‹ Guide du médecin praticien (volume 2)Chapitre 383 sur 494 · ALCOOLISME .CHRONIQUE · texte numérisé non relu

ALCOOLISME .CHRONIQUE

TRAITEMENT

limites précises, d’autant plus courtes, en général, que les excès sont plus fréquents et plus accusés, elle est, en outre, subordonnée au siège de la localisation morbide, à l’importance fonctionnelle des organes lésés, ainsi qu’à la nature des boissons ingérées.

L’alcoolisme se termine par la guérison, parun certain degré d’ amélioration ou par la mort. Le retour à la santé peut s’observer toutes les fois que les accidents sont limités à des désordres nerveux de courte durée et de peu d’intensité, et lorsqu’il n’existe aucune lésion sérieuse des parenchymes. Les rechutes sont communes et les récidives fréquentes. La mort peut être la conséquence du développement des lésions organiques qui ont pour siège plus spécial le cerveau, le foie, les poumons, le cœur ou les reins, et plus rarement l’estomac. Parmi les maladies intercurrentes qui viennent favoriser les terminaisons fatales, il faut citer, en première ligne, la pneumonie, la pleurésie et l’érysipèle (Lancereaux.)

§ IV. — Pronostic.

L’alcoolisme est une maladie sérieuse et souvent fort grave, tant à cause de la difficulté qu’éprouvent les individus qui en sont affectés, à cesser leurs funestes habitudes, que de la faiblesse d’action des agents thérapeutiques sur les lésions matérielles qu’engendre l’abus des spiritueux. Le pronostic variera de gravité suivant la période à laquelle la maladie est arrivée, suivant l’àge, la profession, etc.

L’alcoolisme est de plus une maladie grave par les dangers qu’il fait courir à la société, puisqu’il occasionne de nombreuses tentatives de meurtre, de suicide, etc. ; il l’est encore par son influence pernicieuse sur les races.

§ V. — Causes.

L’abus longtemps continué des boissons alcooliques est la grande et l’unique cause de l’importante maladie qui nous occupe; mais cette cause ne se présente jamais dans un état de parfaite simplicité, des influences nombreuses et variées viennent la modifier dans son action, en atténuent ou en augmentent les elîets : influences du liquide, du temps, des lieux, de l’àge, du sexe, des maladies, etc. Cette étude nous entraînerait beaucoup trop loin, et nous renvoyons le lecteur aux excellents articles de A. Fournier et de Lancereaux qui ont résumé avec un grand talent tout ce qui a été écrit sur ce sujet, dans ces derniers temps.

§ VI. — Traitement.

L’alcoolisme n'est pas seulement la maladie d’un ou de plusieurs individus , mais un mal social qui progresse et s’accroît. Réprimer la passion des spiritueux est une obligation qui incombe au moins autant aux gouvernements qu’aux médecins. La prophylaxie de l’ivrognerie est du domaine de l’hygiène publique, nous ne pouvons, sur ce sujet, que reproduire les vœux formulés par Lancereaux : « Punir l’ivresse dès qu’elle conduit au trouble de l’ordre, àla violence, ou devient publique, mais à cet égard nous demanderions aux lois françaises une plus grande sévérité ; frapper les liqueurs fortes d’un impôt de plus en plus considérable, suivant les nécessités de l’industrie; diminuer, au contraire, la taxe relative à la consommation des boissons simplement fermentées; n accorder, dans aucun lieu, l’autorisation d’établir des débits uniquement consacrés à la vente des eaux-de-vie et des liqueurs Valleix, 5e édit. y (J3

quelles qu’elles soient; instruire le peuple et inspirer à la jeunesse l’amour du travail et l’horreur de la débauche, en lui faisant connaître les bons effets de l’un et la fâcheuse influence de l’autre. Cette dernière tâche qui incombe surtout aux maîtres de l’enseignement, au clergé et aux médecins, trouvera toujours, nous en avons la conviction, des hommes zélés et dévoués. »

bu ce qui concerne le traitement de V alcoolisme chronique, nous ramènerons, h l’exemple du docteur Magnus Huss, à trois points principaux, les indications thérapeutiques :

1° Éloignement des causes ;

2° Amélioration de la nutrition et des forces assimilatrices.

