EXAMEN DE L’OEIL (OPHT H A LMO SC OP 1 E
Lorsqu’un malade sc présente au médecin, la première chose dont celui-ci doit tie préoccuper consiste clans l’examen des yeux, sans lequel il n y a pas de diagnostic possible. Or, cet examen comporte deux opérations principales : la première appartient uniquement au médecin, c’est Y exploration objective^dc 1 œil; laseconde >est fournie par le malade qui rend compte des différentes sensations qu’il' éprouve ■et des troubles de la vision dont il est atteint, c’est 1* exploration subjective.
I. ne l’exploration objective de l’œil. — La lumière du jour Suffit pour l’étude des altérations des parties superficielles de l’œil. Le médecin passe successivement en revue les annexes de l’œil, les sourcils, la face externe des paupières, leurs bords libres; il fixe son attention sur la direction des cils, et s’assure de leur implantation et de leur direction normales, puis il examine la conjonctive; une grande partie de cette membrane est accessible à la vue; mais pour reconinaître les altérations de la conjonctive palpébrale, il est obligé de se livrer à des mnanœuvres qui ont pour but de renverser les paupières et de faire saillir en avant 'leur surface conjonctivale. L’examen de la conjonctive de la paupière inférieure est facile ; il suffit d’attirer légèrement en bas la peau de la paupière pour mettre lia conjonctive à découvert; il ne peut y avoir de difficulté que dans les cas de I photophobie et de blépharospasme. Mais il n’est pas toujours aussi aisé de faire I l’inspection de la conjonctive du cul-de-sac supérieur. « Il faut, pour voir toute Il 'étendue de la muqueuse, renverser la paupière de bas en haut. Dans ce but, on applique la pulpe de l’index sur la face cutanée, et la pulpe du pouce sur le bord ! libre de la paupière; puis on ordonne au malade de regarder fortement en bas; en tmême temps qu’on refoule la partie supérieure de la paupière de haut en bas, t et surtout d’avant en arrière, on attire le bord libre en avant; et pour peu qu’on i continue cette manœuvre quelques instants, sans brusquerie, la paupière est ren- 1 versée de bas en haut, si bien que la face muqueuse est tournée en avant, la face i cutanée en arrière, le bord libre en haut (1). » Far ce procédé, on découvre les I plus légères altérations de la conjonctive et notamment les granulations dont l’importance est si grande dans l’ophthalmie des armées; on met également à décou - 1 vert les kystes de la paupière supérieure et les différentes lésions des conduits excréteurs de la glande lacrymale. Après cet examen, on engage le malade à fermer et à ouvrir alternativement ses paupières; et l’on s’assure ainsi que leurs mouvei ments sont libres, et que leurs rapports entre elles et avec le globe de l’œil sont i intacts.
Les voies lacrymales révèlent leurs altérations par des gonflements, par une sécrétion exagérée de larmes ( epiphora ), et par leur écroulement au devant de la joue (i larmoiement ). Une simple inspection suffit pour constater ces faits. Cependant, pour reconnaître le point malade qui empêche la circulation normale des larmes, il est nécessaire de recourir à certaines manœuvres. S’il existe une tumeur
(t) Fano, Truité pratique des maladies des i/eux, t. I, p. li.
Fig. 71. — Pompe pour faire îles injections dans les conduits lacrymaux.
au niveau du sac lacrymal, et que par la pression exercée sur elle on fait facilement refluer les larmes par les points lacrymaux, on en conclut que ceux-ci et les
conduits qui leur font suite sont à peu près libres, et que l’obstacle siège plus profondément dans le canal nasal lui-même. Quand on soupçonne une altération des points et des conduits lacrymaux, il faut les examiner directement en renversant légèrement en avant les paupières pour faire saillir l’orifice du conduit lacrymal, puis ou introduit dans leur orifice un petit stylet auquel on faitparcourir toute l’étendue du conduit lacrymal, fl est souvent nécessaire de faire des injections pour s’assurer de la facilité avec laquelle le liquide parcourt les voies lacrymales. Dans ce but, la plupart des chirurgiensemploientlasonded’Anel ; mais à l’aide de cet instrument l’opération se fait à main levée, pour ainsi dire, et offre quelques difficultés. »
t'ano préfère se servir d’un petit appareil (fig. 71) composé d’un réservoir de cuivre ou de tout autre métal, déformé sphéroïdale, d’une capacité d’un quart de litre environ et pourvu de deux ouvertures, l’une supérieure (O), l’autre latérale (O'). A la première s’adapte une petite pompe foulante (P), à la seconde un tuyau flexible (TT T T), pourv u, à chacune de ses extrémités, d’un ajutage de cuivre (A A), ou de tout autre métal, avec un robinet pouvant être ouvert ou fermé à volonté, pour laisser passer ou intercepter la colonne de liquide qui doit parcourir le tube. Enfin, à l’extrémité libre du tuyau se visse une canule d’Anel (C), que l’on peut prendre droite ou recourbée. Il est facile de comprendre le mécanisme de l’instrument. On commence par introduire de l’eau, ou tout autre liquide médicamenteux, dans le récipient, en ayant soin de ne remplir ce dernier qu’aux trois quarts. On visse, d’une part, le tube, dont on ferme le robinet (A), et de l’autre, la petite pompe (P), on fait jouer le piston de cette dernière, et par conséquent on refoule une certaine quantité d’air dans le récipient; on soumet ainsi la colonne de liquide à une pression d’autant plus forte, qu’on aura comprimé davantage l’air. La colonne liquide sortant par le tube (T T T) aura une force d’autant plus grande, que l’air aura été refoulé en plus grande quantité. On visse alors la canule h l’extrémité libre du tube, et, saisissant cette extrémité, on introduit le bout de la canule elle-même dans le point lacrymal inférieur; dès que le bout de la canule a pénétré assez profondément dans le conduit lacrymal, on ouvre le robinet (A). A l’instant même, et sans le moindre effort exécuté par le chirurgien , une colonne liquide, égale en diamètre à celui de la canule, pénètre à travers le canal lacrymo-nasal ; et, suivant le degré de perméabilité de ce canal, il en passe une
EXAMEN DE L’OEIL
ius ou moins grande quantité par la narine et la gorge, en même temps qu’il en (lue par le point lacrymal supérieur. »
L’examen du globe oculaire comporte l’inspection du globe dans son ensemble l’étude de chacune des parties qui le constituent. Le globe peut être plus voluineux qu’à l’état normal, il fait alors saillie entre les paupières qui le recouvrent complètement. On observe la projection de l’œil dans les cas d’hydrophthalmie, » tumeur de l’orbite, de goitre exophtbalmique, etc.
