‹ Guide du médecin praticien (volume 2)Chapitre 404 sur 494 · SYMPTÔMES ET MARCHE · texte numérisé non relu

SYMPTÔMES ET MARCHE

à leur développement et à leurs migrations. Nous dirons, en parlant du diagnostic, avec combien de maladies la trichinose a été confondue, même depuis que les moyens d’investigations modernes ont permis de voir les trichines. On comprend, h plus forte raison, combien d’erreurs ont dû être commises sous ce rapport à des époques plus reculées. En dehors des intoxications déterminées par des poisons que les progrès de la science chimique peuvent former ou isoler de toute pièce, nous ne croyons pas qu’il surgisse des maladies nouvelles, pas plus qu’il ne surgit spontanément des espèces animales nouvelles.

§ Et. — Symptômes et marche.

Nous ne pouvons mieux faire que de résumer le tableau de la maladie qui a été tracé par le savant professeur H. Lebert, qui a été à même d’étudier la trichinose au lit du malade. Par l’observation, il est arrivé à grouper les symptômes en quatre périodes. Première période : des accidents gastro-intestinaux; deuxième période: des accidents mvopathiques fébriles; troisième période : de la cessation des accidents myopathiques et de la fièvre; quatrième période : de la convalescence. Dans les cas graves et mortels, les deux dernières périodes sont remplacées par la troisième période parallèle des accidents mortels de pleuro-pneumonie ou par le collapsus.

Première période : accidents y astro -intestinaux. — «Lorsqu’une grande quantité de viande trichinisée a été ingérée en un seul repas, il n’est pas rare d’observer déjà vers le soir, ou pendant la nuit qui suit, de grands malaises d’estomac, qui se terminent par des vomissements abondants, par une forte diarrhée, en un mot par une espèce de cholérine qui, plus elle a été violente, plus aussi débarrasse les malades de leurs hôtes dangereux. En effet, ces cas sont alors souvent abortifs. Après de l’abattement, de la fatigue, les douleurs musculaires passagères qui suivent les grands efforts de vomissements, rien de sérieux ne survient plus et les malades sont promptement guéris ; ou, quelques trichines seulement ayantéchappé aux déjections, celles surtout qui étaient déjà parvenues dans l’intestin, il survient plus tard quelques douleurs vagues dans les membres, qui cessent au bout de huit à dix jours; un peu de malaise général et de faiblesse, puis prompt retour à la santé. Il en est de même aussi si peu de trichines ont été ingérées, soit que la quantité de viande trichinisée ingérée ait été petite, soit que la viande n’en ait renfermé qu’un petit nombre.

« Dans tous les cas, il y a quelques accidents gastriques au début, quelquefois presque latents, mais le plus souvent assez prononcés; grands malaises dans la région de l’estomac, nausées, renvois, quelques vomissements; puis il survient mauvais goût à la bouche, perte de l’appétit, malaise général , céphalalgie frontale, sentiment de lassitude, sommeil agité. Les nausées persistent, les vomissements peuvent devenir plus fréquents, accompagnés de douleurs et d’un sentiment de constriction épigastrique; la diarrhée peut les suivre, de près et, comme dans la cholérine, les selles abondantes peuvent se succéder rapidement, accompagnées de coliques. Plus souvent, la diarrhée s’établit lentement après des nausées et des vomissements peu intenses, l’anorexie et la dyspepsie prédominant du côté de l’estomac. Les malades ont deux, trois, jusqu’à quatre et cinq selles liquides par jour, accompagnées de quelques douleurs de ventre. Au bout de trois à quatre

PARASITISME CHEZ, L’HOMME

jours, un peu de lièvre survient, les malades sont pour la plupart obligés de s’aliter, en tout cas ils sont faibles, moroses, incapables d’aucun effort, d’aucun travail suivi. Et ces accidents gastro-intestinaux singuliers ont ordinairement encore cela de frappant, de caractéristique même, qu’ils s’établissent à la fois chez un certain nombre d’individus d’une même famille ou d’une même localité.

