TROUBLES DE LA RÉFRACTION ET DE L’ACCOMMODATION
Dans les chapitres qui précèdent nous avons décrit les altérations de la transpa- • ronce des milieux de l’œil et les maladies de l’appareil nerveux optique qui troublent ou empêchent l’acte de la vision. Il peut arriver encore que, la transparence des milieux de l’œil et les fonctions de la rétine restant intactes, la vision subisse des modifications importantes déterminées par des vices originels ou acquis de la réfringence de la lentille oculaire et de la fonction accommodatricc de l’œil. Ces troubles de la vue sont désignés sous le nom de troubles de la réfraction et de l'accommodation.
L’œil peut être considéré comme une lentille ou un système de lentilles ayant pour but d’amener sur la rétine le foyer des rayons lumineux émanés d’un objet éclairé ; mais la lentille oculaire n’est pas un simple appareil d’optique tel que ceux que l’on rencontre dans les cabinets de physique; c’est aussi une lentille vivante, susceptible de modifier ses courbures sous l’influence d'agents contractiles, en un mot, c’est une lentille qui jouit de la propriété de s’accommoder à la vision des objets plus ou moins rapprochés. Cette propriété, niée par quelques auteurs, est aujourd’hui parfaitement démontrée; il suffit, en effet, pour se convaincre de sa réalité, de placer sur une ligne de petits objets colorés, comme des épingles, et de les mettre à une certaine distance les uns des autres ; l’œil qui tes regarde ne peut les apercevoir distinctement que les uns après les autres, sans changer de place, et tout simplement en s’accommodant à la distance où chacun d’eux se trouve placé. Comme organe de réfraction et comme organe d’accommodation, l’œil peut subir des modifications que nous étudierons dans deux chapitres séparés.
Phénomènes de la réfraction , classification des yeux. — Autrefois on considérait comme un œil normal, celui qui pouvait lire pendant un certain temps et sans fatigue, les caractères ordinaires de l’imprimerie à la distance de 25 ou 30 centimètres. Lorsqu’un individu ne pouvait lire qu’à une distance plus rapprochée, ou
(1) Mackenzie, loc. cil., t. II, p. 28 h.
(2) H. Lebert, Truité pratique des maladies cancéreuses, p. 8G3.
(3) Voy. Siebel, Iconographie ophthalmologiquc, pl. LVI, LVIl, LIK, LX, LSI
MALADIES DES YEUX
disait qu'il avait la vue courte, qu’il était atteint de myopie. Lorsque, au contraire, il pouvait lire d’une manière soutenue et sans fatigue à une distance plus grande que 25 ou 30 centimètres, on le considérait comme atteint de presbytie. Aujourd’hui, au lieu de prendre pour point de départ de la classification des yeux le point le plus rapproché de la vision distincte, on prend généralement le point le plus éloigné, dans l’intention d’expérimenter sur des yeux à l’état de repos et pour éviter les erreurs qui peuvent résulter des anomalies de l’accommodation à une courte distance. C’est Donders qui, le premier, a eu l’idée de cette nouvelle classification d’après laquelle l’œil est considéré : 1° comme normal ou emmétrope , (tfj.iJ.crpo;, qui garde la mesure, et Û\J;, œil) lorsque les rayons lumineux partant de l’infini, ou, ce qui revient à peu près au même, d’un objet éclairé placé à 20 ou 30 pieds, viennent faire leur foyer sur la rétine, comme cela est représenté dans la figure 90); 2° comme myope, lorsque ces mêmes rayons font leur foyer en avant de la rétine, et 3° comme hypermétrope, lorsque le foyer a lieu au delà de la rétine. Dans cette classification, la myopie est opposée à l’hypermétropie et non à la presbytie ; en effet, cette dernière altération de la vue tient bien plutôt à un vice de l’accommodation qu’à un trouble de la réfringence des milieux de l’œil.
Eio. 90.
La lentille oculaire, pour les différents états que nous venons de supposer, a une conformation uniforme, mais il se peut faire que ses méridiens aient des propriétés réfringentes différentes, il en résulte alors des troubles de la vision qui portent le nom d’astigmatisme. Nous aurons donc à étudier dans ce chapitre : 1° la myopie , 2° \' hypermétropie, 3° V astigmatisme.
ARTICLE PREMIER MYOPIE
$ I. — Définition.
Toutes les fois que les rayons venant de l’infini ou d’un point éloigné, connue 20 ou 80 pieds, par exemple, viennent faire leur foyer en avant de la rétine, on dit que la vue est courte ou atteinte de myopie. Un verre concave placé devant 1 œil frappé de cette infirmité a pour effet d’éloigner du centre optique le foyer des rayons parallèles et de placer la vue dans les conditions normales. La figure 91 rend un compte suffisant des phénomènes qui se produisent avant et après 1 intci position du verre concave. Dans la pratique, on considère comme myope 1 individu