Lorsque l’œil est atrophié, il est refoulé en arrière, plus ou moins déformé, et ifre à la pression une mollesse inaccoutumée. Il importe également de déterminer direction et l’étendue des mouvements du globe de l’œil. « Dans le strabisme impie (1), si l’œil normal est fermé, le malade peut aussitôt diriger l’œil atteint anime il le désire. Les deux yeux peuvent être affectés de strabisme, bien que la éviation ne soit apparente que dans un seul œil. Pour reconnaître cette infirmité mis le cas de strabisme convergent, par exemple, couvrez l’œil qui semble être en dirigé, en mettant la main au devant, et faites regarder le malade droit devant ii avec l’œil qui paraissait dévié. On observera alors l’œil situé derrière la main qui cache, et si on le voit loucher, on en conclura que le strabisme est double; si, i contraire, cet œil reste droit, c'est qu’il n’est pas affecté, et que l’œil resté libre nul est atteint de strabisme. Dans le strabisme monoculaire, l’œil malade suit les orn ements de l’œil sain, mais celui-ci seul fixe les objets. Dans ce cas, si le stra- >sme est peu divergent, il cesse lorsque le regard se porte sur des objets éloignés.
. , au contraire, il est peu convergent, il cesse quand on examine des objets rapcochés. Lorsque le strabisme tient à une paralysie ou à une rétraction tmiscuire, il est impossible de faire exécuter à l’œil les mouvements opposés à sa direcu)n morbide lorsque l’on ferme l’œil resté sain...
I L’inspection des membranes constituantes du globe oculaire se fait en écartant nucement les paupières, ce qui est facile, lorsqu’il n’y a pas de photophobie avec épharospasme. Mais chez les enfants, si ces deux phénomènes se manifestent, ce ui arrive souvent dans les cas d’opbthalmie pustuleuse, il faut de tonte nécessité ccourir aux élévateurs (fig. 72), qu'on introduit sous les deux paupières et qu’on tarte ensuite.
Fin. 72. — Élévateur des paupières.
A l’aide de l’éclairage du jour, on peut, le plus souvent, apprécier exactement état de la conjonctive bulbaire, celui de la sclérotique et de la cornée. Les ulcérions, les opacités de cette dernière membrane se révèlent nettement à l’obseruteur quand elles gont étendues; cependant il est préférable, pour les reconnaître,
. e se servir de la lumière artificielle et de l’éclairage oblique. Les altérations de la i tambre antérieure, les modifications de l’iris et de la pupille, les opacités du crisillin et du corps vitré, réclament également l’intervention de la lumière artificielle meentrée a I aide d un miroir concave ou d’une loupe. L’éclairage artificiel permet l e saisir mieux les nuances et les détails de ces diverses altérations.
(1) Wharton-Jones, Fraitê pratique des maladies des yeux, traduction’ et annotation par oourcher, 1862, p. 12. J
MALADIES DES YEUX
A? l'éclairage latéral de l'œil. — Le malade étant assis devant le médecin, on place à côté de lui, à la hauteur de sa tète et la dépassant légèrement, une lampe avec ou sans réflecteur ; puis l’observateur saisit une lentille biconvexe de deux pouces et demi de foyer, la tient sur le trajet des rayons lumineux et l’incline de différentes façons, de manière à faire converger la lumière sur les points qu’il veut examiner. Au lieu de la lumière artificielle d’une lampe on peut encore se servir de la lumière naturelle qui pénètre dans l’appartement à travers une fenêtre bien exposée, mais, en général, la lumière artificielle est préférable. Dans tous les cas, la lentille est tenue à peu près à 5 centimètres du globe de l’œil, et il suffit de quelques mouvements en avant et en arrière pour faire pénétrer les rayons lumineux à différentes profondeurs. L’éclairage latéral permet de constater facilement les altérations de la cornée, ses opacités les plus légères, ses ulcérations, sa conicité dont l’élévation est en rapport avec l’ombre projetée sur le côté non éclairé. Les altérations de forme de la cornée sont encore appréciées par d’autres moyens. Ainsi, on peut présenter au devant de chaque œil la lumière d’une lampe et examiner comparativement la grandeur de l’image reproduite par les deux cornées. La lampe, étant placée à une égale distance de chaque œil, l’image doit être la même pour les deux cornées, quand il n’y a pas d’altérations; dans le cas contraire, l’image la plus grande appartient à la cornée dont la courbure a le rayon le plus grand. Lorsque les opacités de la cornée sont excessivement ténues et échappent à l’analyse par leur ténuité même, on les grossit à l’aide de la loupe de Bruche , qui grossit les objets et possède un assez long foyer pour que le chirurgien ne soit pas forcé de se trop rapprocher de l’œil du malade.
Les épanchements de la chambre antérieure, les corps étrangers qui y séjournent, les fausses membranes, sont très-facilement reconnus par l’éclairage oblique, mais c’est surtout dans l’examen de l'iris et de la pupille qu’il rend des services. Les changements de coloration et de forme sont rendus avec précision. Dans la pratique, il est utile de connaître les différents diamètres de la pupille, et surtout sa contractibilité. Par l’inspection simple, on juge à peu près du diamètre de la pupille; chez les jeunes gens il est notablement plus grand que chez les adultes. Chez ces derniers, il est en moyenne de 6mm,2, son maximum de 7 à 8 millimètres, son minimum de 2 millimètres (1). Pour reconnaître sa contractibilité, on ferme l’œil sain, puis on ferme et l’on ouvre brusquement l’œil malade; sous l’influence de la lumière qui lui arrive ainsi subitement, la pupille se contracte. En général, une pupille qui se contracte bien, se dilate également avec facilité ; cependant l’iris peut être fixé par des adhérences et ne plus obéir au mouvement de dilatation. On constate ce fait à l’aide des mydrialiques ; celui dont l’usage est le plus fréquent est la belladone et surtout le sulfate d’atropine. Follin, après des expériences multipliées sur l’action de ce médicament, se contente d’une solution très-faible :
g: Eau 100 gram. | Sulfate d’atropine 1 centigr.
Quelques gouttes de cette solution instillées dans l’œil provoquent, en dix minutes environ, une dilatation convenable de la pupille et suffisante pour l’exploration, a l’aide de l’éclairage oblique, du champ pupillaire et du cristallin, dont les stries
(1) Follin, Leçons sur l’exploration de l’œil, 1.8G3, p. 15.
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Lpaques, dans les cas de cataractes molles, apparaissent avec une netteté rcm;r- Jnuable.
Lorsque l’on veut porter plus loin l’investigation de l’œil, étudier les altérations ua corps vitré et se rendre compte dé l’étal de la choroïde et de la rétine, les moyens dont nous venons de parler deviennent insuffisants et il faut recourir aux phthalrnoscopes proprement dits, c’est-à-dire à l’éclairage direct.
