OPHTHALMIE RHUMATISMALE
La conjonctive et la sclérotique sont atteintes à la fois.
L’iris est décoloré et la pupille paresseuse ; la cornée est trouble.
Photophobie intense.
Pronostic. — La conjonctivite catarrhale, lorsqu’elle est exempte de complications et que l’impression de la cause n’a pas été de longue durée, n’offre pas de gravité bien sérieuse. Du reste, son pronostic est subordonné^ l’état général de la constitution, au degré d’aisance et de misère; prise à temps et traitée convenablement, elle disparaît vite sans laisser de traces de son passage; mais négligée, elle passe h l’état chronique : les tissus de la conjonctive palpébrale s’hypertrophient cl s’indurent, les frottements continuels qu’ils exercent sur la cornée l’irritent et i 'enflamment; il en résulte des accidents secondaires fort à craindre: du côté des
MALADIES DES YEUX
paupières, l’enlropioii cl l’cctropion, la perte des cils; du côté du globe, des opacités cl finalement la perle de la vue.
§ VII. — Traitement.
La première indication est de soustraire le malade aux mauvaises conditions dans lesquelles il est placé; il faut extraire les corps étrangers, s’il y en a, arracher les cils déviés de leur position : avec ces simples précautions on obtiendra souvent une guérison rapide, même sans l’intervention d’aucun traitement. La mitte des vidangeurs, décrite par JRamazzini, Sauvages et Dupuytren, et qui estdueàl’inlluence des vapeurs ammoniacales qui se dégagent des fosses d’aisances, guérit sans le secours du médecin, pour peu que les ouvriers cessent momentanément leurs travaux (1); et pourtant cette conjonctivite passe par tous les degrés que nous avons indiqués. En effet, la initie humide, qui ne consiste qu’en une simple hypérémie de la muqueuse, est bientôt suivie de la mitte grasse, conjonctivite mucoso-purulente, et de la mitte sèche, conjonctivite chronique. Les habitations mal fermées, les ateliers de travail trop encombrés, devront être abandonnés ou mis dans des conditions meilleures. Enfin, il faudra s’abstenir des alcools et de l’usage del’iodure de potassium, pour peu que ces agents puissent être soupçonnés d’avoir produit la maladie.
Le traitement sera proportionné au degré de la maladie. Les remèdes généraux doivent céder le pas aux moyens locaux; de plus, d’après Mackenzie et la plupart des praticiens, les remèdes généraux violents sont plus nuisibles qu’utiles.
Les évacuations sanguines trouvent rarement leur application. Si cependant il y avait une réaction fébrile insolite, on pourrait faire une saignée de 200 à 300 grammes, ou bien appliquer dix ou douze sangsues à la tempe.
Quelques purgatifs salins, le sulfate de magnésie à la dose de vingt à trente grammes, le jalap et le calomel à doses purgatives, rendront des services au début delà maladie, de même que les révulsifs cutanés, les sinapismes aux jambes et les pédiluves chauds. Mais il ne faut pas s’arrêter à ces petits moyens, mieux vaut attaquer directement l’inflammation par des applications locales.
Pour calmer les douleurs on a conseillé l’emploi de l'eau froide ; mais quelques praticiens se sont élevés contre son usage. A rit (2) la proscrit d’une manière absolue et AYharton Jones (3) ne la croit pas avantageuse employée en lotions interrompues. AVecker conseille les compresses imbibées d’eau froide dans les catarrhes aigus, il les rejette dans les catarrhes chroniques; en définitive, ce moyen est incertain et mieux vaut ne pas s’en servir, car il est rare qu’il soit convenablement appliqué.
Médication stimulante et substitutive. — C’est la seule véritablement héroïque ; elle consiste dans l’emploi de lotions astringentes, de collyres et de pommades irritantes; la dose et la nature de la substance active doivent être réglées sur le degré de la maladie et son ancienneté.
I) Dcval, Traite théorique et pratique îles maladies des yeux., p. 214.
(2) Arlt, Die Krankheiten des Auges fur prahtische Acrztc geschildert , 1855.
(3) Wharton-Jones, loc. cit., p. 458.
CONJONCTIVITE SIMPLE. — TRAITEMENT.
1° Au premier degré on prescrira les formules suivantes :
Collyre de Demi au sulfate de zinc.
