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INFLAMMATION DES PAUPIÈRES. — SYMPTÔMES

Division. — Velpeau (1) admet quatre variétés de la blépharite, en se fondant ?sur le siège principal de l’affection et sur la nature des produits sécrétés; ce sont : 1° la blépharite muqueuse; 2° la blépharite glanduleuse à laquelle il réunit comme 'variété secondaire la blépharite diphthéritique; 3° la blépharite granuleuse ; k° la blépharite ciliaire proprement dite.

Nous avons déjà parlé de quelques-unes de ces localisations; nous aurons occa- ; sion de signaler les autres ; ainsi la blépharite muqueuse trouvera sa description à l’article de I’Ophthalmie des nouveau-nés. AVarlhon Jones (2) ne fait que deux divisions de la blépharite tarsienne, déduites de la nature des causes qui la produisent ; 1° blépharite tarsienne catarrhale; 2° blépharite tarsienne scrofuleuse.

Après les chapitres qui précèdent, nous sommes conduit à une description d’ensemble. La physionomie générale de la maladie sera d’autant mieux saisie qu’elle sera moins morcelée. D’ailleurs nous aurons soin, chemin faisant, de signaler les particularités qui ont trait à telle ou telle variété.

§ I. — Causes.

Elle est fréquente surtout chez les enfants et les adultes ; une cause occasionnelle peut la produire; l’impression du froid, humide des vapeurs méphitiques, des sels ammoniacaux, est à craindre pour les personnes prédisposées par un tempérament scrofuleux. Linné raconte que les Lapons sont presque tous atteints de celte affection qu’il attribue aux vents, à la réverbération de la neige et à l’intensité du froid. Les Finlandais en sont également très-souvent atteints, et beaucoup d’entre eux en perdent la vue. Siebel (3) la considère presque toujours comme le symptôme d’une constitution lymphatique ou d’une affection scrofuleuse. Toutefois il l’a maintes fois observée sur des maçons, des tailleurs de pierre, sur des droguistes et des épiciers. La faiblesse des enfants, la malpropreté, la misère, sont autant de conditions qui favorisent le développement de la blépharite. AVecker(4) attribue une grande influence à l’irrégularité dans le cours des larmes, résultant d’une obstruction des voies lacrymales , et d’une simple déviation des points lacrymaux. C’est, dit-il , parce que les Israélites sont plus exposés que les autres nations aux altérations des voies lacrymales, que la blépharo-adénite apparaît chez eux dans sa forme la plus pernicieuse. Mais ne seraient-ce pas là deux effets d’une même cause, à savoir, le vice scrofuleux? L’herpétisme, la syphilis, ont des manifestations plusieurs fois constatées sur la marge des paupières. Est-il vrai que le champignon de l’herpès circiné et de la mentagre puisse s’attaquer aux cils? On l’a dit, mais la chose n’est pas démontrée. Quoi qu’il en soit de cette étiologie complexe , il est certain que la blépharite ciliacée est une maladie fréquente qui mérite toute l’attention du médecin à cause de ses conséquences.

§ II. — Symptômes.

A un premier degré, il n’y a qu’une simple hypérémie du bord des paupières,

(1) Velpeau, Manuel pratique des maladijs des yeux , p. 25.

(2) V harton Jones, Traité pratique des maladies des yeux, traduct. et notes par Foucher, g. 005.

(3) Sichel, Iconographie ophthalmologique, texte, p. 84.

(4) Wecker, Etudes ophthalmologiques, t. I,p. 010.

MALADIES DES YEUX

caractérisée par une rougeur diffuse ou localisée à certains points, et par un gonflement léger de la ligne d’implantation des cils; il n’y a ni pustules, ni excoriation ; à part une douleur prurigineuse assez légère et l’aspect désagréable de la physionomie, le malade ne s’inquiéterait pas. Cependant, le matin, les cils sont déjà agglutinés entre eux par du mucus concrété et de la matière sébacée, et pour peu que le malade ne soit pas soigneux, l’accolement des cils est cause de tiraillements qui aggravent bientôt l’affection.

A un degré plus avancé, les tissus sont plus profondément intéressés. De petites pustules apparaissent a la base des cils et se recouvrent de croûtes furfuracées et de pellicules très-fines qui proviennent de la dessiccation de la matière sébacée ; si la maladie prédomine sur la lèvre interne du bord palpébral , les glandes de Meibomius enflammées sécrètent en plus grande quantité, et le produit de leur sécrétion s’étale par plaques blanches assez étendues , ayant l’aspect d’une fausse membrane diphthéri tique, sans en avoir les caractères histologiques. Elles sont composées d’épithélium et de matières graisseuses; c’est donc à tort que Velpeau a désigné cette affection sous le nom de dipht hérite des paupières. Au-dessous des lamelles desséchées, la peau est rouge et souvent exulcérée. La maladie faisant des progrès, des altérations plus profondes encore se manifestent. Les follicules pileux s’hvpertrophient en même temps que le tissu cellulaire environnant s’irrite et prolifère ; il en résulte une induration considérable du bord libre: les follicules pileux oblitérés par la matière sébacée, ne fournissent plus aux cils une nourriture suffisante; ceuxci s’étiolent et tombent. Le tissu cellulaire de nouvelle formation se rétractant, le bord palpébral s’arrondit et apparaît sous la forme d’un cordon noueux, rouge bleuâtre, et d’un aspect tout à fait désagréable. Wecker donne à cette forme le nom de blépharite hypertrophique.

Lorsque la suppuration frappe rapidement le follicule pileux, il se produit à la base des cils de petits boutons pustuleux qui apparaissent successivement sur différents points, qui guérissent momentanément pour se reproduire ensuite. Il existe des ulcérations plus ou moins profondes recouvertes de croûtes noirâtres, résistantes, qui diffèrent, d’après Duval, des croûtes de la conjonctivite catarrhale par a dureté, l’adhérence, la coloration noire résultant d’un mélange de pus et de mucus concret avec une certaine quantité de sang qu’offrent les premières , tandis que les secondes sont flavescentes , et se détachent avec plus de facilité (1). Les ulcérations en se cicatrisant détruisent les follicules pileux, oblitèrent les glandes de Meibomius. Le périchondre des tarses est aussi intéressé; il s’épaissit et se retracte. Peu à peu les paupières changent de direction et sont entraînées au dehors (ectropion).

Lorsque les choses en sont arrivées à ce point, il y a tout à craindre pour le globe de l’œil lui-même. Ce n’est plus seulement line difformité qu’il faut redouter, mais la perte de la vue. Ace titre, la blépharite ciliaire est toujours une affection grave lorsqu’elle est négligée.

La blépharite ciliaire, dit AVecker, a ceci de particulier qu’elle débute dans la pluralité des cas par des symptômes peu manifestes. Un peu de rougeur, un gonflement léger du bord libre, çà et là de petites excoriations du derme, tels sont les

(1) Deval, Maladies des yeux , p. 38.

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