VUE VITE SIMPLE
C’est à la suite de la blennorrhagie qu’elle se montre le plus fréquemment; cependant il n est pas douteux que l’inflammation de la vulve ne puisse aussi se produire en dehors de toute cause vénérienne; et, n’y eût-il que la vulvite que 1 on observe chez les enfants, le fait serait parfaitement prouvé.- Vau.eix, 5e édit.
MALADIES DES FEMMES
§ I. — Causes.
C’esi chez les petites filles que se montre particulièrement la vulvite dont il s’agit (1). Cependant il n’esl pas commun de voir la maladie se développer spontanément chez des sujets parfaitement sains. Elle se produit ordinairement chez les enfants détériorés pur des maladies antérieures , lymphatiques, scrofuleux. Ji esL fort rare de la voir apparaître de cette manière après les premières années de la vie.
Que les sujets soient sains ou dans un état valétudinaire, il faut ordinairement une cause excitante pour produire la maladie. C’est souvent la malpropreté chez les enfants; et, dans toutes les conditions, ce sont les divei'ses excitations de la vulve, parmi lesquelles il faut placer en première ligne la masturbation et les violences exercées par des hommes sur des filles très-jeunes. Nous avons vu (2), en parlant des oxyures du rectum, que ces petits vers peuvent occasionner un prurit l’ès-désagréable, non-seulement de l’anus, mais encore de la vulve, soit qu’ils se portent dans cette dernière partie, soit qu’ils restent dans le rectum. Il en résulte que les petites filles portent sans cesse leur main à la vulve, qu’elles irritent cette partie par des frottements répétés, et de là une inflammation plus ou moins vive.
On observe assez fréquemment un écoulement assez abondant de la vulve chez les filles nouvellement nées. Ce qui paraît particulièrement produire cet écoulement qui s’accompagne assez souvent de tuméfaction et de rougeur, ce sont les manœuvres de l’accouchement, et peut-être le contact des matières sécrétées par le vagin de la mère. Le fait est surtout évident lorsque les enfants se sont présentés par le siège.
[Dans les observations citées par Kinder-Wood (de Manchester) et dans celles de Boivin et Dugès, recueillies à l’hôpital des Enfants malades, on voit que la vulvite infantile peut exister à l’état de véritable épidémie.
Les excès de coït ou seulement de défloration peuvent être cause de l'inflammation de la vulve chez les femmes adultes. Lebert (3) a plusieurs fois observé chez des jeunes femmes récemment mariées, une vulvite très-intense, lorsqu’il y avaiL disproportion des organes génitaux ou rigidité de l'hymen, ou enfin abus du coït. Il est d’autant plus important de signaler faction de ces causes que l’on pourrait, bien à tort, attribuer les accidents à la contagion blennorrhagique.]
§ II. — Symptômes.
1° Vulvite simple aiguë. — Un sentiment de chaleur, avec cuisson plus ou moins vive ci tuméfaction plus ou moins considérable de la vulve qui offre quelquefois un aspect fongueux , et bientôt après un écoulement d’abord limpide , puis épais, blanc ou jaunâtre, d’une abondance variable, voilà ce que l’on observe dans tous les cas. Le contact de l’urine augmente la douleur lorsque l’inflammation est un peu vive, et dans le même cas, la marche est difficile ou presque impossible. Sous ce rapport, il n’y a pas de différence essentielle entre la vulvite simple et la blennorrhagie. (Voy. tome IV.)
Cette inflammation peut-elle se communiquer par le contact? C’est ce que pensent plusieurs auteurs, mais ce qui n’est pas démontré.
(1) Voy. P. Guersunl, Notices sur tu chirurgie des enfants. Paris, 1865.
(2) Tome IV, art. Pertes séminales involontaires, p. 680.
(3) Lebert, Traité d'anatomie pathologique générale et spéciale. Paris, 1860, t. Il, p. -U6.
YULV1TE SIMPLE. — ~ DIAGNOSTIC, PRONOSTIC. o
Cette affection 11e détermine pas par elle-même de symptômes généraux; c’est un mal purement local.
Qo Vulvite simple chronique. — C’est sous celte forme qu elle se présente s0UVent chez les enfants profondément débilités. Elle succède à la précédente lorsque des excitations continuelles l’ont entretenue pendant longtemps. Elle ne diffère de la vulvite aiguë que par l’absence complète ou presque complète de la douleur, de la tuméfaction, et parfois de la rougeur. L’écoulement qu’elle produit est aussi moins épais dans les cas ordinaires.