Sulfate de zinc 5 centigr. | Eau distillée AO à 50 grain.
Il y ajoute quelquefois du laudanum et de l’alcool camphré.
Collyre de Brülault {eau de la duchesse).
2 c Sulfate de zinc 50 cenligr. Alcool 15 à 20 gouttes.
Iris de Florence 50 centigr. Eau commune 100 grain.
Sucre candi 50 centigr.
On laisse macérer, puis on filtre.
Foucher (1) s’est toujours bien trouvé des collyres contenant pour, glycérine pure 30 grammes, 25 à 30 centigrammes d’une des substances suivantes: sulfate de zinc, borax, alun, extrait de ratanhia.
Mackenzie (2) a l’habitude d’employer pour les fomentations et pour collyre une solution de :
Sublimé corrosif 5 cenligr.
Hydroclilorate d’ammoniaque. 30 centigr.
Eau
200 gram.
Lorsqu’on veut l’employer en fomentations, on en prend une cuillerée à soupe, ;i laquelle on ajoute une égale quantité d’eau bouillante. On se sert de cette solution ainsi diluée pour fomenter les paupières trois fois par jour, à l’aide d’une compresse ou d’un morceau d’éponge douce. Dans les cas légers, on en laisse couler quelques gouttes dans l’œil ; dans les cas graves, le collyre doit être injecté à l’aide d’une petite seringue sur toute la conjonctive et principalement dans son repli supérieur.
2° Au deuxième et au troisième degré, on se servira de préférence des collyres au nitrate d’argent qu’on peut également employer dans le premier degré, à la condition d’en modérer la dose.
Les collyres au nitrate se formuleront avec 5, 10, 15, 20 et 30 centigrammes de nitrate pour 30 grammes d’eau distillée. Quelques praticiens, loin de redouter l’action énergique du nitrate d’argent, en réitèrent l’application plusieurs fois par jour.
Dcval l’emploie de la manière suivante : il le prescrit à la dose de 15 à 20 centigrammes dans 30 grammes d’eau distillée et le porte entre le bulbe et les voiles palpébraux sept ou huit fois par jour, cl, dans l’intervalle de ces applications, il fomente les yeux avec un collyre composé de 2 à l\ grammes d’extrait de Saturne pour 200 ou 250 grammes d’eau.
Mackenzie (3) se sert d’une solution contenant 20 centigrammes de nit^tc d’argent pour 30 grammes d’eau distillée, il en introduit, à l’aide d’un petit pinceau en poils de chameau une grosse goutte dans l’œil, deux ou trois fois par jour, selon les circonstances : sa conduite est réglée d’après les sensations éprouvées par le malade. Celui-ci, après l’application, ne sent rien pendant une minute ou deux.
(1) Wharton-Jones, Addition par Foucher, p. 159.
(2) Mackenzie, loc. cit., t. 1, p. GG2.
(3) Mackenzie, loc. cit ., t. I, p. 661.
MALADIES DES YEUX
puis la douleur revient pendant une dizaine de minutes, après quoi le malade est soulagé. Lorsque les symptômes douloureux reparaissent, il les arrête par une nouvelle application. A mesure que la maladie cède, le patient ressent de moins en moins de douleur et le remède finit par être à peine senti.
Si la maladie est grave, que la cornée soit intéressée, il faudra prendre certaines précautions recommandées par de Graefc. Dans une des solutions précédemment indiquées (20 centigrammes de nitrate pour 20 ou 30 grammes d’eau distillée), on trempera un petit pinceau, qu’on passera sur les paupières renversées, en ayant soin de respecter la cornée, puis on neutralisera le nitrate d’argent qui se trouve en excès avec de l’eau salée.
AVecker pense qu’une seule cautérisation substitutive est suffisante dans la majorité des cas, si l’on a soin de faire ensuite usage des collyres astringents, au sulfate de zinc, h l’acélate de plomb, etc. Celui qu’il emploie se compose de:
Sulfate de zinc 25 centigr. I Eau distillée 15 gram.
Teinture d’opium 10 gouttes. |
S’il y avait un chémosis inflammatoire, ce qui est rare dans la conjonctivite catarrhale simple, il faudrait le scarifier à l’aide de ciseaux ou d’un petit bistouri.
