DESCRIPTION ET MARCHE
2° TEIGNE TONSURANTE OU TRICHOPHYTIQUE.
§ I. — Définition, synonymie.
[La teigne trichophytique est une affection spéciale, qui se développe à peu près exclusivement sur le cuir chevelu et s’observe quelquefois, mais rarement, à la barbe. Elle est caractérisée par l’apparition de flocons et de lamelles blanches, qui forment une gaîne à la base des poils, et sont dus à la présence d’un parasite spécial (fig. 66) qu’on appelle triehophyton (Malmsten). La teigne tonsurante a encore reçu les noms de porrigine tonsurante (Alibert), teigne tondante (Mahon le jeune), trichophytieFw- 66.— Trichophyte tonsurant. — a, cheveu malade ' 1X7* avec une rupture dans un point j b9 filament sporo-
tonsurante (Hardy) , herpes tonsurant
fl
Mi
(Cazenave) , teigne tonsurante (Bazin).
phore articulé ; c, spores.
§ II. — Description et marche.
Dans une première période , en même temps qu’un prurit plus ou moins intense, il existe des. points rouges, légèrement saillants, ou même de véritables taches circulaires, dont les dimensions peuvent varier d’une pièce de 20 centimes à une pièce de 2 francs. Assez souvent aussi, quoique du reste leur durée étant trèséphémère elles passent inaperçues, on constate l’existence d’éruptions vésiculeuses, disposées en petits groupes, de nombre variable, qui tantôt demeurent isolés pendant toute la durée de l’affection, et tantôt se réunissent de façon à occuper de larges surfaces. La réunion des plaques éruptives a lieu presque toujours par l’extension des groupes qui existent déjà, et cette extension s’opère avec une régularité remarquable du centre à la circonférence, de sorte que la forme circulaire ne se perd jamais. Signalons encore des éruptions pustuleuses qui, dans certains cas, marquent le début de la maladie, et quelques formes papuleuses qui, sans être très-rares, sont cependant moins fréquentes que les autres éruptions, qui toutes, du reste, paraissent déterminées par la présence du parasite végétal (1).
Déjà dans cette première période, les cheveux offrent un commencement d’altération appréciable: les cheveux sont décolorés, ternes et secs; ils sont devenus friables et se brisent spontanément à un demi-centimètre environ de leur base : aussi ne peut-on les extraire que très-imparfaitement avec la pince à épiler. Tous les cheveux, du reste, ne sont pas altérés au même degré : sur les points où germe le triehophyton, et, à une époque rapprochée du début, les poils brisés sont rares ; mais, à mesure que la maladie avance en âge, ils deviennent plus nombreux, et la tonsure se dessine.
Dans la deuxième période , les démangeaisons persistent bien encore, quelquefois même aussi vives que dans la période précédente, nuis presque toujours plus
(1) Bazin, Leçons sur les affect, cutanées parasitaires, 2e édit,, p. 170.
018 AFFECTIONS ET MALADIFS DE LA PEAU
franches à cause de la disparition des éruptions symptomatiques. Toutefois, celles-ci ne se sont pas toujours atténuées quand la deuxième période commence, et les phénomènes qui appartiennent aux deux périodes se trouvent souvent réunis sur une même surface malade, les éruptions symptomatiques se montrant toujours à la circonférence, sur les parties récemment envahies.
Ce qui caractérise essentiellement la période actuelle, c’est l’apparition du parasite à la surface de la peau, immédiatement après la rupture des cheveux et pendant la formation des tonsures : il se montre sur les cheveux et sur l’épiderme en même temps. Sur les premiers, il prend la forme d’une gaine amiantacée d’un blanc mat, complète ou incomplète; dans ce dernier cas, au centre de là petite masse blanche constituée par le champignon , on voit un point noir qui répond a l’extrémité libre du poil cassé. «Mais plus souvent, la gaine est complète, et les cheveux entièrement cachés à la vue, ne se peuvent reconnaître qu’à la saillie de la matière cryptogamique. Ils simulent, quand ils sont nombreux, une surface couverte de gelée blanche. » (Bazin.) Le champignon qui se développe sur l’épiderme, dans les intervalles des cheveux, forme, par la réunion de ses éléments, une substance lloconneuse ou lamelleuse, dont la couleur blanche est un des caractères les plus saillants. Les surfaces couvertes de poils brisés et des llocons caractéristiques sont plus ou moins nombreuses; quelquefois il n’existe qu’une seule plaque ; plus souvent, il y en a plusieurs, qui tantôt sont isolées et tantôt se réunissent, de façon à former de larges surfaces tonsurées, sur lesquelles on retrouve des vestiges de la forme circulaire. Au niveau de ces surfaces malades, la peau est gonflée, bleuâtre, rugueuse, surtout quand on a intempestivement porté le rasoir sur la plaque tonsurée.