$5 III. — Marche, durée, terminaison.
La marche de la maladie est très-aiguë lorsqu’une violence brusque a été exercée sur la vulve. S’il s'agit d’une excitation répétée, comme la masturbation, ce n’est qu’au bout d’un certain temps que les symptômes prennent un assez haut degré d’intensité. Nous avons vu plus haut que la vulvite simple, qui survient secondairement chez les sujets maladifs, a ordinairement une marche chronique.
La durée de celte affection est par conséquent très-variable. Suivant Durand- Fardel, celte affection, lorsqu’elle est due à une violence brutale, se fait remarquer par la promptitude avec laquelle elle se guérit. Le fait doit être admis d’une manière générale; cependant nous avons vu à l’hôpital de Lourcine un certain nombre de petites filles qui avaient subi de semblables violences, sans que rien pût faire Penser qu’il y avait contagion, et chez lesquelles l’écoulement se prolongeait beaucoup, et résistait aux moyens qui, d’après tous les auteurs, en triomphent facilement. Peut-être, malgré la surveillance, la masturbation entretenait-elle le mal. La vulvite aiguë peut, dans quelques cas, durer, avec tous ses caractères, un et deux mois sans qu’il soit possible de découvrir la cause de cette durée insolite.
' La vulvite aiguë a une terminaison promptement favorable dans la grande majorité des cas. Il y a des exceptions à cette règle. La vulvite chronique, et surtout celle qui est la conséquence d’une débilitation considérable, a souvent de la tendance à se perpétuer, bien qu’on éloigne la cause occasionnelle qui a pu la produire, et que l’on emploie les moyens reconnus pour les plus efficaces.
§ IV. — Diagnostic, pronostic.
Le diagnostic, considéré d’une manière générale, ne peut présenter aucune difficulté. Pour la vulvite aiguë, la rougeur, la tuméfaction, la douleur etTécoulement forment un ensemble de symptômes qui ne peut se rapporter qu’à cette maladie; et pour la vulvite chronique, un écoulement avec un certain degré d’irritation, bornés à la vulve, sont des caractères suffisants. [Leucorrhée vulvaire de quelques auteurs. )
Est-il possible de décider, d’après les symptômes et la marche de la maladie, si la vulvite due à une violence extérieure, la vulvite traumatique , suivant l’expression de Durand-Fardel, peut être distinguée de la vulvite spontanée? C’est principalement chez les jeunes filles qui n’ont pas atteint l’âge de quinze ans, que l’on est appelé à se prononcer sur la nature de l’affection, parce que la disproportion des organes rend chez elles les résultats de la violence beaucoup plus graves, et qu'il en résulte une vulvite ordinairement intense. Les cas de ce genre ne se pré-
MALADIES DES FEMMES
sentent que trop fréquemment à l’observation, et les médecins légistes savent combien leur mission devient délicate en pareil cas.
Durand- Fardel (I) s’est attaché à résoudre cette question importante, et voici un résumé de ce qu’il dit à ce sujet. D’après ses observations : 1“ La vulvitc due à la violence est bornée à la vulve et au méat ou au canal de l’urètluc, tandis qu’il est extrêmement rare que l’on observe cette circonscription dans la vulvitc spontanée. T La vulvitc traumatique présente une rougeur plus vive de la muqueuse, et un étal d’éréthisme des petites lèvres plus marqué que dans la vulvitc spontanée, tpii est ordinairement chronique, ainsi que nous l’avons vu plus haut, cl sous la dépendance d’une détérioration plus ou moins marquée de l’organisme. 3° La première cède à des moyens très-simples avec beaucoup plus de facilité et de promptitude que ia seconde à des moyens plus actifs. U° Enfin le début récent de 1’alfcclion, rapproché d’autres circonstances, peut mettre sur la \oie du diagnostic.
[Ajoutons la description des symptômes, donnée par Ambroise Tardieu (2) poulies cas où la vulvite est liée à un attentat criminel : « Les grandes et les petites lèvres sont gonllécs et contuscs, leur face interne ainsi que la membrane hymen et l’entrée du vagin sont le siège d’une rougeur très -vive, et d’une douleur qui rend tout examen dilïicileet pénible, parfois même absolument impossible. Sur le bord et en dedans des lèvres grandes et petites, il n’est pas rare de rencontrer des excoriations, des érosions superficielles, parfois de véritables ulcérations. On a voulu donner aussi comme un caractère de cette inflammation vulvaire la formation
d’ecchymoses sur les grandes lèvres. »]
Ces signes distinctifs, auxquels il sera bon d’en joindre d’autres tirés d’un interrogatoire attentif sur les diverses causes précédemment indiquées, ont une valeur réelle. Néanmoins ce ne sont pas là des certitudes, et une enquête rigoureuse suice qui s’est passé sera toujours nécessaire pour permettre de porter un diagnostic précis.
