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ALCOOLISME CHRONIQUE. — LÉSIONS ANATOMIQUES

rétrécie, arrive à présenter une capacité qui ne dépasse pas celle du côlon transverse. A la coloration rosée de la muqueuse saine, a succédé une riche injection rougeâtre, sous forme de plaques disséminées, occupant surtout la région voisine du cardia et la petite courbure. A une période plus avancée, la muqueuse épaissie, ferme et comme rétractée, offre une teinte grisâtre, pointillée de noir. La muqueuse peut aussi être le siège d’une ou plusieurs ulcérations. Cette lésion a été étudiée avec beaucoup de soin dans ces derniers temps par Leudet, de Rouen (1 ).

L 'intestin grêle est rarement affecté dans l’alcoolisme, mais il n’en est pas de meme du cæcum , où l’on voit reparaître des altérations très-analogues à celles de l’estomac.

Les lésions hépatiques peuvent être regardées comme un type dans l’espèce; elles sont de deux ordres, suivant qu’elles intéressent la trame de substance conjonctive ou les cellules propres de l’organe, elles constituent une hépatite ou une altération graisseuse. La stéatose et la cirrhose sont en effet les deux modalités pathologiques sous lesquelles se présente l’alcoolisme dans le foie (voy. tome IV, p. 20A et 180).

Le péritoine , le mésentère , les épiploons , peuvent être le siège de dépôts adipeux ou de phlegmasies adhésives.

Appareil respiratoire. — Magnus Huss a noté l’état violacé, l’injection de la muqueuse du larynx , son boursouflement. Les poumons sont souvent congestionnés, principalement vers les bords postérieurs et h la base. On trouve aussi un ou plusieurs lobules iodurés. En raison de la fréquence et de la gravité de la pneumonie chez les ivrognes, on peut rencontrer toutes les altérations consécutives à cette localisation morbide. L’induration chronique a été plusieurs fois notée par Huss.

Appareil de la circulation. — a. Système veineux. — La veine porte et l’artère pulmonaire sont surtout soumises à l’influence pathogénique de l’alcool. L’inflammation adhésive est encore l’altération qui se rencontre le plus souvent. La pylèphlébite et la phlébartérite membraneuses peuvent être par conséquent des manifestations de l’alcoolisme chronique. Huss signale, chez les buveurs, dans l’aorte thoracique et les artères cérébrales principalement, l’existence de plaques disséminées, dites athéromateuses. On rencontre assez souvent, en raison de la fréquence de la péricardite chez les ivrognes, les lésions que laisse cette maladie sous forme adhésive.

Le cœur devient le siège de lésions variées. Dans un premier degré, c’est-à-dire lorsque l’abus a été peu prolongé, le coeur, à peine plus volumineux qu a l’état normal, se fait remarquer par un dépôt adipeux abondant, surtout à la base et sur le trajet de l’artère coronaire antérieure. A une période plus avancée, ce dépôt graisseux forme une sorte de couronne à la base du cœur et recouvre en même temps le bord ou même tout le ventricule droit (Lancereaux).

Le volume du cœur est généralement augmenté; des plaques laiteuses existent sur sa paroi antérieure; la coloration des tissus musculaires est jaunâtre, sa consistance est molle et sa friabilité plus grande.

Jamais les altérations cardiaques ne sont isolées, toujours elles coïncident avec quelque autre lésion dont l’origine alcoolique ne saurait être contestée. La coexis-

(1) Leudet (de Rouen), Des ulcères de l'estomac à la suite de l’abus des alcooliques , 1863.

13 liS INTOXICATIONS.

lence des maladies du cœur avec la cirrhose est fréquente chez les ivrognes (Budd).

La rate est ordinairement volumineuse, molle, friable, rarement dillluente, mais souvent parsemée de petites taches hémorrhagiques.

Appareil de U innervation. — Les altérations des membranes sont fréquentes ; on peut môme dire qu’elles ne manquent jamais chez les vieux ivrognes qui succombent à des accidents cérébraux chroniques. Leurs caractères anatomiques sont ceux des inflammations adhésives.

La substance grise des circonvolutions du cerveau et du cervelet , celle des cou ches optiques et des corps striés sont les parties où s’observent le plus habituellement les lésions produites par les spiritueux. L’une des plus fréquentes consiste dans une sorte de ralatinement avec induration et atrophie de la masse encéphalique [pêri-encéphalile diffuse atrophique). A côté des lésions diffuses, il arrive de constater chez les buveurs des altérations plus limitées et mieux circonscrites {encéphalite circonscrite , transformation graisseuse ) (Lancereaux).

Appareil génito-urinaire. — Malgré les divergences qui existent entre les observateurs les plus compétents sur l’influence que les alcools peuvent exercer sur l’inflammation des reins , il n’en faut pas moins reconnaître que, dans un certain nombre de cas, la maladie dite de Bright n’a pas d’autre cause que des excès de liqueurs spifltueuses, et n'est qu’une manifestation de l’alcoolisme chronique. Or, dans ces conditions, l’état anatomique des reins se montre sous deux formes distinctes. Dans l’une, les épithéliums remplis de substance grasse sont le principal siège de l’altération ; dans l’autre, la substance conjonctive est plus particulièrement intéressée ; la lésion peut être qualifiée de néphrite (Lancereaux).

§ III. — Marche, durée, terminaison.

« L’alcoolisme chronique se montre après un temps plus ou moins long, souvent plusieurs mois et plusieurs années, à partir du moment où ont commencé les excès de boisson ; son début est insidieux. En général, ce sont les troubles digestifs qui commencent la scène, viennent ensuite les désordres nerveux; le tremblement apparaît l’un des premiers, puis les modifications si variées de la sensibilité; les hallucinations ne tardent pas à se manifester, arrivent alors parfois des convulsions, des attaques apoplecliformes, souvent le délire éclate à l’occasion d’un accident ou d’un état maladif.

Aux divers phénomènes d’excitation succèdent, en général, un état de dépression plus ou moins marqué des différentes fonctions organiques; c’est alors que se manifestent des diarrhées passagères, des hématémèses et des entérorrhagies qui se rapportent aux dégénérescences du foie et des reins. La sensibilité est diminuée et abolie, la paralysie envahit progressivement les membres; au point de vue moral, les tendances les plus mauvaises se manifestent; les sentiments moraux sont abolis, et trop souvent le sujet tombe dans l’abrutissement le plus complet.

Cet ensemble pathologique n’appartient pas, bien entendu, à tous les cas. Tantôt les désordres moraux sont nuis ou insignifiants, la maladie consiste principalement dans l’altération d’un ou de plusieurs viscères abdominaux ou thoraciques; tantôt, au contraire, ces organes sont peu lésés, et les manifestations prédominantes occupent l’appareil d’innervation.

La durée do l’alcoolisme est nécessairement variable et ne peut comporter de

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