EMPOISONNEMENT PAR LE SULFURE DE CARBONE. — TRAITEMENT
2° Alimentation animale pour combattre la tendance prochaine à l’atrophie des muscles; stimuler les fonctions de la peau; exciter les sécrétions intestinales. Plus tard les ferrugineux, si l’anémie ou même la cachexie se prononcent.
3° Réveiller l’action nerveuse; stimulants; préconiser la médication strychnique (noix vomique, fève de Saint-Ignace, strychnine, brucine, rhus toxicodendron) ; joindre à ces moyens l’électricité, appliquée directement sur les muscles paralysés. Ce traitement s’adressera surtout aux accidents nerveux : faiblesse musculaire, paralysie, anaphrodisie.
Médication rationnelle. — Après avoir posé sur ses véritables bases le traitement de l’intoxication sulfocarbonique, Delpech rechercha s’il n’existait pas un agent capable de neutraliser les effets du sulfure au sein de l’économie animale.
Partant d’une idée purement théorique, à savoir : que le sulfure, une fois passé dans le torrent de la circulation, en raison de sa puissante affinité pour les corps gras, devait agir sur les graisses phosphorées du sang et spécialement sur les corps analogues que l’on trouve en grande abondance dans la substance cérébrale, il fut conduit à préconiser le phosphore. Cette heureuse conception de l’intelligence était d’autant mieux applicable que le phosphore, doué d’une action stimulante incontestable, s’il ne remplissait pas le but désiré en rendant au sang les éléments détruits par le sulfure de carbone, aurait du moins agi comme névrosthénique.
Les premiers essais portèrent sur cinq cas et donnèrent des résultats importants. Sous son influence, les troubles de la motilité, ceux de l’intelligence et des fonctions génératrices s’amendèrent assez rapidement.
Depuis, de nouvelles expériences sont venues s’ajouter à celles si concluantes de Delpech, et les bons effets obtenus avec cet agent en ont fait, sinon le spécifique, du moins le médicament le plus puissant à opposer aux1 accidents sulfocar boniques. On administre le phosphore en solution ou en pilules, à dose de 2 milligrammes par jour, en deux fois. Voici la formule de Mialhe et Goblev :
ï£ Phosphore. ... 5 centigr. Huile 18 gouttes.
Sulfure de carbone. ... 20 gouttes. Magnésie q. s.
Pour 50 pilules gélatinées, dont chacune contient 1 milligramme de phosphore et un tiers de goutte de sulfure de carbone.
Prophylaxie. — Interdire aux ouvriers en chambre l’emploi du sulfure de carbone ; ce liquide ne devra pas être employé au moins en grande quantité dans des logements dépendant de maisons habitées. Autant que possible les fabriques, les ateliers, seront établis dans des lieux écartés des habitations; ils seront ventilés, sinon disposés en plein air. Les appareils seront visités pour prévenir les fuites possibles. Les vases qui renferment le sulfure seront hermétiquement fermés ; on substituera la chaleur au sulfure de carbone pour ramollir le caouchouc. Le poids spécifique des vapeurs du sulfure les entraîne dans les couches inférieures des ateliers; que leurs planchers soient à claire-voie, les vapeurs gagneront les parties déclives.
Les enfants ont un système nerveux très-impressionnable, ils seront exclus des ateliers.
Les ouvriers seront logés loin de l’atelier; une extrême propreté, des lavages répétés, leur seront conseillés. Enfin ils changeront d'atelier tour h tour, afin d’éviter périodiquement ceux où se dégagent les vapeurs toxiques. (Racle.)]
DES INTOXICATIONS
ARTICLE IV
ACCIDENTS OCCASIONNÉS PAR L’iODE. — IODISME.
[ Suivant Rilliet(l), l’intoxication spécifique produite par l’iode ou par ses composés est plus fréquente chez les sujets traités par les petites que par les grandes doses, et dans le cas de bonne santé que dans celui de diathèse confirmée et localisée, plus fréquente aussi dans certains pays que dans d’autres, extrêmement rare chez les enfants, et d’autant plus à redouter que les malades sont plus avancés en Age. C’est la saturation iodique , Y affection constitutionnelle de Coindet, et la cachexie iodique ou iodisme de quelques auteurs. RL Riliiet adopte la dénomination d'iodisme constitutionnel. L’iodisme peut exister à tous les degrés; depuis un léger amaigrissement jusqu’à la fonte du malade, on peut distinguer une foule de nuances qui se résument sous trois chefs :
L’iodisme léger;
L’iodisme de moyenne gravité ;
L’iodisme grave ou très-grave.
Iodisme léger. — Après un usage plus ou moins prolongé de l’iode, les malades, tout en se félicitant de la diminution de leur goitre, s’ils en sont porteurs, ne tardent pas à observer qu’ils ont maigri, pâli, et. qu’ils se sont affaiblis. Cet état est plus frappant pour les familiers du malade que pour eux-mêmes. L’amaigrissement est bientôt suivi de palpitations, d’abattement, d’une dépression considérable des forces, de la tristesse, de l’insomnie, et d’une susceptibilité nerveuse plus ou moins prononcée.
La cessation du traitement fait cesser les accidents.
