OEDÈME DES NOUVEAU-NÉS. — LÉSIONS ANATOMIQUES
rrreur que quelques auteurs ont signalé ces convulsions comme appartenant à iiœdème des nouveau-nés.
Un phénomène remarquable, c’est Yocclusion permanente des paupières dans dus les cas d’une certaine gravité. Elle ne dépend pas de l’infiltration, car on l'obier ve lorsque les paupières sont parfaitement libres, aussi bien que quand elles sont œdématiées. Dans les cas légers, lorsqu’on expose les petits malades à une lumière iive, iis entr’ouvrent les yeux, mais les referment bientôt.
Dans les derniers jours, lorsque l’affection doit se terminer par la mort, oœdème envahit tout le corps, excepté la poitrine ; le froid devient intense, surtout uux extrémités; une écume sanguinolente s’échappe de la bouche, dans un assez rrand nombre de cas; quelquefois on voit de la sérosité, également sanguinolente, t’écouler par le nez et quelquefois aussi s’échapper d’entre les paupières, et bientôt le malade s’éteint sans agonie pénible. Dans un certain nombre de cas, des comliications, et surtout l’inflammation des poumons, viennent ajouter leurs symptômes uux précédents, et hâter la mort.
Lorsque la maladie tend à la guérison, la respiration devient d’abord plus wcile, puis la circulation prend de la force; l’enfant se réveille, ouvre les yeux, ou liiit des efforts pour les ouvrir si l’œdème des paupières s’y oppose; puis il boit, eue avec plus d’avidité; le cri prend de la force; l'oedème diminue aux paupières, uux avant-bras, puis à l’hypogastre, aux cuisses, et enfin disparaît complètement, •t'uelquefois néanmoins les progrès vers le mieux s’arrêtent, et, après avoir langui rendant un assez long temps (quinze à vingt jours dans quelques cas), l’enfant finit tar succomber, avec ou sans complications.
§ IV. — Marche, durée, terminaison.
La marche de la maladie est continue et ordinairement rapide. Dans quelques as on voit momentanément les symptômes s’amender, puis l’affection reprendre 1 1 marche progressive, quoique avec plus de lenteur. Les périodes admises au ombre de trois par Denis, et de deux par Blanche, n’existent réellement pas.
La durée de celte affection est ordinairement courte. On voit les enfants sucomber au bout de trois, quatre ou cinq jours, et même avant s’ils ont une iiiblesse congénitale très-grande. Quelquefois cette durée est de plus de vingt >urs.
• Cette affection se termine presque toujours par la mort; ce qu’il était facile de révoir en songeant que les enfants qui la présentent sont pour la plupart très-déiles, et que quelques-uns sont de véritables avortons. A l’article du Traitement , dus ferons connaître les cas terminés par la guérison.
§ V. — Lésions anatomiques.
Dans tous les cas, sans exception, on trouve une infiltration séreuse plus ou ioins abondante. La sérosité qui s’écoule des incisions faites au tissu cellulaire mus-cutané est en grande quantité, légèrement visqueuse et d’un jaune plus ou " oins vif. Le tissu adipeux se présente sous forme de grains séparés par des laîaelles de tissu cellulaire infiltré, et ces grains sont très-éloignés les uns des autres rsque 1 infiltration est portée à son plus haut degré. Le tissu lamellcux sus-apo-
MALADIES DU TISSU CELLULAIRE
névrotique est très-distondu par la sérosité; le tissu cellulaire intermusculaire ne présente, au contraire, aucune trace d’infiltration. Dans les cas où l’on a trouvé le contraire, on a confondu avec l’œdème qui nous occupe une infiltration d’une autre nature. Le derme est souple au-dessus des points œdématiés, et ses vaisseaux contiennent beaucoup de sang noir.
Dans un certain nombre de cas, les enfants œdématiés présentent, dans quelques points, un endurcissement du tissu adipeux qui contraste avec l’œdème que nous venons de décrire. Dans ces points, la peau est blanche et ne contient pas de sang. Elle semble collée sur Jes parties sous-jacentes, qui sont très-denses, sans humidité, et où l’on voit les grains du tissu adipeux serrés les uns contre les autres. et séparés seulement par des lignes celluleuses très-déliées h la partie inférieure du panicule graisseux. C’est presque constamment dans des points qui ne sont pas habituellement envahis par l’œdème que se trouve cet état particulier du tissu adipeux.
Du côté des voies respiratoires, on trouve un engorgement sanguin considérable, quelquefois l’engouement des poumons et la pneumonie. Dans quelques cas, on rencontre des portions de poumon qui n’ont pas respiré.
[Hervieux (1) a fait voir la coïncidence de l’œdème des nouveau-nés avec l’apoplexie pulmonaire. Le sclérème existait cinq fois sur six d’après ses propres observations. Les foyers apoplectiques occuperaient plutôt la surface du poumon que ses parties profondes. L’infiltration sanguine avec intégrité du tissu pulmonaire serait de beaucoup la plus fréquente.]
Chez quelques sujets, il y a épanchement de sérosité, en petite quantité, dans les plèvres, mais aucune lésion inflammatoire.
Le cœur et tous les gros vaisseaux, les veines surtout, sont gorgés de sang noir, presque toujours liquide.
Les organes digestifs ne présentent autre chose de remarquable qu’une injection considérable; dans la moitié des cas, il y a une petite quantité de liquide dans le péritoine.
Le cerveau et ses membranes ne sont remarquables que par leur injection sanguine et leur infiltration séreuse.
Les reins ne nous ont offert rien de remarquable. Postérieurement h nos recherches, Charccllay a signalé une lésion des reins chez les nouveau-nés affectés d’œdème. Cette lésion consiste principalement dans un dépôt jaune occupant les cônes de la substance tubuleuse, et y formant des pinceaux très-déliés. Ce dépôt n’est autre chose que de l’acide urique qui s’est déposé dans les tubes; on l’a observé dans les cas les plus variés, et nous n’avons pas cru devoir en faire mention, parce qu’il ne constitue réellement pas une altération anatomique importante.
C’est surtout d’après les altérations qu’on a trouvées ou qu’on a supposées, que les auteurs ont établi la nature de la maladie. IJzembezius croyait qu’elle dépendait de la stase du sang et de son épaississement. La stase du sang existe, mais ce liquide n’est pas épaissi : l’explication n’est, par conséquent, pas juste.
(1) Hervieux, Société médicale des hôpitaux, séance du 8 juillet 1863, in Gazette hebdomadaire, 1863, p. 489.