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CONJONCTIVITE SIMPLE (CATARRHALE TRAUMATIQUE

§ I. — Définition.

La conjonctivite simple se définit d’elle-mème ; nous entendons par celte déno-

(1) Sichel, Iconographie ophthalmologique, p. 28.

(2) Velpeau, Répertoire des sciences médicales , l. XII, art. Ophthalmie.

(3) Rognetta, Traité philosophique et clinique des maladies des peux, p. 121.

(A) Carron du Villards, Guide pratique des maladies des yeux , t. II, p. 12.

(5) Wharton-Jones, loc. cit., notes par Toucher, p. J 00.

CONJONCTIVITE SIMPLE. — SYMPTÔMES.

minntion une inflammation de la conjonctive déterminée par un agent extérieur, n’agissant sur la muqueuse que par des propriétés physiques ou chimiques, et ne portant en lui aucune des qualités qui caractérisent les virus ou les miasmes. L inflammation est ici subordonnée à l’intensité de sa cause, plutôt qu à sa nature.

Les corps étrangers de toute sorte mis au contact de la conjonctive ont pour effet de produire une hypérémie, puis une inflammation plus ou moins généralisée. Le sable, les poussières végétales ou minérales, la fleur de soufre (1), surtout lorsqu’elle est mélangée à la chaux, sont d’autant plus nuisibles qu’ils pénètrent en grande quantité, et qu’ils peuvent se fixer dans le tissu même de la muqueuse; lorsque leur séjour est passager, l’altération locale disparaît rapidement; dans le cas contraire, l’inflammation est durable et ne disparaît qu’après l’expulsion du corps irritant. Les gaz ammoniacaux, l’air vicié des habitations encombrées, sont des causes fréquentes de l’ophthalmie catarrhale. L’impression de l’air froid, des transitions brusques de température, est h craindre, principalement pour les enfants faibles et les personnes débilitées par de longues maladies. Aussi l’observe t-on au printemps et à l’automne dans les pays où des nuits très-fraîches succèdent à des journées très-chaudes; chez les personnes qui vivent et travaillent au grand air, comme les soldats et les habitants des campagnes; chez les individus qui ont la mauvaise habitude de passer la nuit les fenêtres ouvertes ; l’action de lire ou d'écrire trop avant dans la nuit avec un éclairage insuffisant, toutes les fatigues de la vue, peuvent occasionner des conjonctivites simples, surtout chez les individus affaiblis par la misère, les privations, une longue maladie, un allaitement prolongé (2). Les excès de table, l’abus des alcooliques, l’usage immodéré des préparations indiques (3), la constipation habituelle, sont autant de circonstances qui, par un mécanisme différent, exposent aux conjonctivites. Nous devons également mentionner les vices de conformation des paupières, congénitaux ou acquis, les altérations des voies lacrymales.

La conjonctivite d’origine atmosphérique ou déterminée par des agents mécaniques peut-elle devenir épidémique et revêtir des propriétés contagieuses? De même qu’on l’observe à l’état endémique dans les régions froides et dans les pays chauds à température variable du jour à la nuit, de même elle se développe épidémiquemenl sur les individus placés dans les mêmes conditions et accidentellement exposés aux mêmes influences atmosphériques, tels que les soldats en campagne, les ouvriers dans les ateliers, les enfants dans les écoles. Quant à sa propriété contagieuse, elle est discutable, à moins d’admettre que les virus puissent naître spontanément et qu’une maladie primitivement simple ait la propriété de dégénérer en uïie maladie spécifique. Cette question a été vivement agitée à propos de l’ophthalmie militaire, mais elle n’est pas résolue.

§ III. — Symptômes.

1° Symptômes objectifs. — Les symptômes de la conjonctivite Catarrhale sont

(1) Bouisson, Conjonctivite des soufreurs de In vigne {Acad, des sciences , 10 août 1863).

(2) Mackenzie, loc. cit., t. I, p. 658.

(3) Deval, loc. cit>< p. 213.

MALADIES DES YEL’X.