De l'éclairage du fond de l'œil à l'aide de l’opltthalmoscnpe. — Il appartient
Helmholtz (1 ) d’avoir le premier démontré pourquoi le fond de l’œil reste obscur bhez l’homme et comment on peut arriver à l’éclairer. Sa précieuse découverte, oortée du premier coup à la plus grande précision, a rendu les services les plus signalés en opbtbalmologie et a suscité de nombreux travaux sur l’importance desiiquelon ne discute plus aujourd’hui.
Il serait superflu, dans un livre de la nature de celui-ci, de traiter longuement de la théorie de l’ophthalmoscope. Nous ne pouvons, sur ce sujet, que renvoyer à l’excellent traité de Follin, et à l’article dont Liebreich a enrichi le beau livre de 'Mackenzie (2). Il nous suffira de savoir que les rayons lumineux réfléchis par la i rétine sont en partie absorbés par l’iris et la choroïde; que ceux qui sortent à travers la pupille vont faire leur foyer au point d’où ils sont émanés en suivant leur ldirection d’entrée, et que par conséquent pour voir la rétine, il est nécessaire que I l’œil de l’observateur se place sur le trajet des rayons réfléchis, c’est-à-dire au devant de l’œil en observation. Mais, dans ce cas, l’observateur joue le rôle d’un 'écran, et substitue son propre corps, qui n’est nullement lumineux au foyer de lumière susceptible d’éclairer le fond de l’œil. Pour obvier à cet inconvénient, plusieurs instruments ont été inventés, qui tous supposent les conditions suivantes ;
1° Eclairer le fond de l'œil. — On place une lampe sur les côtés de la tète du malade qu’on a soin de maintenir dans l’ombre à l’aide d’un écran. On reçoit sur un miroir concave, d’acier poli ou de verre étamé, les rayons lumineux. Ceux-ci sont réfléchis et dirigés vers le fond de l’œil, d’où ils se réfléchissent une seconde fois en suivant une marche parallèle à leur direction d’entrée. Si donc on a fait une petite ouverture au centre du miroir réflecteur, l’œil de l’observateur (pii regarde à travers cette ouverture se trouve sur le trajet des rayons émanés du fond de l’œil, et peut en distinguer l’image, mais d’une manière imparfaite.
2° Donner une plus grande netteté à l’image et l'agrandir. — Dans ce but, on se sert de lentilles biconvexes et biconcaves que l’on place entre l’œil du malade et le miroir réflecteur. Les lentilles biconvexes donnent une image réelle aérienne renversée et d’une grandeur proportionnelle au foyer de la lentille, mais toujours rapetissée. Les lentilles biconcaves donnent une image virtuelle, droite et trèsagrandie.
Les deux figures suivantes serviront à expliquer la marche des rayons lumineux, et la formation des images dans les deux procédés d’examen de l’œil par l’image renversée et par l’image droite.
(1) Helmholtz, Beschreibung eûtes Aupenspiegels zur Untersuchung c 1er Netzhaut im /ebenden Auge. Berlin, 1851.
(2) Liebreich, De ! examen de l'œil au moyen de l’ophthalmoscope, dans Mackenzie, Traité pratique des maladies de l’œil. Paris, 1856, t. Il, p. 1, trad. Warlomont.
Pin. 73. — Théorie de l'ophllialmoscope. — Image renversée : A fl, image de la rétine, cotte membrane étant éclairée par les rayons que le miroir ophthalmoscopique M projette au fond de l’œil, les rayons parlant de a b, traversent les milieux réfringents de l'œil, et vont former une image aérienne, renversée et agrandie en a' b', au point de la vision distincte de l’œil observé. Si l’on applique une lentille biconvexe contre l’œil observé, l’image a' b' se formera en Cl' b', c'est-à-dire qu'ello sera plus petite, plus rapprochée de l'œil observé et plus distincte. Si l’on dispose une lentille biconvexe devant son propre œil, l'image a“ b" sera grossie et rapprochée de l’œil observé d’après la théorie de la loupe.
2° Théorie de l’ophthalmoscope (image droite, fig. 7/i).
Fig. 74. — Théorie de l'ophllialmoscope. — Image droite : AB, imagc’de la rétine de l'œil observé. Si vous examinez cet œil avec le simple miroir ophthalmoscopique, |l'image A\B se formera en a1 b' et sera, comme dans le cas précédent, renversée, mais si l’on interpose la lentille biconcave fl, dont le foyer principal tombe en dedans de a' b', les rayons partis de A B qui tombent sur la face correspondante delà lentille divergent, et l'image A fl est représentée par une image verluelle a" b" agrandie. Supposez maintenant qu’au lieu de vous tenir à une certaine distance du patient, vous vous placiez tout près, l’œil de l'observé fait alors Tofllcp de loupe par rapport à l’image rétinienne et vous voyez celle-ci droite et fortement grossie. Armez votre propre œil d'un verre biconcave et vous voyez la même image virtuelle droite et plus petite. (Fano.)
Des ophthalmoscopes. — Tous les ophthalmoscopes supposent : l9 un foyer lumineux: celui dont on se sert habituellement est celui d’une lampe simple ou munie d’un réflecteur ; 2° un réflecteur placé devant l’œil de l’observateur et percé d’un trou à son centre. Les réflecteurs sont métalliques ou de verre étamé, on donne en général la préférence aux derniers. Follin (1) se sert ordinairement d’un miroir concave de verre de 25 centimètres de foyer, étamé dans toute son étendue, à l’exception de son centre, où l’étamage a été enlevé dans un cercle de h millimètres de diamètre. Ce miroir est porté sur un cadre qui est vissé sur un manche. Derrière ce miroir est un cercle dans lequel on peut déposer et fixer, à l’aide de tiges mobiles, des lentilles biconvexes ou biconcaves à l’usage des myopes et des presbytes; 3° des lentilles. Pour le procédé par l'image renversée , les len-
(1) Follin, toc. oit., p. 49.
EXAMEN DE L’OEIL
llles biconvexes de deux à trois pouces de foyer sont d’un usage habituel; niais
l’on veut obtenir une image plus grande, on peut se servir d’une lentille de trois iquatre pouces de foyer. Pour le procédé par l'image droite , Follin conseille les 08 8, 15 et 20.
