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EMPOISONNEMENT PAR L’ALCOOL — MARCHE, DIAGNOSTIC

pour les aliments, appétence de boissons fraîches et acidulés; quelques vomituritions; face pâle et bouffie; paupières tuméfiées, yeux injectés et ternes; les forces sont lentes à revenir. Une nouvelle dose de l’excitant alcoolique les ramène, ainsi que la vigueur de l’esprit, qui était engourdie et portait aux pensées sombres et tristes. Au bout de quelques heures ou d un jour, état normal. Cependant le rétablissement intégral des fonctions a lieu moins vite si l’ivresse a été forte; il reste alors de la pesanteur de tête, une certaine incohérence des idées, des vertiges, un peu d’obtusion de la sensibilité, des tintements d’oreilles, etc..

L’état d’ivresse nous semble donner le tableau, dans un court espace de temps, des phénomènes qui caractérisent l 'alcoolisme chronique. Il n’y a pas une des formes de cette dernière maladie qui ne trouve son prototype dans l’ivresse aiguë.

En elîet, indépendamment des trois degrés que nous avons établis, l’ivresse revêt des formes variables, selon la nature du toxique et les conditions où il a agi. Tandis que certains individus ont du délire doux, les autres ont de la fureur; ceux-ci tombent dans le coma, ceux-là dans les convulsions. Il n’y a pas jusqu’aux hallucinations qui ne puissent exister dans divers organes des sens.

S’il est facile d’établir le diagnostic de l’ivresse dans les cas légers, on peut se tromper dans les cas graves, et croire à une apoplexie, à un ramollissement aigu du cerveau, à un épanchement séreux rapide dans le crâne, et même à une commotion cérébrale, car les témoins de la chute d’un homme en état d’ivresse peuvent rapporter la perte de connaissance à la chute. On doit se faire rendre compte des circonstances au milieu desquelles l’homme a été trouvé sans connaissance; on devra rechercher si l’haleine n’a point l’odeur alcoolique ; consulter l’état du faciès, celui des yeux; s’assurer que l’homme n’a point de blessure qui ail pu provoquer un état aussi grave; enfin employer la pompe stomacale. Les moyens thérapeutiques eux- mêmes ont leur importance pour le diagnostic. La saignée, les sinapismes, les lavements purgatifs, peuvent rappeler quelque peu de sentiment, et l’on voit alors qu’il n’y a pas de paralysie hémiplégique; la respiration redevient plus facile. L’administration d’ammoniaque dans une potion rappelle quelquefois assez rapidement l’intelligence; enfin les vomitifs font rejeter un mélange d’aliments et de boissons à odeur d’alcool.

Une ivresse légère ou moyenne est, en général, abandonnée à elle-même; le repos, quelques soins de sûreté, l’éloignement des boissons que le malade réclame à son premier réveil, tels sont les seuls moyens, presque négatifs, à mettre en usage. Les gens en état d’ivresse, mais qui ont encore conservé assez d’intelligence pour désirer sortir de cet état, soit par honte, soit par tout autre motif, emploient avec avantage la méthode anglaise, qui consiste à plonger les bras et la tête dans de l’eau très-froide. — Dans les cas graves, où le malade ne peut pas lui-même se porter secours, il faut, selon le cas, donner un vomitif, employer la sonde œsophagienne, pratiquer une saignée, employer les sinapismes, les lavements fortement purgatifs, les frictions, les excitants de toute sorte; et si les malades présentaient un état d’asphyxie, nous ne voyons pas pourquoi on n’essayerait pas les cautérisations au fer rouge sur la poitrine, et ensuite sur des points de plus en plus éloignés, ainsi que Faure (1) l’a récemment proposé pour l’asphyxie par l’acide carbonique.

(1) Faure, Archives gén. de mèd. Paris, 1850.

DES INTOXICATIONS

§ III. — Pronostic.

Mort subite ou rapide . — « H. Royer-Collard (I), résumant les faits que la science possède sur l’abus des boissons fermentées, conclut que la mort arrive dans l’ivresse même, comme l’atteste une foule d’innombrables exemples. Les lésions que découvre dans ces divers cas l’anatomie pathologique démontrent évidemment que le poison alcoolique a frappé simultanément tous les organes par l’intermédiaire du sang et du système nerveux. Ch. Roesch (2) a mis ces faits hors de doute. »

Ainsi la mort rapide, inattendue, peut être la terrible conséquence des excès alcooliques. L’homme était bien portant, et par une véritable sidération, toutes les forces vives et actives de l’économie se sont suspendues; tous les organes ont été frappés dans leur vitalité, et c’est le sang qui a été le véhicule de la cause de destruction. Que conclure de là? C’est que les fonctions ont été enrayées dans leur source, et non pas dans tel ou tel organe. On a expliqué ces morts rapides par la suspension d’action du cœur, du poumon, des muscles respiratoires; il nous paraît plus naturel de les attribuer à la suppression de la force commune qui dispense aux organes leur puissance d’action.

