ÉRYSIPÈLE
L’ érysipèle csl l’inflammation de la peau (érysipèle simple), s’étendant parfois uu tissu cellulaire sous-cutané (érysipèle phlcgmoneux), partant ordinairement l ’un point central pour s’étendre aux parties voisines (érysipèle lixc), parfois rampant, pour ainsi dire, sur la surface cutanée, en envahissant de proche en proche unie grande étendue du corps (érysipèle ambulant). Cette simple définition suffit, U il est inutile d’y ajouter les principaux caractères symptomatiques de l’aft'eciiion.
L’érysipèle a reçu un grand nombre de dénominations : ainsi on l’a appelé ignii ucer, febris erysipelatosa, roso, feu Saint- Antoine, mal des ardents , feu sairé , etc. Le nom d’ érysipèle est aujourd’hui généralement employé.
L’érysipèle est une maladie assez fréquente; nous verrons plus loin quelles sont «s parties qui en sont le plus fréquemment atteintes, et quelles sont les formes iu’011 observe le plus ordinairement.
§ IL — Causes.
1° Causes prédisposantes. — Les renseignements sur l’influence de l'uge sont Lssez vagues. Les diverses parties du corps ne sont pas également sujettes à l’éry— i|ipèlc aux différents âges. Chez les nouveau-nés, l’érvsipèle se montre principalement sur l’abdomen; chez les adultes, à la face, et chez les vieillards, aux mémoires, et surtout aux membres inférieurs.
Sexe. — Les femmes sont un peu plus prédisposées à l’érysipèle que les nommes; c’est ce qui résulte des relevés de Louis, Chomel et Blache.
[On a quelquefois l’occasion de voir des érysipèles liés, périodiquement, chez wes mêmes personnes à l’apparition du flux menstruel. Follin (l) signale de pareils laits; on en retrouve aussi dans J. Frank, et dans plusieurs autres auteurs. Béhier •n a relaté deux cas, dont l’un est à analogue à ceux auxquels nous faisons alluion ; tandis que le second a été recueilli sur une personne parvenue à l’âge de la nénopause et chez laquelle les règles furent, à époques exactement corresponlantes, remplacées par des érysipèles de la face (2).]
Climats , saisons. — On pense que l’érvsipèle est plus fréquent dans les climats hauds, et quant aux saisons, Chomel et Blache disent que le printemps et l’auomne favorisent le développement de l’érysipèle.
L 'alimentation excitante et l 'abus des boissons alcooliques seraient, d’après uelques auteurs, des conditions favorables à la production de cette maladie; mais en n’est moins prouvé.
Constitution médicale. — Une multitude de faits nous apprennent qu’à ceruines époques les érysipèles sont très-fréquents. Alors la moindre lésion à l’enve-
(1) Follin, Traité de pathologie externe , t. II, lrc partie,p. IG. Paris, 18G3.
(2) J. Béhier, Conférences de clinique médicale , p. 27 et 28. Paris, 18G4.
Valleix, 5e édit.
AFFECT J ONS ET MALADIES DE LA PEAU
loppe cutanée devient la cause déterminante d’un érysipèle, (l’est au point (pie les chirurgiens n’osent pas entreprendre la plus simple opération. Ou’v a-t-il dans l’état de l’atmosphère (pii puisse rendre raison de celte fréquence extrême de l’érysipèle? C’est ce qui n’a pu être déterminé jusqu’à présent.
Hérédité. — On a rapporté des faits qui semblent prouver que, dans certaines familles, l’érysipèle se produit spontanément avec une grande facilité, et aussi sous l’influence de la cause la plus légère. Ce qu’il y a de certain, c’est que quelques individus sont particulièrement disposés à l’érysipèle et en sont fréquemment atteints. On en voit qui, sans cause connue, ont, une ou deux fois par an, un érysipèle de la face.
Etat de santé. — L’état de santé des individus mérite une mention particulière, non-seulement parce que l’érysipèle se produit avec une grande facilité chez des sujets déjà plus ou moins gravement malades, mais encore parce que, lorsque la santé est altérée, l’érysipèle a une bien plus grande gravité. C’est ainsi que Louis a pu établir que l’érvsipèle de la face, lorsqu’il survient chez un individu sain et robuste, se termine toujours par la guérison, tandis que, dans des conditions opposées, il peut occasionner la mort. On voit, dans des cas (pii ne sont pas très-rares, un érysipèle, et surtout un érysipèle ambulant, venir, vers la fin des maladies chroniques, hâter la mort des malades.
[Certains états pathologiques font cependant exception à la règle que Louis paraît avoir voulu établir. C’est ainsi que, selon Bazin, l’érysipèle, « une complication des plus communes dans la scrofule, loin d’aggraver la maladie, semble plutôt en hâter la solution favorable (1). » Hardy, qui reconnaît combien les scrofulides sont souvent compliquées d’érysipèle, enseigne aussi, « qu’à la suite de cette maladie intercurrente, on voit ordinairement une modification heureuse de la scrofule cutanée et quelquefois même la guérison (2). » Hillairet et O. Larcher ont eu constamment l’occasion de remarquer la bénignité des érysipèles, non- seulement dans le cas particulier des malades atteints (le scrofulides, mais encore, d’une manière générale, chez tous les malades porteurs d'affections chroniques de la peau (3).]
2° Causes occasionnelles. — Nous venons de voir combien est grande la part de la prédisposition dans la production de l’érysipèle; elle est telle que, suivant plusieurs auteurs, l’action des causes extérieures ne suffit jamais pour produire cette maladie, et il est difficile de ne pas partager cette opinion, bien que, dausi quelques cas exceptionnels, une irritation vive et prolongée de la peau ail paru déterminer par elle-même l’érysipèle.
Nous savons que certaines lésions sont favorables à la production de cette ma-| ladie : ainsi l’œdème, l’éiéphan tiasis des Arabes, les ulcères, les varices, etc. Cer-|| taines opérations paraissent devoir aussi, plus que les autres, être rangées parmi ) les causes déterminantes : ce sont principalement celles qui se pratiquent sur la| face. On sait que l’érysipèle abdominal des nouveau-nés est souvent occasionné par V inflammation de la veine ombilicale.
(1) Bazin, Leçons sur la scrofule , p. 112, 2e editfon. Paris, 186J.
(2) Hardy, Leçons sur les maladies de la peau , lrc partie, p. 137, 2e édition. Pans,
(3) 0. Larcher, Des lésions de la peau dans leurs rapports avec cT autres états morbide».