Les ophthalmoscopes se divisent en deux catégories, d’après l’agencement des lifférentes parties qui les composent, ce sont : 1° les ophthalmoscopes mobiles : les réflecteurs et les lentilles sont isolés et tenus séparément par les mains de l’obserlateur; ils conviennent aux personnes exercées au maniement de l’ophthalmoscope, t sont le plus habituellement employés; 2° les ophthalmoscopes fixes : les lénifiés et les réflecteurs sont fixés sur des appareils qui varient suivant la construc- >on adoptée par l’inventeur ; ils sont d’une grande utilité pour les démonstrations Uniques, toutes les fois qu’il est nécessaire de faire un examen prolongé de l’œil ; ils servent à initier les commençants à la connaissance de l’image de la rétine, {u’ils ne peuvent que difficilement apercevoir, après un long exercice et beauoup de tâtonnements avec les ophthalmoscopes oobiles. Le nombre des ophthalmoscopes fixes st déjà fort considérable. Quelques-uns sonL i-ès-chers et peu employés dans la pratique. Il ous suffira de mentionner les plus simples, pour Donner une idée du principe sur lesquels ils reposent et de leur mode d’emploi.
1° Porte-ophthalmoscope de Desmarres fils iîg. 75).— Il consisteen un simple support auquelon idapte l’ophihalmoscope ordinaire. Il se compose :
0 d’une tige d’acier principale A, à laquelle sont Uachées les autres parties de l’instrument, et qui ;st munie d’un bouchon de liège B à une de ses extrémités, pour être placée dans un bougeoir;
10 de deux branches articulées, fixées sur la tige aorizontale en E; l’une supporte le miroir G et lautre la lentille H. Ces deux branches se rapprochent ou s’éloignent à volonté, et sont mainunues fixes sur la tige principale.
2° L’ophthalmoscope de Gillet de Grandmont (fig. 76) se compose d’une petite laque concave, emboîtant exactement la racine du nez ; la plaque est soudée à deux ;ranches, recourbées en forme de porte-conserves, qui, s’appliquant sur le pour- >ur de l’orbite, donnent à l’instrument une plus grande fixité. Sur la plaque, est >udée une douille de cuivre, dans l’intérieur de laquelle se trouve un écrou qui orte une tige deux fois articulée, et propre à recevoir une lentille rendue ainsi lobile dans toutes les directions; une vis, qui met l’éçrou en mouvement, sert à langer la distance focale de la lentille. L’instrument est assujetti par des cordons aastiques qui se lient derrière la tête du malade. La lentille est embrassée par un ercle d acier pourvu d un appendice qui s’insinue dans la petite gaîne de la tige mexée à 1 écrou. Il résulte de cette disposition que l’instrument une fois en place,
11 peut changer la lentille, et en prendre de plus court ou de plus long foyer; nu’en imprimant un mouvement de rotation à l’écrou, on rapproche plus ou moins la
Fio. 75. — Porte-ophthalmoscope île Desmarres fils.
MALADIES DES YEUX
lentille de l’œil observé. Un miroir réflecteur concave est annexé ii la boîte qui renferme l’appareil précédent.
Fig. 76 — Optitlialmoscopc d'Anatole Gillet de Grandmont (page 713).
Cetophthalmoscope est d’un emploi facile, d’un prix peu élevé, et permet d’avoir une image fixe du fond de l’œil.
3° ophthalmoscopc de Nachet et Follin (fig. 76) est d’une construction plus compliquée, mais il peut rendre de plus grands services aux professeurs chargés de démonstrations cliniques. Follin en donne la description suivante :
Il se compose d’un corps formé de deux tubes de cuivre A qui se meuvent l’un sur l’autre à l’aide d’une crémaillère f et d’un piton à engrenage c ; à l’une des extrémités de ce corps est placé un miroir concave a, de 25 centimètres de foyer, étamé, excepté à son centre, cl mobile autour d’un de ses diamètres, de manière à pouvoir varier ses inclinaisons: à l’autre extrémité de ce corps est placée une lentille biconvexe b. Par suite du mouvement des deux tubes , le miroir et la lentille peuvent être éloignés ou rapprochés l’un de l’autre. Le corps de l’instrument , garni de diaphragmes à son intérieur, peut tourner sur son axe, ce qui permet d’aller chercher la lumière dans toutes les directions. Le corps de l’appareil est supporté par une tige gcj pouvant' être élevée ou abaissée à l’aide d’une crémaillère h et fixée par un écrou y à une table i. De la partie inférieure de cette tige verticalepart une tige horizontale II qui supporte à l’autre extrémité une seconde lige verticale nn, mobile , terminée par une plaque concave k sur laquelle l’observé pose son menton. Sur le corpe de l’instrument es't adoptée une tige articulée d, mobile, terminée par une boule e , qui sert à diriger l’œil du malade. Une
EXAMEN DE L’OEIL
petite tige articulée en genou et placée entre la tige et 1 instrument pei met d impi inner au corps de l’appareil des mouvements de haut en bas.
Fig. 77. — OpUlhalmoscope fixe de Follin et Nacliet. (Follin, Leçons sur l'exploration de l'œil.)
Uù Ophthalmoscopc de Galezoivski((\ ig. 78). — C’est un ophtlialmoscope fixe portant avec lui sa chambre obscure et destiné ;i faciliter l’examen des yeux dans les salles d’hôpitaux et au lit des malades (pii peuvent rester couchés ou assis.
La figure 78 donne une idée suffisante de l’appareil et de la manière de l'appliquer.
Il est composé de tubes rentrants comme ceux d’une lunette d’approche, dont une extrémité est garnie d’un bourrelet élastique; il renferme une lentille biconvexe C, placée dans l’intérieur du tube à une distance définie d’avance ; l’autre extrémité du tube porte une échancrure ovale, au bout de laquelle se trouve un miroir concave et mobile B, lequel, au moyeu d’un mouvement double, peut être tourné du côté de la lampe A, concentrer la lumière et la projeter ensuite dans l’intérieur sur la lentille (pii s’y trouve fixée. Un verre convexe n° 12 est placé derrière le miroir pour rendre l’image plus distincte. Un observateur presbyte pourra ainsi voir à l’aide de ce verre beaucoup plus nettement; pour un myope, l’image de la rétine apparaîtra non moins claire, lorsqu’on réduira un peu la longueur du tube.
Une lige articulée D et terminée par une boule, sert à fixer les yeux du malade dans la direction qu’on veut leur donner (1).
Fig. 78. — Ophthalmoscope de Galczowski.