Si l’on examine, au microscope, un cheveu pris sur une plaque de teigne tondante, on est frappé tout d’abord de l’altération qu’offre sa racine: au lieu d’être arrondie, elle est aplatie, tronquée, quelquefois même détruite. « Le cheveu est coudé et présente, en certains points, des nodosités, des renflements olivaires qu’on ne rencontre pas quand il est sain : en ces endroits, il semble éclaté, crevé; et, loin de distinguer les deux substances, on n’aperçoit plus qu’un amas de spores. Au point où le poil est brisé (à quelques millimètres du cuir chevelu), la coupe n’est pas nette et régulière, le cheveu paraît comme épié, son extrémité ressemble à un pinceau, et ses fibres longitudinales sont écartées par des spores. Les organes reproducteurs du parasite ne se rencontrent pas uniquement dans le poil, on les trouve encore dans les squames et dans la poussière (pii s’attache aux poils (1). »
Dans la troisième période , de nouvelles éruptions symptomatiques se manifestent; mais, l'inflammation affectant des parties plus profondément situées, ces éruptions ont une durée plus longue et des caractères différents de ceux des éruptions primitives. Bientôt on ne voit plus ni gaines ni flocons ; les tonsures deviennent pustuleuses et se couvrent de croûtes jaunâtres ou brunâtres, au travers desquelles on voit souvent passer quelques poils flétris et brisés : la maladie, ayant alors changé d’aspect, est souvent confondue avec le favus et surtout avec la variété senti forme. 11 existe presque toujours, en même temps, des nodosités, de
(tj Hardy, Leçons sur tes maladies de tu peau, 2e partie. Paris, 1863, p. 172.
TEIGNE TONSURANTE. — ÉTIOLOGIE.
véritables tubercules cutanés ou sous-cutanés, des furoncles. Dans cette période, une sécrétion purulente assez abondante a lieu dans le follicule dont les parois sont enflammées dans toute leur étendue. Le pus joue alors, à l’égard du champignon qu’il baigne, le rôle d’un agent parasiticide; et le cryptogame, détruit en très-grande partie, est sinon impossible, au moins très-difficile à retrouver, à l’état de spores sur les poils (1).
§ III. — Etiologie.
La plupart des auteurs s’accordent aujourd’hui à reconnaître l'existence d’un parasite particulier dans la teigne tonsurante. Mais,, tandis que quelques-uns ne lui accordent qu’une place très-secondaire dans l’évolution de cette affection du cuir chevelu, un plus grand nombre de médecins pensent que le parasite détermine, par sa présence, le développement même de la lésion des cheveux et des éruptions diverses du tégument qui les porte. La teigne tonsurante n’existe guère que chez les enfants, quoique l’on puisse en rencontrer des exemples sur l’adulte, notamment à la barbe (Hardy). Les sujets qui, pour des raisons diverses, ne peuvent prendre tous les soins de propreté désirables, y sont les plus exposés : la peau couverte de sueur et parfois imprégnée de poussière retenant facilement les spores du cryptogame et paraissant présenter, dans cet état, les circonstances les plus favorables à la germination. Quant à la contagion, elle s’opère, soit par le transport à travers l’air des organes reproducteurs, soit par le contact direct (dans un baiser, à la suite de permutations de coiffures, ou par l’intermédiaire d’un rasoir). Deffis a pu, du reste, déterminer l’éclosion des spores du trichophyton, en les portant sous lepiderme avec la pointe d’une lancette.
