AUTRES VARIÉTÉS
Symptômes antérieurs ou concomitants d’éruption syphilitique cutanée ou muqueuse ; début souvent insidieux ; inflammation souvent isolée ; coloration cuivrée des petits et grands cercles ; éruption condylomateuse , d abord aplatie, puis proéminente ; marche fatalement progressive ; rechutes faciles ; traitement spécifique très-efficace.
Pas d’éruption cutanée ; début généralement brusque ; inflammation toujours diffuse ; absence de la teinte cuivrée; tumeurs iridiennes excessivement rares; la maladie peut rétrograder, même sans traitement, si elle n’a pas au début une trop grande intensité; traitement incertain, surtout dans les formes chroniques.
Ce que nous avons dit de la marche, de la terminaison et des complications de l’iritis aiguë et chronique indique assez la gravité du pronostic. Mais celui-ci est entièrement subordonné au traitement, à tel point que, si la maladie n’est pas la conséquence d’une kératite ulcéreuse avec perforation de la cornée ou d’une action vulnérante très-étendue, on peut presque toujours par une médication énergique enrayer les progrès des manifestations aiguës ; il n’en est pas de même de l’irilis chronique. Cette dernière affection, comme toutes les maladies chroniques, a tellement modifié les éléments anatomiques de l’iris, qu’ils sont devenus, pour ainsi dire, un état normal nouveau contre lequel vient échouer la thérapeutique la plus variée; nous en exceptons toutefois l’iritis syphilitique qui cède en général assez facilement au traitement spécifique.
§ V. — Traitement.
I. iritis aignit. — 1° Antiphlogistiques. — Les émissions sanguines doivent être faites largement et fréquemment répétées dans les premiers jours d’une iritis aiguë. Tous les praticiens sont d’accord sur ce point ; ils ne diffèrent que sur la manière d’appliquer cette ressource thérapeutique, ainsi tandis que les uns préfèrent les émissions sanguines locales, les autres aiment mieux en venir immédiatement h la phlébotomie du bras. .Mais d’une manière générale, sauf les exceptions, deux ou trois saignées de 300 ou ftOO grammes, pratiquées dans la première journée, ou répétées à un jour d’intervalle, seront suffisantes, si l’on a soin en même temps d’appliquer des sangsues en nombre variable selon l’âge et la résistance du malade, autour de l’orbite, h la région temporale ou à l’angle interne des paupières. Quelques praticiens ont l’habitude de ne placer que deux ou trois sangsues à la fois, d’en réitérer souvent l’application, en ayant soin de favoriser l’écoulement du sang par des compresses d’eau tiède.
2° Mydriatiques. — Après la saignée, l’usage des mydriatiques est le premier traitement indiqué. La belladone et le sulfate d’atropine ne doivent être rejetés de lu thérapeutique de l’iritis que dans des circonstances exceptionnelles. Êtes-vous consulté (1) pour une iritis très-intense, le diaphragme oculaire est-il profondément modifié dans sa structure, la pupille est -elle bouchée par une exsudation copieuse, le sujet est-il en proie à de vives souffrances, les mydrialiques sont contre-indi-
(1) Deval, toc. cit., p, 296.
MALADIES DES YEUX
qués; iis sont inutiles parce qu’ils ne répondent pas à un but que vous vous proposez d’atteindre: la dilatation de la pupille. Un iris ainsi plilogosé se montrera toujours insensibleà l’influence des préparations belladonées introduites entre les paupières, employées en frictions sur la région péri-orbitaire ou administrées à l’intérieur. Les mydriatiqdes sont nuisibles même dans l’espèce, parce que les efforts stériles dans lesquels l’iris s’épuise pour se dilater, engendrent au sein de cette membrane une augmentation de la phlegmasie et une très-grande aggravation des douleurs. C’est donc au début de l’irilis et dans les formes subaiguës et chroniques que la belladone est utile pour calmer les douleurs et empêcher les adhérences de l’iris au devant du cristallin. Dans l’administration de la belladone, il est nécessaire de procéder par des doses assez élevées, parce que, comme l’a démontré de Graefe, l’atropine n’agit qu’à la condition d’être absorbée et d’être mise en contact des nerfs ciliaires, et que la tension intra-orbitaire empêche précisément l’absorption. On prescrira 5 centigrammes de sulfate d’atropine que l’on fera dissoudre dans 10 ou 20 grammes d’eau distillée, on instillera deux ou trois gouttes de cette solution entre les paupières jusqu’à dilatation de l’iris.
3° Mercuriaux. — Dans toutes les variétés décrites, l’usage des mercuriaux est indiqué. Le calomel administré à l’intérieur, à doses fractionnées, cause une révulsion salutaire sur l’intestin et sur les gencives lorsqu’on peut déterminer un commencement de salivation. L’onguent mercuriel belladoné en frictions autour des paupières remplit le même but.
