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ACCIDENTS GÉNÉRAUX SATURNINS. — SYMPTÔMES ET MARCHE

Ce délire peut se dissiper de lui-même, au bout de quatre ou cinq jours, après un sommeil paisible, et les malades ne conservent qu’une idée confuse de ce qui s’est passé. Ces cas ne sont pas, à beaucoup près, les plus fréquents, et, dans un certain nombre d’entre eux, les rechutes sont à craindre. Quelques sujets meurent subitement au plus fort de leur délire ; d’autres se donnent la mort , et dans le plus grand nombre des cas, cette forme délirante se termine par la forme comateuse.

2° Forme convulsive. — Celte forme a reçu les noms de forme épileptique ou d 'épilepsie saturnine. Grisolle n’a jamais pu constater l’existence de Y aura epileptica. . - \

Quelques individus (un septième) tombent subitement sans connaissance ; la sensibilité est abolie, les yeux sont fixes; on n’observe aucune convulsion. Cet état dure plusieurs heures.

« Lorsque les malades reprennent connaissance, ils ne jouissent pas immédiatement de la plénitude de leurs facultés intellectuelles ; ils ne se rappellent ni leur attaque, ni souvent les circonstances qui l’ont précédée; leur physionomie porte l’empreinte d’une stupeur profonde ; leurs membres sont tremblants ; ils chancellent, s’ils sont debout, et ne saisissent les objets extérieurs qu’avec hésitation ; leurs idées sont confuses; leur parole est lente, embarrassée. Bientôt, c’est-à-dire après huit ou dix minutes, une ou plusieurs heures, une nouvelle attaque se déclare: celle-ci s’accompagne ordinairement de mouvements convulsifs ; on voit alors la figure du malade s’injecter tout à coup, puis, et en un instant presque invisible, la rougeur est remplacée par la pâleur de la mort. Si l’individu est debout, il tombe à la renverse comme une masse inerte, insensible à tous les excitants extérieurs. Aussitôt tout son corps se roidit : les membres, les supérieurs surtout, éprouvent de légères secousses: on n'observe pas généralement de mouvements désordonnés qui poussent les malades hors du lit où ils reposent. Ordinairement la roideur, quelquefois presque tétanique, prédomine dans un côté ; alors on voit la face horriblement défigurée; les commissures sont fortement tirées à droite ou à gauche; les paupières sont fermées ou largement ouvertes; les yeux lixes ou roulants; toutes les parties sont agitées de petits mouvements convulsifs, La langue , dans la moitié des cas, saisie entre les dents, est déchirée ; une salive écumeuse , très-rarement sanguinolente, inonde les lèvres, en même temps que le gonflement des veines du cou et la turgescence violacée de la face viennent augmenter encore l’horreur d’un pareil tableau. Pendant que ces phénomènes existent la respiration est courte et pénible: elle devient bruyante, stertoreuse, lorsque la résolution arrive. Alors la pâleur remplace la teinte violacée de la face; la peau se couvre de sueur; les membres sont dans une résolution complète; les pupilles sont largement dilatées; la sensibilité générale continue d’être abolie; mais l’attaque est terminée après une durée moyenne de quelques minutes seulement.

» Quant à la marche ultérieure de l’affection, elle varie suivant les cas. Sur plus de la moitié des malades, après quatre ou dix minutes, la sensibilité revient progressivement ; l’intelligence reste obtuse ; le malade néanmoins est susceptible de percevoir quelques sensations; il peut fournir quelques renseignements, mais communément il exprime mal ses pensées; il bredouille souvent des mots inintelligibles. Quelques-uns, à peine réveillés, s’agitent et vocifèrent ; ils sont devenus maniaques; d’autres sont tourmentés par des idées sinistres, ou ont des visions

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DLS INTOXICATIONS.

effrayantes. Cette agitation furibonde, ces pensées tristes, cessent après quelques minutes, ou au plus tard après quelques heures, et sont remplacées par une nou-

velle attaque d'épilepsie, ordinairement plus intense que la première. Alors les accès se rapprochent de plus en plus ; ils deviennent presque subintrants lorsque la maladie doit avoir une terminaison fâcheuse ; dans leurs intervalles, qui sont fort courts, les malades ne recouvrent pas leur intelligence, mais restent plongés dans un éiat comateux et une insensibilité absolue.

» Dans quelques cas peu fréquents (une fois sur six), les convulsions sont irrégulières et difficiles a caractériser: c’est ce qui a fait dire à Sloll que presque tous les genres de convulsions ont lieu dans la colique saturnine, mais principalement la plus grave de toutes et qui attaque tout le corps, l’épilepsie, qui saisit, quitte, reprend les malades dans tous les temps et lorsqu’ils y pensent le moins.

