroses ; leur système nerveux est facilement irritable; toutes les causes morbides, et en particulier les causes morales, .agissent à cette époque d’une façon beaucoup plus intense, et, chez quelques femmes qui, pendant l’intervalle des règles, jouissent d’une santé parfaite, on voit parfois survenir à l’époque menstruelle une perversion des sentiments qui frise I aliénation, une tristesse presque morbide, de l’hypochondrie, ou une humeur extrêmement capricieuse. Chez beaucoup d’aliénées aussi, la maladie mentale s’exa- -gère à cette époque jusqu’à la manie ou la nymphomanie; la malade a la tête con- -gestionnee, et celles qui ont une tendance au suicide doivent, à ce moment, être I objet d une surveillance toute particulière. On doit considérer ces états comme
(1) Esquirol, Traité des maladies mentales, 1838, t. I, p. 36.
(2) W. Griesinger, Traité des maladies mentales, Irai, franç. de Doumic. Paris, 18Cr>, PP. — Voyez aussi L. Schlager, De la menstruation et de ses anomalies, dans leurs I rapports avec le développement et la marche de T aliénation mentale ( Archives généra les
ute médecine, 1860, t. II, p. 360 et Annales médico-psychologiques, t. VI, p. 279,
I (avril 1860).
MALADIFS DI-S FEMMES
le résultai d’une irritation nerveuse du cerveau ayant son point de départ dans les organes génitaux ; plus la perte de sang est abondante, plus aussi l’exagération de la folie est en général considérable (1). »
« La ménostasie consécutive à la grossesse a quelquefois exercé une influence perturbatrice dans les trois ou quatre premiers mois; mais l’accouchement est presque toujours la crise de celte perturbation. Toutefois, cette crise n’est complète qu’autant que la menstruation reparaît après la période puerpérale. Mais le pronostic est fâcheux quand l’amélioration ne suit pas immédiatement le retour de cette fonction.
» L’influence étiologique de la menstruation se manifeste principalement dans les cas où la suppression du flux cataménial a lieu au moment même où la fonction s’accomplit, et à la suite d’émotions brusques et inattendues. Quand cette suppression a pour conséquence prochaine une hvpérémie, l’aliénation mentale se manifeste ordinairement sous forme d’une manie compliquée d’une extrême agitation, ou de phénomènes choréiques ou cataleptiques. Quand il y a guérison, l’affection se reproduit sous l’influence des mêmes perturbations menstruelles. C’est aussi le cas où la manie affecte le plus habituellement le type périodique » (2).
On sait, du reste, selon la remarque de Baillargcr (3), que presque toutes les maniaques qui tombent malades de délire aigu, affection qui leur est généralement fatale, gagnent cette grave complication, précisément au moment des époques menstruelles. En revanche, Esquirol dit avoir vu des femmes qui, après être restées maniaques pendant la période de la vie destinée à la menstruation, guérissaient spontanément immédiatement après l’âge critique. Chez les femmes arrivées à cet âge, Baillarger (ù) a également vu quelquefois la folie guérir évidemment par la suppression des menstrues. Ces faits, selon lui, « n’ont d’ailleurs rien qui doive surprendre, quand on songe à l’influence de l’anémie sur la production de la folie. 1 Les malades qui ont guéri étaient précisément de celles chez lesquelles l'âge critique était accompagné de pertes plus ou moins abondantes».
Cependant, si l’époque de la cessation des règles exerce quelquefois sur la mala- \ die mentale une influence très-favorable qui peut aller jusqu’à la guérison, plus * souvent encore elle paraît aggraver la maladie, de sorte que « les formes mentales, qui, jusque-là avaient été simplement irritatives et variables, deviennent fixes et dégénèrent en démence partielle ou totale. Les cas de folie qui se développent seulement à cette période de la vie, — c’est souvent la mélancolie, — ont également un caractère le plus ordinairement défavorable » (5).
