‹ Guide du médecin praticien (volume 2)Chapitre 380 sur 494 · ALCOOLISME CHRONIQUE. — SYMPTÔMES · texte numérisé non relu

ALCOOLISME CHRONIQUE. — SYMPTÔMES

la substance, soit à la surface du cerveau chez les ivrognes. •> (A. Fournier.) Signalons encore chez les femmes adonnées à I ivrognerie, la fréquence des troubles menstruels et de métrorrhagies.

Système nerveux. — Les désordres dont ce système est le siège, portent isolément ou simultanément sur l’intelligence, la sensibilité et le mouvement.

A. Troubles de la motilité. — « Les troubles de la motilité qui succèdent à l’abus prolongé de l’alcool, consistent d’abord en une agitation convulsive de certaines parties, connue sous le nom de tremblement; plus tard, la puissance musculaire est atteinte et diminuée. A cela se joignent parfois d’autres désordres plus rares, tels que spasmes, soubresauts de tendons, crampes, accès convulsifs, épileptiformes, etc. » (A. Fournier.)

Le tremblement est un des phénomènes les plus habituels et les plus précoces de l’alcoolisme.

Il n’apparaît d’abord que par intervalle, et il est surtout notable le matin, au réveil.

Il peut devenir assez intense pour simuler les spasmes de la chorée ( chorée des ivrognes).

Il se complique, en général, d’un autre désordre fonctionnel plus important, V affaiblissement musculaire. Cet affaiblissement se développe généralement d’une façon progressive, il affecte d’abord les membres supérieurs. Le malade en arrive à ne pouvoir plus manger seul. Plus tard, ce phénomène peut s’étendre aux membres inférieurs, les muscles du tronc peuvent eux-mêmes se prendre. Cette paralysie alcoolique n’est jamais complète, elle marche des extrémités des membres vers le tronc, enfin, ce sont habituellement les extrémités supérieures qui sont atteintes les premières. (Magnus IIuss. )

Des accès convulsifs, accompagnés ou non de pertes de connaissance, se produisent à des intervalles très-variables; ils se rapprochent avec les progrès de l’intoxication et finissent par dégénérer en véritables attaques épileptiformes.

B. Troubles de la sensibilité. — 1° A une époque assez rapprochée des débuts et plus encore à une autre période avancée de l’intoxication, les malades se plaignent souvent de maux de tête , cette céphalalgie affecte surtout une forme gravative avec état vertigineux. Elle se complique très-habituellement de troubles du sommeil. L’insomnie, l’inquiétude nocturne, sont des phénomènes prédominants et presque caractéristiques de l’alcoolisme. Si l’ivrogne parvient h dormir, il fait des rêves pénibles ; il est éveillé par des cauchemars, des visions effrayantes; le matin il se lève épuisé et presque incapable de se mouvoir. (Marcet. )

Pour la sensibilité générale, ce sont presque toujours des fourmillements qui préludent aux désordres ultérieurs ; ils se font d’abord sentir surtout aux mains et aux pieds ; d’abord intermittents, ils deviennent continus, puis gagnent les membres et le tronc. Ils dégénèrent en une véritable hyperesthésie.

Le progrès du mal entraîne une altération inverse des fonctions digestives; l’insensibilité commençant d’abord par les extrémités peut devenir générale.

Elle affecte habituellement une marche symétrique et centripète.

2° Les sens spéciaux subissent des modifications analogues. Leurs fonctions d’abord excitées, se pervertissent, puis se dépriment peu h peu. La vision est surtout compromise, ce sont des scintillations, des mouches volantes, des lueurs, et

DES INTOXICATIONS

qui apparaissent momentanément. Plus tard, ces troubles deviennent permanents, Vamblgopie dégénère parfois en véritable amaurose. Les hallucinations de Voirie ne sont pas rares. Le sens génital, d’abord passagèrement exalté, s’alanguit et la puissance génésique s’éteint.

C. Troubles de l'intelligence. — Ils constituent l’une des phases les plus curieuses de l’alcoolisme chronique. On peut les diviser assez naturellement en deux groupes : les uns sont passagers aigus, les autres sont persistants et souvent définitifs.

Les malades deviennent d’abord taciturnes, défiants, puis ils sont poursuivis par des idées fixes, des craintes imaginaires; ils éclatent, sans raison, en tempêtes de colère; cet état mental est ordinairement méconnu en raison de la conservation apparente des facultés. Peu à peu les hallucinations sensorielles se rapprochent de plus en plus, de là des conceptions délirantes et des impulsions irrésistibles à frapper ou détruire. « Souvent, dit Alfred Fournier, les troubles intellectuels se présentent avec une allure différente : les phénomènes se pressent en quelque sorte, se rapprochent et se condensent en une véritable scène de folie aiguë. Ils affectent alors deux formes assez constantes, l’une est. le delirium tremens, l’autre la forme lypémaniaque de la folie alcoolique.

1° Delirium tremens. — Cette singulière perversion de toutes les fonctions nerveuses survient quelquefois à la suite d’un ou de plusieurs excès alcooliques, chez des individus non habitués; mais le plus ordinairement elle éclate chez les ivrognes de profession, et qui présentent depuis longtemps les caractères que nous avons indiqués plus haut (page 987). Enfin, il est d’observation que le mal se déclare plutôt lorsque l’ivresse est dissipée que pendant l’état d’intoxication môme, et c’est d’après cette remarque que les médecins ont été portés à attribuer le délire à l'affaissement des fonctions cérébrales.

Les malades présentent d’abord de la bizarrerie dans l’humeur, puis ils déraisonnent; une grande agitation se manifeste, et enfin le délire aigu éclate. On est obligé de se rendre maître de l’individu et de l’attacher dans son lit, dans la crainte qu’il ne se livre à des violences dangereuses pour ceux qui l’entourent et pour lui. Le corps est dans une agitation extrême, il y a tremblement des membres, de la langue, bégayement, bien que la parole soit rapide et incessante. La face est ronge, vullueuse; les yeux sont brillants et congestionnés.

Le pouls est fréquent, la peau chaude et couverte de sueur. Il y a une insomnie absolue. Les malades parlent continuellement, insultent ceux qui les entourent, voient des fantômes, des ennemis ; se plaignent d’être entravés; menacent, supplient pour qu’on les mette en liberté, afin d’échapper à des dangers imaginaires. On a dit que les malades se préoccupent, en général, de tout ce qui est relatif à leur profession ou aux dernières préoccupations qu’ils ont eues; cela est assez vrai, en général, mais non constant. Ils ont une soif vive, la bouche ardente, et humide cependant. 11 y a rarement des évacuations involontaires; mais, cependant, les malades, n’ayant pas conscience de leur position, ne se gênent pas pour satisfaire dans leur lit à tous leurs besoins. S’ils parviennent à s’échapper, ils courent au hasard, sans direction, sans but déterminé, et se laissent ramener plus ou moins facilement. Ils chantent, rient et pleurent alternativement et sans motif; ils reconnaissent quelques personnes, etc.

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