3 Réveil de l’action nerveuse.

«La thérapeutique de Magnus Huss repose sur les indications les plus simples, et se compose de médicaments peu variés. Éloigner les causes qni entretiennent la maladie est évidemment la première indication à remplir; on s’efforce ensuite, à l’aide d’un bon régime, de quelques toniques, de purgatifs chauds, de réparer les troubles de la digestion ; enfin les divers agents conseillés dans le cours des maladies nerveuses, antispasmodiques, comme l’asa fœtida, stimulants spéciaux, comme la noix vomique, sont employés suivant les cas. Un seul remède mérite d’être signalé: c’est l’huile empyreumatique, qui donne sa saveur spéciale h l’eau-de-vie de pomme de terre ( fermentoleum solani), h la dose de 5 à 10 centigrammes, cinq ou six fois par jour, dans une potion ou en pilules. Ce produit paraît agir surtout en diminuant les douleurs épigastriques et le pyrosis, et semble devoir être rangé parmi ceux dont l’expérience a le mieux prouvé l’efficacité. Parlerons-nous de celte étrange médication dont la singularité même a doublé la célébrité, et à laquelle de récentes expériences du docteur Nasse donnent un nouvel intérêt. On sait que le moyen proposé et hardiment usité par un compatriote du docteur Huss, consiste à guérir la dipsomanie alcoolique par l’abus même de l’alcool porté à ses dernières limites ; on sait aussi que les succès et les insuccès ont été volontiers exagérés par les partisans ou les adversaires de cette méthode. Nasse a repris les expériences, et les résultats de ses observations ont été, en somme, assez favorables. L’addition de l’alcool à toutes les boissons, à tous les alimenlsdes dipsomanes, a eu pour effet d’inspirer à ces malades le plus profond dégoût pour la liqueur dont ils abusaient, et dont ils finirent par ne plus même supporter l’odeur. La cure n’a pas cependant été toujours durable, et au bout d’un certain temps on a pu constater des récidives. La médication d’ailleurs, employée avec la persistance sans laquelle elle est et doit être insignifiante, n’est pas dépourvue de dangers, et Nasse a vu la mort déterminée par cette intoxication artificielle. » (Lasègue.)

Contre les symptômes nerveux de l’alcoolisme chronique. Marcel a préconisé l’oxyde de zinc à la dose de 0gr,10 en poudre, deux fois par jour, une heure après chaque repas. Tous les deux jours, la dose est augmentée de 0gr,10, jusqu’à ce que le malade prenne 0gr,30 à 0gr,40 par jour. La guérison serait généralement assurée après trois à six semaines. Toutefois la faiblesse du système musculaire persiste le plus généralement.

Il est, dans l’alcoolisme, des indications formelles qu’il ne faut pas négliger; elles sont fournies par l’état d’anémie et de cachexie dans lequel se trouvent les malades. A ces indications répondent les préparations de fer, de quinquina et surtout l’hydrothérapie.

jMCOOLJSME CHRONIQUE. — TRAITEMENT. 99 o

Traitement du delirium tremens. — « On s’est évertué de mille façons, dit A. Fournier, à traiter une maladie qui, dans l’énorme majorité des cas, guérit d’elle-même sans traitement. De ces nombreux essais thérapeutiques, il reste acquis à la science qu’aucune médication ne guérit à coup sûr le delirium tremens , et que le spécifique de cette affection, en tant qu’il puisse exister, est encore à décou- M'ir ; — que, de tous les traitements mis en œuvre jusqu’à ce jour, aucun ne peut être conseillé comme méthode générale; — que les saignées modérées sont le plus souvent inutiles, sauf dans les cas où elles s’adressent à une congestion encéphalique manifeste et violente; répétées et abondantes, elles deviennent presque invariablement mortelles; — que les vomitifs, les purgatifs, sont sans action directe sur le délire et ne répondent qu’à des indications secondaires; — que les vésicatoires ne contribuent qu’à augmenter le délire et la fureur des malades; — que l’administration des stimulants et des alcooliques est à la fois antirationnelle et expérimentalement dangereuse, etc. »