« Les questions de thérapeutique relatives aux anomalies de la menstruation, et surtout aux suppressions, reposent, chez les aliénées, sur les mêmes bases que pour toutes les femmes. Mais un principe dont il faut, avant tout, se bien pénétrer, c’est que les anomalies menstruelles étant l’expression d’états pathologiques généraux ou locaux, c’est sous ce point de vue seulement qu il faut, en général, considérer leur influence sur le développement de la folie (6). »
(1) W. Griesinger, loc. cit., p. 238.
(2) L. Schlager, loc. cit.
(3) Baillarger, Gazette des hôpitaux, 1855, n° 39, article publié par Judée.
(é) Baillarger, Annotations au livre cité de Griesinger, loc. cit., p. 240.
(5) W. Griesinger, loc. cit.,p. 240.
(0) L. Schlager, loc. cit. —Voyez aussi llrierre de Boismont, Annales medico-psijcli., 1851, t. III. p. 574.
FONCTION CATAMÉNIALE ET SON INFLUENCE SUlt LES MALADIES. 381
E. Troubles vagues de l’innervation. — Ces troubles variés, dont la plaçait ont été déjà indiqués à l’occasion de l’aménorrhée et de la dysménorrhée (1),
< (dépendent ou d’un trouble survenu dans la circulation générale (auquel cas ils s’accompagnent souvent d 'alternatives de rougeur et de sueur), ou bien d’une modi- ( iùcation générale de l’innervation elle-même, modification à laquelle le système 5 îaerveux ganglionnaire parait prendre une assez large part.
V l’époque de la ménopause, ou dans les espaces de temps qui la suivent, ces rroubles vagues qui échappent à toute description précise, constituent parfois une aorte d’ensemble que Sandras a caractérisé du nom d'état nerveux (i névropathie protéiforme de Cerise). Le moral est, presque toujours, plus ou moins affecté, ivvec une sensible tendance à l’hypochondrie et à la mélancolie. L’innervation du centre circulatoire est souvent mise en jeu, et bien des femmes, même très-fortes ni apparence, éprouvent alors des lipothymies fréquentes accompagnées quelque- : ois d’une sensation de faux étourdissement, qu’il faut se garder de confondre avec j lies accidents plus ou moins analogues, occasionnés par l’hypérémie (2).
Quelques malades se plaignent à chaque instant de palpitations, de battements à "épigastre; d’autres accusent des bouffées de chaleur, des suffocations ou une .•ispèce d’étranglement rappelant un peu la strangulation hystérique; d’autres encore excusent particulièrement plus ou moins d’affaiblissement dans les membres, et uurtout dans les membres pelviens; d’autres fois, ce sont, dans différentes régions, (Lies douleurs ou des sensations désagréables, tantôt changeant de places tantôt lïixes; souvent enfin, les malades se font illusion, jusqu a croire quelles sentent en celles de véritables tumeurs; elles s’imaginent être atteintes d’affections du foie, de la rate, de la matrice, et l’illusion, dans certains cas, pour peu qu’une circonstance fâcheuse porte plus spécialement leurs craintes vers l’appareil génital, entraîne chez 'quelques malades la conviction d’être enceintes, plus ou moins longtemps après 'iqu’elles ont cessé d’être réglées (3).
Le pouls conserve presque toujours sa fréquence normale, et très souvent, surt* tout au moment des crises, il offre les caractères assignés par les anciens au pouls nerveux. « L’artère semble alors, en quelque sorte, se ratatiner; la colonne san- - gui ne paraît se retirer sous le doigt* et le pouls se montre dur et concentré. « (Raciborski.)
