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DIFFORMITÉS ET COLORATIONS ANORMALES

malade, et nécessiter même une intervention active qui ne paraît pas compter encore de succès. Mais, nous avons hâte de le dire, de pareilles conditions sont exceptionnelles, et d’ordinaire, les difformités et colorations anormales de la peau n’ont d’autre inconvénient que celui de nuire à la beauté régulière du tégument.

I, — parmi les colorations anormales variées, que peut présenter la peau, les unes sont générales, les autres partielles; mais, indépendamment des différences tirées de l’un ou l’autre de ces caractères, elles doivent surtout êlre distinguées, suivant leur siège, selon qu’elles sont dues à une absence de matière colorante [pigment) ou à Y accumulation d'une matière colorée quelconque, soit à la surface, soit dans l’épaisseur du tégument; selon, enfin, la nature et Y origine de cette matière colorée.

Ainsi comprise, l’étude des colorations anormales devra ne pas êlre trop étendue dans un livre de la nature de celui-ci : nous laisserons de côté cette décoloration congénitale et générale de la peau et de plusieurs autres tissus, qui appartient aux albinos et qui résulte de l’absence du pigment (1); nous ne parlerons pas non plus de cette coloration particulière qui a valu à la peau le nom de peau bronzée ( bronzed skin), dont l’étude a ôté faite précédemment dans un chapitre consacré à la maladie d’Addison (2).

Une teinte bronzée, particulière, s’observe parfois encore à la peau.] Dans la majorité des cas, elle est due à l’administration du nitrate d’argent , et alors la coloration est plus foncée. Elle se manifeste ordinairement assez longtemps après qu’on a commencé l’usage de ce médicament. La peau prend d’abord une teinte bleuâtre, puis légèrement bronzée, ce qui est surtout sensible quand les parties sont exposées au soleil. Cette coloration, qui est générale, est plus intense aux endroits où la peau est plus fine et exposée à la lumière, comme à la face et aux mains. Peu à peu elle se fonce davantage, et devient presque noire. Les conjonc tiveset la muqueuse des lèvres et d’une partie de la bouche ont une teinte livide. Au visage, sous l’influence des causes qui produisent la pâleur, la teinte paraît mo mentanément plus foncée; elle l’est moins quand l’individu affecté rougit. Les poils sont exempts de la coloration anormale.

Cette teinte, qui ne s’accompagne d’aucun trouble, persiste le plus souvent d'une manière indéfinie, et résiste h tous les efforts de la thérapeutique. Biett avait vainement eu recours aux bains excitants, alcalins et ferrugineux.

[ Le nitrate d’argent n’est, du reste, pas la seule préparation médicamenteuse dont l’administration détermine une coloration anormale de la peau. L’usage interne de la solution d ’arséniate de soude , dans le traitement du psoriasis, fait naître aussi, à la peau, certaines taches sur lesquelles nous avons insisté précédemment (3).

Enfin, « l’administration interne de Yindigo produit une coloration bleue des

(1) Voyez, sur ce sujet : Maurice Haynaud, Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, t. I, p. 50G. Paris, 1864, art. Albimie, Albinisme, Albinos. (Indications bibliographiques.) LTysse Trélat, Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, t. Il, p. 401. Paris, 1865, art. Albinisme.

(2) Voy. tome 1, p. 635.

(3) Voy. plus haut, art. Psoriasis, p. 568.

Valleix, 5e édit.

AFFECTIONS ET MALADIES DE LA PEAU

ongles, (jette affection est moins grave que la teinte ardoisée du nitrate d’argent ; sa marche est moins insidieuse; et, comme elle se manifeste tout d’abord par des signes qui frappent, il est toujours possible d’en arrêter à temps les progrès, en supprimant la médication (1). »

Les colorations anormales de la peau, sur lesquelles nous nous proposons seulement de dire quelques mots, sont les nœvi , le lentigo, les éphélides , la chromidrose , le vitiligo.

IL — Quoique certaines colorations anormales de la peau, par leur persistance, constituent de véritables difformités , on réserve plus particulièrement cette désignation, générale pour quelques altérations qui consistent ; soit dans une simple ex foliation épidermique dont rien ne peut triompher ( ichthyose ); soit dans une modification spéciale, d’où résulte une consistance particulièrement dure ( sclérodermie); soit, enfin, dans le développement de petites tumeurs , différentes entre elles par la forme et la structure ( frambœsia , kéloïdes, molluscum).

Ce sont ces altérations diverses de la peau, que nous allons maintenant étudier.]

1° NÆVI (2).

Sous le nom de nœvus ( spili , signes , taches vineuses , tumeurs érectiles , etc.), on désigne habituellement une altération congénitale de la couleur ou de la texture de la peau, altération ordinairement permanente et limitée à une partie du corps (3). Les nœvi diffèrent beaucoup entre eux. L’étude de leur structure a démontré que les uns résultent simplement d’un vice de production congénitale de la matière pigmentaire, tandis que les autres sont constitués soit par une augmentation insolite de nombre ou de volume des vaisseaux capillaires, des artérioles ou des veinules du tégument externe, soit par une hypertrophie des tissus cutanés et sous-cutanés, par une extravasation sanguine, etc.

11 résulte de ces connaissances anatomiques une division naturelle et commode des nœvi en : 1° nœvi sans hypertrophie ou pigmentaires ; T nœvi avec hypertrophie : a. non vasculaires , b. vasculaires. Cette division n’est du reste pas absolue, puisque les nœvi hypertrophiques sont parfois colorés par du pigment, et puisque, d’autre part, un nœvus qui a d’abord été vasculaire peut très-bien devenir plus tard un simple naevus par hypertrophie des tissus, sans trame vasculaire anormale bien marquée. Enfin, quoique le nom de naevus appartienne plus particulièrement à une altération cutanée congénitale, de très-petites tumeurs vasculaires cutanées peuvent aussi apparaître après la naissance, des taches colorées vineuses peuvent se montrer dans les premiers mois ou les ptcmieies années de l’existence d’un enfant.

1° Xscvi s.iiis liypcFfroplûcj nîicV'i piçmcntoircs.— — Ils Ottt été connus des la plus haute antiquité, sous le nom de spili (de aiti\oç, tache, macula ), surtout quand leur étendue était peu considérable. Ils peuvent se montrer sur toute la sur-

(1) Bazin, Leçons sur tes affections cutanées artificielles, 3e partie : Difformités provoquées de cause indirecte , p. IAA. Paris, 1862.

(2) Les détails qui vont suivre sont empruntés à Al. Laboulbène, Sur le nœvus en générât, et sur une modification particulière et non décrite , observée clans un nœvus de la paupière

■supérieure, thèse inaugurale. Paris, 1854.

(3) P. Rayer, Traité théorique et pratique des maladies de lu peau, t. 111, p. lJ-l.

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