» Seconde période : accidents myopathiques fébriles. — Les accidents de la première période ayant duré cinq à six jours, une semaine ou un peu au delà, persistent le plus souvent sous la forme de perte d’appétit et légère diarrhée accompagnées de coliques; des douleurs d’abord vagues et peu intenses surviennent à la tête, à la nuque, dans la poitrine, dans la région lombaire, dans les membres, et deviennent de jour en jour plus fortes, tant à la pression que par les mouvements. La pression et la palpation font bientôt découvrir un engorgement particulier des membres, caractérisé par un gonflement et une dureté appréciables, mais non accompagné d’enflure œdémateuse, la peau et le tissu cellulaire sous-cutané du tronc et des membres ne gardant point l’empreinte du doigt. Il n’en est pas de même de la figure. Dès le début de cette période, ainsi dès la fin de la première ou au commencement de la seconde semaine, les douleurs de tête augmentent, les mouvements de la tête deviennent plus difficiles, à cause d’une certaine roideur douloureuse des muscles de la nuque; mais aussi tout mouvement des yeux, des muscles delà face, est accompagné de malaises, de douleurs même. En même temps un gonflement œdémateux des plus caractéristiques survient à la ligure; i! commence ordinairement parles paupières, qui en sont le point de départ et le centre; la fente oculaire devient ordinairement plus oblique, l’angle externe étant plus haut que l’interne. L’œdème s’étend au front, aux joues, rarement aux lèvres; puis, après quelques jours de durée, il disparaît peu à peu pour ne plus revenir.

-> Les muscles des yeux étant envahis de bonne heure par la migration de trichines^ une fortehypérémiedela conjonctive survient, qui peut aussi aller jusqu’à l’engorgement œdémateux de la conjonctive oculaire ; l’œil en même temps devient très- sensible à la lumière, les malades recherchent une demi-obscurité, les pupilles se dilatent et restent dans cet état pendant longtemps, elles sont peu contractiles; les mouvements de l’œil étant douloureux, celui-ci prend une espèce de fixité singulière, la vue est un peu altérée et surtout sa force d’accommodation.

» Pendant que les douleurs musculaires deviennent de plus en plus intenses, la fièvre aussi augmente de jour en jour. Bientôt elle atteint 100 a 108 et, dans les cas graves, jusqu’à 120 pulsations par minute; la chaleur augmente, elle va a 39° C. , plus tard jusqu’à h 0 et même ôl° C. , surtout pendant les derniers temps des cas mortels. La respiration s’arrêtera, arrivée à 28, 32 et au delà. La migration des trichines, toujours très-forte dans les muscles du larynx, y a pour effet un sentiment de malaise, de douleur parfois, surtout lorsqu’on remue le larynx; la voix est faible, légèrement voilée, rarement rauque ou enrouée; besoin de tousser fréquent, accompagné de douleurs thoraciques; celles-ci surviennent spontanément, soit le long des muscles pectoraux, soit dans le dos, soit surtout aussi dans les espaces intercostaux. Le diaphragme étant un des sièges de prédilection des trichines, les mouvements respiratoires sont de plus en plus gênés, la dyspnée devient habituelle, les malades respirent mal et superficiellement, un sentiment de constriction à la base de la poitrine augmente les souffrances cl les douleurs de

THIClIlNOSIi. — SYMPTÔMES ET MAUCHI.

poitrine. La toux, fréquente, douloureuse, fort incommode, persiste et s accompagne de peu d’expectoration muqueuse, si elle ne reste pas tout à tait sèche.

» L’intensité et surtout la multiplicité des douleurs condamnent bientôt les pauvres malades à une immobilité presque complète, d’apparence paralyti forme; les membres sont dans la position d’une légère demi-llexion, avec un peu de contracture parfois des mains. La langue, déjà chargée dès le début, se sèche et s’engorge; ses mouvements, ainsi que ceux des muscles du palais, sont très-gènés par suite du nombre considérable de trichines qu’ils renferment. Les malades ont de la peine à sortir la langue et, ce qui pis est, la déglutition est gênée et difficile, compliquée encore parfois par une gêne douloureuse, une vraie contraction même des muscles de la mâchoire avec apparence de trismus. Le ventre aussi est tendu, douloureux à la pression, dur et un peu météorisé.

