ROUGEURS EN PLAQUES, CONGESTIVES OU INFLAMMATOIRES
ARTICLE PREMIER
ÉRYTHÈME.
§ I. — Définition, synonymie, fréquence.
[On désigne .sous le nom générique d 'érythème, une affection cutanée fréqucm- ( rment observée, caractérisée dans sa période d’état par des taches congestives, 1 1 rosées ou rouges, larges, n’occasionnant pas de démangeaisons prononcées et se tterminant par résolution, en présentant ou non une desquamation légère (Bazin).
§ H. — Causes.
L’élude des causes et des différences de nature de l’érythème domine toute son I histoire, non-seulement au point de vue des classifications, mais surtout à celui de lia pratique, sous lequel nous devons principalement l’envisager.
Nous reconnaîtrons à l’érythème deux groupes de causes, les unes externes, les ; autres internes. Cette différence dans l’origine de l’affection cutanée se trahit sou- ■ vent aussi par d’autres encore dans les caractères physiques de l’éruption, et souvent par la concomitance de quelques phénomènes particuliers.
Causes externes. — 1° Les unes agissent directement à l’extérieur : frottement répété de deux surfaces contiguës du corps, surtout chez les enfants et les personnes plus ou moins chargées d’embonpoint; — action du froid; — action du calorique, seule ou combinée à celle d’une lumière vive, telle que celle due à l’électricité (1); — contact des flueurs blanches, des flux gonorrhéique et dysentérique, des urines et des matières fécales; contact du fluide Acre qui, dans le coryza, s’écoule des narines sur la lèvre supérieure (Cazenave et Schedel) ; — contact de substances irritantes étrangères à l’économie; existence de parasites végétaux (Bazin). — 2° Les autres causes externes agissent indirectement : ingestion de substances irritantes, — administration du baume de copahu (?).
Causes internes. — L’érythème de cause interne, ou symptomatique, s’observe fréquemment, chez les enfants à l’époque de la dentition, et chez les femmes lors des évacuations menstruelles, à l’époque critique (Valleix), au début d’une maladie fébrile, dans le cours de l’état puerpéral. — L’érythème, enfin, peut être considéré comme l’une des manifestations de la scrofule (Bazin, Hardy), de la syphilis (Devergie), de l’arthritis (Bazin).
§ III. — Symptômes.
Nous décrirons d’abord l 'érythème simple, celui qui reconnaît pour cause évidente l’une de celles du premier groupe; quant aux autres espèces ou va-
(1) Charcot, De l'érythème produit pur la lumière électrique ( Comptes rendus des séances de la Soc. de biologie , 2e série, t. V, p. 63).
AFFECTIONS ET MALADIES DE LA PEAU
riétés d'érythème qui offrent des caractères particuliers, nous en dirons quelques mots seulement, ainsi que des opinions relatives h leur nature.]
1° Erythème simple , — Il est rare de voir cet érythème précédé de symptômes généraux. Quand il en existe, ils consistent en un malaise général, une légère anorexie, un peu de lassitude.
Il est constitué par des taches d’une étendue très-variable et irrégulières. Ces taches sont d’un rouge un peu vif; elles sont très-superficielles et disparaissent sous la pression du doigt, pour se reproduire immédiatement après.
La limite de ces taches est loin d’être aussi distincte que pour celles de l’érysipèle ; le plus souvent, au contraire, la rougeur érythémateuse se perd insensiblement vers les points de la peau qui ont conservé leur teinte normale.
Il y a, dans le point occupé par ces taches, une chaleur un peu plus vive que dans les points restés sains ; cela doit s’entendre surtout de la sensation éprouvée par le malade. La douleur est presque toujours très-peu vive ; c’est un léger sentiment de cuisson qui, par moments, devient plus aigu. C’est surtout lorsque les parties sont exposées à une vive chaleur que la douleur augmente.
[On a vu quelquefois, comme cela s’observe à la suite de frictions mercurielles, les plaques érythémateuses se recouvrir de vésicules eu de pustulettes qui se déchirent au bout de peu de jours et se dessèchent en croûtes légères ( érythème vésiculo-pustuleux de Hardy) (1).]
On décrit encore sous le nom d'interlrigo , l’érythème qui résulte d'uu frottement de deux surfaces contiguës ; en pareil cas, il existe parfois un suintement séro-purulent d’une odeur fade; Y érythème fugace est celui qui se montre et disparaît promptement dans le cours d’un mouvement fébrile continu ou intermittent ; Y érythème centrifuge , variété rare décrite par Biett, est remarquable par l’élévation des plaques et leur rougeur au pourtour, et aussi par leur début, car elles commencent par un point papuleux qui prend un accroissement excentrique.