Pronostic. — L’affection dont il s’agit est très-peu grave lorsqu’elle survient à la suite d’une violence extérieure, d’une excitation quelconque, chez un sujet bien portant. Dans le cas contraire, c’est-à-dire lorsque, soit sous l’influence de ces causes, soit spontanément, la vulvitc se manifeste chez des enfants débilités par des maladies antérieures ou actuellement malades, l’affection est plus sérieuse, d’abord parce qu’il est beaucoup plus dilïicile d’en triompher, et ensuite parce que l’écoulement continuel qui en résulte contribue encore, à augmenter la débilitation, et occasionne des troubles digestifs.
§ V. — Traitement.
Le traitement de la vulvitc. simple aiguë ne présente rien de particulier. Disons seulement que celte affection cède ordinairement beaucoup plus promptement (pie la vulvite blennorrhagique aux simples émollients, et dans les cas les plus graves aux lotions légèrement astringentes. Dans quelques cas néanmoins, il faut recourir aux lotions cathétériques, et, comme nous l’avons dit plus haut, ces cas peuvent être assez rebelles. Cautérisation légère avec le nitrate d’argent, et lotions avec
pm-and-Fardel, Mémoire sur (a bleuit, chez la femme, etc. ( Journal tics connaissances méd -chirurqicales, juillet 1840).
p>) Tardieu, Étude sur les attentats aux moeurs. Paris, 1862, 4e édit., p. 20.
VULVITE F0LL1CULEUSE. — SYMPTÔMES. 5
mie faible solution de celle substance, à peu près comme dans la vulvite chronique.
La vulvite chronique , et surtout celle qui est sous la dépendance d’une débilitation marquée de l’organisme, d’un état lymphatique, scrofuleux, exige quelques autres moyens. Ainsi, localement, on aura recours tout d’abord aux lotions astringentes ou cathétériques ( nitrate d'argent dissous dans l’eau, à la dose de 5 à 10 centigrammes par 60 grammes de liquide); puis, s'il s’agit d’un appauvrissement du sang résultant d’une convalescence difficile, de la misère, etc., on prescrira les toniques , les analeptiques , comme dans la blennorrhée qui se montre dans les mêmes conditions; et si le sujet est scrofuleux, on aura recours aux moyens indiqués à l’article Scrofules (1).
ARTICLE II
VULVITE POLL1CULEUSF.
S I. — Définition.
Déjà Graaf (2) avait indiqué la possibilité de l’inflammation isolée des follicules qui entourent l’entrée du vagin, lorsqu’un certain nombre de cas qui se sont présentés à Alphonse Robert (3) ont permis à ce chirurgien de tracer une histoire détaillée de cette affection. Voici ce qui résulte de ses recherches.
§ II. — Causes.
C’est presque toujours à la suite d’une blennorrhagie que se manifeste l’inflammation des follicules muqueux de la vulve, du moins c’est dans ces circonstances qu’Alphonse Robert l’a observée ; mais on conçoit que toute autre inflammation puisse envahir ces follicules, et donner lieu aux symptômes qui vont être décrits. Alphonse Robert a cité deux faits dans lesquels on voit l’inflammation survenir après la grossesse.
S III. — Symptômes.
L’inflammation des autres parties, soit delà vulve, soit du vagin, est dissipée ou très-considérablement amendée lorsque celle des follicules se fait remarquer parles signes qui lui sont propres. Alphonse Robert explique facilement la persistance de cette dernière par la disposition des parties enflammées. Ces cavités à orifice étroit présentent, en ellet, une inflammation plus rebelle que les autres points de la muqueuse, puisque les moyens dirigés contre elle atteignent difficilement le siège du mal.
Les malades éprouvent, dans le point occupé par l’inflammation, un prurit parlois insupportable, ou bien des élancements douloureux , ou enfin l’un et l’autre de ces symptômes. C’est surtout pendant la marche qu’ils se font sentir.