5U Ophthalmoscope binoculaire de Giraud- Teulon. — Avec les instruments précités, on ne peut faire l’examen qu’au moyen d’un seul œil. « Une des découvertes les' plus heureuses de ce temps appartient îi Giraud-Teulon qui a construit un ophthalmoscope (fig. 79) avec lequel on peut observer avec les deux yeux à la fois et profiter de tous les avantages de la vision stéréoscopique. Cet auteur a placé tout près et en arrière d'un miroir ophthalmoscopique ordinaire deux prismes rhomboïdaux A et h, d’un angle de U 5 degrés. Ces deux prismes sont disposés de telle sorte que leurs angles aigus se trouvent au milieu du trou du miroir. De cette façon, tout faisceau lumineux parti de l’œil observé est divisé en deux par les prismes et réfléchi deux fois par les faces opposées de ces derniers, d’où chaque moitié sort dans une direction parallèle à celle qu’elle avait en émergeant de l’œil. Les rhomboèdres ayant chacun pour longueur la moitié de l’écartement des yeux de l’observateur (ce que permet toujours de réaliser la disposition représentée en B et C ), chaque point de l’image ophthalmoscopique est ainsi dédoublé et représenté en I, T, dans la position de deux images stéréoscopiques. Deux prismes convergents ou à base extérieure, placés entre les rhomboèdres et les yeux de l’observateur, procurent la fusion en une seule, sur la ligne médiane ( en e e ') des deux images 1,1'.
L’écartement des rhomboèdres étant réglé sur celui des yeux, l’observateur fait
(1) Galezowski, Eturte ophthahnoeospique sur tes altérations du nerf optique, etc., thèse üe Paris, 1 866, p. h .
EXAMEN DE L’üElL.
loix des prismes plans ou des prismes convexes , suivant <]u il a ou n a pas la faulté d’accommoder à courte distance. Cela posé, le miroir monté sur un axe horir>ntal, étant aussi mobile sur l’axe vertical, l’examen rentre dans les conditions e l’observation ordinaire. » fWecker.)
Kig. 79. — Oplillialmoscope binoculaire de Giraud-Teulon.
Des ophthalmoscopes à image droite. — Ils sont construits absolument d’après -s mêmes principes que les ophthalmoscopes donnant une image renversée ; la seule tilTérence consiste dans la substitution d’une lentille biconcave à la lentille biconexe. Le plus simple consiste en un simple réflecteur muni d’un verre concave 8, 15 ou 20, ajusté derrière le trou central.
L 'ophthalmoscope de Zehender , disposé de manière à concentrer une grande uantité de rayons lumineux au fond de l’œil , est un des meilleurs dont on puisse ; servir. Il est composé d’un miroir convexe et d’une lentille convexe n° 2. Cellese place entre la lumière et le miroir sur lequel elle concentre les rayons lumineux qui sont envoyés au fond de l’œil. Derrière le trou central du miroir est fixé i n verre concave, d’un numéro quelconque.
Auto-ophthalmoscope. — De même qu’on a inventé des auto-laryngoscopes , H>nt l’observateur se sert lui-même pour l’examen de son larynx, de même on a instruit des appareils très-ingénieux à l’aide desquels on peut constater l’état de 'S propres yeux ; mais ces aulo-ophlhalmoscupes ne sont véritablement appelés à nndre aucun service dans la pratique. Qu’il nous suffise de mentionner les appa- 1 ils de Coccius, Giraud-Teulon, Heymann.
Manière de se servir de l' ophthalmoscope ordinaire. — Plusieurs conditions sont
MALADIES DES YEUX
nécessaires à un bon examen ophthalmoscopique : 1° Si la pupille est trop étroite et qu’on veuille explorer une grande étendue de la rétine, il est nécessaire d’instiller dans l’œil quelques gouttes d’une solution de 5 centigrammes d’atropine dans 100 grammes d’eau distillée; cette pratique est indispensable pour les commençants. 2° II faut procéder à l’opération dans une chambre obscure , pour empêcher les rayons de la lumière diffuse d’affaiblir les images. 3° Le malade assis devant l’observateur reste dans une position immobile, l’œil fixe et dirigé un peu en dedans vers un point désigné, les bords du miroir ou l’oreille du médecin ; ou fera changer la direction des yeux pour présenter successivement à la lumière les différents points de l’organe examiné. U° Le médecin sc place à un ou deux pieds du malade, dispose la lampe sur les côtés de la tête du patient de telle sorte que la flamme soit à peu près à la hauteur de l’œil, dont on l’isole par un écran. Toutes ces précautions une fois prises, l’opérateur saisit de la main droite le réflecteur, l’approche tout près de son œil et dirige aussi bien que possible les rayons réfléchis sur l’ouverture de la pupille; puis de la main gauche, il prend la lentille biconvexe et la place à une distance très-rapprochée de l’œil malade, puis l’éloigne peu à peu jusqu’à ce qu’il obtienne une image très-nette de la papille du nerf optique et de |a rétine.
La figure 80 donne une excellente idée des détails de l’opération.
Fig. 80. — Position de l’observaleur cl de l’observé. (E. Foltin, fig. 2-4 .)
Que l'on examine l’œil par le procédé de l’image renversée ou par celui de l’image droite, l’opération doit être faite à peu près de la même manière et offre les mêmes difficultés. Car il faut bien se pénétrer d’une chose, c’est qu’on n’arrive que par l’exercice et de longs tâtonnements à se bien servir de l’ophthalmoscope. Pour diriger la lumière dans l’œil, pour placer la lentille dans une position convenable, pour faire abstraction et se débarrasser des reflets de la cornée qui gênent le débutant, il faut de la pratique plus encore que des règles.
EXAMEN DE L’OEIL
Tou le exploration de l’œil, pour êlre complète, doit avoir un point de repère.
- e plus important et celui qu’on recherche toujours est la papille du nerf optique, i ous empruntons h l’excellente thèse de Galezowski les instructions pratiques qui • sont établies pour la recherche de la papille.
1° Il faut se convaincre que la cornée et le cristallin sont transparents, ce dont mi s’assurera à l’aide de l’éclairage oblique et de l’éclairage direct avec le réflecteur.
2° On doit examiner d’avance l’état de la pupille, voir si elle est suffisamment mrge, sans quoi la dilatation artificielle sera indiquée.
S° L’observateur doit connaître la distance focale de la lentille et du miroir, !ifm qu’il lui soit possible de déterminer à quel point l’un et l’autre doivent être ilacés.
/i° Le malade relèvera suffisamment la tête, et regardera en face.
5° Pendant l’examen, il est essentiel que le malade dirige l’œil examiné en dedans l't un peu en haut et qu’il le laisse immobile.
6° Dès qu’on aperçoit le fond rouge de l’œil, on arrête tout mouvement de l’instrument et l’on s’assure si l’on distingue des vaisseaux. Dans le cas contraire, i»n éloigne la lentille jusqu’à ce que les vaisseaux deviennent visibles.
7° Avec un peu d’attention,- on distingue une bifurcation d’un vaisseau formant an angle aigu; cet angle est toujours dirigé du côté de la papille.
8° Une fois que l’on connaît de quel côté se trouve la papille, on se déplace vvcc le miroir très-légèrement du côté où on la suppose, en maintenant toujours la lumière sur l’œil ; ou bien on déplace légèrement la lentille vers le côté opposé. De celle manière on trouve à coup sûr le nerf optique.