» Les urines sont rares, concentrées, réduites à 2 ou .300 grammes dans les \ ingt-qualrc heures, acides, très-riches en urates, non albumineuses. Outre l’immobilité presque absolue, les malades ont un sentiment de faiblesse et une prostration des forces extrêmes ; leur disposition est triste, plus tard apathique. Les nuits sont presque sans sommeil, ou le sommeil est troublé, souvent interrompu; des sueurs très-fortes incommodent les malades, surtout la nuit. Un peu de délire, quelques hallucinations, surviennent quelquefois, soit pendant la nuit, soit vers le soir. Un fait digne de remarque est, pendant ce temps, la tendance hémorrhagique; les règles reviennent en dehors de leur temps ou après avoir depuis longtemps cessé, l’hémoptysie, des hémorrhagies intestinales, prises pour hémorrhoïdales, s’observent parfois. Aux troubles de la vue se joint quelquefois de la dureté de l’ouïe, soit d’un côté, soit des deux.

» Dans des cas d’intensité moyenne les malades, après avoir beaucoup souffert et considérablement maigri, commencent b avoir quelques soulagements dans la troisième et la quatrième semaine.

» Troisième période : cessation des accidents myopat laques et de la fièvre. — • Si les cas légers peuvent arriver de bonne heure à cette phase heureuse, le plus souvent cependant, surtout dans les cas d’intensité moyenne, ce n’est guère que dans la cinquième et la sixième semaine, y compris la première semaine des accidents initiaux, que le mieux s’établit lentement et graduellement. Les douleurs diminuent, les mouvements cependant reviennent bien lentement à un peu plus de force et de facilité. Quelquefois l’œdème anémique, sur lequel nous reviendrons plus loin, se montre aussi chez ces malades, avec empâtement œdémateux des membres, bien moins prononcé que pour les cas graves. La douleur à la pression devient de moins en moins vive, les trichines s’entourant de leur capsule et l’inflammation multiple des libres musculaires étant complètement arrêtée. La toux cesse, la respiration redevient normale, la langue se nettoie, le pouls reprend un rhythme plus lent. Les urines reparaissent claires, abondantes, les sueurs cessent, le sommeil revient; les selles reprennent la consistance normale, parfois il y a pendant quelque temps de la constipation.

» Quatrième période : convalescence. — La vraie convalescence est caractérisée par un fort bon appétit, parfois vraiment vorace; la fièvre a cessé ; la maigreur extrême fait place à un embonpoint rapidement croissant, et qui, dès le troisième ou le quatrième mois, dépasse même souvent l’embonpoint qui existait avant la Yaixein, 5p édit. V ü7

PARASITISME CHEZ, ï.'llOMMK.

maladie; la face, blême et pâle, reprend les couleurs de la santé et les mouvements mimiques et expressifs du retour de la force intellectuelle. En même temps les muscles redeviennent plus fermes; la peau, après une desquamation complète, est recouverte d’un épiderme nouveau., et peu à peu disparaissent aussi les troubles visuels; la pupille redevient normale. Quelques malades ont encore, pendant quelque temps, la respiration un peu gênée, surtout si une complication pleurétique a eu lieu; de l’œdème des pieds ou de la jambe gêne aussi quelques malades dans leurs mouvements, et ne cesse que lentement; les cheveux tombent, mais se régénèrent promptement; les règles, chez les femmes, reviennent d’une manière normale trois a quatre mois après le début de la maladie; il y a un retour si complet à la santé, une joie de la vie souventsi grande, que l’on se douterait h peine que le petit parasite perfide ait conduit ses malades presque au bord de la tombe, et qu’en nombre très-considérable il continue à vivre h l’état enkysté. Il va sans dire que, lorsque les accidents ont été fort graves, lorsque des complications pleuro-pulmonaires dangereuses étaient survenues, lorsque les malades sont déjà âgés ou affaiblis par une maladie antérieure, le retour à la santé est plus lent, moins complet; et pendant longtemps encore ces malades restent faibles et fort impressionnables, pour revenir cependant plus tard aussi à un rétablissement beaucoup plus complet qu’on aurait osé l’espérer auparavant (1).