Il y a toujours de Y écoulement. La matière de cet écoulement est peu abondante; blanche et opaline lorsque la maladie est ancienne ; jaunâtre, épaisse, puri-
(1) Voyez les articles Scrofules et Carreau, l. 1 et IV.
(2) Graaf, De millier, organ. générât, inséré ,
(3) Alphonse Robert, Mémoire sur l'influence des follicules muqueux de la vulve (Arch. gétit de méd., 3R série, 1841, t. XI, p. 393).
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MALADIFS DES FEMMES
forme lorsque la maladie est récente. Dans quelques cas, l’écoulement est plus abondant. Cela lient à la dilatation de la cavité folliculeuse qui augmente la surface sécrétante. L’écoulement n’est pas continu, du moins dans la très-grande majorité des cas. A des intervalles variables, une, deux fois ou plus par jour, la matière s’échappe en plus ou moins grande abondance, ce qui s’explique facilement par l’étroitesse de l’orifice, qui détermine l’accumulation du liquide dans la cavité du follicule, de telle sorte que celui-ci n’est évacué que lorsque la distension de cette cavité est parvenue à sa dernière limite. Dans deux cas survenus après la grossesse, c’était pendant la nuit que se vidaient les petites tumeurs, et Swediaur a cité un cas de prétendues pollutions nocturnes fréquentes chez une femme, qu’Alphonse Robert est porté à rapprocher des faits précédents, ainsi que celui qu’il a observé lui-même. L’évacuation du pus contenu dans un ou plusieurs follicules aurait, dans ces cas, simulé les pollutions spermatiques de l’homme.
Quelquefois il est nécessaire d’exercer une pression sur les tumeurs pour les vider. Alphonse Robert a cité des exemples de ce genre. Les femmes, prévenues par la douleur, cherchaient elles-mêmes à se soulager en pressant sur la poche purulente pour en faire sortir le liquide.
V examen attentif de l’orifice du vagin fait voir, dans le sillon qui limite en dehors les caroncules myrliformes, une ou plusieurs ouvertures très-petites, arrondies, grisâtres, entourées d’une aréole rouge, contrastant avec la couleur rosée des parties voisines. Parfois ces aréoles se confondent et forment ainsi une zone d’un rouge vif, plus ou moins étendu autour de l’entrée du vagin et de celle de l’urèthre. Ces petites ouvertures sont situées sur de petites élévations dont le volume varie suivant que les follicules sont plus ou moins distendus par le pus. Quelques-unes sont parfois assez saillantes, ce qui est dû à la fois à la distension de la cavité et à l’hypertrophie des parois. C’est surtout pendant et après la grossesse qu’Alphonse Robert a vu les saillies du plus gros volume.
Mais c’est en explorant les points malades à l’aide du stylet d’Anel qu’on obtient le signe le plus important. Ce stylet pénètre, en effet, à une assez grande profondeur par l’orifice indiqué plus haut. C’est ainsi que, dans plusieurs cas, Alphonse Robert a pu le faire pénétrer jusqu’à une profondeur de cinq à six lignes.
Lorsqu'on presse les follicules , on voit s’écouler au dehors une quantité variable de matière ayant l’aspect indiqué plus haut.
L’afièction est purement locale ; aussi n’observe-t-on pas d’autres symptômes que ceux qui viennent d’être indiqués. Les malades sont souvent irritées par la persistance de leur maladie, par la douleur qu’elles éprouvent; mais la santé générale n’en est pas altérée, à moins de complications.
Alphonse Robert a remarqué que, dans presque tous les cas, on trouve des ulcérations, des érosions, des granulations de l’utérus; mais il est évident que ces lésions, qui sont dues, comme l’inflammation des follicules, à la maladie primitive, la blennorrhagie, n’ont pas d’autre rapport avec la vulvite folliculeuse.
£ IV. — Marche, durée, terminaison.
L’inllammaliondes follicules se produit très-rapidement dans le cours de la bien-
VULVITE FOLLICUEEUSE. — TRAITEMENT.
norrhagie ; mais, dans le plus grand nombre des cas, elle est peu intense, ne pénètre probablement pas à une grande profondeur, et se dissipe avec l’inflammation des autres parties des organes génitaux. Dans les circonstances opposées, l’inflammation persiste, elle reste stationnaire, et la maladie dont nous nous occupons est déclarée.
La durée de cette maladie est illimitée; les sujets ne réclament ordinairement des soins qu’après avoir souffert pendant longtemps. Robert a traité des malades qui en étaient affectées depuis quinze mois.