Conjonctivite catarrhale chronique. — Autant les formes aiguës cèdent facilement, autant les formes chroniques sont lenaces. Aux collyres et fomentations indiqués il faut ajouter les pommades astringentes et légèrement caustiques, celles de .Tanin, de Desault, de Lyon (voy. page 732), trouveront leur emploi quand la conjonctivité sera compliquée d’excorations des paupières et de blépharite ciliaire.
Le collyre jaune astringent [agita llorslii ), employé pur ou mélangé avec parties égales d’eau, a été utilisé par Wecker, qui l’applique avec un pinceau deux ou trois. fois par jour, eu ayant soin d’en humecter les paupières et les coins de l’œil :
Collyre jaune astringent.
If Chlorhydrate d’ammoniaque. 75 cenligr.
Sulfate de zinc 2 gram.
Eau distillée 150 gram.
Camphre (dissous dans l’alcool à
0,850de de nsité) 45 cenligr.
Safran 40 gram.
Ce qui réussit le mieux, d’après Fano (1), ce sont les attouchements de la muqueuse avec un pinceau imbibé de laudanum de Sydenham ou de teinture d’iode mitigée.
Mais tous ces moyens échoueront nécessairement, si l’on n’a pas soin de placer le malade dans de bonnes conditions hygiéniques de logement et de nourriture, si on ne lui interdit pas le travail prolongé à la lumière artificielle et l’abus d’une nourriture trop 'excitante, et des alcooliques, si surtout l’action des médicaments n’est pas secondée par une propreté minutieuse et une application méthodique des collyres et pommades.
ARTICLE III
CONJONCTIVITE PUSTULEUSE (PHLYCTÉNULAIRE SCROFULEUSE, OPHTHALMIE SCROFULEUSE).
Définition. — La conjonctivite pustuleuse est une maladie de l’enfance, se dé- (1) Fano, Traité théorique et pratique des maladies des yeux , t. I, P* 5^0.
CONJONCTIVITE PUSTULEUSE. — CAUSES.
veloppant sur les sujets scrofuleux, et caractérisée par une injection assez peu marquée, par une photophobie intense, et par le développement sur la conjonctive et la cornée de petites pustules ou phlycténules dont la rupture entraîne la formation d’une ulcération superficielle ou profonde.
Fréquence. — Cette affection est une des plus fréquentes de l’enfance, puisque Mackenzie (1) affirme que sur 100 cas d’ophthalmies chez les enfants, 90 sont de cette nature ; telle est aussi l’opinion de Wecker et de Marjolin ; Fano (2) exprime une manière de voir diamétralement opposée ; mais la contradiction n est qu apparente, et la divergence résulte de ce que les uns ne voient dans cette affection qu’une conjonctivite comme maladie primitive, tandis que Fano la considère plutôt comme une kératite. Ce qui prouve, pour le dire en passant, que l’école anatomique est aussi elle-même embarrassée, lorsqu’elle est obligée de faire ses descriptions par tissus. Quel que soit le siège primitif de la maladie, il importe d’en faire une description d’ensemble, parce qu’elle a des caractères propres qui en font une individualité morbide bien accusée. A ce titre, la dénomination plus générale d’ophlhalmie scrofuleuse lui conviendrait mieux que celle trop restreinte de conjonctivite phlycténulaire.
§ I. — Causes.
Causes prédisposantes. — On la rencontre beaucoup plus souvent dans l’enfance qu’à tout autre âge de la vie; quand les adultes en sont frappés, presque toujours ils en ont souffert pendant leur enfance; le temps qui s’écoule depuis le sevrage jusqu’à l’àgc de huit ans, est la période de la vie où elle se montre le plus fréquemment, d’après Mackenzie. Il est remarquable que presque tous les sujets qui en sont atteints ont une constitution scrofuleuse des plus accusées; il y a peut-être cependant exagération à dire qu’elle ne se montre que chez les scrofuleux; mais la vérité est qu’elle coïncide souvent avec les autres manifestations de la scrofule ou qu’elle les précède ; pour ce motif, elle est endémique dans les grandes villes, au milieu des populations misérables qui vivent de privations de toute sorte; chez les enfants mal nourris, privés de nourrice ou sevrés trop tôt.