» Troisième période parallèle : accidents mortels pleuro-pulmonaires ou par collapsus. — Dans le cours de la quatrième semaine, rarement plus tôt, la fièvre augmente, le pouls arrive à 132, jusqu’à 1ô0 par minute; les sueurs deviennent excessives; les nuits sans sommeil sont troublées par des visions ou du délire; lares-' piration s’accélère; la température reste habituellement au-dessus de ôO degrés centigrades. L’anorexie est complète, la soif vive, la prostration des forces est extrême, l’agitation et l’angoisse alternent avec un état soporeux; la langue, très-gênée dans ses mouvements, se sèche, se fendille, elle reste gonflée, elle se couvre d’un enduit fuligineux; la peau devient quelquefois le siège d’une éruption miliaire abondante. L’immobilité est telle que les malades laissent plutôt aller tout sous eux que de se livrer à un mouvement momentané; des eschares surviennent au sacrum. La sensibilité des membres devient plus obtuse; engourdissement; un œdème général et considérable occupe les membres, mais presque toujours d’une manière inégale, sans que les urines renferment de l’albumine. Peu à peu les malades perdent connaissance, ils sont plongés dans un état comateux; les évacuations deviennent vraiment involontaires; la langue s’embarrasse, à peine si les malades peuvent articuler quelques paroles; le pouls devient filiforme, misérable; la peau se refroidit et les malades tombent dans un état de collapsus extrême.

» Cet épuisement mortel est, dans un bon nombre de cas, hâté, occasionné même par les symptômes d’une pleurésie et surtout d’une pneumonie, plus souvent lobulaire et disséminée que loba ire.

» A toutes les périodes , et surtout pendant les premières semaines, on peut constater la présence de trichines dans les selles; toutefois on en trouve bien plus rarement que l’on ne serait tenté de le croire, et l’absence de ce signe manque de valeur pour infirmer le diagnostic. Un second signe beaucoup plus certain est la

(l) Comparez celte description aVec celle de f Acrodynie, p. 1028.

TRICHINOSE. — ÊTIOEOGIE.

présence de trichines dans les muscles, constatable dès la lin de la seconde semaine. En effet, on peut extraire de petits fragments de substance musculaire cl y constater la présence des trichines à l’état libre ou enkysté. » (Lebert.)

§ m. — Durée, terminaison, pronostic.

Nous avons dit que, dans certains cas heureux, toutes les trichines pouvaient être éliminées par les déjections que leur présence déterminait, cl que, deux ou trois jours après leur ingestion, la convalescence s’établissait. Le plus ordinairement, la maladie même très- atténuée dure dix, quinze, vingt jours et au delà, bien que les symptômes gastro-intestinaux et les douleurs musculaires soient peu intenses. Quand la trichinose est bien prononcée, il faut compter sur un espace de sept semaines pour le développement de ses périodes; cette durée est abrégée chez les enfants.

La guérison est la terminaison la plus fréquente, toutefois dans des proportions très- variables, comme le prouve le tableau suivant, dont les chiffres ont été relevés par Pagenstecher et par Lebert.

Épidémie de Hettstaeds, en 1863 15!) malades, dont 28 morts.

de Calbe, en 1 866 ....

de Hedersleben, en 1865

de Goerlitz, en 1865

de (Juedlinburg, en 1861

de Plauen, en 1 862

de Shoenfelds, en 1865

de Ruegen, en 1863

de Leipzig, en 1863

de Hettstaeds, en 1861

Les circonstances principales qui peuvent influer sur le degré de mortalité, sont : la quantité de trichines ingérées, la susceptibilité individuelle, l’état antérieur de santé, l’âge, le sexe. La pneumonie est la complication la plus fatale.