Iodisme de moyenne gravité. — Si la maladie a été méconnue, les symptômes s’aggravent; la maigreur, la tristesse, l’insomnie, la disposition à la frayeur, les palpitations augmentent, l’appétit se perd, ou bien il y a une sorte de boulimie; puis de la constipation, des douleurs abdominales, surtout au niveau des insertions du diaphragme.
Iodisme grave ou très-grave. — Les symptômes ne diffèrent des précédents que par la rapidité de leur apparition et leur intensité, ils revêtent au début un caractère de gravité. Dans ce cas le goitre, s’il existe, disparaît ou diminue en quelques jours; l'amaigrissement survient avec une rapidité effrayante; en une ou deux semaines les malades sont méconnaissables, ils ont vieilli de vingt ans. Le marasme est général, mais il porte principalement sur les organes glandulaires. Le pouls s’accélère et est plutôt petit que plein. Le visage est pâle ou jaunâtre; les yeux, cerclés de noir, fixes et un peu égarés. La voix est cassée, les membres tremblent; dès le moindre mouvement, la respiration est essoufflée. Les symptômes nerveux sont très-pénibles; le cauchemar, l’inquiétude, l’impressionnabilité sont devenus extrêmes. A l’exploration directe des organes, aucune lésion ne se trahit. Les
(1) Yoy. Bulletin de l'Académie de médecine, 1859, t. XXIV, p. 349, et Gazette hebdomadaire, nos 14, 15, 16 avril 1860. Ce travail fut l’objet d’un long et savant rapport de Trousseau qu’on lira avec intérêt ( Bulletin de /’ Académie , 1860, t. XXV, p. 382). L’importante discussion qui suivit la lecture de ce rapport et à laquelle prirent part Ricord, Bouchardat, Piorry, Chatin, Gibert, Velpeau, Baillarger, Boudet, Poggiale, a été enregistrée avec exactitude dans le Bulletin de l'Académie , t. XXV, p. 406 à 547.
TRAITEMENT
ACCIDENTS OCCASIONNÉS PAR r.’lODE. —
malades ne s’alitent pas et quelquefois même conservent un appétit souvent exagéré ou désordonné. Cependant l’état du malade est loin d êtie désespéié . un traitement efficace, la cessation de l’usage des préparations iodées, permettent une prompte amélioration ; mais les traces du mal persistent longtemps. L atrophie des seins et des testicules est définitive. Cependant les malades meurent rarement de marasme iodique.
§ I. — Marche, durée, terminaison.
Tantôt la marche est lente et très-insidieuse, tantôt elle est vive et franche dès le début. Quelquefois latente au début, la maladie devient tout à coup grave.
L’iodisme est toujours une maladie chronique. Sa plus courte durée est de six semaines, mais elle peut se prolonger jusqu’il six mois et plus. Le rétablissement complet se fait attendre plusieurs années.
§ II. — Pronostic et terminaison.
L’iodisme à début lent est généralement plus facile à guérir. Le pronostic repose en partie sur cette forme de début. Il faut tenir compte de l’àge ; les sujets âgés sont plus gravement atteints. Le tempérament nerveux favorise aussi la gravité des symptômes. L’iodisme grave guérit le plus souvent; cela est plus vrai encore pour les autres formes graves.
La terminaison presque toujours favorable n’exclut pas la mort. Jahn en cite deux cas, Cafle un autre, Marc d'Espine deux autres.
L’iodisme est une maladie pénible qui pendant longtemps trouble la vie des malades.
§ III. — Traitement.
Précautions. — 1° Avant tout, prescrire l’iode d’une manière intermittente. 2° Suspendre le traitement à la première apparition de symptômes d’iodisme constitutionnel : amaigrissement, boulimie, palpitations, état nerveux.
Hygiène. — L’hygiène des malades doit être surveillée avec soin pendant le traitement par l’iode. Coindet fils recommande une alimentation tonique et des excitants du système nerveux.
Traitement curatif. — Soustraire immédiatement le malade à l’influence de l’iode; s’abstenir de toute médication débilitante qui ne ferait qu’aggraver le mal. Suivre les médications variées que présente chaque cas pris en particulier.
Si l’iodisme est aigu, conseiller le lait de vache, de chèvre oudanesse, le résullat obtenu guidera pour la préférence a donner à l’un des trois. L’estomac des malades est capricieux: ici le lait de vache à la glace est seul toléré ; là c'est le lait danesse tiède. Prescrire, en outre, les narcotiques, les antispasmodiques, le changement d’air.
Si l’iodisme est lent, chronique , conseiller un régime analeptique, le séjour à la campagne, et surtout dans la montagne, l’équitation, les toniques, et spécialement les préparations ferrugineuses.
Les symptômes les plus difficiles à combattre sont ceux qui résultent des altérations locales produites dans l’estomac par des doses trop élevées ou par une mauvaise préparation du médicament. Les gastrites ou gastro-entérites chroniques réclameront des soins particuliers d' hygiène alimentaire . Le sous-nitrate de bismuth, les eaux et les bains alcalins, les emplâtres fortifiants sur la région épigas-
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DES INTOXICATIONS
. trique, les bains gélatineux, les frictions et l’hydrothérapie, sont particulièrement indiqués, (ltacle.)]
ARTICLE V