PUSTULE MALIGNE. — TRAITEMENT
général, à an centimètre de profondeur, et le sublimé en excès se retrouve sur l’eschare. Sur les parties recouvertes de leur épiderme, l’aclion du sublimé est bien moins profonde; elle ne dépasse guère 2 ou 15 millimètres ; aussi, avant l’application du sublimé, faut-il ouvrir avec soin toutes les vésicules.
» L’eschare produite par le sublimé s’entoure d’une rougeur plus ou moins vive ; si les vésicules qui bordent l’eschare sont remplies de pus, ce serait un indice certain que le caustique a produit tout l’effet qu’on en doit attendre; mais ces vésicules ne se montrent pas constamment purulentes, nous les avons même vues contenir de la sérosité claire ou sanguinolente, quoique le mal fût arrêté (1).
» Ainsi, de l’aveu même de ceux qui l’emploient, le sublimé ne pénètre généralement pas h plus d’un centimètre de profondeur, et les signes qui indiquent qu’il a atteint le but manquent souvent ; lorsqu’ils existent, ils ne méritent qu’une confiance médiocre.
» Il est encore une autre raison qui devrait faire proscrire l’emploi du sublimé, c’est qu’il donne parfois lieu à des accidents d’intoxication plus ou moins graves. Dans un cas observé par Salmon, il y eut petitesse du pouls, de l’agitation nocturne, du dépérissement, des vomissements qui cessèrent quand on abandonna l’emploi du caustique mercuriel (2).
» Enfin, il résulte d'une statistique faite par les partisans du sublimé, que, sur ZiS malades traités par ce caustique, il y a eu 17 morts... » (Mauvezin.)
B. Potasse caustique. — « J. Bourgeois (d’Étampes) a obtenu de ce caustique tout ce qu’il pouvait donner; il en a autant que possible régularisé l’emploi et diminué les inconvénients, au moyen de ce qu’il nomme cautérisation par dilution. Voilà en quoi cela consiste :
» Saisissant un cylindre de potasse avec des pinces à pansement et le plaçant dans un porte-pierre, on le promène circulai rement sur les petites eschares et sur la couronne de vésicules qui les circonscrit ; cette friction circulaire ne tarde pas à désagréger les chairs. <■ Je continue, en général, dit Bourgeois, jusqu’à ce que le fond de l’excoration, qui peut avoir 2 à 3 millimètres ou un peu plus, soit rouge et même fournisse un peu de sang, ce qui, dans les cas légers, n’est pas toujours nécessaire »(3).
» La méthode de J. Bourgeois a pour avantage principal de pouvoir limiter assez exactement l’action du caustique ; mais celte action est-elle assez profonde ? Ou’est-ce qu’une cautérisation de 2 à 3 millimètres de profondeur pour détruire un noyau induré qui s’enfonce quelquefois à plus de 2 centimètres dans l’épaisseur du tissu cellulaire sous-cutané ?
» Ici, d’ailleurs, comme pour tous les caustiques, aucun signe positif n’indique, au moment de l'opération , ni même un ou deux jours après, que l’on a atteint l’extrême limite du mal. » (Mauvezin.)
2° traitement par le cautère actuel. — « Les inconvénients nombreux des cautères potentiels ont fait penser de bonne heure au cautère actuel. Sans remonter a Lclse, qui disait: A Hui melius est quarn protinks adurere, nous trouvons dans les auteurs modernes une foule de témoignages en faveur de la cautérisation
0) Raimbert, Traité des maladies charbonneuses, p. 331.
(2) Revue médico-chirurgicale, mai 1854.
(3) Bourgeois, ouvrage cité, p. 245-246,
OliS INTOXICATIONS.
au for rouge. Selon Pontoau, c’est le moyen le plus facile, celui qui fait appréhender le moins lu douleur , et promet le plus prompt succès (1). Énauxet Chaussier, lesquels donnent la préférence aux caustiques, disent cependant que le feu peut lui être substitué avec avantage, qu’il mérite beaucoup de confiance et qu’il est trop négligé. Selon ces auteurs, Carré, praticien de Dijon, instruit par une longue expérience, n’employait pas d’autre traitement que l’application du fer rouge, et très-rarement les malades éprouvaient quelque accident.
» De nos jours, Lisfranc, A. Bérard et Denonvilliers ont préconisé l’emploi du cautère actuel ; mais, chose étonnante, ce moyen de traitement n’est employé qu 'exceptionnellement par les médecins des contrées où la pustule maligne est endémique.
» Dans cette méthode, on fait chauffer plusieurs cautères coniques au rouge blanc, et on les applique successivement au centre de la pustule ; mais comme cela ne suffirait pas pour détruire le mal, ou circonscrit le pourtour de la pustule avec la pointe d’un ou de plusieurs cautères, et souvent même on fait sur la partie œdématiée de nombreuses cautérisations ponctuées et linéaires. Le cautère actuel agissant superficiellement, il faut quelquefois, pour détruire la pustule, éteindre douze et quinze cautères. Pas plus que pour les caustiques, aucun signe n’indique que l’on ait atteint la limite du mal. » (Mauvezin.)
Dans le but de remédier aux inconvénients qui viennent d’être exposés, les docteurs Mauzevin ont préconisé la méthode suivante, qu’ils ont employée avec succès.
3° Traitement par l' extirpation et la cautérisation combinées. — 1 er temps : Extirpation. — Après avoir déterminé le volume de la pustule à enlever, on circonscrit par deux incisions semi-circulaires le noyau induré qui en forme la base ; puis saisissant la petite tumeur avec une pince à dents de souris ou même avec une simple pince îi disséquer, on coupe, en dédolant, les liens qui l’unissent au tissu cellulaire sous-cutané. L’excision terminée, on porte le doigt au fond de la plaie, afin de s’assurer que la totalité du noyau induré a été enlevée ; si, par hasard, il en restait quelque petit fragment, on l'enlèverait immédiatement.
2fi temps: Cautérisation. — Lorsque la tumeur est extirpée, il s’écoule toujours une certaine quantité de sang plus ou moins séreux, suivant que le pourtour de la tumeur est plus ou moins œdématié. On essuie bien la plaie, on la dessèche autant que) possible ; puis saisissant un cautère olivaire, on le porte au fond de la plaie et on le lient appliqué pendant quelques instants sur les divers points de la surface saignante. Lorsque la plaie est grande, il y a lieu d’appliquer deux cautères à sa surface. Une injection froide fait immédiatement cesser la douleur. La plaie est ensuite pansée avec un plumasseau de charpie recouverte de styrax. (Mauvezin.)
Les suites de cette opération sont des plus simples, pourvu toutefois qu’elle ait été faite avant C apparition des symptômes généraux. Dès le lendemain, le gonflement œdémateux a sensiblement diminué; une zone d’un rouge vif entoure l’eschare produite par le cautère. Dans un espace de temps variable de huit à quinze jours, selon ; la profondeur de la cautérisation, cette eschare se détache et la plaie est bientôt comblée paT les bourgeons {charnus. (Mauvezin.)
D’après Mauvezin, qui cite quatorze observations de pustule maligne traitée par
(f) Pouteau, Œuvres posthumes, t. III, p. 52t.