D’après les faits connus, la vulvite folliculeuse , lorsqu’elle est parvenue au degré dont il s’agit, n’a plus aucune tendance à se terminer spontanément; les follicules vidés se remplissent bientôt de nouveau pus ou muco-pus, et ainsi de suite, sans autre amélioration qu’une diminution progressive dans la consistance et la couleur jaune de l’écoulement.
§ V. — Diagnostic.
Les signes indiqués plus haut sont trop précis pour que le diagnostic présente la moindre difficulté. Cependant il est une affection analogue sur laquelle Yidal, de Cassis (1), a spécialement fixé l’attention des médecins; c’est un abcès des grandes ou des petites lèvres qui s’ouvre spontanément, et dont l’orifice devient fistuleux. Les choses se passent dans ces cavités accidentelles comme dans les cavités naturelles dilatées et enflammées qui entourent l’orifice du vagin ; mais le siège étant différent, il n’v aurait pas lieu de parler de ce diagnostic, si quelques chirurgiens n’avaient pensé que peut-être l’inflammation, placée par Robert dans les follicules, n’est autre chose qu’un de ces abcès signalés par Vidal. C’est une question que nous ne pouvons pas résoudre d’une manière absolue; cependant nous dirons que les détails anatomiques fournis par Robert sont trop précis pour qu’on puisse supposer que la maladie qu’il a décrite ait son siège ailleurs que dans les follicules dont il s'agit. Le mémoire de Huguier (2) fournira aussi de bons renseignements sur ce sujet.
Robert, remarquant que le prurit de la vulve est parfois très-marqué dans l’inflammation des follicules, s’est demandé si, dans quelques cas, ce n’est pas à cette inflammation même qu’il faut rapporter le prurit observé sans lésions reconnues, et qui a été signalé par les auteurs. Il croit qu’on peut, en particulier, rattacher à cette affection certains cas regardés par Bictt comme des prurigos de la vulve, quoique aucune éruption ne se montrât, et il est d’autant plus porté à le faire, que, dans plusieurs observations citées, les moyens dirigés contre ces prétendus prurigos ont complètement échoué.
Il est à peine nécessaire de dire que cette maladie n’a aucune gravité; et nous allons voir qu’elle a toujours cédé à un traitement approprié.
§ VI. — Traitement.
Il ne faut pas compter sur les applications extérieures, et le seul moyen efficace consiste à détruire les organes affectés. Un stylet d’Anel, des ciseaux très-fins et
(1) A. Vidal (de Cassis), voyez Traité du pathologie externe , 51' édit. Paris, 1860, t. V- ■
(2) Huguier, Mémoire sur tes maladies des appareils sécréteurs des organes génitaux externes de la femme , 2° partie : Maladies de la glande vu/vo-vagina/e (Mémgirçs de /’ Académie de médecine. Paris, 1850, t. XV, p. 606 et suiv.).
MALADIES DES FEMMES
boutonnés, un crayon do nitrate d’argent, sont. les objets nécessaires pour cette petite opération.
La malade étant convenablement placée, on introduit d’abord un stylet d’Anel dans la cavité du follicule qu’on reconnaît à sa direction oblique, à sa position superficielle et à sa profondeur, qui varie entre 9 et 18 millimètres, puis on en dilate l’entrée en exécutant avec l’instrument de légers mouvements de circuinduction. Une des lames des ciseaux étant substituée au stylet, on la fait parvenir avec précaution jusqu’au fond du follicule, et, par un mouvement brusque, on divise la cloison membraneuse et mince qui sépare sa cavité de celle du vagin. La plaie étant tout de suite abstergée, on la cautérise, ainsi que la surface du follicule, avec le crayon de nitrate d’argent.
Celte opération, quoique douloureuse, ne provoque aucun accident sérieux. Il survient un peu degonllement inflammatoire, les surfaces cautérisées suppurent et se cicatrisent assez promptement; mais souvent on voit persister quelques débris du follicule qui ont échappé, soit aux investigations du chirurgien, soit à l’action de l’instrument tranchant et du caustique. U faut les atteindre et les cautériser plus tard. La guérison ne saurait être complète si le follicule n’est entièrement détruit (Alphonse Robert).
Il est plus que probable que, dans un assez bon nombre de cas, des femmes ♦pii ont communiqué des blennorrhagies ont été regardées comme saines, tandis qu’elles avaient l’affection qui vient d’être décrite, et (pii avait passé inaperçue.
