ARTHRITE SIMPLE AIGUË
On chercherait vainement dans la science des travaux nombreux sur cette affecttion. Les chirurgiens ont dit quelques mots de l'inflammation qui se manifeste -spontanément dans les articulations; mais n’ayant pas distingué avec tout le soin
ii nécessaire cette espèce de toutes les autres, ils n’ont pas donné à leur description il le degré de précision désirable. [Valleix est, en effet, le premier qui ait fait
de certaines arthrites mono-articulaires une maladie indépendante du rhumatisme; i mais beaucoup de médecins se demandent si ces arthrites localisées n’appartieni tient pas à la cause rhumatismale. En effet, ne voit-on pas souvent le rhumatisme se révéler par des arthrites multiples, dès le début, et se concentrer ensuite sur nune seule articulation avec tous les caraclères de gravité et d’intensité attribués à l’arthrite simple. En sorte qu’il y aurait à résoudre la question desavoir si le rhumatisme articulaire est toujours généralisé de sa nature, et s’il ne peut se fixer d’emblée sur une seule articulation. ]
§ I. — Définition, Bynonyinie, fréquence.
L 'arthrite simple aiguë est une inflammation articulaire survenue spontanément, restant fixe dans une ou plusieurs articulations, donnant lieu à une fièvre ordinairement intense, et laissant, pendant un temps toujours assez long, des titraces de son existence.
On donne encore à cette maladie les noms d inflammation des articulations et ldi 'arthritis.
La fréquence de l’arthrite simple aiguë est beaucoup moins grande que celle du
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rhumatisme articulaire, et celte proposition est vraie, surtout pour certaines articulations que nous indiquerons plus loin.
§ II. — Causes.
Sur cinq cas, dont nous avons recueilli avec soin l’observation, quatre ont été observés chez des hommes de vingt à quarante ans, et un chez une femme de soixante -quatre ans.
Causes occasionnelles. — On n’a pas pu en constater d’évidentes. On a avancé que la maladie est produite par V impression du froid , le corps étant en sueur , par l’exposition à la pluie, au froid humide, par le séjour dans un lieu humide; mais toutes ces causes, qu’on a également attribuées au rhumatisme articulaire, n’ont pas été positivement constatées dans des cas d’arthrite simple aiguë bien déterminés.
On peut considérer comme des arthrites simples les cas dans lesquels l’inflammation de l’articulation survient dans le cours d’une blennorrhagie, ou à la suite du cathétérisme, comme les chirurgiens, et Velpeau en particulier, en citent des exemples.
§ III. — Symptômes.
Début. — Le début de l’arthrite simple aiguë est marqué par un état général plus ou moins remarquable. Tantôt c’est un simple malaise avec céphalalgie, courbature et anorexie ; tantôt ce meme malaise et, de plus, des frissons répétés ou un frissonnement presque continuel. Parfois, c’est la douleur qui ouvre la scène, puis les phénomènes généraux se déclarent; mais, en général, le début par des phénomènes locaux est beaucoup plus rare dans l’arthrite simple aiguë que dans le rhumatisme articulaire aigu.
Symptômes de la maladie confirmée. — La douleur qui occupe l’articulation est très-rapidement intense; au bout de quelques heures, non-seulement les mouvements imprimés à l’article causent une vive souffrance, mais encore la pression est très-douloureuse. En outre, lorsque la maladie occupe certaines articulations, et principalement l’épaule, qui, comme nous le verrons plus tard, est le siège de prédilection de cette affection, le décubitus, quel qu’il soit, est très -difficile.
L 'articulation enflammée est chaude et offre une rougeur prononcée. Le gonflement est plus considérable, toutes choses égales d’ailleurs, que dans le rhumatisme articulaire aigu. Ce qui le prouve, c’est que lorsque l’arthrite occupe l’épaule, on constate facilement une augmentation notable du volume de cette articulation, tandis qu’il résulte des recherches de Chomel et de Louis que, dans le rhumatisme articulaire, l’épaule ne paraît nullement gonflée, alors même que les douleurs y sont excessivement intenses.
Il est très-difficile de dire, quand on considère certaines articulations en particulier, s’il y a un épanchement dans l’articulation. Dans les ouvrages de chirurgie, on ne met pas en doute la formation du pus dans l’article, lorsque l'inflammation est très-intense : rien ne paraît plus facilement admissible que la suppuration d’une articulation occupée par une inflammation franche, il est important de s’assurer que l’arthrite est spontanée, c’est-à-dire qu’elle n’est sous l’influence ni d’une phlébite, ni de l’épanchement dans l’article de la matière tuberculeuse formée dans
ARTHRITE SIMPLE AIGU K. — MARCHE, DURÉE, TERMINAISON. ÔOj
les os, ni d’une fièvre puerpérale. Dans les cas où il en est ainsi, on a vu les tissus se corroder, les parois du foyer se détruire, une suppuration abondante se faire jour à l’extérieur, et les plus graves désordres se produire dans 1 articulation.
Siège cle la maladie. — Le siège de prédilection de l’arthrite est une des deux épaules. C’est du moins ce qui résulte des faits observés, car nous n’avons jamais vu l'inflammation simple bien caractérisée occuper une autre articulation, si ce n’est dans le cours d’une blennorrhagie. Cependant d’autres observateurs l’ont vue fixée à une articulation coxo-fémorale, à un genou, à un pied.
Martin-Solon (1) a observé un cas d’arthrite blennorrhagique qui occupait cinq articulations à la fois. Les cas de ce genre sont très-rares.
On a aussi mentionné des cas dans lesquels deux articulations ont été prises en même temps.