Mais, dans l’origine parasitaire de la teigne trichophytique, un point important est sa relation avec l’herpès circiné et le sycosis. Ces trois affections avaient toujours été considérées comme distinctes et indépendantes les unes des autres quand, il y a quelques années, Bazin, puis Hardy, furent frappés de la ressemblance de l’herpès circiné et de l’herpès tonsurant, tel que Cazenave l’avait observé en 18ô0, sur un grand nombre d’élèves, dans un collège de Paris. Dans les faits rencontrés par Bazin et Hardy, il existait des plaques d’herpès, siégeant, partie sur le cuir chevelu, partie sur la peau du cou, un côté ayant les caractères de l’herpès tonsurant, tandis que l’autre avait tous ceux de l’herpès circiné : d’où la conclusion que les deux affections étaient dues au même parasite, et que la différence d’aspect tenait simplement au siège. Bazin prouva, en effet, et Baerensprung (de Berlin) après lui, que les deux parasites sont identiques entre eux, ce qu’admettent aujourd’hui Gibert, Cazenave et Devergie.
Quant à l’identité du sycosis parasitaire avec les deux affections précédentes, Bazin la déduit de ce que le sycosis, étant souvent précédé ou accompagné d’herpès circiné, l’examen microscopique y démontre, en outre, l’existence fréquente de mycélium et de spores qui offrent tous les caractères du trichophyton. Si, en effet, Gruby est le premier qui ail découvert dans le sycosis un parasite cryptogamique auquel il donna le nom de microsporon mentagrophites, Bazin et Ch. Robin ont démontré que ce champignon n’appartient pas à une espèce particulière, mais que c’est simplement un trichophyton plus ou moins altéré. Hardy, pour consacrer
(1) Bazin, toc, c/7.,p. 177.
AFFECTIONS ET MALADIES DK LA PEAU
le lien étiologique qui existe entre les trois affections que nous venons de rappeler, les a réunies sous une même dénomination, celle de trichophytie ; et il décrit une. tnhcophytie circinée (herpès circiné que nous avons décrit à l’article Herpès); une trichophytie tonsurante (teigne tonsurante ou trichophy tique); enlin, une trichophytie syçosiçue (sveosis parasitaire que nous avons décrit à l’article Sycosis). Les laits cliniques eux-mêmes confirment l’identité du parasite, puisque fréquemment on observe des plaques tonsurantes chez un enfant, quand sa mère, qui le soigne, présente aux mains des cercles de trichophytie circinée (Hardy), et puisque, chez un même sujet, à l’endroit où cessent les cheveux, on rencontre dans certains cas un disque de trichophytie qui présente l’aspect circiné dans une moitié et l’aspect (onsurant dans l’autre.
Cependant, tandis que Bazin considère les trois affections comme n’étant que des degrés divers du développement des parasites (l’herpès circiné constituant le premier, l’herpès tonsurant le deuxième, et le sycosis le troisième), Hardy pense donner une explication plus satisfaisante des manifestations diverses que produit le cryptogame (trichophyton), en les comparant avec les différents sièges qu’il occupe, l’herpès circiné se rencontrant de préférence sur des parties recouvertes de poils follets, l’herpès tonsurant se montrant surtout au cuir chevelu, et la barbe étant habituellement le siège du sycosis. Toutefois, ajoute cet auteur, l’herpès circiné s’observe aussi h la barbe et aux parties génitales, de même que l’herpès tonsurant et le sycosis peuvent se rencontrer simultanément, chez l’homme et chez la femme, sur toutes les parties recouvertes de poils (1).
§ IV. — Diagnostic, pronostic.
Nous renvoyons à l’article Teigne pelade, qui va suivre, ce qui a trait au diagnostic des différentes espèces de teignes.
La teigne trichophytique n’offre aucune gravité, car elle peut exister avec les attributs de la santé. Cependant, abandonnée à elle-même, elle peut déterminer de l’alopécie par suite de l’atrophie du follicule pileux. Il faut, par conséquent, si l’on veut éviter cette infirmité, recourir promptement aux moyens thérapeutiques.
