‹ Guide du médecin praticien (volume 2)Chapitre 175 sur 494 · FURONCLE. — ANATOMIE PATHOLOGIQUE · texte numérisé non relu

FURONCLE. — ANATOMIE PATHOLOGIQUE

§ XV. — Terminaisons et complications

Nous avons indiqué déjà la terminaison la plus ordinaire du furoncle ; la suppuration : toutefois, celle-ci peut manquer, et la petite tumeur s’affaisser graduellement par une sorte de résorption lente des éléments qui la constituent ; mais on constate longtemps encore un noyau d’induration au niveau duquel la peau conserve une teinte rougeâtre ou violacée (Bazin, Follin, etc.). Dans d’autres cas, Aliberl a vu le furoncle qu’on croyait arrêté, ne pas tarder à reparaître, le travail inflammatoire se ranimer et tous les phénomènes recommencer.

Dans un autre mode de terminaison, il se produit une gangrène étendue de la peau qui recouvre la petite tumeur.

Au point de vue des complications qui peuvent dépendre du siège même du furoncle, nous citerons ces gros clous situés à la région antérieure et latérale du cou et qui ont quelquefois amené de la difficulté dans la respiration et la déglutition (Follin).

Mais, une complication d’un autre ordre et d’une importance très-grande, est la phlébite purulente qu’on observe assez souvent dans l’anthrax (1) et qui paraît, d’après quelques faits récemment publiés (2), s’être manifestée aussi à la suite de furoncles du visage. La maladie a pris dans ces cas un terrible caractère, et l’on a pu suivre, au milieu de phénomènes généraux très-graves, la propagation de la phlébite à travers l’orbite. A l’autopsie on a trouvé les traces d’une phlébite faciale qui avait pris naissance dans le foyer du furoncle, et de là s’était étendue, par la veine ophthalmique, dans le crâne, au sinus caverneux et même à d’autres sinus.

§ V. — Anatomie pathologique.

La lésion caractéristique du furoncle est le bourbillon, autour duquel se produit une suppuration éliminatrice pinson moins abondante. C’est sur lui que les auteurs ont émis des opinions différentes : tandis que la plupart des chirurgiens, avec Dupuytren, le regardent comme une eschare celluleuse, résultant de l’étranglement inflammatoire d’un ou de plusieurs paquets cellulo-adipeux, contenus dans les aréoles du derme qui ne se serait pas laissé distendre ; Gendrin (3) considère ce corps blanchâtre comme ayant la composition des fausses membranes, et Nélaton (4) soutient (pie le bourbillon est un produit de sécrétion pseudo-membraneuse, analogue aux fausses membranes qui se développent sur les séreuses enflammées : « Ce produit est primitivement très-adhérent au tissu cellulaire dense et rouge qui l’entoure; mais un fluide d’ahord albumineux, puis un véritable pus, est épanché autour de lui ; il devient moins adhérent, se détache, s’isole et flotte comme un corps étranger dans la petite collection qui s’est formée, jusqu’à ce que

(1) Voy. Follin, Traité (le pathologie externe. Paris, 1863, t. Il, ire partie, art. Anthrax, p. .11 etsuiv. \oy. aussi P. llroca, Phlébite du pressoir d' Hérophi/e et des sinus latéraux, provoquée par un anthrax de ta nuque [Bulletin de lo. Société impériale de chirurgie, séance du 27 septembre 1865).

(2) Ch. Trüde, Hosp. Tidendc, 48,1859; 10, 1860, traduct. in Schmidt’s Jahr bûcher, t. CA, p. .502, sous ce titre : halle von plôtzlichem Tode bei. Furunkeln im Gesichte (cas de mort prompte dans des furoncles du visage).

(3) Gendrin, cité par Vidal (de Cassis), loc. cil., p. 536.

(4) Nélaton, Eléments de pathologie chirurgicale, t. I, p. 380.