Causes occasionnelles. — Les causes prédisposantes, à elles seules, sont insuffisantes pour faire éclater la maladie; il faut encore l’excitation d’une cause occasionnelle. En effet, si elle est rare dans le midi de la France, en Italie et en général dans tous les pays chauds (3), ce n’est pas que la scrofule fasse défaut à ces régions, mais les causes excitantes de l’ophthalmie scrofuleuse en sont absentes, et en particulier l 'exposition au froid. Celte dernière cause seule explique pourquoi cette maladie est si fréquente dans les régions du Nord. Outre l’impression du froid, il laut signaler comme causes de la maladie toutes les circonstances qui favorisent le développement des ophthalmies : les fièvres éruptives, l’exercice excessif des yeux, l’introduction de corps étrangers dans l’œil, les lésions traumatiques, etc. La conjonctivite simple ne reconnaît pas d’autre origine ; ce qui fait la spécialité de la conjonctivite phlycténulaire, c’est le terrain sur lequel elle se développe, la constitution scrofuleuse.
(1) Mackenzie, Truité théorique et pratique des maladies des yeux, Paris, 185G, 1. 1, p. 789.
(2) Fano, Traité théorique et pratique des maladies des yeux , t. I, p. 5 33.
(3) Weller, Krankheiten des Menschlichen Auges. Wien, 1831.
MAI, AIMES DES YEUX
§ II. — Symptômes.
Symptômes objectifs. — La vascularisation de la conjonctive a quelque chose de caractéristique. Ce que les auteurs ont décrit sous le nom de conjonctivite angulaire n’est autre chose qu’une conjonctivite pustuleuse sans pustule, et à l’état le plus simple; la preuve, c’est que la conjonctivite angulaire a la même distribution vasculaire, le même siège, c’est-à-dire toute celte portion de la membrane bulbaire qu’on aperçoit, soit en dedans, soit en dehors de la cornée, dans l’ouverture que laissent entre elles les paupières écartées. De plus, ces deux affections s’attaquent plusieurs fois au même individu, et annoncent toutes les deux une disposition aux inflammations profondes, qui doit faire craindre de voir survenir d’un moment à l’autre une iritis ou une congestion de la choroïde (1). Nous emprunterons à Sichel (2) les caractères de l’injection : celle-ci est limitée à un seul plan, très-superficielle, et quelquefois même elle paraît élevée au-dessus du niveau de la conjonctive. Les vaisseaux, courts et fins, ont la formede simples stries, d’une couleur ronge pâle; ils se réunissent en une petite plaque ordinairement triangulaire, située dans la conjonctive, tout près du bord cornéen, plaque dont la hase est contiguë à ce bord sans le dépasser, et qui est le rudiment de la pustule scrofuleuse des degrés plus avancés. Cette injection, composée de vaisseaux tellement peu nombreux qu’il est aisé de les compter, occupe la partie interne ou externe de la conjonctive sclérolicale, dans la direction du diamètre horizontal du globe. La forme de pinceaux vasculaires est tantôt celle d’un triangle irrégulier, dont la base regarde vers la cornée, tantôt aussi les vaisseaux principaux ou les faisceaux vasculaires sont peu convergents, et à peu près parallèles. A une période plus avancée de la maladie, les vaisseaux de la conjonctive, tout en conservant leur distribution parallèle ou triangulaire, occupent un plus grand espace sur le plan conjonctival; ils sont plus longs, plus gros, comme dilatés, d’un rouge vermillon foncé, entremêlés de quelques ramifications bleuâtres, et se dirigent pour la plupart presque en ligne droite et sans flexuosités vers la cornée.
Cette injection peut disparaître graduellement sans se compliquer d’aucun nouveau symptôme. 11 est cependant plus fréquent devoir s’élever sur le gros bout des faisceaux vasculaires, tout près du bord de la cornée, une pustule offrant les caractères suivants.