§ IV. — Etiologie.

Jusqu’à présent, toutes les infections connues chez l’ homme ont eu lieu par la \ iande de porc non cuite, ou insuffisamment cuite, qui est la source principale sinon unique de la trichinose. On admet généralement que le porc est trichinisé, surtout par l’ingestion de rats trichinisés eux-mêmes, mais il y a encore beaucoup d’obscurité sur ce point, et l’on ne peut savoir si c’est le rat qui est le premier anneau de cette chaîne. L’infection survient surtout par l’ingestion de viande renfermant des trichines enkystées ou sur le point de l’être. Pour expliquer la fréquence des épidémies qui ont désolé et ému l’Allemagne depuis quelques années, nous ne pensons pas qu’il faille, avec Lebert, recourir à l’hypothèse d’une pullulation exceptionnelle des trichines, semblable à celle des sauterelles qui s’abattent, certaines années, comme un fléau dévastateur, sur une contrée. Nous sommes plus porté à croire que, de tout temps, la trichinose a dû exister, qu’elle a sévi avec plus ou moins d’intensité, suivant le régime adopté par les populations, suivant le mode d’alimentation des porcs, les soins accordés à leur élevage, etc. De ce qu’elle a été méconnue cl confondue avec une foule d’autres maladies sporadiques ou épidémiques, ce n’est pas une raison pour croire qu’elle soit d’origine récente (2).

(1) 27 morts dans une seule maison.

(2) Pagenstecher {ojj. at. p. 31) cite connue l’observation la plus ancienne de trichinose, celle

1060 PARASITISME CHEZ L’hOMMIî.

Si 1 Allemagne a le malheureux privilège d’être plus allligée de ce terrible parasitisme, cest que, dans plusieurs de ses parties, on mange plus que partout ailleurs de la charcuterie et surtout de la chair à saucisse crue ou presque crue; de même, si les Abyssins offrent généralement le taenia, c’est parce qu’ils mangent de la viande à l’état de crudité.

Mais nous dirons avec Lebert : '< L’optimisme qui croit la France ou tel autre pays a-| abii de la tiichinose nous paraît, avec les moyens actuels de communicaf i j ns et la grande propagation déjà connue des trichines, une vraie illusion que I a\euit piobabl entent ne ratifiera pas. » C’est là précisément ce qui nousaengagé a nous étendre aussi longuement sur ce sujet, dans un ouvrage du genre de celui-ci.

§ V. — Diagnostic.

Nous empruntons à l’article de Fritz, remarquable par son érudition et sa lucidité, ce qui est relatif au diagnostic; «On comprend sans peine que, à une époque ou la symptomatologie de la trichinose était; peu connue, de nombreuses erreurs de diagnostic aient dû être commises. On a pris cette maladie tantôt/ pour une lièvre gastrique ou pour une lièvre typhoïde, tantôt pour une cholérine, tantôt pour la grippe ou pour une lièvre rhumatismale. Certaines épidémies, celle de Magdebourg par exemple, ont été décrites sous le nom d’ œdème aigu épidémique du tissu cellulaire sous-cutané (scleroma adultorum). Ailleurs, on a cru à un tétanos ou a un empoisonnement. La plupart de ces erreurs de diagnostic sont devenues impossibles aujourd hui. L’ensemble symptomatologique est assez caractéristique pour que le diagnostic n’oiïre pas de difficultés sérieuses une fois (pie la maladie est arrivée à sa seconde période, et les médecins allemands qui l’ont observée la reconnaissent facilement. Tl faut convenir toutefois que les accidents de la première période n’ont absolument rien de pathognomonique. On a pu quelquefois constater la présence des trichines dans les déjections ; mais il paraît malheureusement que, dans le plus grand nombre des cas, les recherches faites dans ce sens n’ont donné aucun résultat. Il semble donc que, dans ces conditions, on doive éprouver les plus grandes hésitations. Le renseignement capital se doit trouver dans la manière dont les accidents surviennent, attaquant simultanément, ou à peu près, des groupes définis de personnes : les membres d’une même famille, les personnes qui ont pris part à un repas commun, peu de temps avant l’apparition des accidents; les clients d’un boucher ou d’un charcutier, lequel alors s’est trouvé à peu près toujours atteint lui-même. C’est, en elîet, par une enquête relative à de pareilles circonstances que, dans la plupart des épidémies, on a été mis sur la voie du diagnostic, qui a été ensuite affirmé par l’examen microscopique des viandes ingérées. Dans les cas où cet examen ne pourrait être fait, on apprendra au moins que les personnes malades ont mangé de la viande de porc crue ou peu cuite, sous une forme ou sous une autre. L’idée d’un empoisonnement se présenterait naturellement à l’esprit en raison même du groupement des faits ; mais on éliminerait sans grande difficulté la plupart des intoxications, d’abord à cause de l’absence de leurs caractères propres, et en second lieu en raison de l’intervalle libre de vingt-quatre,