Les opiacés sont recommandés pour calmer les douleurs oculaires : on peut s’en servir sous beaucoup de formes. Emile Martin (1) donne la formule suivante :
If Extrait d’aconit 5 centigr. I Valérianate de zinc 15 centigr.
Extrait thébaïque 5 centigr. |
Mêlez et divisez en trois pilules, à prendre pendant la journée.
h° Les antiphlogistiques, les mercuriaux ne doivent pas être employés indistinctement contre toutes les variétés d’ii itis. Le docteur Mooren (2) a signalé leurs inconvénients dans certains cas où l’iritis s’attaque à ces sujets débilités et passe facilement à la suppuration. Les compresses chaudes en application sur l’œil et les préparations de quinquina données à l’intérieur arrêtent la génération de cellules
de pus que ne fait qu’activer la médication antiphlogistique.
II. iritîs chronique. — Les antiphlogistiques ne trouveront leur indication que pendant les périodes de recrudescence inflammatoire. Dans les inter • valles de repos, il faudra insister sur les révulsifs cutanés, tels que les vésicatoire •» à la nuque, entretenir le ventre libre par des purgations fréquentes, et insister sur les fonctions mercurielles belladonées autour de l’orbite. Dans tous les cas, il est nécessaire de maintenir l’œil dans le repos le plus complet.
III. iritîs syphilitique. — Malgré la spécificité de l’affection, il ne faudra pas se borner à l’emploi de la médication mercurielle, lorsque l’iritis suit une marche aiguë ; car avant que les mercuriaux eussent produit leur effet, il
(1) Émile Martin, Traité médical pratique des maladies des yeux, p. 1A8.
(2) Mooren, Die verméhrten Gefahren einer Hornhautvereiterung bei der St aar operation. Berlin, 1862, et.l««. d'oculistique. Bruxelles, 1862.
TROUBLES FONCTIONNELS DE L’iRlS.
se serait déjà manifesté des altérations contre lesquelles leur action pourrait rester insuffisante. En conséquence, on commencera par un traitement antiphlogistique proportionné à l’intensité de l’inflammation, puis on procédera à 1 administration des mercuriaux. Mackenzie (1) préfère a toutes les préparations mercurielles le calomel associé à l’opium; il prescrit les pilules suivantes, qu’il continue jusqu’à salivation :
if Calomel 10 centigr. | Opium de 1 à 5 centigr.
Pour une pilule : le malade en prendra trois dans la journée.
Le proto-iodure de mercure à la dose de a à 5 centigrammes par jour, pourra être substitué au calomel. Sichel (2) donne la préférence au bichlorure de mercure, qu'il prescrit ainsi qu’il suit:
% Bichlorure d’hydrargyre. 15 centigram. j Extrait de réglisse q. s.
Eau distillée quelques gouttes. |
Divisez en 50 pilules : en prendre une malin et soir, et augmenter la dose d’une tous les jours, jusqu'à trois et quatre matin et soir.
h'iodure de potassium, à la dose de 1 à 2 grammes par jour, est avantageux dans les cas où le mercure ne peut être supporté, et quand les malades sont trop affaiblis.
Térébenthine. — Ce médicament, préconisé par Hugh Carmichael (3), reconnu efficace par Mackenzie et la plupart des auteurs anglais, est recommandé par Warthon-, loues (ù), comme le plus sûr moyen à opposer à l’iritis syphilitique, lorsque le mercure ne remplit pas son but. Il l’emploie à la dose de h grammes quatre fois par jour; mais Foucher, le traducteur et commentateur de Wharton-Joncs, n’a retiré de la térébenthine que de faibles avantages.
Moyens chirurgicaux. — Lorsque la tension intra-oculaire est considérable, qu’il existe beaucoup de pus épanché dans la chambre antérieure, et qu’il s’est établi des synéchies gênantes pour la vue, il est nécessaire de recourir à des opérations chirurgicales très-délicates, parmi lesquelles la ponction de la cornée et l’iridectomie sont les plus importantes. De Graefe a mis en vogue l’iridectomie en Allemagne, où elle compte un grand nombre de partisans.
Régime et hygiène. — Pendant le traitement d’une iritis aiguë, il faudra faire observer au malade le régime le plus sévère; dans le courant d’une iritis chronique, tous les stimulants seront supprimés. L’œil sera dans le repos le plus complet, à l’abri d’une lumière trop vive ; le malade évitera les lectures prolongées et le travail des petits objets, surtout à la lumière artificielle.
3° TROUBLES FONCTIONNELS DE L’iRlS : MYDR1ASE, MYOSIS, TREMBLEMENT