locaux ou généraux , objectifs ou subjectifs. Les symptômes locaux sont identiques avec ceux de l'inflammation de toutes les muqueuses et consistent dans la rougeur, le gonflement, la chaleur et la douleur. Les premiers seuls sont appréciables à la \ ue. Le changement de coloration de la muqueuse est un des premiers signes qui se manifestent. Suivant les degrés de la maladie et son étendue, la congestion i nflammatoire est plus ou moins intense. Si la cause déterminante n’agit que sur une portion limitée de la muqueuse, la rougeur reste circonscrite, comme à la suite de l’implantation d’un corps étranger à la surface interne des paupières ou sur le bulbe ; mais la conjonctivite d’origine atmosphérique est presque toujours généralisée et n’accuse pas une rougeur répandue sur toute la conjonctive. La disposition des vaisseaux, dont le développement anormal est la cause du changement de couleur, se présente sous quatre formes principales, savoir : la réticulée , la zonulaire , la fasciculaire , la variqueuse. La première forme est constituée par les vaisseaux qui rampent dans l’épaisseur de la muqueuse. Ceux-ci, par leurs nombreuses anastomoses, constituent des anses plus serrées aux environs de la cornée que sur les autres parties. Dans l’intervalle des mailles, il est encore possible de distinguer la coloration normale des tissus sous-jacents; mais, lorsque l’inflammation est très-intense, la coloration est uniformément rouge écarlate ou rouge vineux, ce qui tient à la distension des capillaires et à une suffusion sanguine dans le tissu cellulaire sous-muqueux. Il n’est pas rare d’observer de véritables ecchymoses, qui donnent à certains points une coloration encore plus foncée. La deuxième forme ( zonulaire ) résulte d’un grand nombre de petits vaisseaux droits, sans anastomose entre eux, et qui encadrent la cornée comme les fleurons d’une fleur composée. Ils siègent dans la couche profonde de la conjonctive et dans la sclérotique et proviennent des musculaires et des ciliaires antérieures. L’injection zonulaire est toujours l’indice d’une inflammation intense et même d’une complication du côté des membranes profondes. La troisième forme ( fasciculaire ) n’apparaît que dans les conjonctivites circonscrites : elle se présente sous forme de faisceaux triangulaires à base dirigée vers le repli oculo-palpébral, leur sommet venant aboutir à une pustule ou au point d’implantation d’un corps étranger. La quatrième forme ( variqueuse ) est représentée par de gros vaisseaux tortueux anastomosés entre eux et mobiles avec la conjonctive. Leur présence indique une conjonctivite chronique ou un arrêt de la circulation par suite de maladie siégeant dans la profondeur de l’œil et de tumeurs de l’orbite... L’hypérémie vasculaire est tout d’abord sensible sur la conjonctive palpébrale, au niveau des glandes de Meibomius qui semblent enlacées dans un réseau vasculaire très-intense, puis dans les angles de l’œil et dans le repli oculo-palpébral.

Comme première conséquence de la vascularisation conjonctivale, on voit apparaître une saillie plus considérable des papilles, ce qui donne à laf conjonctive un aspect chagriné et comme villeux. Quelques auteurs ont confondu à tort le développement des papilles avec les véritables granulations dont nous parlerons plus tard.

Comme deuxième conséquence de l’hypérémie, toute la muqueuse se tuméfie par suite d’une exsudation séreuse ou plastique dans les tissus sous-jacents. C’est ainsi qu’il n’est pas rare d’observer un gonflement des paupières avec une injection érythémateuse de la peau ; mais le phénomène qui frappe davantage est celui qui est désigné sous le nom de chémosis* il consiste dans un soulèvement de la mu-

CONJONCTIVITE SIMPLE. — SYMPTOMES. /Do

(jucusc péricornéalc et dans un bourrelet qui encadic la coince au point de la recouvrir quelquefois presque complètement. Il y a deux formes de chémosis : l’un, de consistance molle et gélatineuse, sillonné de quelques \ aisseaux seulement et résultant d’une simple infiltration séreuse, c’est le chémosis séreux ; l’autre, d’une coloration rouge foncé, dur, résistant à la pression et formé d’un épanchement de liquides plastiques et d’une hypérémie vasculaire exagérée ; on le désigne par le nom de chémosis inflammatoire. Ces deux symptômes n’apparaissent que dans les conjonctivites intenses, surtout le dernier, car le chémosis séreux peut se déclarer à la suite d’une simple irritation conjonctivale chez les personnes affaiblies et à chairs molles.

2° Symptômes physiologiques et subjectifs. — La douleur est un symptôme constant qui se déclare en même temps que la congestion ; elle consiste en picotements, en élancements et en une chaleur cuisante. Des malades la comparent (1) à celle que produirait la cendre chaude ou du verre pilé accumulé sous la paupière; quelques-uns sont tellement convaincus de la présence d’un corps étranger qu’ils cherchent à le faire sortir par des frottements répétés et qu’ils vont prier le chirurgien de les en débarrasser. Lorsque cette sensation est duc à la présence d’un cil, elle persiste opiniâtrement. Cette douleur, vive au début, s’aggrave à la tombée de la nuit et se calme pendant le sommeil; localisée le plus habituellement à la région oculaire, elle peut irradier aux environs de l’orbite.

La photophobie est modérée, ou nulle, à moins de complication, de kératite et d’iritis. Elle est quelquefois si prononcée, qu’il est impossible au patient de se prêter à un examen de l’œil à une lumière un peu forte.