Quoi qu’il en soit, il importe de présenter quelques remarques sur les conditions dans lesquelles cet accident survient.

En premier lieu, la mort subite est rare chez les ivrognes de profession : il semble qu’une accoutumance se soit établie, et que même, au milieu des plus grands excès, l’influence nerveuse persiste à un degré suffisant pour l’entretien et la conservation des fonctions organiques. Mais la mort subite est surtout fréquente chez les personnes qui font peu d’excès, et qui un jour se laissent entraîner à boire sans mesure. C’est surtout à l’eau-de-vie que ces funestes événements sont dus; il a suffi à quelques personnes, pour mourir, de prendre un demi-litre d’eau-de-vie.

Les malheureux empoisonnés font encore bonne contenance pendant un certain temps, puis ils tombent comme frappés de la foudre, dans un sommeil comateux ; du stertor, des convulsions se manifestent; la respiration s’embarrasse, et une écume sanguinolente s’échappe delà bouche; évacuations involontaires, et mort en quelques heures, en une demi-heure, etc.

Ce n’est pas toujours la quantité d’alcool qui produit ce résultat funeste; car telle dose qui, agissant seule, n’eût point amené un tel effet, le détermine quand il se joint à l’abus de la boisson de nouvelles conditions.

En première ligne signalons l’action du froid. En effet, c’est surtout en hiver, dans les pays tempérés, et en toutes saisons dans les pays froids, que l’on observe des morts subites. Les individus alcoolisés semblent opposer moins de résistance à l’abaissement de la température extérieure. Si un froid modéré est excitant et tonique, un froid exagéré est dépressif; or, si cette action s’ajoute à celle de l’alcool, qui, à une certaine dose, anéantit évidemment toutes les forces, il est certain que cette action combinée équivaudra à une intoxication plus complète que celle qui existe en effet.

(1) H. Royer-Collard, thèse de concours, 1838, p. 37.

(2) Roesch, De l’abus (les boissons nritucuses [Jl anales tC hygiène et de médecine legale, lre série, t. XX, p. 277).

EMPOISONNEMENT PAR EE CHLOROFORME, L’ÉTHKR, L’AMYLÈNE. 981

Réunion de l'ivresse et des blessures (1). — Les coups et blessures reçus par un homme en état (le d’ivresse, sans être capables de produire la mort, en sont assez souvent suivis. Quel est le mécanisme par lequel se produit ce funeste résultat? Il est survenu une apoplexie pulmonaire ou une apoplexie méningée qu’il est naturel d’attribuer à la lutte violente, à l’émotion, à la colère, et quelquefois à l’induence du froid. Tardieu termine son mémoire par cette conclusion : « Il est permis d’avancer que dans la mort survenue rapidement dans l’état d’ivresse, Y apoplexie pulmonaire et surtout l'apoplexie méningée sont des lésions, sinon constantes, du moins extrêmement fréquentes et presque caractéristiques. » En 1851, Racle a pratiqué à la Morgue l’autopsie judiciaire du corps d’un jeune homme mon dans ces conditions, et sur lequel il a trouvé une large hémorrhagie méningée.

23° EMPOISONNEMENT PAR LE CHLOROFORME, L’ÉTHER, L’AMYLÈNE. § I. — Symptômes, marche.

Le chloroforme, l’éther, l’amylène, donnent lieu quelquefois à des accidents plus ou moins graves, et dans quelques circonstances occasionnent la mort. Ce redoutable effet survient presque toujours au commencement de l’anesthésie, et, contrairement à ce que l’on observe dans l’inhalation des gaz toxiques, ce n’est pas la quantité de vapeurs inhalées qui en est la véritable cause.

On compte aujourd’hui plus de deux cents cas de mort bien avérés par le chloroforme, l’éther et l’amylône ; dans quelques-uns de ces cas, l’anesthésique a été évidemment le facteur principal qui a occasionné la mort. Ce triste accident arrive sans que rien puisse le faire prévoir : au commencement, quelquefois au milieu de l’anesthésie, le cœur s’arrête, le jeu de la respiration cesse, la face devient pale et livide, les yeux sont immobiles et ternes; et enfin toute manifestation de la vie cesse ; les efforts énergiques et les mieux entendus demeurent impuissants pour sauver le malade. D’autres fois, comme dans un cas observé par Richet, l’opération est accomplie, et le chirurgien, sur le point de se retirer, est rappelé auprès

de son malade par la cessation subite et simultanée de la circulation, de la respiration et de toute autre manifestation vitale. Enfin, au milieu même de l’acte opératoire, un cri d’alarme poussé par les aides, annonce quelquefois le commencement et la fin de ce terrible accident. » (Ciraldès) (2).