Dans quelques cas, on observe un ensemble d’accidents nerveux, décrit sous le nom de sphagiasmus par Tyler Smith (ô). Selon cet auteur, les malades éprouvent alors des chaleurs et des frissons, qui se montrent sous forme de paroxysmes, « tenant de la fièvre intermittente et de l’épilepsie, et set terminant quelquefois par de véritables accès d’épilepsie ou de manie, ou même par des attaques d’apoplexie. Ces désordres paraissent tenir à la compression des veines du cou, et à la distension des ' vaisseaux du cerveau. Les femmes chez lesquelles les symptômes ne sont pas aussi . graves, se réveillent quelquefois pendant la nuit dans un état de malaise inexpriimable, se croyant sur le point d’avoir une congestion cérébrale. Plus elles sont
(1) Voyez les articles consacrés à ces deux sujets, au commencement du présent tome.
(2) Voyez plus haut, ce que nous avons dit des troubles encéphalique-; dus à • congestion , p. 378.
(3) A. Raciborski, /oc. et'/., p. 1 36.
(4) Tyler Sinith, Ou Parlurition and Obsletrics , p. 394.
^ MAt.ADlliS Dts FEMMES.
d’une santé délicate, et plus ces sortes de paroxysmes sont fréquents et violents. » Selon Corfe, les crises nerveuses sont plus fréquentes le matin avant le lever; elles sont encore augmentées par la sensation de. la faim. Parfois, du reste, une émission spontanée d’urine fait disparaître tous les accidents. Les femmes qui, selon Corfe, sont le plus exposées à ces crises, sont celles qui ont hérité de la diathèse goutteuse, celles dont la nourriture est très-substantielle et la vie intellectuelle trèsactive (1).
Pour compléter cet exposé de l’ensemble des troubles qui surviennent dans le système nerveux, sous l’influence de la menstruation, nous citerons encore ce cas curieux, rapporté par Villartay (2), il s’agit d’une jeune fille qui fut atteinte d’aménorrhée pendant un an : v Chaque mois , à l'époque ancienne des règles, elle dormait trois ou quatre jours de suite ; elle n’avait aucune douleur de tête; le sommeil était, en apparence, très-normal, et, du reste, dès que les règles furent revenues, ce phénomène cessa (3). »
k° Appareil circulatoire. — Les renseignements nous manquent pour indiquer l’influence que la menstruation peut exercer sur cet appareil; nous trouvons seulement la mention de deux cas d’affections organiques du cœur, dans lesquels les malades, qui éprouvaient habituellement une assez grande gêne pour respirer, déclaraient souffrir de ce côté aux approches des règles (U).
Nous signalerons encore, comme se rattachant aux troubles de l’appareil circulatoire, certaines hémorrhagies utérines qui se produisent même après la ménopause; elles consistent ordinairement en de petites pertes, imitant les règles pour leur durée et leur abondance; aussi «le vulgaire confond-il ces hémorrhagies posthumes avec la menstruation vraie, confusion qui ne serait pas permise à un médecin » (Raciborski). En pareil cas, il est probable que l’économie, ayant pris l’habitude d’une hémorrhagie par les organes sexuels, se trouve toujours disposée à perdre du sang par cette voie, en dehors même de toute incitation ovarique, à la suite des causes communes à toutes les hémorrhagies en général, quelquefois même sous l’influence de la seule habitude (5).
5° Appareil respiratoire. — Il résulte de l’analyse des faits rassemblés par Raciborski, que « l’évacuation menstruelle, survenant dans le cours des phlegma * sies aiguës des organes respiratoires, n’a aucune influence sur la marche de ces maladies ; par conséquent, l’espoir d’obtenir une amélioration ne doit jamais, dans ces maladies, engager à provoquer les règles, ni à favoriser leur retour quand elles ont été supprimées (6).
» En outre, les suppressions des règles, occasionnées par des émissions sanguines pratiquées pour combattre les phlegmasies aiguës des organes respiratoires,
(1) Corfe, Médical Times , h avril 1849.
(2) Villartay, Journal de médecine et de chirurgie j 1850, p. 375.
(3) Citation empruntée à Fl. Churchill, toc. cit., p. 21 h.
