OEDÈME DES NOUVEAU-NÉS. — DIAGNOSTIC, PRONOSTIC
Underwood, et après lui Denmanu, ont attribué la maladie a un spasme de la peau causée par une affection intestinale. Or, cette affection n'existe pas; et d’ailleurs ces auteurs n’ont eu en vue cpie l’endurcissement adipeux.
Troccon a regardé l’œdème, sans le distinguer de l’endurcissement adipeux, comme le résultat d’une pneumonie produite par le froid. Il suffit de faire remarquer, pour repousser cette explication, que la pneumonie n’est qu’une complication, qui même n’est pas fréquente.
Suivant Andry et Auvity, l’affection serait le résultat de la coagulation des sucs séreux et adipeux. Cette explication prouve que ces deux auteurs confondaient à tort dans une même description l’œdème et l’endurcissement adipeux. La coagulation des sucs séreux n’est pas admissible, puisque, comme nous venons de le voir, la sérosité s’écoule par les incisions du tissu cellulaire, comme dans un œdème ordinaire.
Palletta voyait la cause de la maladie dans la flaccidité des poumons, d’où résultaient la stase du sang et l’engorgement du foie. Mais nous savons que cette flaccidité du poumon n’existe pas ordinairement, et que si le foie est engorgé, il ne l’est pas plus que les autres organes.
Léger, qui croyait à la coagulation de la sérosité, et qui donnait à l’affection le nom d 'œclème compacte , pensait que le sang était devenu plus séreux ; mais rien n’a prouvé l’exactitude de cette assertion.
Tout démontre que Denis s’est trompé en attribuant l'œdème à une irritation du tissu cellulaire.
Dans tous les cas, sans exception, il y a une gêne notable de la respiration ; cette gêne existe à un degré remarquable, même lorsque la maladie est légère. La faiblesse de la circulation n’est pas moins grande, et, sauf un cas où il y eut une pneumonie très-étendue et à marche très-rapide, le pouls, qui était inappréciable ou à peine senti, était d’une lenteur notable, ce dont on s’assurait en auscultant la région précordiale. Si nous rapprochons maintenant de ces lésions de fondions la congestion sanguine générale, indiquée pendant la vie par la coloration livide de tout le corps, et après la mort par l’engorgement de tous les vaisseaux, nous aurons réuni les circonstances les plus remarquables de la maladie; et tout porte à croire que c’est à ce trouble de deux fonctions importantes, et à la stase sanguine qui en est la suite, qu’il faut rapporter la production de l’œdème.
§ VI. — Diagnostic, pronostic.
On ne peut plus aujourd’hui confondre l'œdème avec Y endurcissement adipeux, la différence, en effet, est aussi grande pendant la vie qu’après la mort. L endui asseoient adipeux ne se déclare que dans les derniers jours de l’existence, chez des sujets ayant une affection grave. C’est un symptôme de l’agonie, et même très-souvent ce n est qu’une lésion cadavérique, ce qui a été prouvé par des obsenations positives. Dans l’endurcissement adipeux, la peau est blanche, ou seulement parsemée de taches livides sur un fond blanc. Dans l’œdème, elle est violette. Le premier donne au toucher la sensation d’un tissu compacte; le second donne la sensation d un tissu plus ou moins souple, et l’empreinte du doigt s’y pioduit et s y efface promptement. Chez les enfants œdémateux, on peut faire glisser la peau sur les parties sous-jacentes ; il n’en est pas de même chez ceux qui
MALADIES DU TISSU CELLULAIRE
présentent l’endurcissement adipeux. Enfin ces deux lésions se trouvent dans des points différents. Si l’on rapproche ces caractères de ceux que nous a fournis l’inspection cadavérique, on voit qu’il n’v a pas de confusion possible.
Dans certains cas d 'érysipèle chez les enfants nouveau-nés, le tissu sous-jacent est infiltré, et il en résulte le gonflement et la dureté des parties; mais la marche de la maladie n’est pas la même. L’érysipèle occupe un membre isolé, ou les envahit successivement; il est souvent borné à l’abdomen. Il y a de la douleur, de l’agitation. La peau est rouge, épaissie; la fièvre est considérable. Rien de semblable dans l’œdème. C’est donc bien à tort que quelques médecins allemands ont regardé celte maladie comme un érysipèle.
Dans ces dernières années on a cité des faits de sclérème chez l’adulte et l’on a voulu rapprocher cette affection de l’œdème des nouveau-nés. Dans l’histoire du sclérème, il ne sera pas difficile de démontrer que cette maladie n’a de commun avec celle dont nous nous occupons ici que ce nom de sclérème donné bien à tort à l’œdème des nouveau-nés. Ce sont deux affections essentiellement différentes.
Il survient assez souvent chez les nouveau-nés une inflammation subaiguë dans une partie limitée, et surtout à la face et au cou. Celte lésion n’a rien de commun avec l’œdème que nous venons de décrire. D’abord elle est circonscrite à un point, qui n’est pas le premier affecté dans l’œdème ; puis elle survient à une époque avancée d’une autre maladie; enfin l’infiltration occupe jusqu’aux parties les plus profondes. 11 ne faut donc pas confondre l’œdème avec l’érvsipèle, comme l’a fait Doublet, ni regarder l’inflammation subaiguë et circonscrite comme un œdème des nouveau-nés, ainsi que l’a fait Billard.
TABLEAU SYNOPTIQUE DU DIAGNOSTIC
1° Signes distinctifs de l’œdème des nouveau-nés et de l' endurcissement
adipeux.
OEDÈME
Affection primitive.
Peau violacée.
Tissus souples; empreinte du doigt promptement effacée.
On peut faire glisser la peau sur les parties sous-j;icentes.
A l’autopsie , écoulement d’une sérosité abondante.