» La forme convulsive peut être irrégulière dès le début , ou le devenir après des

attaques d’épilepsie souvent répétées; dans ces cas, ces convulsions sont partielles, affectent la face entière ou l'un de ses côtés seulement; un ou plusieurs membres sont à la fois frappés de contracture permanente , persistant sans interruption trois, quatre, six heures et plus, jusqu’au terme fatal. Enfin on a vu des malades devenir cataleptiques , mais celte forme de convulsion est la plus rare de toutes; nous ne l’avons jamais rencontrée.

» La mort arrive souvent après des phénomènes d'asphyxie, tantôt subitement, comme s'il y avait une sorte de suspension de l’action nerveuse, tantôt après un coma qui peut persister depuis quelques heures jusqu’à un jour. ■> (Grisolle.)

3° Forme comateuse. — Mous avons vu que les deux formes précédentes se terminent fréquemment par le copia ; dans quelques cas aussi, la forme comateuse se manifeste d’emblée, et alors on observe les phénomènes suivants: d'abord le malade ne paraît plongé que dans un d somnolence 'profonde, dont on peut encore le tirer de manière à en obtenir quelques réponses sur ce qu’il éprouve actuellement; il est généralement calme, mais par moments il fait entendre quelques plaintes, s’agite, se met sur son séant, sur scs genoux, etc. Les yeux sont fermés ou largement ouverts.; mais dans les deux cas la vue est abolie, il y a amaurose. Si la maladie ne se transforme pas en épilepsie, le malade revient à lui; il a seulement l’air étonné, il ne répond pas encore, et les facultés ne se rétablissent que peu à peu.

§11. — Durée, terminaison.

La durée de la maladie varie suivant la forme des accidents. Le délire, s’il est intermittent, peut se prolonger, sans entraîner la mort, pendant quatre, six, neuf et dix-sept jours. Les attaques d'épilepsie peuvent se répéter à des intervalles plus ou moins rapprochés, depuis quelques minutes jusqu’à six ou sept jours. Enfin Y état comateux persiste le plus souvent de deux à six jours; mais dans quelques cas heureusement fort rares, la durée de l’affection, considérée en général, est trèscourte; car quelques heures, quelques minutes, quelques secondes même suffisent pour emporter les malades (Grisolle).

Les récidives ne sont pas rares, alors même que les malades ne se soumettent plus à l’action délétère du plomb; mais Grisolle a constaté quelles ne paraissent plus à craindre après la fin du second septénaire.

Dans plus de la moitié des cas, il n’y a aucune lésion appréciable. Chez les autres

INTOXICATIONS DOUTEUSES. — ACRODYNIE.

sujets, ou trouve une augmentation de volume du cerveau ; les circonvolutions sont serrées et aplaties, et la dure-mère est distendue. Les ventricules sont vides, et leur cavité a perdu une partie no table, de sa capacité. Quelquefois la pulpe cérébrale a une coloration jaunâtre.

§ III. — Diagnostic, pronostic!

Diagnostic. — Par l’existence actuelle ou antérieure d’autres accidents saturnins, et en particulier de la colique, on arrivera au diagnostic. Si l’amaurose existe, elle mettra aussi sur la voie par sa brusque apparition et sa disparition au bout de quelques jours. L’état constamment calme du pouls mérite encore de fixer l’attention.

Pronostic. — La mortalité est de plus de la moitié ; c’est dire toute la gravité du pronostic. La forme convulsive est la plus grave. Il est rare que le malade succombe quand il a passé le sixième ou le septième jour.

§ IV. — Traitement.

La saignée elles applications froides sur la tête sont non-seulement inutiles clans la grande majorité des cas, mais encore nuisibles (Grisolle). Dans les cas que ' nous avons observés et traités, une ou deux applications de sangsues au cou ne nous ont pas paru aggraver les accidents.

Grisolle pense qu’un large vésicatoire sur tout le cuir chevelu peut être utile dans la formation comateuse ; mais ce n’est encore qu’une présomption. Il en est de même des affusions froides.

L’opium est utile dans le délire furieux; il calme et procure le sommeil. On l’administre sous forme de lavements (quinze ou vingt gouttes de laudanum dans un demi-lavement émollient).

Le sidfate de quinine et les antispasmodiques ont constamment échoué.

Le traitement de la Charité, ou toute autre méthode évacuante, ne produit aucun effet contre les accidents cérébraux.

Rayer, cité par Tanquercl, a fini par abandonner tous ces traitements plus qu’incertains, et, s’en tenant à la méthode expectairte, il a vu, sur 34 malades, un seul cas de mort. Ce résultat est bien remarquable, et tend à prouver que les remèdes préconisés sont plus qu’inutiles, qu’ils sont très-nuisibles. .

ARTICLE VII

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