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ALCOOLISME CHRONIQUE

Tout récemment , l 'alcoolisme vient d’être le sujet de remarquables monographies (1), qui peuvent être considérées comme l’expression la plus fidèle de I l’état de la science sur ce point important de pathologie. Nous ne saurions mieux I faire que d’en donner ici un résumé succinct; souvent même nous citerons des I passages de ces consciencieux travaux.

Alcoolisme est l’expression dont on se sert aujourd’hui, depuis Magnus Huss,

I pour désigner l’ensemble des accidents morbides produits chez l’homme par l’abus des boissons alcooliques. Les manifestations de l 'alcoolisme se divisent naturellement en deux groupes. Tantôt elles sont simplement les effets immédiats et passagers d'un excès de boisson spiritueuse, Ynlcoolisme est aigu, nous en avons traité dans le chapitre : Des empoisonnements aigus (voy. p. 979) ; tantôt elles sont la conséquence d’un usage répété cl longtemps continu de ces mêmes boissons; l 'alcoolisme est chronique.

« L’alcoolisme, dit Lancereaux, bien que sa dénomination soit de date récente, n’est pas une maladie nouvelle. L’abus des liqueurs spiritueuses est, en effet, presque aussi ancien que le monde, et se retrouve h chaque page de l’histoire des peuples... En raison de l’usage toujours croissant des boissons enivrantes et des besoins impérieux qui résultent de leur abus, l’alcoolisme doit être regardé comme l’un des plus grands maux de l’humanité, et rangé au nombre des maladies les plus fréquentes du cadre nosologique... On peut affirmer que la mortalité déterminée par cet empoisonnement est dans la proportion d’un vingtième environ pour les hôpitaux de Paris. » Les excès alcooliques sont principalement observés parmi les populations du nord de l’Europe et de l’Amérique, tant à cause des conditions de climat, plus favorables à la tolérance des spiritueux et à leur usage légitime, qu’à cause de la localisation, pour ainsi dire, de l’industrie dans ces contrées. A mesure qu’on s’avance vers le midi de la France et de l’Europe, la maladie qui nous occupe devient plus rare. Il semble, de prime abord, que dans les pays chauds l’alcoolisme devrait être très-rare, sinon inconnu. Mais il faut le reconnaître, la passion alcoolique fait, dans les régions tropicales, d’aussi nombreuses victimes que dans les contrées septentrionales. Le docteur Rufz attribue les trois quarts des décès prématurés des noirs à l’abus du tafia. Cet excès n’appartient pas exclusivement à cette classe; la population blanche paye aussi à ses conséquences un assez large tribut (2).

Avec Lancereaux, nous définirons V alcoolisme chronique une maladie à évolution ordinairement lente et progressive, causée par l’abus prolongé des boissons

(1) Voy. Magnus Huss, Chronische Allcoholskrankheit odev Alkoholismus chronicus. Stockholm, 1 852. — Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques. Paris, 1864, t- I, article Ai.cooi.isme, par Alfred Fournier. — Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales , article Alcoolisme, par E. Lancereaux.

(2) Yoy. Archives de médecine navale, paris, 1866, t. V, p. 241 .

J0U DES INTOXICATIONS

spiritueuses , caractérisée anatomiquement par des inflammations spéciales, non suppuratives, on par des dégénérescences graisseuses des organes; symptomatiquement par des troubles fonctionnels divers, portant principalement sur les systèmes nerveux et digestif.

§ I. — Symptômes.

Système digestif. — Les organes digestifs, appelés à recevoir et à absorber les boissons spiritueuses, sont, par ce fait même, plus que les autres viscères, exposés a 1 action de l’alcool. Les excès prolongés déterminent, dans les fonctions digestives, toute une sei ie de désordres qui, commençant par Y inappétence et la dyspepsie , aboutissent aux lésions et aux désorganisations les plus graves. Parmi les divers troubles que l’on retrouve dans la dyspepsie de tout ordre, il en est un plus spécial à 1 alcoolisme, c’est la pituite , c’est-à-dire la production de vomissements glaireux, le matin à jeun. Si l’acte du. vomissement a lieu plusieurs fois de suite, le liquide glaireux, filant, est plus ou moins mélangé de bile. Peu à peu, tous les phénomènes d’une véritable gastrite chronique se déclarent.

Les troubles de l 'intestin sont moins bien déterminés que ceux de l’estomac. La diarrhée est un phénomène fréquent ; alternant d’abord avec la constipation, elle devient plus tard continue.

Le foie ne tarde pas à être le siège d’accidents dus à un état de congestion habituelle, qui conduit très-rapidement et très-fréquemment à la dégénérescence cirrhotique. Leudet a, récemment, appelé l’attention sur la fréquence de l 'ictère aigu chez les ivrognes.

Système respiratoire. — Il est de notion vulgaire que les excès alcooliques se traduisent souvent par une altération particulière de la voix, qui devient rauque, rude et caverneuse. Ce symptôme doit être rapporté à une hypérémie chronique delà muqueuse laryngée. L’influence de l’alcoolisme sur le poumon est encore mal déterminée, mais il est bien démontré qu’il favorise le développement des affections pulmonaires en général, puis prédispose surtout au catarrhe et à Yemphysème, et qu’cnfm, chez l’ivrogne, la pneumonie revêt un caractère de gravité tout particulier. La pneumonie est souvent double et double d’emblée; elle s’accompagne presque constamment d’une inflammation considérable de la muqueuse bronchique; elle a une évolution très-hâtive; elle se complique fréquemment d’ataxie ou d’ataxo-adynamie. L’abus des liqueurs spiritueuses paraît contribuer puissamment au développement de la phthisie granuleuse.

Système circulatoire. — « L’excitation continue qu’entretient dans le système circulatoire l’abus habituel des alcooliques est elle-même une cause prédisposante à l’action morbide. Cette prédisposition est encore augmentée par le contact de l’alcool avec la membrane interne de ce système. » (Carpenter. ) De là résultent d’abord de simples troubles fonctionnels, consistant surtout en palpitations de cœur. Plus tard, le cœur s’ hypertrophie, puis devient graisseux. « Des lésions semblables envahissent souvent les vaisseaux qui s’infiltrent de matières grasses ou athéromateuses, se ramollissent et cèdent parfois à la pression excentrique du sang. Ces altérations de structure deviennent à leur tour l’origine d’accidents divers, d’anévrysme, d’oblitération vasculaire, de gangrène, de rupture. Elles sont la cause la plus habituelle des épanchements sanguins qui se produisent soit dans

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