Quant à l’hypertrophie des follicules vulvaires et aux maladies de la tj lande vulvo-vaginale , elles rentrent entièrement dans le domaine de la chirurgie, et nous ne pouvons mieux faire que de renvoyer, à ce sujet, le lecteur au mémoire de Huguier, cité plus haut.
ARTICLE 111
FOLLICULITE VULVAIRE.
§ I. — Définition.
Huguier (1) a désigné, sous le nom de folliculite vulvaire , une affection qu’il ne faut pas confondre avec la précédente, car elle ne porte plus sur les follicules muqueux de la vulve, mais bien sur les follicules sébacés et pileux. Cette maladie n’est autre chose que l’inflammation de ces follicules; elle mérite d’être connue, parce que, comme le fait remarquer l’auteur, si l’on ne sait pas bien la distinguer, on risque delà confondre avec la syphilis.
§ II. — Causes.
Les femmes brunes , rousses , lymphatiques , scrofuleuses , sont les plus sujettes à cette maladie, qui se montre tout particulièrement pendant la grossesse.
Parmi les causes occasionnelles, nous trouvons les grandes fatigues , la malpropreté, les pediculi pubis, qui produisent la maladie par les frottements qu’ils provoquent. Il faut aussi noter tout ce (pii irrite la vulve : ainsi les frictions avec
(1) ltuguier, Mémoire sur /es maladies des appareils sécréteurs des organes génitaux externes de la femme ( Mém . de l'Acad. de méd., Paris, 1850, t. XV, p. 527, avec pl.).
— SYMPTÔMES
FOLLICULITE
VULVAIRE.
des pommades irritantes et les diverses éruptions dont celle partie peut être le siège.
§ m. — Symptômes.
Huguier décrit trois périodes dans les symptômes. Dans la première , il y a prurit, un peu de tuméfaction , rougeur légère, petites élemres d’un rouge plus vif. disséminées, nombreuses, arrondies ou étoilées, pénétrant dans 1 épaisseur de la peau, où l’on sent leur résistance, rendant les surfaces rugueuses et occupant lès follicules sébacés ou les bulbes pilifères. Elles ne sont douloureuses que quand ou les irrite par des frottements, ou lorsqu’il y a une agglomération de follicules enflammés, et dans ce dernier cas, la douleur ne se manifeste que quand on touche la partie malade.
Il y a en môme temps une augmentation de sécrétion et une odeur forte du fluide sécrété.
Dans la seconde période , les follicules suppurent, augmentent de volume, cl forment des boutons plus rouges à la base qu’à la pointe. Un peu plus tard, le
sommet blanchit, et le bouton folliculeux prend l’aspect d’une pustule.
La chaleur, la démangeaison, la douleur augmentent. Ordinairement, les pustules sont déchirées par les ongles ou par des frottements; le pus s’écoule au dehors, et le follicule présente une petite ouverture de 1 à 2 millimètres.
Chez les femmes qui n’ont pas une grande propreté, la vulve a, dans ce moment, un aspect repoussant. On y voit les poils collés par une matière poisseuse, grisâtre, un mélange de croûtes, de matière purulente, de débris de l’épiderme et de papilles érigées, des excoriations, un écoulement de pus qui peut être assez abondant pour aller jusque sur les cuisses ; et enfin ces parties exhalent l’odeur la plus fétide.
Dans la troisième période, à laquelle Huguier donne le nom de période de déclin ou de dessiccation, la muqueuse et la peau pâlissent; il n’y a plus qu’une simple démangeaison, les follicules s’affaissent, il se forme de petites croûtes; quelquefois la matière purulente se concrète dans les follicules et y entretient une inflammation subaiguë, qui parfois reprend de l’acuité ; d’autres fois les follicules se vident, l’inflammation tombe; enfin les excoriations et les ulcérations se cicatrisent. Souvent cette affection se complique d 'érythème, d 'ecl/nyma, et plus rarement d'eedème, d 'herpès. A’ érysipèle, d’abcès des nymphes. 11 existe assez fréquemment de la leucorrhée ou une blennorrhagie syphilitique.
Fie. 1 . — Folliculite vulvaire.
(Huguier, Uém.de l’Acad. , t. XV.)
MALADIES DES FEMMES
§ IV. — Marche, durée, terminaison.
En exposant les symptômes clans leur ordre d’apparition , nous avons tracé la marche de la maladie. Sa durée est très-variable, suivant les soins hygiéniques que prennent les malades. C’est principalement la durée de la deuxième période (pii peut être prolongée par le défaut de soins et de propreté.
