EMPOISONNEMENT PAR LES ACIDES
§ I. — Signes.
« Saveur acide, brûlante, désagréable; chaleur âcre au fond de la gorge et de l’estomac, puis dans l’abdomen ; haleine fétide, soif ardente, hoquet, envies de vomir; vomissements quelquefois mêlés de sang, colorant en rouge la teinture de tournesol et bouillonnant sur le carreau; constipation ou bien selles abondantes, difficulté d’uriner ; pouls fréquent et régulier; frissons, sueurs froides, gluantes;
DES INTOXICATIONS
face pâle, livide; intérieur de la bouche et des lèvres, noir (acide sulfurique), rouge ( acide chlorhydrique), jaune (acide nitrique azotique). »
Souvent les douleurs sont si atroces, qu’elles arrachent des cris, des vociférations; il y a une violente agitation, et, aux approches de la mort, le délire et le coma peuvent survenir.
Lorsque ces premiers symptômes sont un peu calmés, si le poison n’a pas été ingéré en assez grande quantité pour causer rapidement la mort, la fièvre s’allume, les douleurs du tube digestif persistent, quoiqu’il un degré de plus en plus faible ; souvent la toux devient fréquente et opiniâtre, et les malades ne se rétablissent que lentement, conservant, dans un bon nombre de cas, des traces de la maladie après leur guérison.
§ II. — Traitement.
Le contre-poison seul suffit pour rétablir le malade sans qu’il soit nécessaire de recourir aux évacuants et aux agents substitutifs.
L’emploi de la magnésie, des carbonates alcalins, du savon, est très-rationnel, mais ne suffit pas.
On administre de la magnésie calcinée en excès, nous préférons la magnésie hydratée. Cette terre alcaline réunit de bien précieux avantages; elle est inoffensive, elle est purgative, elle est insoluble, et peut arriver dans l’intestin grêle et y saturer l’acide qui aurait pu y rester; mais son insolubilité la rend insuffisante pour remplir une indication capitale. Dans les cas d’empoisonnement par l’acide sulfurique, cet acide étant absorbé et pouvant déterminer la formation de caillots qui arrêteraient la circulation et conduiraient à la mort, on administre après la magnésie, une substance alcaline soluble qui va dissoudre les caillots qui commençaient à se former. Aucune matière ne convient mieux que le bicarbonate de soude. Ne pas l’administrer avant la magnésie, car le dégagement considérable d’acide carbonique qui suivrait son emploi immédiat pourrait faciliter ces perforations de l’estomac, qui sont tant à craindre dans les cas d’empoisonnement par les acides. La magnésie ne présente point ce danger ; saturer avec elle les acides contenus dans l’appareil digestif.
'if Magnésie calcinée, hydratée : 20 à 50 grammes, délayés dans un litre d'eau.
Après l’emploi de la magnésie, administrer abondamment des solutions de bicarbonate de soude : 10 grammes de ce sel par litre, voilà une proportion convenable.
On a prescrit ce traitement dans les cas d 'empoisonnement par le bleu en liqueur, par l’acide sulfurique étendu de son poids d’eau, et par l’acide nitrique.
Il est bien entendu que ce traitement ne peut s’appliquer aux cas d’empoisonnement par des acides dont les sels sodiques sont vénéneux, tels que l’acide arsénique, etc. (Bouchardat. )