[Quant aux érythèmes pellagreux et acrodynique, ils seront étudiés h propos des deux états pathologiques dans lesquels on les rencontre.
2° Erythèmes circiné et marginé. — Ces deux variétés sont caractérisées par de*
plaques formant des cercles dont le centre est tout à fait sain. Les plaques ou taches sont rouges, violacées ou vineuses, nettement circonscrites par des bords qui, tantôt, sont relevés au-dessus des parties environnantes (E. marginé ), cl tantôt ne forment aucune saillie [E. circiné).]
3° Érythème papuleux. — Cet érythème est couslitué par des plaques d’une petite étendue, légèrement saillantes, semblables à des papules. Les plaques sont d’abord rouges , mais deviennent ensuite violacées , comme toutes les parties enflammées dans lesquelles l’inflammation se termine par résolution. Du reste , la tuméfaction qui constitue ces plaques ne tarde pas à diminuer , car il est rare qu’elle dure plus de deux jours, et l’érythème est réduit alors à la simple rougeur.
U° Érythème tuberculeux [erythema tuberculatum de "Willan). — Cette variété ne diffère de la précédente que par la persistance des plaques. Elles deviennent plus saillantes, ce qui les a fait comparer aux tubercules de la peau.
(1) Follin, Traité de pathologie externe , t. 11, lre partie, p. 3. Paris, 1863. — Hardy, Leçons sur les maladies de la peau> 2° partie, p. 27. Paris, 1863,
ÉRYTHÈME. • — SYMPTÔMES. Ô3l
5° Érythème noueux. — Cette variété est, beaucoup plus fréquemment que I toutes les autres, précédée de symptômes généraux (soif, anorexie, léger mouvei ment fébrile).
Les taches sont un peu élevées vers le centre, et leur largeur varie de 1 a ô ceni timètres de diamètre. Ces taches deviennent, au bout de quelques jours, de véritables petites tumeurs d’un rouge un peu sombre et douloureuses. La teinte ne tarde pas à devenir bleuâtre, les petites tumeurs se ramollissent, et, au bout de dix à quinze jours, elles ont disparu.
[Cette variété, assez commune, est quelquefois caractérisée par des traits plus accentués, et a presque l’importance d’une petite maladie. Quelques troubles digestifs et un léger mouvement fébrile précèdent son apparition; puis, les malades ressentent des douleurs de courbature, et alors on voit apparaître sur les membres une éruption particulière et caractéristique. Cette éruption n’est pas seulement limitée aux jambes, comme le disent quelques auteurs; nous l’avons constatée bien des fois aux bras, sur les parties latérales du tronc, et même à la face. Elle consiste en une rougeur légère, superficielle, généralement disposée par plaques arrondies, et qui recouvre diverses parties des membres. Les douleurs persistent pendant l’éruption, et affectent par leur mobilité une grande ressemblance avec le rhumatisme, d’où le nom d 'érythème rhumatismal que l’on trouve dans les anciens auteurs. Dans ces cas, elle a une durée qui peut s’étendre jusqu’à six semaines, deux mois, et il n’est pas rare de voir la maladie s’accompagner de troubles digestifs, tels que l’embarras gastrique et l’ictère.
Schœnlein (de Berlin) a décrit, sous le nom de péliose rhumatismale , une éruption caractérisée par de petites taches rouges, persistantes, ayant ordinairement leur siège autour des articulations des membres inférieurs, et s’accompagnant de douleurs dans les mêmes jointures, sans trouble appréciable de l’état général. F. Duriau et Maximin Legrand (1) ont facilement démontré que cette affection n’est nullement inconnue, et qu’elle est identique avec l’éruption désignée depuis longtemps par les médecins français et anglaissous le nom d' érythème noueux ou rhumastimal (Racle).]
[« L’érythème noueux peut revêtir des allures de chronicité par suite d’éruptions successives qui se font pendant plusieurs mois, pendant même une ou deux années. Dans cet état chronique, on a vu quelquefois les tumeurs noueuses des jambes se prolonger, se ramollir et s’ulcérer ; ces ulcérations sont arrondies, taillées à pic et ont un fond grisâtre; elles simulent des ulcères syphilitiques. L’observation attentive du malade, l’existence de tumeurs noueuses non ulcérées, l’examen des antécédents , feront éviter l’erreur. Cet étal de chronicité de l’érythème avec ou sans altération, paraît se rattacher aune affection scrofuleuse qui donne à la maladie son aspect insolite. «(Hardy. ) Trousseau hésite toutefoisà voirdans cette affection à formes étranges décrite par Hardy, la même maladie que le véritable érythème noueux (2).