§ V. — Traitement.
S’il existe des phénomènes inflammatoires, on les combat d’abord par des applications émollientes (bains de vapeur, lotions ou cataplasmes), puis on recourt à l’épilation, après quoi on fait pratiquer, matin et soir, avec la solution de sublimé indiquée précédemment (art. Fayus), des lotions sur les parties épilées. Hardy conseille aussi, quelque temps encore après la guérison, l’usage des onctions avec la pommade suivante :
IL Axonge 30 gram. 1 Sous-carbonate de potasse. 25 à 50 centigr.
Soufre là lgr,50 |
Ces onctions ont pour but de détruire les quelques spores qui pourraient avoir échappé, et qui ne tarderaient pas à répulluler, si l’on ne continuait pas assez longtemps l’usage des moyens parasiticides. ]
(1) Hardy, toc. cit ., p. 175.
teigne Pelade, —symptômes et marché.
3° TEIGNE PELADE (PORRIGO DECALYANS).
§ I. — Définition, synonymie.
[La teigne pelade est une affection spéciale, s’attaquant au système pileux sur tous les points de l’économie où il se rencontre, et en particulier sur le cuir chevelu. Elle est caractérisée par la chute des cheveux selon des surfaces arrondies et par la présence, au niveau de ces surfaces, d’un duvet cotonneux, au milieu duquel l’examen microscopique a fait découvrir un cryptogame particulier décrit sous le nom de Microsporon Audouini.
La pelade a encore été décrite sous les noms de porrigo decaluans (AVillan) et de vili/igo du cuir chevelu (Cazenave).
§ II. — Symptômes et marche.
Au début les cheveux deviennent ternes, secs, moins luisants, plus pâles en couleur et plus faciles à extraire. Le tégument a subi en même temps un léger gonflement et présente à sa surface une matière blanche ou grisâtre, constituée par la poussière champignonneuse. Plus lard, les cheveux tombent dans une plus ou moins grande étendue, et le cuir chevelu est alors manifestement gonflé, comme œdématié, avec cette différence pourtant qu’il ne conserve pas l’empreinte du doigt ; quant à la décoloration dont il est le siège, elle n’est pas constante, et c’est sur ce caractère que Bazin a fondé sa division de la pelade en deux espèces : pelade achromateuse, quand le cuir chevelu a perdu sa coloration ; pelade décal vante, quand il l’a conservée. Du reste, à la surface du tégument privé de ses poils, il est toujours facile d’observer un duvet très-fin sur lequel on aperçoit, à contre-jour, une poussière blanche champignonneuse (A. Hardy). A une époque encore plus avancée, si un traitement utile n’est pas intervenu, les poils ont complètement disparu et l’on ne trouve plus de traces de duvet ; le gonflement n’existe plus, et la décoloration, dans les cas où elle s’était déjà produite, est devenue persistante : il s’est produit une atrophie du cuir chevelu et une alopécie irrémédiables.
Dans les premiers temps, il s’est manifesté ordinairement un prurit peu intense et une démangeaison facile à supporter.
La pelade existe habituellement sous forme de disques arrondis, entourés de parties saines, «sur lesquelles les cheveux ne tendent pas à disparaître, par suite de la tendance envahissante du parasite. Le cuir chevelu n’est, du reste, pas exclusivement son siège, et elle peut envahir toutes les parties recouvertes de poils, de façon à produire, dans certains cas, une alopécie générale (t). Les plaques dégarnies de cheveux sont tantôt déprimées, et tantôt ne le sont pas. La cause de ces dépressions, constantes au cuir chevelu, absentes quand la pelade siège à la barbe, n’est pas nettement établie. Gela peut tenir, selon V. A. Racle (2), à ce que, dans le premier cas, les follicules pileux se vident de toutes leurs capsules; tandis que
(1) A. Hardy, Leçons sur les maladies de la peau, 28 partie, 2e édit., p. 181.
