‹ Guide du médecin praticien (volume 2)Chapitre 250 sur 494 · CONJONCTIVITE PURULENTE DES NOUVEAUX-NÉS · texte numérisé non relu

CONJONCTIVITE PURULENTE DES NOUVEAUX-NÉS

§ I. — Définition, historique, synonymie, fréquence.

Définition. — Les trois termes qui entrent dans la dénomination de la maladie servent à la caractériser. Son siège primitif est la conjonctive palpébrale , mais elle s’étend rapidement h toute la surface de l’œil; la sécrétion est presque toujours purulente ; enfin, elle attaque les nouveau- nés quelques jours après la naissance, du troisième au dixième jour le plus habituellement.

Historique. — Des travaux très-importants ont été entrepris sur cette maladie, aujourd’hui assez bien connue. S’il reste encore quelques points en litige au sujet des causes qui la produisent , il faut admettre que tout ce qui concerne la symptomatologie et le traitement est bien établi. Parmi les monographies ou articles spéciaux, nous citerons ceux de Henscbel (1), Landau (2) , Dequcvauviller (3), Poincarré (h), Von Breuning, Berg, W. A, J. Schlagintweit, Trousseau (5), Arlt, Decondé (6), Nat. Guillot (7), et la discussion qui vient d’avoir lieu à la Société de chirurgie (8).

Synonymie , fréquence. — Désignée sous les noms d ‘ophthalmie purulente des nouveau-nés, ophthalmie des nouveau -nés , blépkaro-blennorrliée, ophthahnoblennorrhée, blennophthalmie des nouveau-nés, celte affection est très-fréquente au milieu de la population malheureuse qui peuple les crèches et les hôpitaux d’enfants trouvés. Elle y est endémique et s’y manifeste quelquefois sous forme épidémique.

§ II. — Causes.

C’est quelques jours après la naissance, dans la première semaine qui suit la parturition , qu’elle s’observe le plus souvent ; elle débute ordinairement le troisième jour (9) ou le quatrième jour. Cette époque rapprochée de l'accouchement a été invoquée pour prouver que cette affection pourrait bien résulter soit de la compression qu’éprouve la tête de l’enfant au passage, soit du contact des lochies et autres matières irritantes qui s’écoulent des organes génitaux de la

(1) llenschel, De ophthalmia neonatorum, -1829.

(2) Landau, Mémoire sur le diagnostic différentiel des ophthafmies catarrhale et scrofuleuse ( Arch . gén. de méd., 1836, 2e série, t. XII, p. 308).

(3) Dequëvauviller, De l’ophthalmie des nouveau-nés , observée sous les formes endémiques et épidémiques (Arch. gén. de méd., 1843, 4° série, t. 1, p. 397, t. II, p. 9).

(4) Poincarré, De l’ophthalmie purulente des nouveau-nés, thèse de Paris, 1852, n° 176.

(5) Trousseau, Des ophthalmies à l’hôpital des Enfants malades (Ami. d'ocul ., 1856, t XXXV p. 288 ; Journal des connaiss. méd.-chir . , 1851, et Journal fur Kinder krankheiten, Erla,ngcn, t. XIX, 1852, lre et 2e livr.).

(6) H. V. Decondé, D’un nouveau mode de traitement de l ophthalmie purulente (Ann.

cl’ocul 1858, t. XL, p. 15). «o >

(7) Natalis Guillot, Traitement de la syphilis des nouveau-nés (Gazette des hôpitaux , 1858,

' (8) Discussion sur le traitement de l’ophthalmie des nouveau-nés (Gaz. des hôpit., 1865) (9) Middlemore, loc. cit., t. I, p. 149.

CONJONCTIVITE PURULENTE. — CAUSES.

femme, et particulièrement (lu pus blennorrhagique. D’après des recherches faites à la Maternité de Stockholm, dans le but de vérifier cette dernière opinion, il fut constaté que les enfants des femmes n’ayant pas d’écoulements vaginaux furent seulement atteints dans la proportion de 1 sur 18, tandis que ceux des mères malades le furent dans la proportion de 1 sur 7 (1).

Si cette statistique prouve que le virus blennorrhagique peut être accusé à juste titre, elle prouve également qu’il existe d’autres causes susceptibles de produire la maladie. Thiry spécifie la nature de la blennorrhagie qu’il faut redouter; il s’en prend surtout aux granulations du vagin et du col de l’utérus; mais il est évident que sa manière de voir résulte des préoccupations que lui donne l’élude qu’il a d’ailleurs bien faite des granulations de l’ophlhahnie militaire. Pour lui, la granulation, qu’elle soit vaginale ou palpébrale , est le point de départ de l’oplithalmie purulente. On a objecté aux partisans exclusifs de l’infection blennorrhagique que l’enfant naissait les yeux fermés, et que, dans ces conditions, le pus ne pouvait arriver au contact des yeux. Cette objection ne nous paraît pas bien probante, car les soins de propreté sont souvent négligés, et il semble impossible que la matière leucorrhéique ne puisse d’un moment à l’autre pénétrer entre les paupières des enfants, si bien fermées qu’elles soient. Étant admis que, dans un certain nombre de cas l’ophthalmie des nouveau- nés est spécifique, il est certain que d’autres causes peuvent la produire.