, (A) A. Raciborski, toc. cit ., p. 91.
(5) Id. , ibid., p. 22.
(G) Quelques auteurs, et, en particulier, Forestus (lib. I,obs. XX, et lib. XVI, obs. XXXV) et Andral, Clinique médicale, 3e édition, t. IV, p. 417), ont cité des exemples de (luxions de poitrine qui se sont terminées heureusement, immédiatement après des hémorrhagies utérines. Mais, comme le fait observer Andral lui -même, il faut se garder de confondre ces sortes de rnétrorrhagics, véritablement critiques, avec le flux simple menstruel , qu’on a souvent considéré comme jugeant différentes maladies.
ont jamais été suivies de résultats fâcheux, et, par conséquent, la présence l'es règles ne doit jamais servir de contre-indication pour les émissions sanguines, ri sque ces dernières auront été jugées nécessaires (1). »
Parmi les affections chroniques des organes respiratoires , la phthisie pulmoaàire occupe une place importante, et les troubles de la menstruation, observés îaez les malades qui en sont atteints, ont fixé souvent l’attention : nous verrons eus loin que l’influence prépondérante paraît appartenir h la tuberculisation, sur
fonction cataméniale. Quelquefois, il est vrai, l’aménorrhée apparaît avant la iuux, et l’on est alors tenté d’attribuer une part d’influence au trouble de la mensruation; il paraît cependant plus vraisemblable de regarder l’aménorrhée comme 1 résultat de l’affection tuberculeuse. Cependant il n’est nullement impossible nue la suppression subite des règles, en occasionnant la congestion pulmonaire, ivvorise le développement de la phthisie.
Quant à l’influence salutaire que la persistance de l’hémorrhagie menstruelle vcercerait sur la marche de la phthisie, les opinions sont partagées. En effet, tandis me deux fois, selon Brierre de Boismont, des phémonènes absolument analogues (ceux qui signalent la présence des tubercules ayant été constatés, et la mensruation étant venue à se rétablir, les malades trouvèrent la guérison (2), nous (oyons dans Raciborski (3) ce fait que, chez plusieurs femmes qui avaient continué (être réglées, les désordres locaux étaient plus profonds que chez d’autres atteintes '/aménorrhée. Deux malades auraient même assuré « avoir constamment éprouvé une augmentation sensible dans la toux et l’oppression aux époques des règles ».
6° Appareil cutané. — Parmi les affections cutanées, les unes paraissent assez indépendantes de tout autre trouble concomitant; les autres, dues à une cause qui mus échappe, s’accompagnent d’un appareil fébrile qui les fait décrire à part, ce ont les fièvres éruptives. Or, il n’est pas rare, dans ces dernières, de voir une •émorrhagie utérine survenir pendant la fièvre d’invasion ou dans les premiers ours de l’éruption, et l’on est porté à entrevoir quelques rapports entre ces phénomènes simultanés : ou bien la fièvre éruptive favorise l’éruption des règles et les lit ordinairement paraître, dans les cas mêmes où l'époque menstruelle est devancée de plusieurs jours; ou bien l’approche des époques est une condition favorable u développement des fièvres éruptives, elle abrège la durée de leur incubation, et end plus prompte l’invasion de ces affections. La première de ces deux hypothèses ’éunit le plus d’adhésions ; cependant Raciborski, quoique la regardant comme la plus probable, attribue à la nature même de la fièvre éruptive (ù)la particularité qu’elle iaractérise, tandis qu’Hérard la rattache au mouvement fébrile (5). Ce n’est pas ictucllement le lieu de renouveler l’exposé des discussions que nous avons donné léjà (6) sur la valeur des écoulements hémorrhagiques au début des fièvres et des ièvres éruptives en particulier; cependant nous devons rappeler ici l’opinion de. jubler, qui ne voit, dans ces hémorrhagies, que des épistaxis simulant les
(1) Raciborski, /oc. et'/., p. 61 et 62.