(2) V. A. Racle, addition au Guide du médecin praticien, par Valleix, 4e édit . t. V, p. 542,
dans le second, les capsules des poils follets restent dans le follicule et en soutiennent les parois. En effet, les plaques déprimées n’offrent à la loupe aucun poil follet.
Examen microscopique. — Le végétal parasite que cet examen permet de découvrir est bien différent de celui de l’herpès tonsurant : il s’en distingue non-seulement par les spores, qui sont plus petites et plus adhérentes, par la disposition des filaments (mycélium), mais encore et surtout par le siège. Ce champignon (Microsporon Andouini) ne pénètre pas dans l’intérieur du cheveu, dont la partie centrale a toujours paru intacte. Il est répandu non-seulement sur la tige, mais encore sur la capsule, et même sur le bulbe qu’il sépare de la papille; d’où la chute du poil (Bazin). Ces observations sont justiüées par l’examen des cheveux, qu’on n’a jamais trouvés rompus comme dans la teigne tonsurante; les poils follets qu’on voit sur les plaques sont tous des poils complets. Signalons seulement une divergence entre Grubv, pour qui le végétal siégerait exclusivement sur la partie aérienne du poil, et Bazin qui, comme on vient de le voir, refuse d’admettre celte opinion que partage cependant Ch. Robin.
§ III. — Diagnostic.
V albinisme frappe toutes les membranes, la membrane choroïdienne aussi bien que les cheveux, décolore le cuir chevelu, mais sans faire tomber les cheveux.
Le vililigo est le plus souvent congénital, tout à fait circonscrit, et n’offre aucun progrès dans l’étendue de ses plaques; une mèche de cheveux reste décolorée au milieu des autres, qui sont quelquefois très-foncés; mais les cheveux ne sont en rien altérés, ils ne se cassent pas, ne s’arrachent pas sans douleurs et n’offrent aucune sporule du Microsporon.
Nous donnerons ici les caractères distinctifs des trois espèces de teignes entre elles, tels qu’ils ont été résumés par A. Hardy (1) :
« Dans Y herpès tonsurans, on n’observe pas de croûtes, mais des squames grisâtres; les cheveux sont, il est vrai, secs et décolorés, mais ils sont cassés à peu de distance de leur racine, et entourés d’une gaine floconneuse et blanchâtre; dans le favus, au contraire, les cheveux sont tombés complètement ou persistent dans toute leur longueur avec une sécheresse et une décoloration que nous avons indiquées. » Dans quelques cas, l’herpès tonsurant se complique d’une éruption impétigineuse qu’il est assez difficile de différencier des croûtes du favus. Le diagnostic se tire alors de la couleur des croûtes, qui n’est pas la même dans les deux affections, de l’aspect différent des cheveux, et si l’embarras persiste, l’examen microscopique des parties malades lèvera tous les doutes ; toutefois, Vachorion n’est pas toujours facile à distinguer du trichophyton, quoique les spores soient cependant plus grosses et plus nombreuses dans le favus, et que les fibres longitudinales des cheveux y soient rarement aussi altérées que dans l’herpès tonsurant. La teigne pelade est toujours beaucoup plus facile à reconnaître: ainsi elle ne présente ni croûtes, ni éruptions concomitantes; elle est caractérisée seulement par une décoloration des téguments, et par une alopécie partielle, dans laquelle, après être tombés les cheveux ont été remplacés par des poils follets.
Le favus en cercles, s’il pouvait être confondu avec la teigne pelade, ne le serait
(1) A. Hardy, loc. vit., p- 154 el 155.
T RUINE PliLADE. — DIAGNOSTIC.
qu’après la chute des croûtes, ou même seulement après guérison complète ; mais le malade fournit des renseignements trop caractéristiques pour permettre longtemps le doute.
