INTOXICATIONS DOUTEUSES
1° ACRODYNIE.
[Aucun texte n’autorise, sans doute* à afiirmer que la maladie, désignée en France et de nos jours sous ce nom, ail sévi sur les populations dans les siècles antérieurs au nôtre; il n’est guère possible, cependant, d’admettre que la cause, demeurée inconnue, qui l’a fait naître à Paris, ait, pour la première fois, 'exercé son influence sur l’espèce humaine. Il est très-probable, au contraire, que l’acrodynie, en raison de son étiologie mystérieuse, de la variabilité de sa physionomie et de l’imperfection des méthodes d’observations, a dû être confondue avec Valleix, 5e édit. Y — 61
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d’aulres maladies tout aussi obscures ayant sévi également, sous forme épidémique, dans d’autres pays et à d’autres époques.
Ce fut au printemps de l’année 1828 .que cette singulière affection se montra dans Paris parmi le personnel de l’hospice Marie-Thérèse. Les quartiers de la rive gauche de la Seine, le faubourg Saint-Germain, les quartiers Saint-Marceau et successivement les quartiers de l’Abbaye, de la Cité, de l’Hôtel-de-VilIe comptèrent de nombreux malades. Les casernes de la Courtillc, de l’Avc-Maria et de Lourcine fournirent un contingent considérable de cas. Après six mois de durée, 40 000 individus, dit-on, auraient été atteints. L’épidémie diminua pendant l’hiver pour reprendre une nouvelle activité vers le mois de mai de l’année suivante.
En 1828, plusieurs cas furent constatés à Meaux, à Saint-Germain en Laye; en 1829, la maladie parut à Coulommiers et dans quelques autres localités peu éloignées de Paris. Dans la capitale, l’épidémie parut s’éteindre au milieu de l’hiver rigoureux de 1829 à 1830. Depuis celte époque, en 1844, 1845 et 1846, une petite épidémie se montra en Belgique, particulièrement dans le personnel des maisons de détention. En 1848, 1850 et 1862 (1), divers médecins publièrent des observations d’acrodynie sporadique. Parmi les auteurs qui, lors de sa première invasion, ont écrit sur la maladie de Paris , nous mentionnerons particulièrement Chomel, Cavol, Genest (2), Dahnas (3), Dezeimeris (4) et Dance (5).]
§ I. — Définition, synonymie, fréquence.
11 est extrêmement difficile de donner une définition satisfaisante de l’acrodynie. Non-seulement, en effet, nous ne pouvons exprimer sa nature, mais encore il y a eu trop de variations dans les divers cas qui se sont présentés et dans la physionomie de la maladie, suivant les localités, pour qu’il soit possible de résumer en peu de mots tous ses principaux caractères.
[Cette singulière affection, sévissant sur un grand nombre de personnes à la fois et souvent sur plusieurs membres d’une même famille en môme temps, à la manière d’une intoxication simultanée, offre à étudier : des troubles du côté du tube digestif, une perturbation des fonctions du système nerveux, et des symptômes particuliers fournis par la peau, les muqueuses oculaire, pharyngienne, bronchique, par le tissu cellulaire et par les muscles. On lui a appliqué les dénominations plus ou moins défectueuses de mal des pieds et des mains , de chiropodolgie (Bally), d 'érythème épidémique (Alibert), d ep/ilegrnasie gastro-cutanée aiguë multiforme. Le nom d' acrodynie, acrodynia (de cafta, extrémités, ctdcôWwî, douleur), proposé par Chardon (6), a été généralement adopté. ]
§ H. — Causes.
On est généralement obligé de reconnaître que la plus grande obscurité règne
(1) Voy. Raimbert, Observations d'acrodynie sporadique ( Revue médico-chirurgicale , 18^8). Barrier, de Lyon, Gas. des hôpitaux , 1850, et Barudel, Gaz. mèd. de Paris,
(o) Genest, Archives gén. de mèd., 1828, t. XVIII, p. 332.