Phlyctènes, pustules, papules. — La forme et la nature des petites tumeurs qui se développent à l’extrémité du pinceau vasculaire ne sont pas toujours les mêmes, tantôt ce sont de petites vésicules transparentes, arrondies, d’une couleur jaunâtre, et ne contenant qu’un peu de sérosité, laquelle peut se résorber, de telle sorte (pie la phlyctène disparaît sans laisser de traces; d’autres fois, la phlyctène grossit, revêt une coloration jaune, et se remplit de matière purulente; c’est alors une véritable pustule dont le contenu sera évacué en dehors, et à la place de laquelle s’établira un ulcère. Celte deuxième variété peut s’observer sur la conjonctive bulbaire, mais elle est plus fréquente sur les bords mêmes de la cornée. Le liquide contenu dans la tumeur peut être consistant; elle revêt alors les caractères
(1) Denonvilliers et Gosselin, Traité théorique et pratique ries maladies ries yeux, p. 449.
(2) Sinhel, Iconographie ophthalmologique, texte, p. 55.
CONJONCTIVITE PUSTULEUSE. — SYMPTÔMES.
d’une papule dure, qui se termine, soit par résolution, soit par suppuration.
Le nombre et le siège de ces éruptions sont variables ; on peut observer une ou deux pustules à la fois; si elles sont résorbées, elles sont souvent remplacées par d’autres, en sorte qu’il y a plusieurs poussées successives. Deval a constaté la présence de dix ou douze phlycténules rangées autour de la cornée. Leur place de prédilection est sur la limite de la sclérotique et de la cornée. Quand elles siègent sur la cornée, elles se détruisent rapidement pour laisser après elles des ulcérations qui tendent vers la profondeur et peuvent aboutir à une perforation, c’est alors que se produisent des symptômes physiologiques très-intenses. Si l’ulcère arrive sur la sclérotique, cette dernière membrane participe à l’inflammation qui aura une durée interminable; le moindre inconvénient de toutes ces pertes de substance consiste dans des opacités de la cornée ( albugo et lencoma ), et l’on doit s’estimer heureux de ne pas voir des complications graves du côté des membranes profondes, phénomènes qui se rencontrent malheureusement trop souvent.
Symptômes physiologiques et subjectifs. — La photophobie est un des symptômes les plus caractéristiques quand les pustules envahissent la cornée; elle est moins fréquente lorsque la maladie s’est limitée à la conjonctive scléroticale ; cependant il n’y a rien de fixe à cet égard, suivant la remarque de Mackenzie; on est souvent étonné, lorsque l’on a réussi à examiner l’œil, de n’v trouver qu’une rougeur insignifiante, et la cornée transparente est sans lésions ou offrant à peine un simple point opaque, avec quelques vaisseaux rouges peu nombreux parcourant la conjonctive.
L’irritation des extrémités nerveuses de la cinquième paire et la congestion de la rétine agissent par réflexion sur les nerfs moteurs et sur ceux qui président à la sécrétion des larmes. Aussi, en même temps qu’il existe un blépharospasme presque invincible chez les enfants pendant la journée, observe-t-on un épiphora très-abondant. Chaque fois que le malade essaye d’ouvrir l’œil, il s’en échappe un flot de larmes qui font rougir la peau, tuméfient les paupières et déterminent sur la face une éruption pustuleuse.
Il faut remarquer que dans cette affection il n’y a pas ou très -peu de sécrétions muqueuses ou purulentes; caractère important qui distingue la conjonctivite pustuleuse de la conjonctivite catarrhale et des ophthalmies purulentes.
Ses complications les plus fréquentes sont les opacités et les ulcérations de la cornée, la blépharite ciliaire, aux périodes avancées les inflammations des membranes profondes, l’iris et la choroïde.
Variétés. — La maladie peut s’arrêter à une simple congestion de la conjonctive sans pustulation. C’est là la variété la moins dangereuse.
Lorsqu’il se forme des phlyctènes, celles-ci peuvent rester localisées à la conjonctive, se terminer par résolution ou ulcération. Cette seconde forme est plus tenace que la précédente, mais guérit en général très-facilement.
La troisième variété , caractérisée par une pustulation de la cornée, des ulcérations profondes, des complications nombreuses, est grave et mériterait presque une description a part, s’il n’y avait intérêt à ne pas trop multiplier les espèces morbides.
MALADIES DES YEUX
§ III. — Diagnostic, pronostic.