de Michael Thcr, de 1675, publiée clans la lrc décade, ami. VI, 1677, des Actes des cunet/.r de la nature.

M) Fritz, tie:. hebd. de méd . et dcchi /•., t\ niai 1860, j>. ‘277.

TRICHINOSE. — TRAITEMENT.

treute-six, quarante-huit heures, qui précède le plus souvent l’invasion des accidents gastro-intestinaux de la trichinose.

Il est cependant un genre d’empoisonnement qui doit être mentionné spécialement ici; nous voulons parler des accidents qui seraient dus à un principe toxique que les auteurs allemands ont désigné sous le nom de Schinkenyifte t de 11 urstgift (poison des jambons et des saucisses), mais il nous semble inutile de nous y arrêter. Ces accidents n’ont pas été observés en France, et il est même avéré que parmi les faits rangés dans cette catégorie, en Mlemagne, il en est au moins un certaiu nombre qui doivent être mis sur le compte de la trichinose.

On a pensé qu’à partir de la deuxième période on pouvait apercevoir les trichines enkystées sous la muqueuse de la face inférieure de la langue; mais les faits ont montré combien peu cette présomption était fondée. Reste, pour assurer le diagnostic, la ressource d’exciser ou d’extraire, à l’aide de l’instrument de Middeldorpf, un fragment de muscle (du biceps par exemple), et de l’examiner au microscope. Nous recommanderons expressément de n’y recourir que dans les cas où elle paraîtrait tout à fait indispensable pour assurer le diagnostic. Ces opérations ne sont pas sans danger, et ont donné lieu plusieurs fois à des érysipèles extrêmement graves (1). »

§ VI. — Traitement.

Les indications à remplir sont à peu près les mêmes que dans le cas d’un empoisonnement: 1° expulser les trichines ingérées; 2° les détruire quand elles ont pénétré dans les muscles; (J° remédier, par une médication appropriée, aux principaux accidents que leur présence dans l'économie détermine ou a déterminés.

Sans doute un vomitif énergique administré peu d’heures après l’ingestion d’une viande suspecte serait très-utile, mais les. circonstances où le vomitif est réellement indiqué seront exceptionnelles ; six ou huit heures après un repas dans lequel de la viande trichinisée aura étéingérée, il sera opportun d’administrer un ou plusieurs purgatifs, mais les trichines adhèrent tellement à la muqueuse intestinale qu’il n’y a pas lieu de compter- sur ce moyen. D’après Rupprecht, le calomel soulagerait beaucoup les malades et provoquerait l’expulsion d’un grand nombre de trichines et même d’embryons, s’il est administré plusieurs jours après l’introduction des trichines dans l’intestin. Aussi la médication évacuante convient pendant toute la durée de la deuxième période (accidents gastro-intestinaux). Il faudra surtout se bien garder des préparations opiacées qui ont donné des résultats désastreux dans certaines épidémies, en Allemagne. Aucune substance destinée à détruire les trichines dans 1 intestin n’a rempli ce but, et plusieurs de celles qu’on a essayées peuvent être nuisibles. Les expériences instituées par Rosier prouvent qu’aucune des substances susceptibles de détruire les trichines ne peut être donnée à assez forte dose ou dans un état assez concentré pour pouvoir les atteindre lorsqu’elles sont parvenues dans le système musculaire. 11 faut le reconnaître, nous ne possédons actuellement aucun moyen capable de faire périr les trichines musculaires.