(3) Dalmas, Journal hebdomad. de mèd. Paris, 1829, t. I, p. 331.
(4) Dezeimeris, Journal général des hôpitaux.
(5) Dance, Dict. de mèd. en 30 volumes, t. I, grt. AcnomiE.
^6) Chardon, Ikvue médicale, 1830, t. 11.
ACRODYNIE. — CAUSES.
encore sur l'étiologie de celle maladie. Aucune des opinions émises sur les causes qui ont pu lui donner lieu à Paris, ne résiste devant une critique sérieuse. Bien que les adultes et les vieillards aient été plus fréquemment atteints que les jeunes enfants, tous les âges payèrent leur tribut à l’épidémie de 1828. Les deux sexes , furent atteints, bien que très-inégalement : du 1er juillet au 2k novembre 1828, sur un total de 1A6 acrodyniques qui se présentèrent au Bureau central, il y eut 117 hommes et 29 femmes. Si la proportion des malades pauvres fut de beaucoup plus grande, les riches cependant ne furent pas exempts. Selon Chardon, les individus les plus exposés aux vicissitudes atmosphériques furent principalement affectés, mais cette assertion est dénuée de valeur quand on se rappelle que ce furent les habitants sédentaires de l’hospice Marie-Thérèse qui furent les premiers atteints et les plus maltraités (36 malades sur AO habitants). Tandis que des localités isolées et salubres n’étaient pas épargnées, des individus vivant dans des logements encombrés et malsains étaient respectés. L’influence des saisons, de la constitution atmosphérique, ne peut être invoquée, car, antérieurement à 1828 et depuis cette époque, la ville de Paris a été soumise à des constitutions analogues et même plus accentuées dans ce qu’elles pouvaient avoir de fâcheux pour la santé de la population, et cependant l’acrodynie n’a pas reparu. En pré sence de la simultanéité d’invasion, de la localisation souvent très-accusée de la maladie dans certains quartiers, on a songé à rechercher si elle n’était pas due à une intoxication provenant de l’altération des aliments ou des boissons. Certaines analogies symptomatiques firent particulièrement suspecter les céréales. Mais la manutention de Paris fournissait le même pain à toutes les casernes et quelquesunes seulement furent atteintes. D’ailleurs, si les farines usitées pour la confection du pain servant à l’alimentation de Paris avaient présenté, en 1828, une des altérations auxquelles on s’accorde à attribuer les accidents connus sous le nom de convulsion des céréales , une telle cause, susceptible d’étendre son influence d’une manière aussi générale, puisque la population de Paris tout entière fait usage de pain, eût certainement déterminé des cas encore plus nombreux. Les farines provenant de grains récoltés dans différentes localités de la France eussent infailliblement produit les mêmes phénomènes parmi les populations des lieux de production des céréales. Enfin, comme nous le dirons, les analogies que l’on a établies entre Y acrodynie et les maladies telles que la pellagre , Y ergotisme convulsif, \ disparaissent devant les différences symptomatiques les plus tranchées. Nous ne pouvons donc, sur ce point, nous ranger à l’opinion de Rayer qui a classé cette affection parmi les maladies pellagreuses , opinion qui a été récemment développée avec beaucoup de talent par Th. Roussel (1). Déjà, en 1828, l’usage delà viande de porc avait été incriminé, bien qu’on ne connût pas alors la maladie provoquée par les trichines. Depuis que ce parasitisme a été si complètement étudié, Le Rov de Méricourt (2), en rapprochant le tableau symptomatique de Y acrodynie de celui de la trichinose , a cherché à établir l’identité probable de ces deux affections et à leur donner une origine commune. (Voy. art. Trichinose, p. 1053
II, p. 800. — Th. Roussel, De
(1) Rayer, Traité des maladies de la peau. Paris, 1835 t. la pellagre et des pseudo-pellagres. Paris, 1866.