9° Dans l’examen à l’image droite, c’est dans le sens opposé que l’on doit se déplacer avec le miroir pour arriver d’un angle des vaisseaux à la papille.
10° Lorsqu’on veut examiner la macula , on doit commencer par trouver la oapille. On se porte ensuite un peu en haut et en dedans avec le miroir, et la larlie qui se trouve éloignée d’un diamètre de la papille correspondra à la macula.
11° Dans l’examen de la macula, on est toujours gêné par le reflet central de lacornée. Pour l’éviter plus facilement on peut se servir, au lieu d’une lentille connexe sphérique, d’un verre prismatique à 20 degrés dont chacune des surfaces présente une concavité de deux quarts de pouce. Ces lentilles prismatiques nous ont été très-utiles.
Avant de se livrer à l’étude de l’ophthalmoscopie, il sera bon de s’exercer sur des yeux artificiels, tels que ceux que Perrin, agrégé au Val-de-Grâce, a fait construire pour l’usage des élèves, ou de suivre les conseils de l-’ano (1). Ce dernier engage les débutants, une fois qu’il se sont bien pénétrés de la théorie de l’ophthalmoscope, à coller un pain à cacheter blanc sur une feuille de papier rouge et à l’examiner dans tous ses détails, comme s’il s'agissait de la papille du nerf optique. De cette manière, ils s’habituent à manier l’instrument, à diriger la lumière et à donner à la lentille une position convenable pour percevoir les images.
Examen de l'œil normal. — Avant de déclarer qu’il existe une altération d’une des membranes profondes de l’œil, il faut absolument savoir dans quelles conditions elles se trouvent à l’état normal. Or, comme ces conditions changent suivant
(1) Fano, t. I, p. 21.
les personnes, il en résulte (le sérieuses difficultés, qui ont entraîné les spécialistes à de nombreuses erreurs et à de grandes exagérations. D’une manière générale, tout examen ophthalmoscopique d’un œil supposé malade devra être complété par l’examen de l’œil resté sain ; les différences observées assureront singulièrement le diagnostic. Dans tous les cas, il faut se méfier des simples nuances de coloration et suspendre son jugement jusqu’à ce qu’on ait reconnu une lésion bien déterminée. Le fond de l’œil a un aspect rougeâtre ou rose, avec des nuances différentes suivant les individus : la couleur est rosée chez les blonds, rouge orangée chez les bruns. Ces diverses teintes tiennent principalement à la quantité de pigment répandu dans la choroïde et à l’état de circulation de cette membrane. Une longue habitude de l’exploration ophthalmoscopique peut seule permettre de reconnaître ce qui est normal des altérations morbides, et il est indispensable desavoir que l’état physiologique n’a pas de limites bien tranchées.
La sclérotique , à moins d’altérations pathologiques n’est pas visible à l’ophthalmoscope.
La papille est le plus souvent d’une teinte blanchâtre ou blanc-rosée. Son diamètre sur le cadavre varie de une à deux lignes; .il paraît avoir de trois à cinq lignes lorsqu’on se sert dans l’examen ophthalmoscopique d’une lentille de trois pouces. Sa forme est à peu près circulaire, ses contours sont réguliers et souvent entourés par un cercle bleuâtre formé par le pigment choroïdien. Elle se continue sans différence de niveau avec la rétine, mais souvent elle paraît concave sans inconvénients pour la vue. La coloration de la papille n’est pas uniforme; on peut y distinguer trois anneaux de teintes’différentes résultant de la réflexion des rayons lumineux sur la tunique du nerf optique ou sur les libres nerveuses elles- mêmes*
Les vaisseaux, dont la disposition est reproduite dans la figure 81 , sortent habituellement du centre de la papille et se dirigent, les plus petits, dans des sens différents, et, les gros troncs, vers les parties supérieures et inférieures, pour se diviser ensuite sous des angles plus ou moins aigus. Les veines sont plus considérables que les artères, leur couleur est plus foncée ; elles sont quelquefois bosselées et le siège de pulsations. Les artères sont plus petites, d’un rouge clair, à double contour, et n’offrent de pulsations qu’à l’état
Fifi. RI . — CF.il droit normal. Rétine, papille du pathologique.
nerf optique entourée d'un étroit limbe. j réüne ue révèle sa ppésCUCC que par (Siebel, Iconogr. ophthalmologiq., obs. 267, 1 * r .
et pi. lxxviii, fig. i.) les vaisseaux qui la parcourent. Toutelois,
chez les individus dont la choroïde est fortement pigmentée, elle peut apparaître avec un reflet blanchâtre particulier.
La choroïde donne au fond de l’œil sa coloration. Ce qu’il importe surtout de connaître, c’est la disposition du pigment et des vaisseaux. Ceux-ci ont une couleur orange ou rouge saturne. Ils sont aplatis à la manière de petits rubans et non cylindriques comme ceux de la rétine (1); ils sont riches en anastomoses et (1) Quaglino, Suite malattie interne delV Occhio d>- clinica e d'iconografia ottalmoscopica. Milano, 1850, p. 223.
EXAMEN DE L’OEIL
■ès-serrés les uns contre les autres. Il est impossible de reconnaître les artères des lines. Le pigment, plus abondant chez les bruns que chez les blonds, est uniformément répandu entre les vaisseaux, qu’il cache en partie quand il est en grande laantité. C’est surtout dans l’état normal de la choroïde que les différences inclivilaelles sont considérables. Ce qui est physiologique pour les uns est pathologique nur les autres. Il faut donc apporter une grande réserve au diagnostic des congesidiis et inflammations de la choroïde.
Pour éviter les répétitions, nous renvoyons à l’étude des maladies des memranes profondes la description des altérations ophthalmoscopiques quelles prévient.
II. De l’exploration subjective de l’œil. — Ce serait une grande erreur de coire que, dans la recherche du diagnostic d’une maladie des yeux, il n’est pas écessaire de tenir compte des diverses sensations éprouvées par le malade. Après : peut-être avant l'étude des altérations anatomiques il est indispensable de s’enluérir de la manière dont s’accomplit la fonction de la vue. A cet égard il faut i:udier : 1° Vacuité de la vue , 2° l’ étendue du champ visuel et sa netteté, 9 V étendue de l’accommodation, lx° le degré de sensibilité de la rétine aux dverses couleurs, 5° son excitabilité morbide et artificielle (phosphènes).
1° De l'acuité de la vision. — Pour juger de l’acuité de la vision, il est néceslire de placer des objets d’une étendue déterminée devant les yeux de chaque aalade. Celui dont la vue a le plus d’acuité est naturellement celui qui voit le plus i in et avec plus de netteté l’objet le plus petit.