On a donné successivement diverses explications de ces funestes résultats, qui toutes sont passibles d objections à des degrés divers. D’après Snow, ce serait la grande quantité de vapeurs absorbées qui déterminerait la mort subite. Mais dans un certain nombre de cas d’accidents observés, la dose d’anesthésique inhalée avait été très-faible. Comme paraissent le démontrer les recherches de Ludger- Lal.emaud et de Perrin, la théorie qui paraît le plus se rapprocher de la vérité, est celle qui regarde ces accideiïts comme produits par une apnée occasionnée par une accumulation de lluide anesthésique dans la moelle allongée.

Comme le dit avec raison Behrend, la mort subite arrive par la paralysie du cœur et de la respiration, à la suite d’une cause agissant sur la moelle allongée.

rnnlltTnïfl T/7dieU’ 0bfervations médico-légales sur l'état d’ivresse considéré comme

ZZ? mSSUreu ct,COmme cause de mort prompte et subite (Annales d’hygiène publique et de médecine légale, t. XL, 1848, p. 390).

article AnShé^qÎes.'^ DiCti°maire de mé(lecine ** de cM™rgie pratiques, t. II, p. 244,

DES INTOXICATIONS

§ IL — Prophylaxie.

« Devant un danger aussi grand, dont la cause est inconnue, que rien n’annonce et que rien ne peut faire prévoir, la responsabilité de l’homme de l’art ne saurait être dégagée que par une observation minutieuse , un accomplissement complet de toutes les précautions indiquées pour l’administration de ces agents, et par une surveillance attentive des phénomènes de la circulation et de la respiration. »

La pièce où l’opération va se pratiquer doit être parfaitement aérée. Le malade doit être couché; cette position offre, non-seulement l’avantage d’ôtre plus commode, mais aussi d’éviter quelques-uns des accidents, la syncope par exemple. D’ailleurs, elle permet d’employer, en cas d’alarmes, les moyens qu’on indiquera plus loin. Il doit être débarrassé de tout lien, de tout vêtement, qui puisse gêner le jeu de la respiration ou la circulation. Il doit être à jeun. Avant de commencer les inhalations, on doit avoir grand soin d’expliquer au malade comment il doit respirer, c’est-à-dire doucement, également, naturellement. Quand les individus soumis aux anesthésiques essayent de se défendre en serrant les mâchoires et en évitant de respirer, il faut les calmer, leur adresser la parole, chercher à les distraire afin que la respiration se régularise. On agirait de même lorsque la période d’excitation se manifestant, il se produit une vive agitation caractérisée par des mouvements convulsifs, comme cela a lieu surtout avec l’éther. Il faut qu’un aide soit sivement chargé de l'administration de l'anesthésique; qu’il ne quitte pas le pouls du doigt ni la physionomie du malade du regard, pendant tout le temps que le sujet est sous l’influence des vapeurs inhalées. Les changements de coloration du visage, une pâleur presque exsangue, concordant quelquefois avec le ralentissement du pouls et un arrêt de la respiration, annoncent un grand péril et réclament une rapide intervention. On ne doit jamais commencer une opération avant que la période d’agitation soit entièrement calmée et la sensibilité abolie.

Le meilleur appareil d’inhalation est celui qui permet de voir constamment la

physionomie du malade, de laisser toujours pénétrer, dans les voies respiratoires, une certaine quantité d’air en même temps que la vapeur anesthésique, et enfin, de maintenir à une certaine distance le tissu sur lequel le chloroforme ou l’éther a été versé. Aussi ne saurions- nous trop recommander de substituer aux appareils ingénieux, mais compliqués de Duroy et de Snow (1), et surtout à la compresse roulée en cornet, l’appareil si simple,

„ „ , „ réglementaire dans le service de santé de la

Fig. -105. — Cornet Reynaud. Une coupe a , . , -,

été pratiquée dans l'une des parois du cornet, 1U& 1*1116 fniIlÇcUSG, Ct COnilU SOUS lC 1101T1 ClG COI -

pour montrer la situation et la forme du dia- ne( Reynaud (fier 105), qui remplit toutes les

phracrme intérieur, sur lequel on verse le li- , . ; D . ^ .

qUide (2). conditions ci-dessus indiquées. En tout cas, on

(1) Pour la description des appareils de Duroy et de Snow, voyez Gaujot, Arsenal de ta chirurgie contemporaine. Paris, 1867, p. 1 7 et 23.

(2) Berchon, De l’emploi méthodique des anesthésiques, et principalement du chloroforme, à l’aüle de l’appareil réglementaire dans le service de la marine française ( Bulletin de la

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