On a noté l’existence, dans cette affection, de douleurs lombaires intenses; mais ces douleurs lombaires ont ordinairement précédé l’inflammation de l’article.
Dans les cas où la maladie a présenté les synjptômes précurseurs, ces symptômes font des progrès ordinairement considérables. La fièvre prend de l’intensité ; le pouls est à 110, 120 pulsations, et quelquefois plus encore. La chaleur est vive. La céphalalgie augmente. Il y a un dégoût complet pour les aliments, de la soif et, généralement, de la constipation. La douleur de l’articulation ayant un haut degré d’intensité, l’insomnie devient presque complète.
Cet état d’acuité dure quelques jours sans alternatives bien appréciables, puis la douleur se calme, les symptômes généraux s’apaisent, et bientôt le malade se sent parfaitement bien lorsqu’il n’imprime aucun mouvement à l’articulation; mais, dès qu’il veut faire un mouvement, la douleur se réveille, et une douleur considérable se fait sentir dans l’article. Plus tard, la douleur devient moindre et la roideur domine; mais cette roideur est telle que les mouvements sont très-bornés, et que si l’on veut les forcer, on cause au malade de très-vives souffrances. Ce dernier élat se dissipe beaucoup plus lentement que la gène des mouvements qui succède au rhumatisme articulaire, et souvent, plusieurs mois après avoir complètement cessé de souffrir, les malades éprouvent la plus grande difficulté à exécuter des mouvements étendus : si, par exemple, ils ont une arthrite scapulaire, ils ne peuvent pas élever leur main jusqu’à leur tète, ils ont de la difficulté à se vêtir, etc. Mous avons même vu des cas dans lesquels le traitement le plus persévérant a, pendant fort longtemps, échoué contre cet état de l’articulation, et tout un hiver nous avons gardé à l’Hôtel-Dieu annexe un homme qui, à la suite d’une arthrite aiguë de l’épaule, est condamné à l’immobilité absolue du bras, sans que le traitement antiphlogistique le plus actif, les révulsifs, les dérivatifs, les fondants, les calmants, le repos absolu du bras, puis, en désespoir de cause, les mouvements forcés de 1 articulation, aient fait autre chose que d'amener des améliorations pas sagères.
§LV. — Marche, durée, terminaison.
La marche de la maladie est continue; aiguë d’abord, elle prend ensuite un caractère chronique plus ou moins marqué.
La durée e st généralement longue; il est rare qu’elle soit de moins d’un mois, y
(1) Martin-Solon, Bulletin gén. de ihèrap. , mai 1847.
MALADIES DE L* APPAREIL LOCOMOTEUR
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compris la gêne et la roideur do l’aiTiculation. Souvent elle est de plusieurs mois, d’une année et plus, et parfois la maladie passe complètement à l’état chronique La terminaison a lieu quelquefois par le passage à l’état chronique. Sauf ces cas, on peut dire, d’une manière générale, que la terminaison est heureuse. Les auteurs de pathologie externe ayant signalé des cas de suppuration de l’articulation, ont naturellement admis la terminaison par la mort, qui résulte fréquemment de cette suppuration. S’agit-il bien, dans ces cas, d’une arthrite simple ?
§ V. — Lésions anatomiques.
On peut, soit en se rappelant ce que l’on observe dans les cas d’inflammation des articulations produite expérimentalement chez les animaux, soit en ayant égard à ce qui se passe h la suite de violences graves sur les articles, se représenter l’état des parties malades dans l’arthrite simple spontanée; mais ce n’est pas là un résultat de l’observation.
§ VI. — Diagnostic, pronostic.
Le point le plus important du diagnostic consiste dans la distinction de l’arthrite simple aiguë et du rhumatisme articulaire aigu : c’est ce que nous avons fait à propos du rhumatisme articulaire aigu (vov. tome I, p. 285).
Lorsqu’une, articulation présente une inflammation évidente, il faut rechercher s’il n’y a pas eu une violence extérieure; s’il n’existe pas une phlébite; si les os qui concourent à former l’articulation n’étaient pas préalablement malades ; car, ce qu’il importe surtout de constater, c’est si l’arthrite est simple et spontanée. Le diagnostic absolu est, en effet, tellement facile, que, si l’on excepte le rhumatisme articulaire, il n’est aucune affection qui ressemble à l’arthrite simple aiguë.
§ VII. — Traitement.
É missions sanguines. — Dans la période d’acuité, tous les médecins emploient les émissions sanguines, et en proportionnent 1 abondance a 1 intensité de 1 inflammation. On doit avoir recours à la saignée générale plus ou moins répétée, aux applications de sangsues [25 ou 30 chaque fois), aux ventouses scarifiées (8 ou 10 à plusieurs reprises), jusqu’à ce que la douleur soit devenue moins vive et la fièuc moins violente.
L’usage des narcotiques , et principalement do Y opium, est formellement indiqué dans une maladie aussi douloureuse, et qui occasionne ordinairement une insomnie presque complète. L’opium doit être administré, à l’intérieur, à la dose de 5 à 15, 20 et 25 centigrammes progressivement, et en ayant soin d en surveiller les effets. Des cataplasmes laudarusés ou faits avec la décoction de feuilles de belladone , de datura stramonium, sont maintenus sur la partie malade.
Pour compléter ce traitement calmant et antiphlogistique , on administre des boissons délayantes et émollientes, et l’on maintient le malade à une diète sévère.
Les sudorifiques, les diurétiques et les purgatifs ont été rarement administrés dans cette affection. Il nous est, par conséquent, impossible d’en apprécier les