Le temps n’est pas loin ou Y opium était considéré traditionnellement comme le spécifique du delirium tremens. Ce remède héroïque, disait-on, doit être administré larga manu et répété sans crainte d’accidents jusqu’à ce qu’il ait endormi les malades. L’accès alcoolique se terminant par un long et favorable sommeil, 'il semblait rationnel d’imiter la nature en provoquant celte cause salutaire. Les observations, du reste, ne manquaient pas à l’appui; de nombreux malades avaient été guéris par cette médication employée à dose moyenne ou même très-élevée (20, 50 et jusqu’à 72 grains d’opium en quarante-huit heures). Aujourd’hui, une vive réaction s’est produite contre cette méthode. Des faits nouveaux et une critique plus sévère ont singulièrement réduit la prétendue spécificité de l’opium. Déjà on avait vu les malades d’Esquirol guérir en trois jours, par l’usage d’une simple boisson acidulé ou laxative. Quelques cas malheureux étaient venus aussi démontrer que, loin de guérir dans tous les cas, l’opium a parfois sa part dans la terminaison mortelle en produisant un coma apoplectiforme. En 1831, dansnn remarquable travail, J. NV are mit en lumière cette idée que l’accès de délire alcoolique entraînant une insomnie absolue, le retour du sommeil n est pas une crise, mais bien la conséquence naturelle de la guérison. Il prouva de plus que l’attaqué durant en moyenne et sans traitement de trois à quatre jours, cède spontanément dans la presque totalité des cas. En 1841, le professeur Dunglison (de Philadelphie) prolesta, chiffres en main, contre la méthode dite spécifique. Peddic, Laycock, etc. , soutinrent les mêmes idées, et bientôt des statistiques imposantes furent invoquées en faveur de la méthode purement expectante (Lasègue).

La pratique des médecins français s’est modifiée dans le même sens. L’opium tend généralement à être abandonné de plus en plus, au moins dans les cas ordinaires. Convient-il mieux aux formes de délire suraigu, comme le croit Delasiauve? C’est une question qui a besoin de nouveaux faiis pour être jugée en dernier ressort.

La séquestration et la surveillance des malades, les soins hygiéniques, des boissons acidulés, une alimentation légère, etc., voilà ce qui suffit généralement à la guérison. Celte méthode expectante n’exclut pas d’ailleurs l’emploi des médications qui peuvent satisfaire à des indications diverses, des laxatifs, par exemple, contre la constipation, des vomitifs contre l’état saburral, des bains tièdes prolongés et des applications réfrigérantes sur le crâne dans les cas d’agitation excessive, etc. ,

DLS INTOXICATIONS.

tous moyens utiles à litre d agents secondaires, mais absolument insuffisants en tant que curatifs du délire ébrieux.

Ajoutons que, dans ces derniers temps, deux agents ont été vivement préconisés comme exerçant une influence salutaire et immédiate sur l’accès du delirium trernens : ce sont le chloroforme et la digitale. Administré sous forme d’inhalations répétées, le premier, d’après quelques médecins, produirait une sédation instantanée, suivie d’une guérison rapide et complète. Pour Richardson, au contraire, l’action de ce remède serait essentiellement passagère et fugace; le chloroforme ne calmerait les accidents que pour les laisser se reproduire; déplus, ce serait un agent dangereux, pouvant déterminer une asphyxie subite et fatale par congestion des centres nerveux et surtout du parenchyme pulmonaire. — La digitale à trèshautes doses paraît surtout avoir fourni des résultats merveilleux entre les mains du docteur Jones : 66 malades guéris sur 67 cas, dont plusieurs très-alarmants, (je médecin formule ainsi le hardi traitement qui lui fut inspiré, dit-il, par l’heureux résultat d’une erreur pharmaceutique : « 12 grammes de teinture de digitale sont d’abord administrés au malade dans un peu d’eau. Cette dose ne suffit que dans un petit nombre de cas; généralement il faut en donner une seconde, de 12 grammes, quatre heures après la première. Quelquefois, mais très-rarement une troisième est nécessaire; celle-ci ne doit jamais alors dépasser 6 grammes. C’est Je sommeil qui indique si l’on doit ou non répéter l’administration du remède... La plus grande quantité de teinture (pie j’aie jamais prescrite est de 36 grammes en dix heures. Donnée à doses élevées, la digitale paraît agir sur le cerveau et non plus sur le cœur. Elle produit le sommeil et la guérison à la suite; loin de déprimer le pouls, elle le rend plus plein, plus fort et plus régulier; elle ne détermine enfin aucun symptôme inquiétant. .. Il faut bien se garder, ajoute l’auteur, de diminuer les doses que j’ai indiquées, car une quantité plus faible non-seulement serait inelficace, mais pourrait devenir nuisible. Des doses de 2 à 3 grammes ne servent a rien; je lésai vu rendre le pouls intermittent, ce qui n’arrive jamais avec des doses quatre fois plus considérables. J’ai même observé que celles-ci, lorsque le pouls était faible et intermittent, lui rendaient sa force et sa régularité; ce qui prouve que l’action curative de la digitale à haute dose porte principalement sur le système nerveux et sur les organes de la circulation. »]

ARTICLE IL

Page 1