(2) Brierre de Boismont, toc. cit., p. 217.
(3) A. Raciborski, toc. cit„ p. 69.
(h) Les observations de Raciborski ont porte sur la variole.
(5) Hérard, De l influence des maladies aiguës fébriles sur tes règles, et réciproquement Actes de la Société de médecine des hôpitaux, 2“ fascicule. Taris, 1852).
(ü) Voyez plus haut, art, Métrorrhagie, passim.
MALADIES DES FEMMES
régies (1), interprétation qui annule, au moins dans la généralité des cas, les deux hypothèses précédentes. Enfin, nous ajouterons que, si, dans certains cas de varioles hémorrhagiques, les femmes ont des métrorrhagies : « il faut se garder de considérer ces pertes sanguines comme des règles, et ne pas rendre ainsi la menstruation responsable de l’issue presque toujours funeste de cette espèce de petite vérole (2). »
Dans quelques cas , l’érysipèle de la face s’est montré assez périodiquement lié aux époques réelles de la menstruation; et, dans les faits observés par ü. Larcher (3), ainsi que dans un autre, publié par Raciborski (h), l’érysipèle a toujours été bénin.
Enfin, selon Raciborski (5), quelques malades, affectées de lichen ou de prurigo, auraient presque toujours éprouvé un sensible surcroît de prurit aux approches des règles; tandis que le même auteur n’a pas recueilli de semblables déclarations de la part des galeuses.
7° Appareil »ic la locomotion. — On a remarqué que les déviations rachitiques de la colonne vertébrale débutent souvent à l’époque de la première éruption des règles « comme si l’organisme vital des organes sexuels portait de la distraction à d’autres systèmes de l'économie et nuisait particulièrement au dévepement des systèmes musculaire, osseux et nerveux, qui jouent tous un rôle si important dans l’étiologie des diverses espèces de déviation de l’épine dorsale »(6).
Quant au rhumatisme articulaire , dans deux cas observés par Raciborski (7), les malades «ont assuré positivement avoir généralement souffert davantage aux approches des règles, et avoir pu ainsi prédire leur arrivée deux ou trois jours d’avance ».
8° Appareil de la digestion. — Presque tous les troubles de l’appareil digestif liés à la menstruation ont été signalés déjà, soit à propos des maladies mêmes de cet appareil, soit dans l’article consacré à la Dysménorrhée; presque tous relèvent du système nerveux, les dyspepsies en particulier, aussi n’entrerons-nous pas dans plus de détails à leur sujet, après tout ce que nous avons dit déjà des troubles de l’innervation, et notamment de ceux qui sont liés à l’époque de la ménopause.
9» i,e tissu cellulaire, soit sous-cutané, soit profondément placé dans les intervalles ou dans la trame des organes, se charge souvent dégraissé à l'époque de la ménopause ; cependant on ne saurait attacher une trop grande influence à la cessation de la menstruation sur le développement de l’adiposité, car, dans des cas où celle fonction s’accomplissait avec excès, dans d’autres où elle était trop peu abondante, on a vu, indistinctement, se produire un grand embonpoint (8). En revanche, chez quelques personnes on observe, pendant la grossesse, un embon-
(1) Ad. Guider, Des épistaxis utérines , simulant les règles, au début, des pyrexies et des phlegmasies {Mémoires de la Société de biologie, 3e série, t. IV, année 1862, p. 143).
(2) A. Raciborski, loc. cit., p. 82.
(3) Voyez plus loin l’art. Érysipèle. — Voyez aussi 0. Larcher, Des lésions de la peau dans leurs rapports avec d’autres états morbides.
{U) A. Raciborski, loc. cit., p. 84.
(5) Id , ibid., loc. cit., p. 85.
((3) Id., ibid. , loc. cit., p. 9.
(7) ld., ibid., loc. cit., p. 90.
