OTITE INTERNE CHRONIQUE
Elle succède assez souvent à l’otite aiguë ; elle attaque fréquemment les sujets atteints d’affections chroniques, et chez eux elle se développe assez souvent d’une manière spontanée.
[ Il est permis d’admettre encore les influences diathésiques scrofuleuse, goutteuse (Joseph Frank, Itard), syphilitique ("Wilde), tuberculeuse (Rilliet et Barthez, Grisolle, 1833).
Toutefois on est autorisé à conclure, avec Lebert, que les produits tuberculeux sont au moins infiniment rares dans le rocher des phthisiques atteints d’otite chronique. Cet auteur, dans ses recherches microscopiques, n’a jamais pu constater les éléments du tubercule dans le pus des cavités auriculaires.
Racle a vu (1860), sur le rocher d’un phthisique mort à la Charité, une perforation complète de l’os, accompagnée d’une ulcération de la dure-mère. Cette pièce n’offrait en aucun point de traces tuberculeuses. ]
Dans l’otite primitive, une douleur permanente, incommode, accompagnéede surdité, se fait sentir dans l’oreille affectée, pendant un temps qui peut être long; puis l’écoulement s’établit et ne tarit plus; seulement il est plus ou moins abondant, suivant diverses circonstances qu’il n’est pas toujours facile d’apprécier. La surdité, les bourdonnements, les sifflements d'oreille., sont aussi des symptômes de celte affection .
[Les troubles physiologiques de l’audition peuvent passer par de nombreuses variations. C’est ainsi qu’on peut observer successivement : Y éréthisme on Y exaltation de l'ouïe , la paracousie ou la dépravation de la fonction, la dysécée ou dureté de l’ouïe, enfin la cophose ou surdité presque absolue.
Mais c’est surtout dans les maladies nerveuses que l’on rencontre cette variété bizarre des troubles de l’ouïe (Racle). ]
De plus, lorsque la membrane du tympan est détruite, ce qui est le cas le plus ordinaire, le malade fait sortir de l’air par l’oreille en soufflant fortement par les fosses nasales, le nez et la bouche étant hermétiquement fermés. Cet air a pénétré dans le tympan par la trompe d’Eustache, et s’est ensuite échappé par l’ouverture accidentelle.
§ I. — Complications.
[Complications cérébrales. — Parmi les complications de l’otite chronique, il est important de signaler celles qui se produisent du côté du cerveau et des méninges. Sentex (1), dans un excellent travail, a repris cette question qui avait été abordée, par les anciens et rajeunie par Itard (2) ; mais ce dernier observateur
(1) Sentex (île Bordeaux), Dns écoulements purulents du conduit auditif et de la phlébite consécutive des sinus méningiens, thèse de doctorat. Paris, 1865.
(2) Itard, Traité des maladies de l'oreille. Paris, 1842, t. I, p. 206 et suiv.
MALADIES DE L’OREILLE
avait changé à tort l’enchaînement des phénomènes : il avait essayé d’établir que l’otorrhée chronique pouvait dériver d’une inflammation primitive du cerveau et des méninges et que le pus formé dans l’intérieur du crâne se faisait jour à travers le rocher et s’écoulait h l’extérieur. Sentex a analysé toutes les observations d’Ilard et a prouvé, selon nous, jusqu’à l’évidence, que les affections cérébrales sont toujours consécutives à la maladie de l’oreille. Il insiste particulièrement sur les oblitérations des sinus déterminées par l’otorrhée.
Les altérations de l'oreille sont toujours anciennes lorsque les accidents cérébraux éclatent. Elles sont généralement profondes, et consistent en ulcérations du conduit auditif externe, en oblitérations de la trompe, dans la destruction de la chaîne des osselets, et en infiltrations purulentes du rocher et de l’apophyse mastoïde. Ea surface interne du rocher est intacte ou cariée: dans le premier cas, l’inflammation des méninges et du cerveau s’est faite à distance de la maladie primitive; dans le second, la phlegmasie s’est directement propagée de l’oreille aux enveloppes du cerveau.
Du côté du cerveau on trouve, à l’autopsie, les vaisseaux méningiens gorgés de sang, le cerveau congestionné ramolli ou en voie de suppuration. Les sinus (latéraux et longitudinal supérieur) sont le siège de concrétions sanguines mélangées ou non d’une certaine quantité de pus.
§ II. — Symptômes.
Les symptômes de cette grave complication ont été divisés par Sentex en trois catégories : 1° Ils rappellent ceux de la fièvre typhoïde et de l’infection purulente, c’est la forme la plus fréquente, désignée sous le nom de forme pyohémique , typhoïde ; T ils peuvent revêtir les caractères d’une méningite, c’est la forme méningée ; 3° d’autres fois la maladie a une marche rapide, foudroyante, c’est la forme hémorrhagique. La variété des symptômes est subordonnée à celle des lésions : les abcès métastatiques dans les différents organes, les inflammations des méninges, l’oblitération des sinus coïncidant avec d’énormes épanchements dans le cerveau, rendent compte des symptômes de la première, de la deuxième et de la troisième forme.
§ III. — Diagnostic, pronostic.
Le diagnostic de la complication n’est possible que par les renseignements obtenus sur l’état des oreilles avant l’explosion des symptômes cérébraux. Sans eux le praticien le plus consommé croira inévitablement avoir affaire à une fièvre typhoïde, à une méningite ou à une hémorrhagie pures et simples. Gerhart (1) a bien voulu donner comme signe constant et à peu près pathognomonique de 1 oblitération des sinus latéraux la vacuité de la jugulaire externe correspondant au sinus malade; mais ce symptôme déduit de la théorie n’a pas été retrouvé par d’autres observateurs.
On comprend toute la gravité d’une pareille complication : son résultat est fatal et ne peut être évité que par le traitement de l'otite chronique elle-même. ]
Les moyens de traitement sont les mêmes que dans l’espèce précédente; mais,
(1) Gerhart, Deutsche KHnik } 1857, nos 45 et 46.