Quant à la terminaison elle n’est jamais fâcheuse.
§ V. — Diagnostic, pronostic.
Dans le diagnostic, on doit éviter de confondre cette affection avec d’autres affections cutanées, et principalement avec les maladies syphilitiques. V herpès s’en distingue par ses vésicules ; l 'ecthyma, par la largeur de ses pustules, par leur position plus superficielle, et aussi par l’existence de pustules semblables sur d’autres parties du corps.
Les symptômes syphilitiques se distinguent en ce qu’il est fort rare qu'ils soient bornés à la vulve, en ce que les ulcérations sont plus profondes et les tubercules plus étendus, enfin en ce qu’ils donnent souvent lieu à d’autres signes dans d’autres parties du corps. Malgré ces différences, Huguier reconnaît qu’il est des cas où la difficulté est extrême.
§ VI. — Traitement.
Le traitement est fort simple. On commence par rechercher si la maladie est produite par une irritation quelconque, qu’on fait promptement cesser.
On recommande les soins de propreté : on fait laver fréquemment les parties avec des décoctions adoucissantes tièdes ou presque froides; ou bien avec des décoctions légèrement narcotiques, comme les décoctions de tête de pavot, de laitue, etc. On prescrit des bains de siège simples ou émollients. On fait oindre les parties avec du beurre de cacao, de Y huile d'amandes douces, etc.
Ces moyens, joints à un régime doux et au repos, triomphent ordibairement de la maladie. Quelquefois il faut y ajouter quelques lotions astringentes ( décoctions de ratanhia, de roses de Provins, etc. ).
Quand la maladie est plus opiniâtre, on cautérise légèrement les parties, soit avec une solution légère de nitrate d'argent, soit avec une solution étendue de nitrate acide de mercure, soit en promenant légèrement le crayon de nitrate d'argent sur les excoriations. [Oldham (1) recommande les applications calmantes et, par-dessus tout, une onction avec un liniment à l’acide cyanhydrique :
Huile de coco 60 gram.
Acide cyanhydrique 8 gram.
Biacétate de plomb l*r,25
On aura soin de laver d’abord les parties avec de l’eau de rose, puis on appliquera le liniment au moyen de charpie changée deux ou trois fois par jour.
On s’est quelquefois servi avec avantage d’une lotion faite avec l’eau de chaux et l’opium, on bien d’un cataplasme fait avec la mie de pain saturée d’une décoction de feuilles de ciguë additionnée d’extrait de Saturne (2). ]
(1) Oldham, Medic. Gazette, 15 mai 1846 ( Ranking’s abstrac., vol. IV, p. 305).
(2) Fl. Churchill, Traité prat. des matait, des femmes , trad. sur la 5* édit., par A. Wieland et J. Dubrisay. Paris, 1866, p. 72.
VULVITE PSEUDO-MEMBRANEUSE.
TRAITEMENT
ARTICLE IV
VULVITE PSEUDO-MEMBRANEUSE.
Bretonneau a mentionné cette affection et en a cité des exemples. Elle ne se montre guère cjue dans des cas ou la diphtbérite a envalii d antt es points du corps, et en particulier la bouche. On peut donc la considérer comme une affection secondaire.
C’est presque toujours dans des épidémies de stomatite couenneuse qu’on observe la diphtbérite vulvaire. Elle affecte les enfants , et, lorsqu’elle se montre, on trouve souvent des pseudo-membranes dans plusieurs autres parties du corps, comme les oreilles, le nez, les surfaces des vésicatoires.
Il est rare qu’elle s’étende au delà de la vulve; cependant elle peut occuper l’urèthre et le vagin. «Je n’ai pas connaissance, dit Velpeau, qu’elle ait jamais pénétré jusque dans le col de l’utérus, ni que de la vulve elle ait gagné le rectum».
§ I. — Symptômes.
Les symptômes sont la douleur , une tuméfaction qui n'est pas ordinairement considérable, l’apparition d’une pseudo-membrane semblable à celle qui envahit la bouche (1), et l’écoulement d’une matière sanieuse. « Arrivée à l’urèthre, elle pourrait amener une ischurie véritable, et doit au moins causer des cuissons, des douleurs vives au moment de l’émission de l’urine. » (Velpeau.)
Les symptômes généraux sont les mêmes que ceux de la stomatite pseudomembraneuse, sous la dépendance de laquelle ils se développent ordinairement.