Toutes les glandes qui entrent dans la composition des conjonctives participent à l’orgasme inflammatoire et sont le siège d’une hypersécrétion qui se manifeste par un écoulement très-abondant de liquides à travers les paupières. Au début, la sécrétion est composée d’un liquide peu consistant et légèrement albumineux, dans lequel nagent çà et là des flocons de mucus, qui s’accumulent vers le grand angle de l’œil et dans le cul-de-sac inférieur. Ces filaments sont composés de cellules épithéliales et de globules de mucus. Les globules de pus n’apparaissent que dans la dernière période, alors que la sécrétion est très-diminuée. En s’écoulant sur les joues, tous ces liquides se dessèchent, forment des croûtes dures et sèches, lorsque la sérosité est simplement albumineuse, molles et humides, lorsque le pus et la matière grasse des glandes de Meibomius sont en surabondance.

Quelques conjonctivites aiguës ou chroniques sont signalées par un arrêt presque complet de la sécrétion lacrymale, d'où une sensation de sécheresse dans l’organe affecté. C’est ce qu’on a désigné sous le nom de xéroiua et de xéroph<hain»ie. Ce fait est rare et l’on observe bien plus souvent une hypersécrétion de la glande lacrymale, soit sympathique, soit irritative. Il est fréquent également de voir l’ophthalmie catarrhale s’accompagner de symptômes d’inflammation du côté de la muqueuse qui tapisse les narines, l’arrière-gorge et la trachée. Chez les petites lillcs de deux ou trois ans, elle se complique assez souvent d’un écoulement puro-muqueux par le vagin. La maladie est alors quelquefois légère, mais souvent elle est assez grave et l’écoulement devient manifestement purulent.

Telle est, dans son ensemble, la symptomatologie de la conjonctivite catarrhale.

(1) Gosselin et Denonvillicrs, Maladies des yeux. p. 43G.

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La vue n’est pas généralement troublée ; mais, dans les cas graves, la cornée peut s’ulcérer, l’iris s’enflammer et le chémosis devenir assez volumineux pour empêcher la vision.

§ IV. —Degrés de la maladie.

On admet trois degrés dans la conjonctivite catarrhale :

Dam le premier, l’injection n’est pas généralisée, les vaisseaux offrent une disposition réticulée à larges mailles et la sécrétion est séro-albutnineuse.

Dans le second , l’anneau pernicornéen ( injection zonu/aire ) se dessine fortement sur les bords de la cornée et la muqueuse est uniformément rouge, avec chémosis séreux et écoulement muqueux épais, chargé de filaments membraneux.

Dans le troisième, il y a un véritable phlegmon de la conjonctive, le chémosis devient inflammatoire , la sécrétion est mucoso-purulente et les complications d’irilis et de kératite sont fréquentes.

Le mouvement fébrile est nul ou presque nul dans les formes légères ; les formes graves sont accompagnées d’accélération du pouls, de perte d’appétit et de céphalalgie plus ou moins intense.

§ V. — Marche.

La conjonctivite simple, abandonnée à elle-même, le malade étant placé dans de bonnes conditions hygiéniques, se termine parla guérison au bout d’une quinzaine de jours ; mais, suivant les idiosyncrasies et l’intensité de l’affection, elle peut durer indéfiniment, surtout si le malade reste exposé aux causes qui l’ont amenée; alors elle s’établit à l’état chronique pour revenir à l’état aigu sous l’inlluence de la moindre excitation.

La conjonctivite chronique a cela de particulier que les phénomènes d’injection vasculaire et de légère infiltration séreuse disparaissent sur la conjonctive bulbaire, tandis que les phénomènes inflammatoires persistent sur la conjonctive du culde-sac et des paupières, et s’accusent par un épaississement du tissu cellulaire, par une condensation de l’épithélium et par de petites stries cicatricielles résultant probablement du resserrement du tissu conjonctival. Chez plusieurs malades, les paupières sont relâchées, les bords palpébraux rouges, excoriés et quelquefois renversés en dehors ( eclropion ).

§ VI. — Diagnostic, pronostic.

Le diagnostic absolu de la conjonctivite catarrhale est assez simple : tous les phénomènes anatomiques et physiologiques que nous avons signalés suffisent pour l’établir. Le diagnostic de la cause se tirera des renseignements fournis par les malades, soit sur ses antécédents morbides, soit sur sa profession. De celte manière, on saura si la maladie doit être attribuée à la présence d’un corps étranger ou à l’impression d’un air froid. Toutefois, il ne faudra pas toujours s’en rapporter au malade et le tourmenter pour essayer l’extraction d’un corps étranger qui n’existe pas ou qui n’a jamais existé. Nous aurons bientôt à décrire d’autres formes de conjonctivite, les purulentes, la phlycténulaire ou scrofuleuse, etc. Nous nous contenterons de poser ici, sous forme de tableau, les traits principaux qui les distinguent de la conjoncti\ite calai 1 haie.

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