SYMPTÔMES, VARIÉTÉS, DIAGNOSTIC
§ II. — Symptômes, variétés, diagnostic.
L'astigmatisme irrégulier a une importance bien moins grande que l’astigmatisme régulier. Celui-ci est très-fréquent, et à vrai dire presque tous les yeux sont astigmates, car il est excessivement rare de rencontrer une personne dont les différents méridiens aient le même indice de réfraction. Celte anomalie de la 1 efi action résulte, comme cela est prouvé par les expériences d’Helmholtz, Donderset Knapp, de la différence que présente la courbure des divers méridiens de la cornée, le méridien vertical étant celui qui offre presque toujours le maximum de courbure. Cependant, quoique plus rarement, l’inégalité de la réfringence des méridiens du cristallin peut aussi déterminer l’astigmatisme, d’où deux variétés: Y astigmatisme cornéen et V astigmatisme cristallinien. Les méridiens principaux pouvant être associés, quant à leur puissance réfringente, de plusieurs façons, il en résulte plusieurs formes d’astigmatisme admises par Donders.
1° Emmétrope. .. . Myope Astigmatisme myopique simple.
2° Emmétrope ... . Hypermétrope.... Hypermétropique simple.
3° Myope Plus myope Myopique composé.
ti° Hypermétrope.. Plus hypermétrope. Hypermétropique composé.
5° Myope Hypermétrope .... Composé avec myopie
ou hypermétropie prédominante.
On comprend quels (roubles doit apporter à la vision des objets un œil ainsi disposé qu’il n’est plus apte à voir les objets rapprochés, quand il est accommodé pour quelques-unes de ses parties à la vision des objets éloignés, et réciproquement. Ces irrégularités de la vue ont été souvent prises pour une amblvopie au début, mais il est facile d’éviter l’erreur: pour cela il faut avant tout constater l’astigmatisme et la direction des méridiens de réfringence différente : on place à une certaine distance du malade, un système de lignes disposées comme dans la figure ci-contre (fig. 93).
Si le malade est atteint d’astigmatisme, quand son œil sera adapté pour la vue de certaines lignes, il ne le sera plus pour les autres, et l’indication qu’il donnera servira à établir la direction des méridiens astigmatiques. Si l’on veut mesurer le degré de l’astigmatisme, on se sert d’une lunette sténopéique formée d’un segment de cylindre bouché à l’une de ses extrémités par une plaque noire, au milieu de laquelle existe une fente longitudinale d’un millimètre de largeur. On fait regarder le malade à travers cette fente placée succjssi veinent dansla direction des méridiens astigmatiques le numéro 20 d’une échelle
typographique. Le numéro des verres concaves ou convexes dont il est obligé de se servir pour voir distinctement à 20 pieds le numéro de l’échelle, exprime le degré de myopie ou d’hypermétropie de chaque méridien.
Fig. 93.
MALADIES DES YEUX
§ III. — Traitement.
Cela fait, il est facile d’instituer le traitement qui consiste dans l’usage des verres cylindriques. Ces verres n’ont aucune puissance réfringente dans la direction de l’axe du cylindre, mais ils agissent comme des verres convexes ou concaves dans la direction perpendiculaire à leur axe. Leur force de réfringence peut être calculée et adaptée au degré de l’astigmatisme, absolument comme pour la myopie et l’hypermétropie. La seule difficulté consiste à donner aux verres cylindriques une direction convenable. Javal, qui a publié un excellent travail sur le choix des verres cylindriques (1), et qui a imaginé un appareil ingénieux, construit par Nachet, cl très-utile pour la détermination binoculaire, procède ainsi qu’il suit pour la détermination monoculaire et binoculaire :
1° Détermination monoculaire. — «Tracez un cercle; dans ce cercle des rayons espacés de 15 en 15 degrés (fig. 9à), et faites regarder cette figure au malade à travers une lentille sphérique que nous supposerons de 3" pour fixer les idées.
Eloignez peu à peu la figure jusqu’à ce que toutes les lignes pâlissent et disparaissent, sauf une. Essayez alors successivement, en commençant par le plus faible, tous les verres cylindriques concaves, en mettant les axes perpendiculairement au rayon qui était resté noir, et cela jusqu’au verre qui rend ces rayons également noirs. Vous avez ainsi d’un seul coup diagnostiqué l’astigmatisme et déterminé le numéro et la position du verre correcteur. »
2° Détermination binoculaire. — On se sert de l’appareil représenté (fig. 95, p. 889). Voptomètre binoculaire présente l’aspect d’un stéréoscope pouvant so mettre au point pour les différentes vues. La boîte du stéréoscope est mobile sur un pied de fonte très -massif. Une virole de cuivre, placée au-dessus de la planchette de devant, est destinée à recevoir une bougie stéarique ordinaire, longue de 10 à 15 centimètres. La planchette de devant contient deux lentilles sphériques achromatiques, de 5 pouces de foyer environ. Ces lentilles sc dévissent facilement : l’une d’elles peut être décentrée, l’autre est accompagnée d’un système de verres cylindriques de manière à pouvoir lui être superposées, soit isolément, soit deux à deux, tout en formant avec l’horizon un angle déterminé quelconque.
Pour se servir de cet instrument, on le place avec sa bougie allumée sur une petite table, au milieu d’une chambre obscure; les lentilles oculaires sont rapprochées, autant que possible, l’une de l’autre, un carton étoilé et gradué est mis au foyer do ces lentilles, c’est-à-dire à 5 pouces de la face antérieure de l’instrument, et les verres cylindriques sont placés dans leur position initiale. On commence par l’œil que l’on suppose le plus astigmate : on fait asseoir le malade devant l’instrument, les yeux fixés aussi près que possible des verres. On éloigne ou l’on rapproche successivement l’écran, jusqu’à ce que le malade n’aperçoive plus qu’une ligne plus noire que les autres, et dont il indique la direction en lisant l’heure du cadran à laquelle elle correspond. On amène l’index sur la division indiquée;
fl) Émile Javal, Sur te rJmi.v clés verres cylindriques {Ann. d'oculistique , t. LV, 9e série, t. V, p. 5, 1 SGG) .