MAL DE POTT
[L’affection chronique des vertèbres connue sous le nom de mal de Pott n’était aas ignorée des anciens. Hippocrate et Galien en font mention. Avicenne en oune une description qui laisse peu à désirer. Marc-Aurèle Séverin et Mercuualis lui accordent d’assez longs développements. Traugott Gerber en 1735, conitdère les gibbosités comme un effet des tubercules vertébraux. Delpech (1) fit revivre ces idées cent ans plus tard, et en 1830, Serres, de Montpellier (2), soutint u même doctrine. En 1835, Nichet, de Lyon (3), publia plusieurs observations de mal de Pott, engendré par la présence de tubercules. Parise (4), Tavignot (5 J et mitres firent de même. Enfin, les recherches de Nélaton (6) achevèrent de faire ddmetltrc la nature tuberculeuse du mal de Pott. Cependant plusieurs auteurs modernes, Broca (7) et Lebert [8) entre autres, se refusèrent à considérer la carie eertébrale comme tuberculeuse dans tous les cas. Le tubercule infiltré de Nélaton sst surtout mis en doute et considéré comme une ostéite simple.
§ I. — Définition, synonymie, fréquence.
On donne le nom de mal de Pott à une affection caractérisée par une ostéite hhronique des vertèbres, provoquée par la présence de tubercules ou indépendante de cette production morbide. Celte maladie est aussi désignée par les expresiions de carie vertébrale , d 'affection tuberculeuse des vertèbres (Delpech), 'ostéite vertébrale (Sanson), de phthisie vertébrale , de mal vertébral , de gibbosité, etc., etc.
§ II. — Causes.
Le mal de Pott est surtout fréquent chez les enfants, il devient plus rare dans . adolescence, et l’on a assez rarement l’occasion de l’observer chez l’adulte. Le tempévkent lymphatique etla complexion scrofuleuse y prédisposent indubitablement ndis que deux ordres de causes déterminantes provoquent la carie vertébrale :
’ Ce sont des causes générales comme la tuberculisation et le rhumatisme, celuibeaucoup plus rarement, il faut le reconnaître, que la première ; 2" des violences (térieures, comme les contusions, les distorsions de la colonne vertébrale l’ac- )n directe du froid.
On a accusé la masturbation d’être la cause la plus puissante et la plus com-
('!) DtelPech> Traite des maladies réputées chirurgicales, t. III, et Traité dorthomorphie,
(2) Serres, Gazette médicale, 1830.
(3) Nichet, Mémoire sur la nature et le traitement du mal vertébral de Pott (Gazette
ddicalc, 1835). v
(h) Parise, Des tubercules des os (Archives générales de médecine juin 1843)
(5) Tavignot, l Expérience, 1844. ' J '*
<6) Nélaton, Éléments de pathologie chirurgicale, t. II.
(7) Broca, Gazette des hôpitaux, 1858.
U#) Lebert, Traité d’anatomie pathologique, in-folio, l. II.
V alleix, 5e édit. Y 27
ù18 MALADIES DE L’APPAREIL LOCOMOTEUR.
munc du mal de Pott, cependant, comme le fait judicieusement remarquer Nélaton (1): 1° la masturbation étant un vice commun dans l’enfance, on trouvera souvent celle cause si on la recherche à 1 occasion d’une maladie quelconque des eqfants; 2° l’affection tuberculeuse des vertèbres se montre très-souvent dans les premières années de la vie , à une époque où les enfants ne connaissent point encore l’onanisme.
§ III. — Symptômes.
La carie vertébrale s’annonce d’ordinaire par une douleur lixe sur un point du rachis. Cette douleur, d abord faible et passagère, tend à devenir continue et de plus en plus vive; elle se concentre le plus souvent dans une étendue peu considérable et vis-à-vis les vertèbres altérées, mais souvent elle s’irradie le long des nerfs qui émergent des trous de conjugaison correspondant aux vertèbres malades; delà des douleurs en ceinture, des constrictions épigastriques, des sensations morbides dans les cuisses. Les douleurs spontanées manquent cependant quelquefois, mais on peut le plus ordinairement provoquer la douleur par la pression ou la percussion des apophyses épineuses, des vertèbres affectées. Les douleurs du début finissent habituellement par disparaître au bout d’un certain temps ; c’est alors que commence pour la maladie une autre période.
On s’aperçoit alors que la colonne vertébrale s’infléchit en avant, que les apophyses épineuses deviennent plus saillantes et qu’une gibbosité se dessine. Cette gibbosité peut se déclarer tout d’un coup, d’une manière brusque, sans la provocation d’un effort quelconque ; mais habituellement elle met un temps assez long à se produire.
La formation de la gibbosité entraîne à sa suite des désordres dus à la compression de la moelle et des racines nerveuses. Ce sont des contractures et de la faiblesse dans les muscles situés au-dessous du point comprimé, puis, la paralysie se prononce en même temps que de l’anesthésie dans les téguments, tandis que le I moindre attouchement provoque des mouvements réflexes étendus. Les troubles I de l’innervation se traduisent aussi dans les organes internes, la constipation et la rétention d'urine indiquent une paralysie du rectum et du réservoir urinaire.
Des abcès par congestion viennent poindre dans des régions éloignées du siège du mal.
Outre les symptômes que nous venons de décrire et qui dépendent plus ou moins directement de la carie vertébrale, il peut s’eu montrer d’autres qui ressortissent à la cause générale d’où émane la carie elle-même. C’est ainsi que des signes de tuberculisation du poumon viennent révéler la nature du mal vertébral dans beaucoup de cas.
§ IV. — Marche, durée, terminaison.
L’évolution du mal de Pott peut se diviser en trois périodes : 1° la période du début, caractérisée par la douleur locale et les irradiations douloureuses le long des nerfs intercostaux et lombaires; 2° la période de déformation pendant laquelle la carie amène la destruction des vertèbres, les abcès ossifluents* l’incurvation du
(1) Nélaton, Pathologie chirurgicale, p. 115.