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GOÎTRE PASSAGER

La tuméfaction hypertrophique du corps thyroïde , que l’on est généralement porté à considérer comme un état pathologique permanent, quand on n’a en vue que certaines formes sur lesquelles nous aurons bientôt à insister (2), offre, dans le domaine de la pathologie, le bel exemple d’une hypertrophie passagère , se développant sous une influence qui nous échappe, mais qui n’en existe pas moins. On connaît de <• nombreux exemples de personnes qui, ayant quitté une Contrée où le goitre n’est pas connu, pour venir en habiter une autre où cette affection est endémique, ont été prises tout à coup d’hypertrophie de la glande thyroïde : le simple retour dans le pays natal suffit ordinairement pour faire disparaître celte infirmité (3). » *

Nous aurons plus loin à examiner les circonstances étiologiques (U) qui ont pu déterminer, dans ces cas, le développement hypertrophique du corps thyroïde. Bornons-nous actuellement à constater le fait, et surtout sa durée passagère; mais nous devons placer immédiatement, en regard, le fait important, souvent observé et plus spécialement étudié dans un récent travail par Natnlis Guillot (5), à savoir, Vhypertrophie du corps thyroïde chez les femmes enceintes. Cette modification, liée à un état physiologique passager (la gestation), est plus ou moins marquée

(1) Yoyez notamment Vidal (de Cassis), Traité de pathologie externe et de médecine opératoire, 5e édit. Paris, 1861, t. III, p. 782 et suiv.

(2) Voyez plus loin, art. Goître endémique.

(3) A. Morel, Du goitre et du crétinisme ( Arch . gén. de méd., 1803, t. Il, p. 13/i).

(4) La désignation de thyroïdite a été quelquefois employée comme synonyme d’hypertrophie aigue du corps thyroïde ; mais c’est un terme uniquement destiné alors à rappeler la nature aiguë du goître et la promptitude avec laquelle il disparaît, soit par le changement de pays, soit par l’usage d’agents thérapeutiques spéciaux.

(5) Natalis Guillot, De /'hypertrophie de ta glande thyroïde des femmes enceintes ( Arch . gén. de méd., 1860, t. Il, p. 513).

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suivant les cas; elle est physiologique, cl vient, grossir le nombre de ces hypertrophies passagères, normales, qui se développent avec la grossesse, s’accentuent avec ses progrès, et décroissent graduellement après l’accouchement. Depuis longtemps, déjà, l’hypertrophie de l’utérus et des mamelles était bien connue; les recherches modernes, et particulièrement, celles de Ch. Robin (l),deCh. Rouget (2) et de quelques autres auteurs, nous avaient fourni les plus précieux renseignements sur les modifications anatomiques offertes par l’appareil génital. La découverte de l’hypertrophie normale du cœur chez les femmes enceintes, faite eu 1828 par .1. F. Larcher (3) et confirmée par les recherches ultérieures de Ducrest (è), d’Hipp. Biol (5), de Zambaco et de J. Béraud (6), était venue démontrer la valeur physiologique de l’hypertrophie passagère; des recherches complémentaires de.l. Béraud avaient fait voir une modification semblable offerte par les ganglions lymphatiques (7) ; Devalz avait observé aussi, de son coté, l’épaississement des parois des vaisseaux à sang rouge (8); H. Blot et S. Tarnior avaient constaté l’hypertrophie du foie (9) ; lorsque le goitre des femmes enceintes reçut de Nalalis Guillot (10) une interprétation physiologique, qui, en venant s’ajouter à tous les faits que nous venons de rappeler, achevait de démontrer, dans un organe au développement duquel il nous est permis d’assister en quelque sorte sur le vivant, la tendance générale de l’organisme vers l’hypertrophie, comme moyen indispensable, inhérent à la fonction de reproduction.

De même que l’hypertrophie du cœur, liée à la gestation, ne s’accompagne d’aucun trouble morbide, quand il n’existe pas de complications; de même, aussi, le goitre de la femme enceinte n’est généralement pas dangereux (Natalis Guillot, Grisolle). Cependant, chez quelques femmes, dont les grossesses ont été trèsrapprochées, l’hypertrophie du cœur, persistant même eu dehors de l’état de gestation, peut finir par constituer un état pathologique, surtout chez les rhumatisantes (J. F. Larcher); de même, aussi, l’hypertrophie du corps thyroïde peut,

(t) Cli. Robin, Mémoire pour servir ù l’histoire anatomique et pathologique (Je la membrane muqueuse utérine, etc. ( Areh . gén. de méd ., 4e série, l. XVII, p. 257, 305, et f. XVUI, p. J 86, Paris, 1848).

(2) Ch. Rouget, Recherches sur tes organes érectiles de la femme , sur /'ovulation et lu menstruation {Journal de lirown-Séqvard, su c la physiologie de l’homme et des animaux, •1858).

(3) .1. F. Larcher. Note insérée par Ménière dans son mémoire intitulé: Observations et réflexions sur t' hémorrhagie cérébrale . considérée pendant la grossesse pendant et après l' accouchement {Areh. gén. de méd., lre série, t. XV[, p. 521). — De l’hypertrophie normale du cœur pendant la grossesse et de son importance pathogénique {Areh. gén. de méd., •l859, t. I, p. 291), mémoire couronné par l’Académie des sciences (décembre 1862).

{h) Ducrest, cité par Beau, dans son Mémoire sur les bruits des artères {Areh. gëu. de méd.. A* série, t. X, p. 28).

(5) Hipp. Biol, cité par S. Tarnier, Annotations au Traité de Cazeaux stq T art des accouchements. Paris, 1866, p. 133.

(6) Zambaco et J. Béraud, cités par Andral dans son Rapport sur le concours des prix de médecine {Comptes rendus de P Académie des sciences, 29 décembre 1862).

(7) J. Béraud, loc. cil.

(8) Devalz, thèse inaugurale, Paris, 1858, et A. Trousseau, Clinique médicale , t. lit, p. 604.

(9) S. Tarnier, Comptes rendus des séances de ta Société de biologie , 2- série, t. lit, année 1856, p. 213.

(10) Natalis Guillot, toc. cit.

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