AFFECTIONS ET MALADIES DE LA PE AL'

celle-ci s’ouvre

une issue au dehors et l'entraîne avec elle.

’> Follin a trouvé dans

le bourbillon, outre les exsudais plastiques et purulents, des fibres celluleuses trèsdistinctes. L’exsudât fibrineux qui constitue véritablement la plus grande partie du bourbillon entraînerait avec lui, dans sa gangue, une quantité plus ou moins considérable de fibres celluleuses, et tout cela servirait à former le produit en question (1). Ajoutons que, pour Vcrneuil, « le furoncle ne gagne le tissu cellulaire sous-cutané que consécutivement, car il siège dans un follicule pileux ou sébacé, et nullement dans les cavités aréolaires profondes du derme (2). <>

On évitera la confusion du furoncle avec la pustule maligne, en se rappelant que cette dernière commence par une vésicule qui repose sur une eschare grisâtre supportée par un noyau d’induration, puis en recherchant avec soin le cercle vésiculeux de la pustule maligne, qu’on ne retrouve jamais dans le furoncle (Follin).

Le mode de début du si/cosis, sa marche lente, son indolence relative, les papulopustules qui se" trouvent à la base des poils, souvent plus ou moins altérés euxmêmes, etc. (3), ne sauraient permettre la méprise (Bazin).

Vabcès dermique se distingue également du furoncle par sa marche lente, par son mode d’évolution, son indolence à peu près complète; enfin, et surtout, par l’absence de bourbillon et par les caractères objectifs de la tumeur, qui est arrondie, peu enflammée, souvent molle ou tout à fait fluctuante (h).

Le pronostic du furoncle n’inspire le plus ordinairement aucune crainte; nous avons vu qu’il se montre souvent comme phénomène critique à la fin de quelques maladies graves, et c’est seulement quand il se répète fréquemment chez les vieillards ou sur des individus très-aflaiblis qu’il acquiert quelque importance. Le pronostic du furoncle peut cependant tirer une certaine gravité, soit de son siège au voisinage de certains organes, soit de quelqu’une des complications que nous avons précédemment indiquées.

§ VII. — Traitement.

1° On a conseillé plusieurs moyens pour faire avorter le furoncle ; on peut, dans ce but, tenter V incision de la petite tumeur; mais les uns conseillent de cautériser, en outre, avec le nitrate d'argent la surface furonculeuse, tandis qued autres conseillent de s’en tenir il l’incision. Vidal (de Cassis), qui partage cet avis, pense qu’on ne doit d'ailleurs inciser que lorsque la douleur est très-vive et le furoncle très-volumineux. On a conseillé encore comme moyens abortifs, l’application locale de la teinture d’iode, l’usage de compresses trempées dans de 1 alcool rectifié a 40 degrés, ou l’emploi d’un mélange réfrigérant de glace et de sel marin (Hébra). Quant à l’application d’une ou de plusieurs sangsues sur la tumeur ou dans son voisinage, ce moyen réussit rarement, ou du moins demande, pour avoir quelque chance de succès, à être employé dès le début du mal ; aussi est-il généralement abandonné (Bazin).

(1) Follin, Traité de pathologie externe, t. II, lrc partie, p. 29.

(2) A. Verneuil, De l’hydrosadènite phlegmoneme (Arch. gén. de méd ., 1864, t. II, et 1865, t. 1).

(3) Voyez plus haut la description du sycosis.

(4) Bazin, Leçons sur les affections génériques de lu peau, t. H, p. 31 1 .

FUUONCLE. — TRA1TEMEM.