(2) Le Roy de Méricourt , Note tendant à démontrer V identité probable de l'acrodynie et
de la trichinose (Bulletin de l Académie de médecine , t. XXXI, séance du 1 0 octobre 1865 e (j azette hebdomad., t. II, 2e série, p. 692;. > 01 2
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Il est, sans doute, actuellement impossible d’arriver à démontrer que des viandes trichinisées ont pu faire partie de l’alimentation de la ville de Paris et des localités environnantes, pendant les années 1828 et 1829, mais il est impossible également de ne pas être frappé des nombreux points de contact qui rapprochent l’acrodynie de la trichinose plus que d’aucune des autres maladies auxquelles on a comparé la maladie épidémique de Paris.
§ III. — Marche, symptômes.
Le plus souvent l’invasion de cette maladie est rapide. « Il est rare, ditGenest, que dans une famille une seule personne en soit atteinte; ordinairement le mari, la femme, les enfants, les domestiques, sont pris simultanément et à peu de distance les uns des autres. » A la caserne de Lourcine, le h septembre 1828, au matin, trente hommes furent subitement atteints; sur neuf cents hommes, soixante-quinze furent malades dans l’espace de quinze jours.
Avant d’étudier les symptômes en particulier, nous croyons utile d’esquisser à grands traits la maladie dans son expression la plus générale. Nous emprunterons à l’article Acrodinie de L. Desnos (1), le tableau très-fidèle qu’il en a tracé.
« Chez un sujet atteint d’acrodynie, on observe d’abord quelques troubles dyspeptiques consistant, au début, dans un peu d’anorexie, de dégoût pour certains aliments, et pour ceux particulièrement dans lesquels l’acidité fait défaut ; cependant la langue n’est pas rouge. En même temps survient de la bouffissure de la face, une sorte d’œdème dur qui souvent ne garde pas l’empreinte du doigt, et peut se généraliser. Avec cela, dans certains cas, de la conjonctivite ou des signes de congestion de la muqueuse bronchique.
» Si, ce qui n’est pas la règle, les troubles digestifs se dessinent davantage, il survient des vomissements accompagnés de diarrhée bilieuse. Alors, ou même dès le début, des symptômes caractéristiques du côté des extrémités inférieures le plus souvent, d’autres fois vers les supérieures, ou plus rarement vers les unes et les autres simultanément, viennent fixer l’attention des malades. Ils ressentent vers les pieds, vers les mains, des engourdissements , des fourmillements , qui ne tardent pas h être remplacés eux-mêmes par des phénomènes d'hyperesthésie superficielle et profonde ; sensation de brûlure ou de froid excessif, de piqûres d’aiguilles ou de lancettes, douleurs profondes de caractères variés, affectant souvent la forme de crampes, irradiant vers les divers segments des membres et pouvant même envahir tout le corps.
» En même temps la contractilité est plus ou moins affectée. Les mouvements des parties douloureuses deviennent difficiles, il y existe parfois de la contracture, des tressaillements, des soubresauts de tendons. Puis ces mêmes parties deviennent le siège de rougeurs érythémateuses, de dimensions, de couleur, de localisation extrêmement variables, siégeant le plus souvent aux pieds, à la face plantaire, ou bien à la commissure des orteils, au niveau des articulations phalangiennes ; cet érythème prend souvent, à s’y méprendre, la physionomie des engelures. Aux mains, la rougeur s’observe à la face palmaire, à différentes sections des doigts.
» Arrivée à cette période, qu’on pourrait appeler d’excitation, la maladie l’étro-
(1) Desnos, Nouveau Dictionnaire etc médecine et de chirurgie pratiques , t. I, article ÂcnouYMË.