Jæger (1), le premier, a eu l’idée de se servir d’une échelle typographique rogressi veinent croissante et composée de caractères d’imprimerie dont le premier un tiers de millimètre à peu près et le dernier 2^ centimètres de haut. Plus les litres sont volumineuses et plus elles doivent être lues de loin pour que la vue ait parfaite. Les principes de Jæger ont été adoptés partout , et beaucoup 'échelles typographiques plus ou moins modifiées ont été construites. Celle de iiraud-Teulon à est généralement acceptée en France, parce qu’elle repose sur un oint de départ tout à fait scientifique. Le premier numéro a une largeur d’un même de millimètre et sous-tend à 33 centimètres, c’est-à-dire à un pied, un arc î 1 degré ou de 0mm,005. Cet espace représente précisément le diamètre du entre de la marula susceptible de percevoir les objets tenus avec toute la netteté ésirable. Le numéro 2 a deux dixièmes de millimètre de diamètre et sous-tend le iême arc à deux pieds de distance, ainsi de suite jusqu’au numéro 200. Ce dernier a 20 millimètres de largeur et doit être lu à 200 pieds. Dans la pratique î se contente de quelques numéros seulement. Un chiffre placé au-dessus de aacun d’eux indique la distance à laquelle il doit être lu pour que la vue soit ormale. Follin s’est contenté de 11 numéros espacés de la manière suivante 722).
Pour se servir de ce tableau on place à 20 pieds le numéro 20, par exemple ; si i malade le lit distinctement, on le considère comme ayant une vue normale; mais lil ne le lit qu’à 10 pieds, sa vue aura une acuité moitié moins grande qu’à l’état ormal ; d’où la formule suivante donnée par Dondcrs : S représentant l’acuité de
(1) Jæger, Schrift-Scalen (échelle d’écriture). Wieu. Vallkix, 5e édit.
MALADIES DES YEUX
•'rrtji.it esprit* a'utolni uul rtiajé dr n mener tout. > Iri rt|;'n «le la mrthude b I’oUwe.ilio i ; d’jnlre» , non molli! cirluiili ru trnt rvotniie , mit •■«« «m'Iil-r Lt vriti.er ilaut um t IijIim tic déductions K gulicrc» Joui lr» auncju» ücsccndcaicut «le «ptclquci priurij.es ab.tra.U U réalité. Égale erreur! égal péril Je» «Um paru.
Si le philosophe ne faisait que raisonner, il raisonnerait au hasard et se perdrait bientôt dans de vaines bypo-
thèses. S’il se bornait a observer, il devrait renoncer a connaître les vérités les plus hautes, les plus
importantes qui ne sont pas du domaine de l’expérience. 11 faut qu’il emploie tour à
tour ces deux procédés, sachant appliquer à chaque question celui
qu’elle réclame. Mais que peut être l’observation
appliquée aux vérités de l’ordre moral
sinon l’exercice de la
conscience
EXAMEN DE L’OEII,. 723
la vision, N le caractère du numéro, et JD la distance à laquelle il est lu, on aura :
S = c’est-à-dire dans l’exemple choisi, S = — de la vue nor- •
male.
2° Mesure de l’étendue du champ visuel. — L’étendue du champ visuel est représentée par tout l’espace que nous embrassons devant nous dans la vision distincte. Celte étendue peut être plus ou moins grande. Pour la déterminer on place le malade devant un tableau ou une grande feuille de papier blanc, à la distance de la vue distincte; on lui ferme l’œil supposé sain, et on l’engage à fixer avec l’œil malade un point central, brillant, autour duquel on promène à des distances différentes et dans toutes les directions un corps bien éclairé. L’espace compris entre le point central et l’endroit le plus éloigné où le malade aperçoit le corps qu’on agite devant lui donne la mesure de l’étendue du champ visuel.
L’étendue du champ visuel est uniformément rétrécie dans les cas d’atrophie de la papille et dans les excavations glaucomateuses, une partie seulement du champ de la vision peut être obscurcie, alors on observe différentes variétés d’hémiopie, hémiopie verticale et hémiopie latérale , etc.
Hémiopie verticale. — Elle est caractérisée par la perception de la moitié inférieure des objets seulement et se remarque dans les altérations des parties inférieures de la rétine et particulièrement lorsqu’il existe des décollements de cette membrane soit par de la sérosité, soit par des épanchements sanguins.
L’ hémiopie latérale appartient aux amauroses cérébrales. De Graefe (1) et Follin en distinguent deux espèces : V hémiopie homonyme et Y hémiopie croisée. Dans la première, la perte de la vue occupe, pour les deux yeux, la moitié droite ou gauche du champ visuel binoculaire; dans la seconde, elle occupe pour chaque œil la moitié interne ou sa moitié externe. La décussation des nerfs optiques rend un compte suffisant de ces phénomènes. L’hémiopie homonyme est déterminée par une lésion du nerf optique avant son entrecroisement avec celui du côté opposé. L’hémiopie croisée, qui est très-rare, doit résulter d’une altération du chiasma des nerfs optiques.
Mouches fixes et mouches volantes (myodésopie). — En outre de ces altérations du champ visuel, on rencontre quelquefois des lacules irrégulières, opaques, plus ou moins grandes, qui tiennent à des points relativement insensibles de la rétine ou à des opacités des milieux réfringents de l’œil et à des lésions circonscrites de la rétine et de la choroïde. Lorsque leur présence est constante au milieu du champ de la vue, lorsqu’elles sont fixes tant que l’œil regarde le même point et qu’en même temps elles ont une coloration foncée avec des contours plus ou moins bizarres, elles sont toujours d’origine morbide et portent le nom de scolomes ou de mouches fixes.
Les mouches volantes consistent dans l’apparition, au milieu du champ visuel, de petites taches semi-transparentes ou opaques, de formes variées, isolées ou réunies les unes avec les autres et mobiJ.es. Il en existe deux variétés dont il est important de faire la distinction: la première variété est physiologique et n’offre absolument
(1) De Graefe, Archiv fur Ophthalmologiè , Bd. II, abtheilung S. 280.
MALADIES DES YEUX
aucun danger, malgré l’inquiétude qu’elle donne à certaines personnes. 11 est toujours facile de les provoquer artificiellement en regardant, à travers le trou d’une petite carte noire percée d’une aiguille, la flamme d’une bougie située à deux ou trois pieds de distance. Suivant la configuration des images que l’on aperçoit, on leur a donné les noms de spectre perlé, constitué par de petits globules réunis sous forme de filaments; de spectre aqueux, formé de plis ou bandes transparentes; de spectre globulaire, représenté par des globules isolés et transparents au centre, beaucoup d’opinions ont été émises sur la nature des mouches volantes physiologiques. On les a placées successivement dans le cristallin et sa capsule (Mailrejean) (1), dans l’humeur aqueuse (de la Ilirc et Le Roy) (2) ; un grand nombre d’auteurs les rapportent à des modifications survenues dans la rétine. Aujourd’hui, on s’accorde généralement à les considérer comme formées par des corps réfringents, situés au devant de la cornée et mobiles. Fano (3) croit qu’elles résultent de globules épithéliaux circulant au devant de la cornée ; Follin (4) les rapporte à des gouttelettes aqueuses répandues sur le miroir.