Les caractères de la conjonctivite phlycténulaire sont assez tranchés pour qu’il soit possible de la confondre avec beaucoup d’affections : la forme de la vascularisation, la présence des pustules, la photophobie et le spasme des paupières, l’absence de sécrétion muco-purulente, la distinguent des conjonctivites catarrhale et purulente; il n’existe guère qu’une seule maladie avec laquelle elle pourrait être confondue : la choroïdite partielle que nous décrirons plus tard. Voici le tableau comparatif des deux maladies (1) :
Diagnostic différentiel de la conjonctivite 'phlycténulaire et de la choroïdite partielle.
CONJONCTIVITE PHLYCTÉNULAIRE.
Éruption sous forme de phlyctène ou de pustule circonscrite, jaune et transparente, injection fasciculaire, vaisseaux droits. Coloration normale de la sclérotique.
CHOROÏDITE PARTIELLE.
Tumeur plus étendue, plus dure, rougeâtre, quelquefois livide ; vaisseaux nombreux, flexueux, dilatés, teinte bleuâtre de la sclérotique ; coloration rouge du tissu sousconjonctival phlegmasié.
Pronostic. — Autant le pronostic des deux premières formes est favorable, puisque la maladie peut se terminer spontanément en dix ou quinze jours, autant celui de la troisième est grave. On a à craindre, pour le moment, des perforations et des opacités de la cornée, des synéchies, des oblitérations de la pupille. Mackenzie ajoute que, plus tard, beaucoup de ceux qui deviennent amaurotiques, avec l’œil dur et glaucomateux, avaient, dans leur jeunesse, souffert de la maladie dont nous parlons.
§ IV. — Traitement.
Traitement de la forme simple. — Tant que la maladie reste confinée à la conjonctivite scléroticale,‘le traitement est des plus simples : elle cède, dans l’espace de sept à dix jours, à l'emploi d’un collyre laudanisé :
2 à 4 grammes de laudanum de Sydenham pour 30 grammes d’eau distillée (Fano). Deval (2) conseille des applications révulsives derrière les oreilles : il prescrit, à cet effet, chez les jeunes sujets, une pommade composée d’après la formule suivante :
Huile de croton 8 à \ 0 gouttes.
Pommade de garou 4 gram.
Axonge ou beurre frais
4 gram.
Il rejette d’une manière absolue, comme nuisible, l’usage des collyres astringents énergiques, et se contente d’un collyre au borax dont l’action est moins irritante.
')£ Borax 25 centigr. j Eau de laitue 30 gram.
Eau distillée 60 gram. | — de laurier-cerise 2 à 4 gram.
Mackenzie conseille aussi les révulsifs cutanés et les dérivatifs intestinaux, tels
que le calomel à petite dose et les purgatifs salins.
Le collyre qui lui a paru le plus utile se compose de :
Sublimé corrosif. 5 centigr.
Chlorhydrate d’ammoniaque. 30 centigr.
Eau
(1) Sichel, Iconographie ophthalmologique, texte, p. 58.
(2) Deval, Traité théorique et pratique des maladies des yeux , p. 222.
250 gram.
CONJONCTIVITE PUSTULEUSE. — TRAITEMENT.
Auxquels il ajoute :
Sulfate d’atropine 10 centigr. | Ou laudanum 10âl2 gram.
Il en mélange une cuillerée à soupe avec une égale quantité d’eau chaude : il s’en sert trois fois par jour, eu irriguant soigneusement les paupières à l’extérieur pendant cinq minutes, puis en en laissant pénétrer une petite quantité dans l’œil (1).
Les cautérisations des phlyctènes avec le nitrate d’argent sont inutiles. Petites et coniques, les papules doivent être respectées ; si elles étaient volumineuses, ulcérées et frappées d’atonie, on pourrait les toucher avec le crayon de sulfate de cuivre; mais ce moyenne doit être mis en usage qu’au moment où toute trace d’irritation inflammatoire et de photophobie a disparu.
Traitement des formes compliquées et chroniques. Précautions générales. — Le malade sera placé dans un appariement vaste et médiocrement éclairé ; on lui garantira les yeux contre une lumière trop vive par des lunettes larges et obscures, par des écrans d’étoffe verte ou noire; il faudra lui défendre de se couvrir les yeux avec des compresses épaisses et serrées; il faudra surveiller les enfants et les empêcher de se frotter les paupières et de s’appuyer, comme ils ont la mauvaise habitude de le faire, les deux mains sur le globe de l’œil et de se cacher la tête dans leurs oreillers ou sous leurs couvertures. Ln exercice modéré de la vue, des promenades au grand air, quand le temps est beau, favoriseront la guérison, bien plutôt que le séjour permanent dans des lieux étroits et malsains.