ACRODYNIE. — MARCHE, SYMPTÔMES.
gracie; des phénomènes de dépression succèdent aux précédents. L’hyperesthésie est remplacée par de l’anesthésie, les phénomènes spasmodiques font place à de la faiblesse, ou même à des paralysies; l’érythc-me pâlit, s'affaisse, disparaît, et laisse, comme trace de son passage, une altération des sécrétions épidermique et pigmentaire, se traduisant par de la desquamation avec épaississement de l’épiderme, qui devient jaune, noirâtre ; puis tout rentre dans l’ordre, après une convalescence plus ou moins facile, souvent pénible. Pendant tout ce temps, chose remarquable, l’acrodynique, s’il a eu une insomnie assez opiniâtre, a conservé néanmoins toute l’intégrité de son intelligence, souvent même son entrain, presque jamais il n’a eu de fièvre. Cela a duré depuis quelques jours jusqu’à cinq ou six mois avant l’entier rétablissement. »
1° Troubles du côté du tube digestif. — Presque constamment, au début et à plusieurs reprises dans le cours de la maladie, les fonctions digestives étaient dérangées. Sur cinquante-deux malades observés par Genest, quarante-neuf ont présenté ces perturbations; huit n’offrirent pas de Y anorexie, tandis que les vomissements et la diarrhée se sont joints à la perte d’appétit chez quarante et un autres. L’inappétence était bientôt suivie de nausées et de vomituritions. Des vomissements opiniâtres et mêmes des kématémèses survenaient parfois, mais ne duraient qu’un petit nombre de jours. La diarrhée, au contraire, persistait pendant des semaines et même des mois. Tantôt les évacuations, au nombre de quatre ou cinq, étaient peu abondantes et ne s’accompagnaient ni de coliques ni d'épreintes; tantôt, au contraire, elles coïncidaient avec de vives douleurs à T épigastre et dans l’ abdomen . L’intensité des troubles des voies digestives était tellement grande qu’ils simulaient parfois les accidents cholériformes. Dans certains cas, les selles contenaient du sang. On a vu la diarrhée cesser momentanément puis reparaître bientôt, et cela sans cause appréciable.
2“ Perturbation des fonctions du système nerveux. — L’altération de la sensibilité se manifestait principalement aux extrémités. Les malades accusaient un engourdissement général qui se propageait peu à peu à la périphérie, une sensation de froid qui faisait place à une chaleur brûlante, une diminution de la sensibilité, un sentiment de fourmillement dans les mains et dans les pieds que les patients comparaient à des coups de lancette; il leur semblait marcher sur des graviers. Souvent, les membres étaient le siège d' élancements qui arrachaient des cris et déterminaient une insomnie qui durait des mois entiers. La chaleur du lit augmentait les douleurs. Elles atteignaient le plus fréquemment les pieds jusqu’aux malléoles, mais elles se manifestaient encore à toutes les parties du corps ; la moindre pression sur les masses musculaires des bras, des avant-bras, des jambes, les exaspérait. L 'anesthésie, l 'analgésie, isolées ou réunies, se montraient chez certains malades.
Les troubles de la contractilité musculaire consistaient en crampes, spasmes, soubresauts de tendons. Les contractions douloureuses déterminaient parfois des convulsions toniques générales, un véritable état tétanique. A une période plus avancée, les malades éprouvaient une grande faiblesse de tout le corps. On a observé fréquemment des paralysies partielles et Y atrophie des membres.
3U Symptômes fournis par le tissu cellulaire. — Après les troubles des fonctions digestives, Y œdème des diverses parties du corps était le symptôme qui s’of-
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frait le plus souvent dans l’acrodynie. Une bouffissure très-marquée de la face , des pieds et des '/nains, se montrait assez souvent dès le début. Vanasarque et Y ascite étaient beaucoup plus rares. L’ infiltration du tissu cellulaire sous-cutané était passagère. Il en résultait souvent l’érysipèle indolent; il était manifeste surtout à la face et aux extrémités.