2’ Lorsque les furoncles récidivent et se succèdent avec une opiniâtreté souvent : remarquable, on doit d’abord prendre en considération les conditions hygiéniques aau milieu desquelles le malade est placé et les modifier suivant les circonstances. (Celte utile précaution, qui le plus ordinairement sera déjà très-favorable, trouverait un auxiliaire dans l’emploi de quelques purgatifs légers. Vidal (de Cassis) recomr mande, en pareil cas, d’avoir recours aux vomi-purgatifs , et il indique Yipéca- , cuanha et les pilules de Belloste comme propres 5 remplir cette indication. JRaycr (1) cite de son côté Y acide sulfurique donné à hautes doses par Fosbzoke, r qui recommande de l’administrer convenablement étendu d'eau , comme moyen t très-efficace pour prévenir la douleur et de nouvelles éruptions.

Les opinions sont d’ailleurs variables sur l’opportunité de l’emploi des purgatifs, et Sclnvoicli (2) en particulier, les accuse de donner des furoncles. Il préconise, ten revanche, la liqueur de Fowler , qu’il donne à dose progressive de quatre à six : gouttes par jour jusqu’à la dose de neuf gouttes. Mosse (3) enfin a encore conseillé I l’usage de la levure de bière, qu’il administre délayée dans de l’eau, à la dose de I trois cuillerées à soupe par jour.

Dans le cas où les furoncles sembleraient être une manifestation herpétique , Bazin conseille « d’avoir plus spécialement recours à l’arsem’c, mais en apportant unie grande réserve dans son emploi, car il n’est pas rare de voir des furoncles et ides anthrax nombreux et rapprochés sur des dartreux qui ont abusé des prépara-, Itions arsenicales. Les préparations alcalines , intus et extra ; l'eau de Vichy aux i repas ; une alimentation douce , surtout composée de viandes blanches et de légumes I herbacés; l’usage fréquemment répété de légers minorât ifs , seront mis en œuvre i contre le furoncle de nature arthritique » (à).

3° Le traitement local devra être surtout antiphlogistique. Les bains généraux, i les cataplasmes de farine de graine de lin arrosés de laudanum; les fomentations i émollientes et narcotiques; les oignons de lis cuits sous la cendre et mélangés à ll’oseiilc, remède autrefois si populaire, suffisent le plus souvent à calmer la dou- I leur qui précède l’expulsion du bourbillon. Dans les cas où la maturation complète i de la tumeur et le travail suppuratif viendraient à languir, on les favorisera par l’ap- I plication d’un emplâtre de diachylon, ou en enduisant les cataplasmes d 'onguent de la mère. L’ouverture une fois établie, il faut, par une pression méthodique, provoquer la sortie du bourbillon, lorsque son expulsion tarde trop à se faire.

I L’incision, dont nous avons déjà indiqué le degré de valeur comme moyen abortif, i revient encore ici en question; un certain nombre de malades chez lesquels la i douleur est très-vive et le furoncle très-volumineux, sont alors les premiers à la i réclamer. Cependant, tandis que Dupuytren (5), admettant l’existence d’un ceri tain étranglement des tissus, conseille une large incision cruciale, et qu’il cite un 1 exemple dans lequel, après elle, tous les accidents disparurent; Nélalon s’élève 1 contre cette pratique, et admet que, dans l’immense majorité des cas, le décidément prolonge les accidents, loin de hâter leur résolution. Cependant si, comme

(1) Payer, Traité (les maladies de la peau, t. II, p. 267.

(2) Schweich, cité par Gaudaire, loc. cit.

(3) Mosse, The Lancet , 1852, vol. II, p. 113.

(4) Bazin, Ixçons sur les affections génériques de la peau, t. II, p. 319.

(5) Dupuytren, Leçons orales de clinique chirurgicale, t. IV.

AFFECTIONS ET MALADIES J>E LA FEAL'

le pensent la plupart des autres chirurgiens, l’incision ne hâte point la guérison des furoncles, il faut du moins reconnaître, avec Follin, que cette petite opération fait cesser la tuméfaction douloureuse des parties, à la condition de comprendre bien toute l’épaisseur du furoncle. « On devra donc inciser les furoncles qui s’accompagnent de vives douleurs, tandis que pour les autres, on se bornera à y appliquer des toniques émollients (1). »]

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