(8) Hipp. Dardonville, Dissertation sur l’obésité, tlicsc, 1811.
bint énorme, qui disparaît ensuite après l'accouchement (1); cependant, chez un rand nombre, cet embonpoint demeure même après le retour des règles.
VI. Après avoir insisté sur les modifications qu’on peut observer dans les divers appareils de l’économie, soit en simple coïncidence avec les désordres de la mensi nation , soit sous l’influence même de ces derniers, nous avons à rechercher iijellc influence peuvent, à leur tour, réclamer dans la production des troubles de
menstruation, les principaux systèmes de l’organisme et les affections dont ils mut le siège. Cette question d’étiologie a été déjà longuement traitée, à 1 occasion res causes qui engendrent l’aménorrhée (2) et la dysménorrhée (3); et, à l’occa- 3on de chacune des maladies déjà décrites, l’influence qu’elle peut exercer sur la h action cataméniale a été suffisamment exposée ; nous nous abstiendrons donc de aaiter ce sujet qui nous entraînerait à d’inévitables répétitions.
VII. Influence de la ménopause sur la durée moyenne de l' existence. — On liit que se fondant sur ce fait « que la mortalité est plus grande, chez les mnmes, entre quarante-cinq et cinquante ans, qu’à une époque antérieure », Itusieurs auteurs ont voulu accorder à la cessation des fonctions utérines une ififluence fâcheuse sur l’existence ; cependant, outre que cette manière de voir n’a sas été adoptée généralement, des tentatives ont été faites encore pour prouver uue la mortalité chez les femmes est plus fréquente entre trente et quarante ans un’entrc quarante et soixante (à). Dans le même but, mais en suivant une autre ïbie, quelques auteurs ont comparé la mortalité, au même âge, dans les deux *xes, et sont arrivés à une conclusion très-différente de l’opinion générale, cenoiston de Châteauneuf (5) a prouvé ainsi, qu 'entre trente et soixante-dix ms, la mortalité nest pas plus considérable chez les femmes que chez les tommes. Des résultats semblables ont été obtenus par Bellefroid (6), Muret (7), .. Lachaise (8). Chez les femmes que Fl. Churchill a vues malades à l’époque ce la ménopause, jamais la vie n’était en danger quand il n’y avait pas de comlilication (9).
Enfin, si la mortalité est moins grande qu’on ne le supposait, à l’époque de 1 1 ménopause, et si, par conséquent, cette période de la vie ne doit pas inspirer ■s craintes démesurées quelle a /ait naître quelquefois, on ne saurait cepen- :ant méconnaître les changements qui s’opèrent alors dans l’organisme et qui, ils ne sont déjà plus physiologiques, ne sont pas encore du ressort de la pathologie.]
(1) Raige-Delorme, Dictionnaire de médecine en 30 volumes, t. XXV, p. 567, art. OLYSAnciE. Paris, 1842.
(2) Voyez p. 53-57.
(3) Voyez p. 69-71.
(4) Constant Saucerote, Nouveaux conseils aux femmes sur l'Ane prétendu c ritiauc.
fi» édition. Paris, 1829. y
(5) Benoiston de Châtcauncul-, Mémoire sur la mortalité des femmes de l’Age de quarante cinquante ans, lu à l’Académie des sciences en 1818. Paris, 1822. — Voyez aussi De la u'éc de la vie humaine dans les principaux États de l'Europe (Annales d'hua. publ. et de 'éd. lèg ., 1846, t XXXVI, p. 254).
(6) Bellefroid, Bulletins de médecine belge, septembre et novembre 1839. — Voyez assi Davi’s Obstctric Medicine, t. I, p. 289.
(7) Muret, Mémoire sur l état de la population dans le pags de Vaud. Yvcrdon, 1766.
(8) C. Lachaise, Topographie médicale de Paris. Paris, 1822, p. 214.
(9) Fl. Churchill, loc . cit., p. 246.
Valleix, 5e édit.