U° Symptômes fournis par la peau. — On observait un érythème de la paume des mains et des pieds analogue a celui des engelures. Sur les jambes particulièrement, on voyait des taches d’un rouge vif, des papules; d’autres fois des ecchymoses, des furoncles, des gangrènes partielles. Les pieds et les mains étaient surtout le siège de phlyclènes, de bulles, à la suite desquelles avait lieu une desquamation de l’épiderme qui se colorait en noir ou en brun. Mais ces phénomènes étaient loin d’élre constants. Presque toujours il y avait des sueurs locales aux pieds et aux mains. Souvent les productions pileuses qui recouvrent les téguments tombaient, et il y avait alopécie partielle.
5° Symptômes du côté des muqueuses oculaires. — Fréquemment on observait une rougeur des yeux bornée à la conjonctive, et accompagnée de larmoiement, de photophobie, et surtout de picotements, d’élancements. Ces phénomènes persistaient pendant presque toute la durée de la maladie, et coïncidaient ordinairement avec l’œdème de la face.
6° Complications. — L’acrodvnie se complique pendant sa durée d’affections fort différentes, mais surtout de pneumonie, do phthisie pulmonaire , d'altération du parenchyme pulmonaire et de suffusion séreuse dans les plèvres. On a fort souvent observé une violente dysurie; on ne trouvait pas d'albumine dans les urines; les fonctions génitales étaient très-affaiblies, et chez les femmes l’aménorrhée était fréquente.
Ordinairement la lièvre était peu intense, elle se montrait très-vive surtout chez les sujets qui offraient des accidents intestinaux graves.
g IV. — Durée, terminaison.
La durée a varié de plusieurs semaines à plusieurs mois. Certains sujets parvenaient à traverser toute la maladie dans l’espace de deux à trois semaines sans s’aliter. La paralysie, l’atrophie des muscles, l’amaigrissement, prolongeaient beaucoup la convalescence.
La mortalité a été fort minime relativement au chiffre considérable des personnes atteintes; cependant, à l’hospice Marie-Thérèse, dix-huit malades succombèrent, sur une population de quarante personnes. ]
§ V. — Lésions anatomiques.
Nous n’avons rien à dire des lésions anatomiques. Dans la description des symptômes, nous avons fait connaître ce qu’on observait h la peau, et, quant aux lésions internes, elles appartiennent, ainsi que le fait remarquer Rayer, ù de simples complications.
§ VI. — Diagnostic, pronostic.
[Les maladies avec lesquelles l’acrodynie offre certaines analogies, sont la pellagre et la convulsion des céréales, mais il n’y a réellement aucun rapprochement
ACRODYNIE. — TRAITEMENT.
à établir avec la dengue (1) (girafe, fi'evre Polka, rouge, chinoise , etc.), pas plus qu’avec la contracture idiopathique des extrémités.
L’acrodynie-, comme la pellagre, s'accompagne d’accidents nerveux, de troubles digestifs, de lésions cutanées ; mais ces manifestations présentent des caractères si différents et si tranchés dans ces deux affections, qu’il est impossible de les confondre. L’acrodynie est une affection aiguë, à durée limitée, tandis que la pellagre est une maladie chronique, à exacerbations vernales, se terminant presque toujours fatalement. L’érythème, dans l’acrodynie, est un épiphénomène qui est loin d’être constant, tandis que l’érythème pellagreux est caractéristique et pour ainsi dire pathognomonique. Dans l’acrodynie, l’intelligence reste intacte, tandis que le délire, la lypémanie et la monomanie suicide sont très-fréquents chez les pellagreux. Enfin, en admettant comme parfaitement démontrée la théorie du zéisme, dans l’étiologie de la pellagre, nous croyons avoir établi que les céréales n’ont dû jouer aucun rôle dans la production de l’acrodynie. Ce que nous venons de dire suffilpour écarter toute idée de rapprochement entre l’acrodynie et la convulsion des céréales (ergotisme convulsif des Allemands). Nous renvoyons à l’article Trichinose pour ce qui est relatif au rapprochement entre cette maladie parasitaire et l’acrodynie. ]
Pronostic. — L’intensité des divers symptômes et la longue durée de l’affection faisaient de l’acrodynie une maladie sérieuse. Cependant ce que nous avons dit plus haut de la terminaison prouve qu elle ne peut pas être rangée parmi les maladies très-graves. Le grand âge et la grande intensité des symptômes qui avaient pour siège les voies digestives ou les voies respiratoires étaient les circonstances les plus fâcheuses.