§ H. — Diagnostic.
On pourrait confondre la vulvite pseudo-membraneuse avec la vulvite gangréneuse. La manière dont se forme la pseudo-membrane, qui d’abord présente des ilôts d’un blanc grisâtre s’étendant rapidement, la disproportion qui existe entre la gravité apparente du mal et la tuméfaction des parties, et plus encore la chute de lambeaux pseudo-membraneux, promptement remplacés par de nouvelles couches, servent à fixer le diagnostic. Sous les autres rapports, cette affection ne nous offre rien qui diffère de ce que nous avons déjà fait connaître à propos de la diphthérîte buccale.
§ III. — Traitement.
Les moyens mis en usage sont ceux qui ont été indiqués dans l’article consacré à la stomatite pseudo-membraneuse; pas plus que pour la diphtbérite en général, les émissions sanguines, le régime affaiblissant, les topiques émollients, ne conviennent ici. C’est en touchant les surfaces couenneuses avec de Y alun en poudre, avec une forte solution de la même substance, avec le nitrate d'argent en solution, ou même en nature, avec Yacide hydrochlorigue plus ou moins étendu de miel, ou encore avec les chlorures de sodium ou de calcium, qu’on débarrasse promptement les malades. Du reste, une fois l’inflammation folliculaire arrêtée par l’effet de ces
(1) Voyez article Stomatite couenneuse, tome III, p. 474.
MALADIES DES FEMMES
puissants moyens, on leur substitue avec avantage des lotions émollientes ou détersives et des bains de siège. (Velpeau.)
[Quand nous traiterons des maladies du vagin, nous nous occuperons d’une autre forme d’inflammation pseudo-membraneuse. ]
ARTICLE V
VULYITE GANGRÉNEUSE.
§ I. — Définition.
La gangrène de la vulve est à peu près dans le même cas que l’alîection précédente, c’est-à-dire qu’elle n’a pas été étudiée d’une manière spéciale. Barthez et Rilliet (1) se contentent d’en dire quelques mots dans leur article sur la gangrène de la peau disséminée ou di/fuse. Richter (2) en a également parlé dans un mémoire consacré aux diverses espèces de gangrène qui se montrent chez les enfants; mais il n’a présenté que quelques considérations se rapportant exclusivement à la gangrène de la vulve.
§ II. — Causes.
La gangrène de la vulve peut-elle se développer spontanément chez un sujet non détérioré par des maladies antérieures ou actuellement existantes? Telle est la première question qu’il importe de poser. Nous n’avons malheureusement pas de documents positifs propres à la résoudre : suivant Richter, le fait ne serait pas douteux ; mais cet auteur se contente d’affirmer ce qu’il aurait fallu démontrer par des exemples. Barthez et Rilliet n’ont jamais vu de faits de ce genre, et nous n’en n’avons pas trouvé dans les autres auteurs qui se sont occupés des maladies de l’enfance.
Quoi qu’il en soit, c’est, du moins dans l’immense majorité des cas, chez des enfants faibles, détériorés, actuellement malades, que se montre cette gangrène. Los affections dans lesquelles on la voit apparaître sont les fièvres éruptives : variole, scarlatine, rougeole, surtout aux époques d’épidémie ; la fièvre typhoïde ; puis les autres maladies caractérisées par un mouvement fébrile intense.
La gangrène de la vulve peut se montrera toutes les époques de l’enfance ; mais suivant Richter, c’est de la deuxième à la troisième année, et de la sixième à la dixième, qu’elle se manifeste principalement. Ces assertions auraient besoin d’être confirmées par de nouveaux faits.
Une constitution faible, le tempérament lymphatique , une alimentation mauvaise et insuffisante, une habitation froide, humide, mal aérée, ont encore été cités comme causes de la maladie ; mais il serait à désirer que des faits nombreux et bien analysés vinssent lever tous les doutes à cet égard.
Comme causes occasionnelles on a signalé le défaut de propreté et de soins de toute espèce.
£ III. — Symptômes.
Lorsqu’à la suite d’autres maladies, l’enfant est tombée dans un affaiblissement général, elle se trouve prise, après un temps plus ou moins long, d 'abattement, de
(1) Rilliet et Barthez, Traité (les maladies des enfants , 2e édit. Paris, 1853, t. II, p. hh‘1.
(2) Richter, Sur ta gangrène des enfants, etc., dans le Journal T Expérience, t. 11, 1838.