La deuxième variété de mouches volantes est morbide et provient de corps flottants situés dans le corps vitré, d’où la dénomination qu’on leur a imposée de mouches hi/aloïdiennes. Leur configuration varie à l’infini, comme l’opacité qui les détermine et qu’on peut reconnaître, dans beaucoup de cas, au moyen de l’éclairage ophthalmoscopique. La couleur des mouches volantes morbides est plus foncée, plus nette que celle des mouches volantes physiologiques; elles apportent un plus grand trouble à la vision.
Mesure de l'étendue de l' accommodation. — Il faut entendre par étendue de l’accommodation, l’espace compris entre les points extrêmes auxquels l’œil peut apercevoir avec netteté les objets placés devant lui. beaucoup d’appareils ont été inventés pour mesurer l’étendue de l’accommodation [optomètres)-, le moyen le plus simple et le plus pratique consiste à se servir des échelles typographiques (voy. p. 722). On cherche le point le plus rapproché et le plus éloigné auxquels l’individu peut lire un caractère fin, comme le numéro 1 ; tout œil qui lira de 3 à è ou 10 pouces ce numéro 1, pourra être considéré comme possédant un pouvoir normal d’accommodation (5).
Recherche de la sensibilité aux couleurs. — A l’étal normal, l’œil perçoit facilement les couleurs principales et les différentes couleurs complémentaires ; mais il peut arriver que certains individus n’aient pas ou aient perdu la faculté de distinguer les couleurs. Les uns ne voient que le blanc ou le noir, les autres n’ont la sensation que de certaines couleurs. Cette affection porte le nom de dj/ocromatopsie et de daltonisme, du nom du chimiste anglais qui, le premier, a décrit cette anomalie dont il était atteint. La dvscromatopsie est héréditaire ou acquise, transitoire ou permanente et plus fréquente qu’on ne le suppose ; Prévost (6) affirme que, sur vingt personnes rassemblées au hasard, on en trouve une affectée
(1) Maitrejean, Traité des maladies de l'œil, 1707, p. 255.
(2) De la Hire et Le lloy, Mémoires de l'Académie des sciences, t. IX, p. 571.
(3) Fano, toc. cit., t. 1, p. 67.
(h) Follin, loc. cit., p. 164.
(5) Follin. loc. cit.
(6) Prévost, Mémoires de la Société de physique et d’histoire naturelle de Genève, t. XII, 1849, p. 196.
EXAMEN DE L’OEIL
de daltonisme. Nous n’avons que des notions incertaines sur les causes de ce singulier phénomène. On le reconnaît aisément en présentant aux malades des papiers de diverses couleurs. Le jaune e t le bleu les embarrassent le moins; le rouge et le vert sont facilement confondus.
De V excitabilité de la rétine ; phosphènes. — Lorsque la rétine est surexcitée par une cause quelconque, le malade perçoit différentes couleurs : des étincelles, des éclairs, de véritables feux d’artifice. Ces phantasmes lumineux se rencontrent dans les affections cérébrales du nerf optique, dans les congestions et inflammations de la choroïde et de la rétine. On les désigne par le nom général de photopsie. Lorsque les objets sont irisés, entourés de cercles lumineux, le phénomène morbide porte le nom de c/irupsie. C’est un signe précurseur du glaucome. Tous ces symptômes, spontanément développés, ont une certaine importance pour le diagnostic: ils en ont une plus grande encore quand on essaye de les provoquer artificiellement dans le but de s’assurer de l’excitabilité de la rétine.
Phosphènes. — On donne le nom de phosphènes aux images lumineuses que l’on provoque lorsqu’on comprime l’œil à travers les paupières. Savigny (1) et surtout Serre, d’Uzès (2), en ont fait une étude très-sérieuse. « Pour les obtenir, le malade est placé, autant que possible, dans un demi-jour ou dans l’obscurité, elle médecin presse l’œil, tenu fermé comme dans le sommeil, en poussant l’index entre le globe et l’orbite. Pour que l’anneau lumineux soit plus net, plus apparent, il est nécessaire qu’une petite secousse soit donnée à l’œil, et qu’en même temps on exerce une pression assez, marquée. Serre admet quatre phosphènes principaux, qu’il désigne dans l’ordre suivant, établi selon leur importance croissante : jugal, frontal , temporal , nasal. Au premier degré d’anesthésie, dit l’auteur, c’est le jugal qui disparaît; au deuxième, c’est le frontal ; au troisième, le temporal ; au quatrième, le nasal. Celui-ci absent, les autres ne se montrent pas; ainsi de suite jusqu’au frontal. Dans la disposition inverse, le jugal manquant, tous les autres lui survivent, et ainsi de suite en remontant jusqu’au nasal. Quand, sous l’influence d'un traitement énergique et prompt, plusieurs phosphènes déjà disparus viennent à se montrer, la réapparition a lieu dans l’ordre de la survivance; de sorte que le nasal , étant le dernier à disparaître, est le premier à se manifester; puis viennent successivement le temporal , le frontal , \e jugal.
L’absence du jugal indique que la zone terminale de la rétine est seule frappée (l’anesthésie; celle du frontal signale les progrès de l’insensibilité sur une zone plus reculée; enfin, celle du temporal et du nasal sur d’autres zones plus reculées encore. La pâleur des anneaux lumineux, leur apparition par segments, leur absence sur un ou plusieurs points et dans un certain ordre, permettent de constater un affaiblissement imminent ou actuel de la rétine, ou l’insensibilité accomplie de cette membrane. Ce moyen permet au chirurgien, d’après les seules appréciations du malade, de s’éclairer (lorsque la pupille est fermée par des fausses membranes ou obstruée par une cataracte) sur les chances probables d’une, opération de pupille artificielle ou de cataracte (3). <> Malheureusement tous les malades ne sont pas susceptibles de rendre un compte exact des sensations qu’ils éprouvent.
(1) Savigny, Comptes rendus de l'Académie des sciences , 1838.
( 2) Serre (d’Uzès), Essai sur les phosphènes ou anneaux lumineux de la rétine. Paris, 1853.
(3) ltobin et Littré, Dictionnaire de médecine, de chirurgie, etc., 18G5, p. 11 AG.