§ VII. — Traitement.
Nous ne connaissons pas de moyens efficaces contre cette singulière maladie. Il n’y aurait donc pas grand avantage à entrer dans de longs détails à ce sujet; le résumé suivant, emprunté à l’article de Dance, nous paraît suffisant : « La saignée, dit cet auteur, n’a été avantageuse que pour dissiper un état de pléthore ou de congestion accidentel; les sangsues, appliquées sur le bord des pieds, ont parfois calmé l’érythème, mais sans diminuer les engourdissements; sur le ventre, elles ont peu d’efficacité contre les symptômes gastro-intestinaux; sur le rachis, et en grand nombre, elles ont paru à quelques praticiens plus favorables contre l’ensemble des symptômes. Les cataplasmes émollients autour des pieds ont été le plus souvent de nul secours contre les fourmillements; quelquefois ils les ont augmentés. Les frictions sur les mêmes parties, avec des corps gras chargés d’une huile volatile (térébenthine) ou d’ ammoniaque , ont eu plus de succès; il en est de môme des lotions froides aiguisées avec de V acétate de plomb. Les bains simples, liquides ou en vapeurs, sulfureux ou aromatiques, n’ont en général produit que peu de soulagement. Les vésicatoires sont, de tous les moyens externes, ceux qui paraissent avoir eu le plus de succès pour calmer les engourdissements et les fourmillements, dans les cas notamment où ces douleurs n étaient point bornées aux pieds et aux mains. Appliqués le long des membres, et surtout dans la direction du rachis, ils ont plusieurs fois amené la cessation de
(1) Voy. Hirsch, Handhuch der hùtorisch-geographhchen Pathologie, Seite 272-2 7 G et Arch. (leméd. navale, novembre, t. IV, p. GOG.
1 ) I S INTOXICATIONS
ces symptômes. Le utoxu n’a été employé qu’un petit nombre de fois, et sans avantage marqué.
» A l’intérieur, on a mis en usage l'opium, la belladone, l’extrait de noix vomique, l 'usa fætidu, la valériane, la poudre de Doiver, sans obtenir en général d’autre changement qu’un calme temporaire dans les douleurs par le premier de ces médicaments. On a également- tenté les purgatifs, l'émétique à haute dose, le
traitement dit de la Charité pour la colique des peintres, mais sans résultats plus favorables. Ce dernier traitement paraît toutefois avoir eu quelque succès entre les mains de Cayol. Enfin, dans les cas où la maladie se présentait sous une forme rémittente ou intermittente, le sulfate de quinine s’est montré inefficace comme les autres médicaments. »
Pour compléter ce traitement, ajoutons ce que dit à ce sujet Rayer, qui a suivi les diverses phases de l’épidémie : « Dans l’incertitude où j’étais sur la nature de l’acrodynie, j'essayais, comme la plupart des médecins, divers remèdes que je croyais propres à combattre les symptômes prédominants, mais sans succès remarquable, la maladie étant toujours très-longue et variée dans ses phénomènes. Le plus souvent j’opposais l’eau de Seltz, le diascordium et la thériaque aux dérangements des fonctions digestives. Lorsque les symptômes nerveux se montraient avec intensité dès l’invasion, je faisais pratiquer une petite saignée; le malade était ensuite plongé dans un bain tiède, et prenait un grain d’opium le soir; si ces symptômes survenaient, au contraire, dans la seconde ou la troisième période de la maladie, et lorsque leur constitution avait déjà été détériorée, j’administrais les bains sulfureux , et quelquefois avec succès. Quant aux symptômes cutanés, je ne leur ai jamais opposé que des bains tièdes, des lotions et des applications émollientes. »