Contrairement à ce qui s’observe consécutivement à d’autres états pathologiques altérations diverses de la santé générale, ou maladies locales du cuir chevelu, tels (pie : érysipèle, pityriasis, eczéma, impétigo, acné sébacée concrète, etc.), à la suite des maladies parasitaires qui nous ont occupé dans cet article, l’alopécie, au lieu d’être disséminée sur tout le cuir chevelu, est ordinairement circonscrite et bornée à l’endroit occupé par les mycodermes ; elle devient cependant générale lorsque la couche parasitaire s’étend à tout le cuir chevelu. Celui-ci, lorsque l’alopécie est d’origine favique, est sec, luisant, aminci dans les endroits qui ont été atteints, et ressemble à un morceau de parchemin ou de toile cirée (1). Nous avons déjà indiqué précédemment l’élargissement des plaques de teigne pelade ; elles peuvent, en se réunissant, donner ultérieurement naissance à une alopécie générale, et il n’est pas très-rare de voir ainsi des malades atteints de cette affection singulière, chez lesquels il n’existe plus aucun poil sur toute la surface du corps, si ce n’est quelques rares et légers poils follets (Hardy).
I/alopécie syphilitique ne saurait, du reste, être confondue avec|celle que peuvent déterminer les diverses teignes, même les plus généralisées. Voici d’ailleurs les caractères qui lui sont propres et que nous empruntons à Diday (2) :
« C’est quinze jours ou trois semaines environ après le début des accidents secondaires que les cheveux commencent à tomber. La chevelure s’éclaircit, mais jamais elle ne disparaît en totalité. Quand l’affection atteint un haut degré, ou quand elle a produit un état chloro-anémique prononcé, l’alopécie ne se borne pas au cuir chevelu ; les sourcils, les cils, les poils de la barbe, du pubis, ceux de tout le corps, subissent le même sort, et leur absence donne à la physionomie de l’individu un aspect aussi compromettant pour lui qu’il est caractéristique pour le médecin. Et non-seulement quelques cheveux sont tombés, mais ceux qui restent ont perdu leur apparence normale. Secs, grêles, ternes, cassants, on devine qu’ils sont condamnés avant même qu’ils ne s’ébranlent. Un homme qui offre cette lésion se reconnaît à distance; quoiqu’il ait ses cheveux, il a l’air de porter perruque.
» Les lésions qui, à cette période delà syphilis, s’observent au cuir chevelu sous forme de petites croûtes, contribuent à la chute des poils. Mais l’alopécie est loin de se borner aux points, très-circonscrils d’ailleurs, occupés par cette éruption; la cause est, en effet, plus qu’une influence locale ; elle vient d’un défaut de vitalité, de la déglobulisation, de l'appauvrissement spécial qui a frappé le sang. » Selon Diday, la débilitation qui donne lieu à l’alopécie syphilitique étant essentiellement passagère, la chevelure et les poils peuvent, au bout de quelques mois, revenir a 1 état normal, à moins qu’il ne s’agisse de sujets prédisposés héréditairement à la calvitie, ou touchant à la quarantaine au moment où ils ont contracté la syphilis.
(1) A. Hardy , Nouveau "Dictionnaire de médecine et de chii'uroie pratiques. Paris, 1804, I. I, p. 756.
(1 2) D‘dny, Dictionn. encyclop . des sciences rnél. Paris, 1865, t. III, p. 331.
OJZl affections et maladies de la peau.
§ IV. — Etiologie.
La pelade est essentiellement contagieuse, et se transmet par un contact médiat ou immédiat. La malpropreté, les habitations humides et tous les troubles qui surviennent dans l’hygiène, et par suite dans la santé générale, entraînent une prédisposition favorable au développement du parasite. L’âge, le sexe, ne paraissent exercer aucune influence; peut-être cependant la maladie est -elle plus fréquente chez les enfants (Hardy).
§ V. — Traitement.
Ici encore, comme dans les deux autres teignes précédemment décrites, il faut recourir à l’épilation et aux mêmes agents parasiticides. Tant que les follicules pileux ne sont pas détruits complètement (auquel dernier cas tout traitement serait inutile), on peut compter sur la guérison, et les cheveux repoussent presque aussi beaux que précédemment. L’épilation, souvent fort difficile, parce que les poils de duvet se rompent facilement sous la pince, ne doit pas se borner aux parties dénudées; elle doit s’étendre aux cheveux environnants, lesquels sont généralement peu adhérents (1). ]