R1TIS AIGUE. — SYMPTÔMES
§ V. — Symptômes.
Premier degré. Symptômes anatomiques. — L’iritis peut affecter les deux yeux à la fois, mais généralement elle débute par un seul œil et ce n’est que plus tard que l’œil sain participe à la maladie, soit que la cause qui a fait éclater l’affection sur le premier continue d’agir et intéresse le second, soit que celui-ci ne soit atteint que sympathiquement par cette espèce de consensus morbide qui n’est nulle part ailleurs aussi accusé que sur les organes de la vue. Au premier degré, l’œil est d’abord clair et brillant, mais bientôt la cornée semble se ternir, et si l’on dirige sur elle et dans la chambre antérieure une lumière oblique, on s’aperçoit bientôt que le léger nuage qui semble à première vue siéger sur la cornée, résulte d’altérations plus profondes. Du côté de l’iris on aperçoit à la surface antérieure une coloration anormale, qui tranche sur celle du côté opposé. L’iris est terne, moins brillant et comme dépoli ; il est paresseux, peu contractile, la chambre antérieure est remplie d’une grande quantité d’humeur aqueuse, généralement transparente ou un peu louche. L’injection périkéralique n’est pas très-considérable, pourtant il est déjà facile de la reconnaître; la conjonctive est saine, la cornée parfaitement transparente, si ce n’est dans quelques cas où la membrane de Descemet participe à l’inflammation, et alors apparaît ce pointillé noir ou brun dont nous avons parlé à l’article Kératite POSTÉRIEURE.
Les symptômes physiologiques ne sont pas très-accusés : à part un léger trouble dans la vision, une sensation de tension intra-oculaire, un peu de photophobie et de larmoiement associés à quelques douleurs péri-orbitaires, le malade ne se plaint pas beaucoup et les symptômes généraux sont nuis.
Deuxième deqré. Symptômes anatomiques. — Le changement de coloration de l’iris est plus accusé que dans le degré précédent. La congestion est trèsactive; la couleur du sang, combinée avec celle des produits plastiques sécrétés et avec la coloration normale de l’iris, donne à celle-ci, quand il est bleu ou gris , un aspect vert ou verdâtre , quand il est brun ou noir, un aspect brun rougeâtre. Ce changement de coloration commence par le cercle pupillaire, pour s’étendre au grand cercle de l’iris. De ces deux points il s’étend aux parties intermédiaires. A cette période la pupille est toujours resserrée et difficilement dilatable : des flocons albumineux siègent dans l’humeur aqueuse, se déposent sur l’iris et souvent obstruent en partie le champ de la pupille. La chambre antérieure paraît comme agrandie; l’insertion périkératique est intense ; les petits vaisseaux droits qui la constituent empiètent jusque sur la cornée ou s’arrêtent à une certaine distance de cette dernière membrane ; il n’est pas rare de voir dans les iritis intenses, entre la cornée et la sclérotique, un anneau bleuâtre ou ardoisé, que Beer donnait comme caractéristique de l’iris arthritique; Eblc l’attribue à une congestion du corps ciliaire, et Siebel à une stase sanguine dans le canal de Fontana ou sinus de Schlem.
Les symptômes physiologiques sont très-accusés. La photophobie est intense : le malade est tourmenté par des lueurs brillantes qui indiquent une complication inflammatoire ou congestive de la rétine ; il y a beaucoup de larmoiement. Les douleurs ciliaires sont aiguës, lancinantes; des névralgies très-violentes à caractère intermittent, avec exacerbations nocturnes, se manifestent sur la plupart des rameaux du trijumeau, les nerfs auriculo-temporal et sus-orbitaire principalement.
MALADIES DES YEUX
Il y a de la fièvre, de l’insomnie, de l’inappétence et une agitation quelquefois très-grande.
Symptômes de la troisième période. — Les désordres anatomiques et fonctionnels de la deuxième période s’aggravent encore. L’iris a tout h fait perdu son aspect normal ; il est recouvert d’exsudats ; de petits épanchements sanguins ou purulents se sont faits dans son parenchyme ; il paraît augmenté de volume, la pupille est rétrécie, déformée, inégale par suite des adhérences entre la face postérieure de l’iris et la capsule du cristallin. La belladone n’a plus d’action sur l’ouverture pupillaire, ou si elle en a, c’est pour déterminer les déformations les plus bizarres. A cette période il peut se produire de petits abcès sur l’épaisseur de l’iris. L’hypopion n’est pas rare, quoique moins fréquent qu’à la suite de la kératite purulente. Junge (1) a fait l’analyse des dépôts purulents de la chambre antérieure et y a trouvé des globules de pus, des masses de fibrine coagulée et des molécules graisseuses.
Les symptômes physiologiques ont un degré d’acuité moins grand que dans la période précédente. Le travail de suppuration amène quelquefois une légère détente ; mais le mieux n’est que passager. La photophobie et le larmoiement sont toutefois moins considérables, parce que les rayons lumineux ne peuvent arriver à la rétine; pour la même raison la vue est abolie. Cependant les douleurs intraoculaires et circumorbitaires sont atroces et la réaction fébrile très-violente.
En résumé, les trois périodes sont caractérisées: la première, par la congestion et une sécrétion séreuse; la deuxième, par un exsudât fibro-albumineux ; la troisième , par la suppuration. Mais il ne faudrait pas croire que ces périodes se succèdent toujours régulièrement. D’une part, la maladie peut s’arrêter à la première et ne pas franchir; la seconde la première peut manquer et la maladie arriver d’emblée au deuxième degré. D’autre part, les complications du côté de la choroïde, de la rétine, de la capsule du cristallin ou de la cornée viennent quelquefois entraver la marche régulière de l’iritis et lui donner une physionomie insolite.
§ VI. — Marche, durée, terminaison.
L’iritis aiguë a toujours une marche rapide ; elle parcourt ses périodes en quinze ou vingt jours. Le premier degré, s’il est attaqué énergiquement par une thérapeutique active, peut être enrayé et se terminer par une résolution complète dans la première semaine de l’invasion de la maladie ; mais il n en est pas toujours ainsi, soit par négligence de la part du malade, soit par l intensité même de 1 alïection, celle-ci arrive à la période de plasticité et d’exsudation pseudo-membraneuse . alors la résolution met beaucoup de temps à s'effectuer ; les pseudo-membranes sont encore susceptibles de disparaître et de laisser libre le champ pupillaire et les fonctions de l’iris complètement intactes. Cependant la terminaison n est pas toujours aussi favorable; les conséquences fâcheuses qui accompagnent presque constamment l’iritis parvenue à sa troisième période, s’observent déjà dans la seconde. Ce sont des fausses membranes plus ou moins épaissies, obstruant le champ pupillaire, c’est une immobilité de l’iris, sa décoloration, sa turgescence; ce sont des déplacements en avant ou en arrière par des adhérences qui réunissent 1 iris à
(1) Junge, Archiv für Ophthalmologie , Band A , Abtheilung n, p. 203.