MAL DE POTT. — LÉSIONS ANATOMIQUES
rachis, la compression de la moelle et tous les accidents qui en dépendent ; 3° une période de réparation où l’arrêt de la carie vertébrale et des améliorations plus ou moins marquées surviennent dans les troubles de la sensibilité et de la motricité. Mais cette troisième période, qui est une heureuse terminaison, n’existe pas toujours. Les progrès de la carie, 1 épuisement de l’économie, les désordres des abcès ossilluents et de la compression médullaire, enfin la généralisation de la lésion t tuberculeuse, quand cette cause existe, entraînent bien souvent la mort.
§ V. — Lésions anatomiques.
L’altération caractéristique du mal de Polt c’est la carie du corps des vertèbres, dd’où les déformations du rachis et du thorax, les abcès par congestion, la compression et les lésions de la moelle, etc. La carie vertébrale peut être simple, c’est-àddire résultant d’une ostéite provoquée par une cause ordinaire, ou bien elle est lia conséquence du développement de tubercules dans le tissu spongieux de l’os. Les disques intervertébraux sont altérés eux-mêmes consécutivement et leur destruction jointe à l’affaissement des corps vertébraux rongés par la carie, entraîne l’incurvation du rachis ou sa flexion anguleuse dans le point malade. De là une ggibbosité. Il est digne de lemarque, dit Nélaton, que, malgré l’existence d’une ( courbure des plus prononcées, le canal vertébral conserve ordinairement ses dimensions normales ; quelquefois même il est élargi au niveau de la gibbosité.
Les parties contenues dans l’étui rachidien sont parfois exemptes de toute lésion, mais il arrive cependant que les méninges portent des traces d’inflammation, et la moelle elle-même est ramollie, comme l’a démontré Louis (1).
Les abcès par congestion apparaissent fréquemment dans le mal de Pott. Broca (2) croit qu’ils manquent toujours quand l'affection a son origine dans un lépôt de tubercules. Le trajet des abcès migrateurs varie nécessairement selon le uiége de l’altération vertébrale. Si l’abcès a son point de départ dans la région cervicale, il fait saillie en avant, sous les muscles longs du cou, et la tumeur peut nroéminer, soit vers les fosses nasales, soit vers le larynx, dont la compression )eut entraîner l’asphyxie. Si la suppuration a lieu dans la portion inférieure de la égion cervicale, le pus peut suivre le plexus brachial, et venir pointer dans le :reux axillaire. Quand ce sont les vertèbres dorsales qui fournissent le pus, celui-ci ;lisse ordinairement sur les côtés de l’aorte, passe entre les piliers du diaphragme, n r rive dans la région iliaque, en suivant l’artère iliaque primitive, et vient faire aillie dans le canal crural, ou, plus rarement, dans le canal inguinal. Au lieu de uivre les vaisseaux, le pus peut s’engager dans la gaîne du psoas, cheminer vers : petit trochanter et apparaître à la partie supérieure et postérieure de la cuisse, mire le grand trochanter et l’ischion. Quand le pus a sa source dans la région unbaire, il suit la voie du psoas ou de l’artère iliaque, et se comporte comme ous venons de le voir plus haut. Enfin le pus venant à être versé dans le canal vertébral, il ressort, après un trajet plus ou moins long, par les trous de conjugaison.
(1) Louis, Recherches anatomo-pathologiques sur diverse* maladies. 182G, p, 410.
(2) Broca, /oc. cit.
MALADIES DE L’APPAREIL LOCOMOTEUR
Le diagnostic du mal de Pott esl facile à établir dès la deuxième période, quand les déformations de la colonne rachidienne font toucher du doigt, pour ainsi dire,
I altération. Mais, au début de la maladie, on peut prendre la douleur pour une névralgie dorso-inter costale. On évitera l’erreur en se rappelant que, dans cette dernière affection, il y a des points douloureux limités et définis; d’un autre côté, en pressant sur la partie antérieure d’une côte correspondant aux vertèbres cariées, en produira, dans le mal de Pott, une douleur vers le rachis, ce qui n’a pas lieu dans la névralgie dorso-intercostale. De plus, dans la carie vertébrale, une pression un peu forte, et surtout la percussion exercée sur le sommet des apophyses épineuses, provoquent une douleur ordinairement assez vive dans le point correspondant. (Voyez le tableau du diagnostic différentiel à l’article Névralgie dorsointercostale, Ier volume, p. 730.)