Quant au traitement purement symptomatique des accidents, il n’y a, pour le moment, aucune utilité de s’y arrêter.

Prophylaxie. — «C’est vers une prophylaxie efficace que doivent tendre, avant tout, les efforts de ceux qui ont charge de la santé publique ou privée. » (Fritz.)

(1) Voigtel, Wiener mcdizinische Wochenschrift, 1865, n° 46.

PARASITISME CHEZ L’HOMME

Les mesures d’hygiène publique ou privée capables de prévenir la trichinose de l’homme, se réduisent, en somme, à deux ordres de précautions :

1° Empêcher que les porcs trichinés soient livrés h la consommation (1).

2° Ne faire usage de la viande de porc qu’après lui avoir fait subir les préparations susceptibles de tuer sûrement les trichines. La cuisson est certainement le moyen le plus sûr pour prévenir l’infection, mais il faut qu’elle soit faite de telle manière que nulle part la viande ne reste à une température inférieure à «SO degrés, et c’est là un résultat plus dilïicile à obtenir qu’on ne saurait le croire. La cuisson à outrance , l’action du calorique portée aussi loin que cela est compatible avec les exigences gastronomiques, telle paraît être la seule règle qui donne une garantie suffisante pour la consommation de la viande de porc fraîche et de ses dérivés. Une fumigation, longtemps continuée , a une grande valeur, surtout lorsqu’elle est suivie de la cuisson. (Fritz.)

Entozoaires de l’intestin grêle.

Ascaris lumbricoides (némaloïdes), Yalleix, tome IV, p. 123.

Anchylostomu duodcnaïc (nématoïdes). Ce ver se lient fortement adhérent à la muqueuse du duodénum et du jéjunum; il se fixe à l’aide de ses crochets. On remarque, au point d’attache, une ecchymose de la grosseur d’une lentille, au centre de laquelle paraît une tache blanche. On assure que ces entozoaires occasionnent parfois des hémorrhagies intestinales (2).

Trichinn spirniis (nématoïdes), voyez le paragraphe précédent.

iiotiiriocepimius latus (cestoïdes), Valleix, tome IV, p. 135.

Tænia mcdiorancllata (cestoïdes), Valleix, tome IV.

Taenia solium (cestoïdes), Valleix, tome IV.

Entozoaires du cæcum.

Triclioccpiiaiiu) dispar (némaloïdes), Valleix, tome IV, p. 13/i.

Entozaires du rectum.

Oxyiirus verni leuiarl.s (nématoïdes), Valleix, tome IV, p. 132.

Entozoaires du foie.

Echinococcus hominis (scolex du Tænia echinococcus), Valleix, tome IV, p. 205.

Echinococcus aiiriciparicns (en Islande), Valleix, tome IV, p. 105.

Entozoaires de la vésicule biliaire.

Distonia hcpaticuni (trématoides), Valleix, tome IV, p. 275.

Disioma lanceoiatum (trématoides), Valleix, tome IV, p. 275.

Entozoaires du rein.

Strongylus gigas (nématoïdes), Valleix, tome IV, p. 507.

Nous avons omis, à dessein, dans cette énumération, les espèces douteuses et les espèces rares qui, jusqu’à présent, n’intéressent que le naturaliste.] (Le Roy de Méricourt. )

(f ) Nous renvoyons le lecteur, pour ce sujet, aux diverses publications sur les trichines et la trichinose que notiâ avons citées, et au rapportde Delpech ( Bulletin de l'Académie dé médecine, 1 8 ü G , t. XXXI, et Annales d’hygiène publique et de médecine légale, 18üü).

(2) Moquin-Tandon, loc. cil.

r.oÎTItK passager.

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