Telles sont les variétés et espèces principales de l’érythème, à peu près généralement admises; quant à leur nature, elle est encore discutée, et si, pour l’érythème noueux, on s’accorde à le regarder le plus souvent comme lié à l’existence
(1) Duriau et Maximin Legrand, De la péliose rhumatismale (Reçue médicale , 1858).
(2) Trousseau, Clinique médicale de /’ Hôtel-Dieu , t. I, p. 290. Paris, 1861. — Voyez
aussi, sur ce sujet, L. Odier, in Gazette médicale de Parist p. 738, 3e série, t. XX, année 1865. »
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du rhumatisme (Rayer, Bouillaud, Schœnlein), tous les auteurs ne partagent pas I opinion qui fait des érythèmes marginé, papulo-tuberculeux, noueux, et dans certains cas aussi, de l’érythème circiné et de l’intcrtrigo, des affections arthritiques. — V érythème circiné arthritique de Bazin serait précédé ou accompagné de bronchite, de laryngite, d’ecchymose sous-conjonctivale; en outre, son apparition simultanée sur les mains et sur la face achèverait de le distinguer de l’érythème circiné parasitaire, dans lequel les divers groupes ne s’observent que successivement, la germination du végétal nécessitant un certain temps.
Nous devons mentionner encore l'érythème pernion, l’érythème induré, et les érythèmes lisse et paratrime.
6° L'érythème pernion, ou engelure, consiste en une rougeur violacée avec tuméfaction des doigts cl des orteils, se terminant par résolution ou par ulcération. On considère, en général, cet érythème comme artificiellement produit par le froid; cependant, Devergie le range dans ses érythèmes symptomatiques d’une cause générale mal connue, et, dans le cas où les engelures persistent pendant tout l’hiver ou se prolongent même en été, on doit, jusqu’à un certain point, les rattacher à la scrofule (Bazin, Hardy).
7° Érythème induré. — C’est une affection exclusivement scrofuleuse, caractérisée par des plaques larges dont la coloration est la même sur tous les points, dont l’induration est sensiblement égale, et qui ne donne naissance à aucune douleur sous la pression des doigts (Bazin).
8° Quant aux érythèmes lisse et paratrime, qui se produisent en quelque sorte mécaniquement , on doit les regarder comme secondaires, attendu qu’ils surviennent comme complications d’une autre maladie : dans l’anasarque, par exemple, lorsque le tégument est considérablement distendu ; souvent alors, à une époque un peu plus avancée, on observe au-dessous de la surface érythémateuse, la gangrène de la couche profonde du derme et du tissu cellulaire. L’érythème paratrime apparaît plus particulièrement sur les points déclives, et tout récemment, O. Larcher a pu l’observer sur plusieurs points de l’un des membres inférieurs d’une nouvelle accouchée]
Le diagnostic de l’érvthème n’est pas assez important pour que nous y insistions. Nous verrons, en effet, plus loin que l 'érysipèle, Y urticaire, etc. , diffèrent essentiellement de cette maladie, et il suffira de comparer les descriptions.
Le traitement de cette affection est bien simple. Dans Y érythème simple, il suffit de boissons rafraîchissantes. S’il s’agit de l’intertrigo dû au frottement de deux surfaces contiguës , il faut, et c’est une pratique vulgaire, saupoudrer les parties avec une poudre absorbante , comme la poudre de lycopode , de bois vermoulu, d'amidon.
« Les érythèmes ou rougeurs morbides qui apparaissent souvent, dit A. Cazenave, chez les femmes, à l’époque critique, qui coïncident avec un retard ou une suppression du flux menstruel , réclament l’emploi des émissions sanguines, des délayants, un régime doux et des moyens applicables à un état pléthorique. »
[Enfin, dans les cas où l’érythème paraîtrait se rattacher à l’arlhritis ou à la scrofule, on devrait, indépendamment du traitement local précédemment indiqué, avoir recours à une médication générale appropriée, c’est-à-dire à l’usage des alcalins ou des antimoniaux, dans le premier cas; à celui du fer, de l’iode, etc., dans le second. ]