Quant à prendre la douleur du mal de Pott pour du lumbago , ou réciproquement, il sera facile d’éviter cette erreur par une exploration un peu attentive. La douleur provoquée par la pression sur les masses musculaires, et surtout le réveil de celte douleur par tous les mouvements qui mettent en contraction les masses charnues de la région lombaire, ne permettent pas la confusion.
Lorsque les progrès de la carie vertébrale ont amené la déformation du rachis, le mal de Pott se différencie nettement des affections que nous venons d’indiquer, mais on peut alors être exposé à prendre une gibbosité rachitique pour une déviation dépendant du mal de Pott. L’absence de douleurs dans le rachitisme, la présence ordinaire d’autres déformations osseuses, et les antécédents du malade suffisent pour faire cesser toute incertitude.
Pronostic. — La carie vertébrale est toujours une affection grave. Il y a longtemps que les chirurgiens ont remarqué que le mal de Pott avec incurvation rachidienne esl d’un pronostic moins désavantageux que celui où le rachis conserve sa direction normale. Cette circonstance a été diversement interprétée. Nélaton (1) considère le mal de Pott avec gibbosité, comme le fait du tubercule enkysté qui aurait une tendance à la guérison, tandis que le mal de Pott sans gibbosité serait produit par l’in filtration tuberculeuse qui attaquerait la colonne vertébrale dans une plus grande étendue, en donnant lieu à des séquestres dont la présence entretiendrait une suppuration profonde et intarissable. Broca (2) a reproduit à peu près cette opinion; seulement, il considère comme de l’ostéite simple ce qui est pour Nélaton du tubercule infiltré.
§ VII. — Traitement.
Le traitement du mal de Pott doit répondre à trois indications capitales . 1° l’indication causale, qui est spécialement du ressort médical, et s adresse aux conditions morbides de l’économie qui ont engendré ou favorisé 1 affection; 2 1 indication locale, qui consiste à combattre l’ostéite vertébrale elle-même; 3° enfin surgit une troisième indication de la nécessité de s’opposer aux désordres causés
(1) Nélaton, foc. cil., p. 117.
(2) Broca, foc. cil.
DOULEURS P A RT f OU UTERUS DUS MUSCLES'. /|21
par les mouvements et les déplacements des parties allectées. Pour remplir la première des indications, on a employé toute la série des agents thérapeutiques recoin mandés contre l’exagération du tempérament lymphatique et la complexion -scrofuleuse. En première ligne, figure peut-être l’amélioration des conditions I hygiéniques, si elles pèchent par quelque point. Nous ne rappellerons pas les remèdes employés contre l’état scrofuleux ; on voudra bien se reporter à l’article - Scrofule, tome Ier, page 393.
Contre l’inflammation osseuse, on a conseillé tous les révulsifs cutanés possibles: Iles frictions irritantes, les vésicatoires, les cautères, les sétons, le moxa, etc. Les r cautères, préconisés par Pott lui-même, ont généralement la préférence, et Boyer >s'en loue beaucoup.
Enfin, pour empêcher la colonne vertébrale de s’affaisser, et dans le but d’irnmo- Ibiliser le rachis dont les segments ont perdu leurs moyens d’union, pour prévenir Lia compression des parties contenues dans le canal vertébral, on a créé des appai refis de contention dont la description ne peut trouver place ici. Nous ne pouvons (que renvoyer aux traités de pathologie externe et aux ouvrages spéciaux, entre aautres celui de Bonnet (1), et l’important rapport de Gosselin sur l’immobilité i prolongée et le redressement dans le traitement du mal de Pott (2).]
ARTICLE V