Toutes ces précautions seront encore insuffisantes contre l’ophthalmie scrofuleuse invétérée, parce qu’elle est inhérente à la constitution elle-même, si l’on n’attaque directement la scrofule (2), comme maladie générale. Les iodures, les ferrugineux, le quinquina, le baryum, etc. , une alimentation substantielle sans être excitante, prêteront un concours efficace à la médication topique sur laquelle nous devons insister.
Topiques. — Les topiques stimulants sont formellement contre-indiqués dans l’ophthalmie phlycténulaire. Lorsqu’elle est à sa période aiguë, la conduite du médecin est donc ici toute différente de celle qui lui est recommandée pour les conjonctivites catarrhales et purulentes ; les topiques doivent être regardés non comme des moyens curatifs indépendants, mais comme de simples auxiliaires; leur usage est subordonné à celui des dérivatifs intestinaux, des antiscrofuleux qui doivent les précéder ou les accompagner (3).
Les topiques se divisent en deux classes, selon qu’on les applique sur un point éloigné des tissus malades ou qu’on les place directement sur eux.
1° Les topiques révulsifs consisteront en vésicatoires à la nuque, aux tempes, derrière les oreilles : ils sont préférables aux frictions avec la pommade stibiée qui produit toujours une réaction douloureuse, et laissent à leur suite des cicatrices disgracieuses. L huile de croton, mitigée avec partie égale d’amandes douces, à la
(t) Mackenzie, toc. cit., t. I, p. 808.
(2) Voyez l’article Scrofule, tome I, p, 378.
(3) Sichel, Iconographie ophthalmologique, texte, p. 90.
MALADIES DES YEUX
dose de 10 à 15 gouttes et appliquée aux memes endroits, a beaucoup moins d’inconvénients. Pour que ces révulsifs soient; véritablement utiles, ils doivent remplir les conditions suivantes (1) :
1° Produire une irritation transitoire, sans être assez intense elle-même pour amener une réaction turbulente; 2° ne pas donner lieu à une sécrétion purulente trop abondante et trop prolongée et débilitante pour l’économie. 11 faut bannir delà pratique les sétons à demeure et les vésicatoires permanents du bras et de la nuque.
Le badigeonnage des paupières et des sourcils au moyen de la teinture d’iode, renouvelé une ou deux fois par jour, selon la sensibilité des malades, a été recommandé par Furnival (2) et accepté comme méthode susceptible de calmer la photophobie parTestelin et AVarlomont.
La cautérisation de la face externe des paupières, préalablement mouillées (3), avec le nitrate d’argent, remplit le même but.
Serre, d’Uzès (è), a annoncé que de simples onctions d’huile de cade sur le front, les tempes, les pommettes et la face externe des paupières, peuvent agir sur l’œil et amener une guérison qu’il active par l’introduction d’une goutte de la même huile entre les paupières.
Lorsqu’il existe de la photophobie, suite d’iritis et d’ulcères de la cornée, il sera utile de frictionner le pourtour de l’orbite avec la pommade mercurielle belladonée, dans le double but d’agir sur l’économie tout entière, et localement de calmer la photophobie et de prévenir les déplacements de l’iris,
La pommade sera composée de :
Extrait de belladone 1 partie, j Onguent mercuriel 3 parties.
Siebel recourt souvent à uue pommade au protoiodure de mercure :
Protoiodure de mercure. ., 50 centigr. | Axonge 15 gram.
En onctions sur le front, les tempes et les pommettes.
2° Topiques directement appliqués sur les surfaces malades.
Collyre au borax.
.Eau distillée 100 gram. | Sous-borate de soude . 0er,50 à 1 gram.
Collyre au sublimé.
Bichlorure d’hydrargyre. 5 à 10 centigr.
Laudanum 6àl0 gouttes.
Mucilage de coing
5 à 10 gram.
Collyre au sulfate de cuivre.
Eau distillée 100 gram. i Laudanum 6 à 30 gouttes.