On a invoqué l’impression du froid, la malpropreté, l 'habitation des lieux bas et humides; on a même été jusqu’à incriminer l’eau froide versée sur la tète de l’enfant pendant le baptême! L’influence du froid est incontestable : la maladie est le plus souvent observée pendant l’hiver et le printemps. Le méphitisme de l’encombrement, l’air vicié des salles trop étroites, doivent, à notre avis, avoir une influence encore plus pernicieuse que le refroidissement; c’est, en effet, pendant l’hiver qu’on reste confiné dans les appartements; c’est par l'encombrement qu’en 1832, 299 orphelins du choléra sur 300 ont été frappés. C’est pendant les maladies puerpérales, la péritonite, la fièvre suppurative et les affections gangréneuses, que les ophthalmies deviennent plus fréquentes et plus graves (2).

Mackenzie (3) ne doute guère que cette ophlhalmie ne soit souvent traumatique; elle est due alors à l’introduction dans les yeux du savon avec lequel on lave l’enfant, ou du whisky ou du gin avec lesquels on a l’absurdité de leur frotter la tête.

Cette affection est-elle contagieuse? Il faut faire une distinction; s’il est bien prouvé que les formes franchement purulentes, celles peut-être qui proviennent du pus de la blennorrhagie, sont transmissibles, car on a vu des enfants malades infecter leur nourrice, et, dans les salles d’hôpital, la maladie se communiquer de de proche en proche, s’installer dans un lit et frapper tous ceux qui l’occupaient successivement: d’un autre côté, il reste la question de savoir si les ophthalmies

(1) Berg, Recherches des médec. suédois sur l’ophthalmie des nouveau-nés (Ann. d’ocul., Bruxelles, 1856, t. XXXV, p. 290), et son ouvrage Kliràska Fôrçlasningar a Uarnsjukdofnarne vid. allucünna Baruhuset iStockolm, 1er cahier. Stockholm, 1853).

(2) Trousseau, Gazette médicale de Paris , 1852, p. 52.

(3) Mackenzie, loc. cit., t. I, p. 759.

MALADIES DES YEUX

d’origine commune, catarrhales ou autres, jouissent de la même propriété contagieuse, même lorsqu’elles deviennent purulentes, car les ophthalmies simples non purulentes ne sont probablement pas transmissibles.

§ III. — Symptômes et variétés.

L’inflammation n’atteint qu’exceptionnellement un seul œil : sur 300 enfants, traités par Mildner, 7 seulement n’eurent qu’un œil affecté. Dequevauviller est arrivé à un résultat analogue à l’hôpital des Enfants trouvés. Le plus souvent, l’inflammation débute par les deux yeux à la fois; mais si un seul œil est primitivement pris, son congénère ne tarde pas «à être envahi, soit que la même influence agisse en même temps sur les deux yeux, soit que la contagion s’efl'ccluc de l’un à l’autre. A cet égard, Dequevauviller a remarqué qu’on pouvait arrêter la propagation du mal en couchant l’enfant sur le côté malade, de manière à déterminer l’écoulement du pus du côté opposé à l’œil sain.

Quoique cette affection soit souvent purulente, il n’en est pas moins vrai que, dans les cas sporadiques, elle peut s’arrêter à la période catarrhale. Aussi est-il nécessaire de faire des divisions dans l’exposé des symptômes. Ces divisions sont d’autant plus nécessaires quelles serviront de base au pronostic et au traitement.

Il y a trois formes principales : 1° la catarrhale , 2° la purulente , 3° la diphtkéritique.

lu Conjonctivite catarrhale. — Au début, les paupières sont légèrement tuméfiées, les cils sont accolés, les bords libres de la paupière et la conjonctive palpébrale sont injectés. L’injection est surtout apparente sur la ligne des glandes de Meibomius. Une sécrétion plus ou moins abondante d’un liquide muqueux s’écoule sur les joues; l’enfant ouvre assez facilement les yeux et ne semble pas craindre la lumière. Les choses peuvent en rester là, la maladie rétrograder sans laisser de suites. Celle variété s’observe chez les enfants forts et vigoureux, isolés et placés dans de bonnes conditions hygiéniques.

2° Conjonctivite purulente. — Au milieu de l’encombrement des établissements hospitaliers et dans la basse classe de la société, il est rare que la conjonctivite catarrhale ne soit pas le prélude de la conjonctivite purulente. Baron donnait beaucoup d’importance à une rougeur érythémateuse placée en travers de la paupière supérieure : la présence de cette rougeur lui faisait présager une ophthalmie purulente. Deval a eu occasion d’observer le même phénomène et Dequevauviller l’a signalé 95 fois sur 130 malades. La purulence une fois établie, le premier phénomène qui frappe est le gonflement énorme des paupières, surtout de la paupière supérieure; celle-ci retombe sur l’inférieure et la recouvre en partie. Le gonflement augmente encore sous l’influence des cris et de l’agitation de l’enfant; alors se dessinent, sur le bord des paupières, deux bourrelets rouges formés par la muqueuse palpébrale et le repli rétro-tarsien. C’est là une espèce d’ectropion aigu sur lequel Mackenzie appelle l’attention, parce qu'il peut se produire spontanément et sous l’influence des manœuvres maladroites exercées parles nourrices, et qu’une fois produit il n’est pas toujours facile d’en opérer la réduction. La conjonctive qui, au début, n’était atteinte que dans sa portion palpébrale, est bientôt envahie dans son entier; cependant, le chémosis n’est jamais bien considérable, il est presque toujours œdémateux. Sur 183 cas, Dequevauviller n’a constaté que

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