PUSTULE MA.L1GNE. — TRAITEMENT
gnilé de la puslule est réelle, et le tiers des cas est mortel. Chez les animaux, le charbon est toujours mortel.
La gravité est moindre si le traitement est opposé dans la première période. L’intoxication n’a pas commencé, si la tumeur est d’un rouge clair, si elle est bien limitée, douloureuse, diminuée, entourée de traînées d’angioleucilc; si, enfin, le pouls est fort et large, et cela quand on se trouve vers le septième jour de l’apparition du boulon, surtout si le sujet est jeune et fort.
La gravité est extrême dans les circonstances suivantes : la tumeur siège au cou, la peau voisine est pale ou violacée, l’intoxication s’annonce de bonne heure , les troubles digestifs sont extrêmes, la respiration est haletante, la peau est couverte de sueur froide, le pouls est petit.
Dans ces cas, le malade est désespéré, bien que l’on ait vu une réaction tardive le sauver quelquefois.
Mais par-dessus tout on songera que la malignité doit préparer à des revers bien plus qu’à des succès inattendus.
§ VII.— Lésions anatomiques.
L’habitude extérieure du cadavre est celle que l’on trouve dans les empoisonnements en général. L’examen du siège du mal présente une eschare qui n’a subi aucun travail d’élimination, homogène le plus souvent, quelquefois composée de couches stratifiées. Macérée dans l’eau , elle perd sa couleur noire, duc à du sang infiltré; elle redevient semblable à la peau saine, mais plus grise. Le tissu delà tumeur esl ferme comme du squirrhe et crie sous le scalpel. La muqueuse digestive, et surtout celle de l’estomac, est infiltrée de sérosité et de sang qui la soulèvent en forme de mamelons, quelquefois gangrenés, et que l’on a désignés à tort, dans le gros intestin, sous le nom de pustules malignes internes. Ce sont en effet de simples tumeurs sanguines. Tous les organes ont l’apparence qu’ils offrent dans les intoxications. Le sang semble avoir perdu une partie de sa fibrine pendant que la matière colorante s’est accrue.
L 'examen microscopique a révélé à Brauell (de Dorpat) et à Ch. llobin, l’existence dans le sang d’un plus grand nombre de globules chyleux; les globules rouges sont déformés, les blancs sont plus gros; on y remarque la présence de bâtonnets immobiles d’abord peu de temps avant et après la mort : c’est dans le sang de la rate qu’ils sont le plus nombreux. Du troisième au quatrième jour après la mort, ces bâtonnets deviennent agités de mouvements très-vifs et se transforment en vibrions. Ces bâtonnets se rencontrent dans le sang de tous les animaux morts du charbon. L’inoculation du sang du cheval charbonneux donne le charbon, sans que ce liquide offre encore de bâtonnets; ceux-ci ne seraient donc pas le virus ni son support.
§ VIII.— Traitement.
[La marche de la maladie, qui procède par périodes d’incubation, d’éruption et d’intoxication générale, indique la marche du traitement; il doit être local avant tout; Il faut, le plus tôt possible, détruire la lésion locale primitive, source unique des accidents généraux consécutifs. A cet effet, deux méthodes principales ont été luises en usage, savoir : 1° la cautérisation potentielle , 2° la cautérisation au fer
DLS INTOXICATIONS.
ruuijc. L’une cl l’autre de ces deux méthodes offrent certains avantages, mais aussi certains inconvénients. Nous emprunterons à un excellent travail des docteurs Mauvezin (1), l’appréciation comparative qu’ils en ont faite.
1° Traitement par les caustiques. — « Les acides sulfurique et azotique, le nitrate d’argent, le nitrate acide de mercure, le beurre d’antimoine, le caustique Filhos, le sublimé corrosif, ont été employés tour à tour.
» Les inconvénients généraux de ces caustiques sont les suivants : l’action est lente et par cela même difficile à surveiller; elle est, de plus, très-irrégulière. En effet, quelque précaution que l’on prenne, on ne peut jamais prévoir jusqu’où s’étendra l’action du caustique; ira-t-il au delà du mal ou restera-t-il en deçà? Dans le premier cas, il ne s agit pas d une cicatrice plus ou moins difforme ; mais dans le second, il y va le plus souvent de la vie du malade, car la lésion locale, incomplètement modifiée, augmente rapidement d’étendue, et l’on ne tarde pas à voir apparaître les accidents généraux les plus graves. Alors, en désespoir de cause, on a recours à ce qu’on appelle la cautérisation secondaire ; mais le succès ne vient presque jamais couronner ces tentatives in extremis. Ajoutons, comme dernier inconvénient des caustiques, qu’ils déterminent une douleur assez vive et de longue durée.
» Deux de ces caustiques ont cependant la prétention d’échapper à celte critique, ce sont le sublimé corrosif et la potasse caustique; comme ils sont employés avec une sorte de prédilection par les praticiens les plus recommandables des provinces où la pustule maligne se montre fréquemment, nous les étudierons spécialement.
« A. Sublimé corrosif. — Le sublimé est presque le seul caustique dont se servent les médecins de la Beauce (2). Les guérisseurs emploient le sublimé à litre de remède secret, en faisant un mélange d’onguent Canct, de colcotar et de sublimé. De même, le sublimé coloré par du minium et quelquefois mêlé à de l’orpiment est aussi un caustique dit secret. On l’applique de la manière suivante : Après avoir fait une incision cruciale et excisé les angles de cette incision, on remplit de sublimé le godet qui résulte de cette opération. Te sublimé ne sera pas employé en poudre , mais concassé, puis on recouvrira le tout d’un emplâtre. Il est bon aussi de saupoudrer de sublimé grossièrement pulvérisé, toute l’aréole vésiculaire, dont les plilyctènes ont été largement déchirées, et même d’en dépasser les limites. Pour empêcher celte poudre de glisser et d’exercer son action au delà des parties que l’on veut atteindre, on en déterminera d’avance l’étendue en appliquant sur la peau un morceau de sparadrap percé d’un trou à son centre. Ce trou est égal à l’étendue qu’on veut donner à l’eschare produite par la cautérisation. L’épaisseur de la couche de poudre de sublimé est proportionnée à la profondeur qu’on veut donner à la mortification curative. Puis un autre morceau de la même toile de sparadrap, recouvert d’un peu d’onguent Canet ou autre, pour mieux fixer la poudre, sera appliqué au-dessus du tout. Une compresse couvrant la seconde toile de sparadrap, une bande fine complétera le pansement.
» Au bout de vingt-quatre heures la cautérisation est achevée. Elle pénètre, en
(t) Mauvezin, Couji d’œil sur lus divers traitements de la pustule maligne, et exposé d'une 10 nouvelle méthode de traitement de cette affection ( Arch . gèn. deméd ., 1864, vol. I).
(2) Lopen, Gaz. méd., 1847, p. 424, et Mauvezin, mémoire cité.