Sulfate de cuivre 10 à 30 centigr. |
Ces collyres, qui sont tirés de la pratique de Sichel, s’emploient en fomentations sur les paupières à l’aide d’une compresse de toile fine, et en instillations dans l’angle externe.
(1) Sichel, loc.cit., p. 87.
(2) Furnival, The Lancet, 10 décembre 1842.
(3) Hays, édition américaine de Lawrence, p. 321.
(A) Serre (d’Uzès), Annales d'oculistique, t. XV, p. 177.
CONJONCTIVITE BUSTULEUSE. — TRAITEMENT.
Le laudanum de Sydenham pur ou mitigé d’une à plusieurs parties d’eau , sera porté avantageusement sur les surfaces malades avec un petit pinceau , de même que le sulfate d’atropine à la dose de 5 à 10 centigrammes pour 100 grammes d’eau distillée. Cette dernière façon d’employer la belladone est préférable aux fumigations d’extrait dissous dans l’eau et recommandées par Mackenzie.
Donders préconise beaucoup les insufflations de calomel dans l’œil : il leur reconnaît la propriété, non-seulement de guérir la maladie, mais encore d’en prévenir les récidives. Siebel ne partage pas du tout son avis. Quoi qu’il en soit, voici comment on les emploie: on charge un petit pinceau bien sec de calomel h la vapeur, et au moment où les paupières sont écartées, par un petit mouvement sec, on le projette sur la surface de l’œil. On le laisse séjourner dans l’œil sans inconvénient, il est expulsé spontanément avec les larmes.
Pagcnstccher insiste sur l’action presque spécifique des hautes doses de précipité rouge employé sous forme de pommade. C’est aussi le médicament favori d’Albert von Graefc, de Berlin :
Bioxyde de mercure hydraté (obtenu par précipitation) 1 gram.
Cold-cream (sans huile volatile) ou glycérolé d’amidon 8 gram.
« On introduit gros connue une tête d’épingle de cette pommade, à l’aide d’un » pinceau ou d’une curette, dans le sac conjonctival, en essuyant l’instrument sur <> la paupière inférieure renversée. Ce médicament reste de'deux à trois minutes » dans le sac conjonctival ; après ce temps, on l’enlève avec soin en essuyant la » conjonctive de la paupière inférieure avec un linge, ou simplement en faisant » bien laver les yeux du malade. Par son séjour plus prolongé dans les yeux, la » pommade pourrait agir comme caustique et donner lieu à des cicatrices (1). »
Les complications du côté de la cornée seraient plutôt des indications que des contre-indications du médicament.
Les émissions sanguines locales ne seront utiles que dans les cas d'inflammation intense avec réaction fébrile. S’il existe une ulcération sur la cornée ou ses bords, si l’on observe en même temps une vascularisation anormale convergeant vers les ulcères et les pustules, il faudra interrompre celte circulation insolite par l’incision des vaisseaux, et déterminer leur oblitération par des cautérisations au nitrate d’argent.
Quant aux phlycténules qui siègent sur la cornée, il y aura avantage à les ouvrir, si leurs parois tardent a céder et si leur contenu va en s’accroissant (2). Mackenzie louche, tous les deux ou trois jours, les ulcères profonds de la cornée, avec un crayon en pointe, meme lorsqu’il y a un prolapsus de l’iris. C’était aussi la pratique de Scarpa (3).
Itésumé. — Le traitement de la conjonctivite pustuleuse, tel que nous venons de l’exposer, pourra paraître compliqué, mais il faut se bien pénétrer d’une chose, c’est qu’il sera encore bien souvent insuffisant, soit à guérir cette affection, soit surtout à en empêcher les récidives, si, à la médication interne et aux modilica-
(1) Wecker, Vu bioxyde de mercure hydraté ou précipité jaune, et de son action dans /es cas de conjonctivite pustuleuse et de kératite superficielle ( Bulletin de thérapeutique , i 802).
(2) Tcsteliu et Warlomont, in Mackenzie, t. I, p. 811.
(3) Scarpa, Trattato delle principale mulattic degli occhi, l. I, p. 280.
MALADIES DES YEUX
tours locaux, on n’ajoute de bonnes conditions hygiéniques. Maladie issue de la misère, l’ophthalmie scrofuleuse ne guérit bien que par le bien-être.
ARTICLE IV