OTITE INTE UNE AIGUË. — DIAGNOSTIC
A cet effet, on pratique de bonne heure le cathétérisme du conduit auditif ■externe, soit avec le spéculum plein de Dëleau, dont la forme est celle d’un cône creux, soit avec le spéculum droit à valves d’Itard, soit avec le spéculum courbe de Triquet (p. 899).
Par ces moyens explorateurs, on découvre assez aisément l’accumulation du pus dans l’oreille moyenne, parce que sa couleur jaunâtre sè voit sur le tympan, dont |a concavité externe est remplacée par une convexité dans le même sens. En même temps, cette membrane a perdu ses reflets blancs irisés, et le manche du marteau cesse d'être visible par transparence.
De cet examen, il sera permis de conclure que l’otite interne aiguë est phlegmoneuse et non pas seulement catarrhale, et qu’il y a lieu, ou de pratiquer le cathétérisme de la trompe afin d’évacuer le pus de ce côté, ou, si celle manœuvre est insuffisante, de pratiquer la perforation du tympan. Cette perforation se fait par le crayon de nitrate d’argent aiguisé ou avec le stylet. La première opération défendra, s’il est possible, le tympan de l’ulcération qui est imminente ; la perforation devra prévenir la migration du pus vers les cellules mastoïdiennes.
En tout état de cause, l’absence d’intervention du médecin exposerait au moins le malade à d’autres accidents graves, tels que le ramollissement des cartilages , les diverses altérations des os, la propagation de i inflammation aux membranes cérébrales et même au cerveau; mais les premiers doivent être étudiés dans les traités de chirurgie, et les autres seront indiqués à l’article Otite interne chronique (Racle). ]
§ III. — Marche, durée, terminaison.
La marche de la maladie est, comme nous venons de le voir, continue et rapide. La durée est généralement courte ; cependant il arrive quelquefois que la seconde période, c’est-à-dire celle qui est caractérisée par l’écoulement du pus au dehors, se prolonge pendant un temps assez long. La terminaison ordinaire de l’otite aiguë simple est la guérison. Les cas dans lesquels l’inflammation se propage aux organes intra-crâniens sont presque tous compliqués.
§ IV. — Diagnostic.
Le diagnostic ne présente ordinairement pas de difficulté lorsque l’affection est simple, et nous avons déjà dit plusieurs fois que nous ne devions pas nous occuper des cas compliqués. On distingue l’otite interne de l’otite externe par l’exploration du conduit auditif. L’absence de tout signe d’inflammation dans celui-ci, jointe à la douleur vive et profonde et au mouvement fébrile, suffit pour fixer le jugement du médecin.
[ Le diagnostic de l’otite interne n’exige pas seulement qu’elle soit distinguée de l’otite externe; il est indispensable, pour fixer le pronostic et le traitement, de préciser si le cas actuel appartient à l’otite catarrhale pure ou à l’otite phlegmoneuse, sans parler de l’otite des fièvres graves qui se distingue assez nettement des deux premières par les signes anamnestiques.
L’otite catarrhale naît du froid humide ; l’otite phlegmoneuse, des fièvres graves et de certaines prédispositions diathêsiques. La première est peu douloureuse et offre une réaction fébrile assez peu intense. La seconde offre une douleur vive, une réaction violente, des troubles cérébraux. Si l’on fait pénétrer dans la caisse
MALADIFS DF L’ORËILLF.
du tympan mie (louche d’air au moyen du cathétérisme de la trompe cl du soufflet de Kramer : dans le premier cas, elle diminue la surdité et fait entendre une crépitation fine ; dans le second, la douche d’air aggrave tous les symptômes et fait entendre un bruit de gargouillement (1).
L’otalgie offre un signe commun avec les deux maladies précédentes, la douleur, mais cette douleur est intermittente et non continue ; elle monte tout d’un coup à son maximum d’intensité, et se calme de même pour laisser éclater d’autres accès de douleur dans un foyer voisin dépendant de la cinquième paire (Racle). ]
§ V. — Traitement.
L’otite aiguë se termine ordinairement par la rupture de la membrane du tympan et par l’écoulement du pus au dehors, et dans quelques cas rares, c’est par la trompe d Eustachc que l’écoulement a lieu. Avant d’arriver à ce moment, employer des moyens propres à calmer les douleurs et l’agitation qui en est la conséquence : saignée générale , sangsues appliquées derrière l’oreille, émollients et principalement cataplasmes fréquemment renouvelés, calmants et principalement l’opium. Comme moyens adjuvants, pédiluves sinapisés, purgatifs , etc.
[ On prescrira surtout avec avantage les bains d’oreille pris de la manière suivante : le malade inclinera la tête de côté, l’oreille malade tournée en haut, on remplira le conduit avec une décoction à parties égales de pavot et de racine de guimauve, à température tiède ; le malade se trouve souvent beaucoup mieux d’une température froide. Ces bains seront renouvelés plusieurs fois dans la journée et le malade les gardera le plus longtemps possible (2) (Racle). ]
Mais il peut arriver que le pus emprisonné dans le tympan ne puisse se frayer un libre passage au dehors. En pareil cas, les accidents se prolongent, et le séjour du liquide peut occasionner des altérations graves des os et des cartilages.
Le pus ainsi formé constitue un véritable abcès, et il est de la plus haute impôt lance de bâter son évacuation. Deux moyens se présentent : ou bien désobstruer la trompe d’ Eus tache, on perforer la membrane du tympan. Par l’une ou l’autre de ces deux pratiques, on est plusieurs fois parvenu à donner au liquide une issue sufiisante, à arrêter l’inflammation dans sa marche, et à mettre fin à la maladie. Toutefois la perforation de la membrane du tympan est ordinairement préférable, bien qu’elle détruise une partie naturelle, parce que l’ouverture, ainsi pratiquée, reste facilement libre et béante, tandis que la trompe est sujette à se boucher de nouveau, soit par le gonflement de sa membrane, soit par le pus. Chez plusieurs malades, Itard a réussi à guérir l’otite interne par la rupture artificielle de la membrane lympanique.
Après cette rupture, la caisse ne se vide pas toujours du produit qu’elle con-i tient. Il est des cas où elle renferme, au lieu de pus liquide, une matière épaisse,! concrète et adhérente aux parois de la cavité, de sorte qu’il faut l'aller cherchent avec un stylet, ou bien la délayer avec des injections poussées avec foire. L’in-', flammalion cède ordinairement, une fois le foyer ouvert au dehors. Mais ce n’est fj pas tout; il reste encore à lutter contre le séjour et l’accumulation du pus. La situation profonde du foyer, celte circonstance que son fond forme une cavité plus |
(1) Triquet, Traité pratique des maladies de l’oreille , 1857.
(2) Bonnnfont, loc. eit.