‹ Guide du médecin praticien (volume 2)Chapitre 417 sur 494 · PLÉTHORE. — SYMPTÔMES · texte numérisé non relu

PLÉTHORE. — SYMPTÔMES

De toutes les saisons , le printemps, surtout au début des chaleurs, est celle où se manifestent le plus fréquemment les accidents de la pléthore. Mais peut-on dire que la pléthore elle-même se produit alors? Non, sans doute, car souvent le sang est déjà, depuis un certain temps, trop riche en globules, lorsque les premières chaleurs, activant la circulation, viennent rendre cette surabondance manifeste. Doit-on voir, dans l’état de g?'ossesse même, une prédisposition à cette pléthore, ou faut-il chercher la cause des accidents dans la vie plus sédentaire, dans la nour riture plus abondante des femmes enceintes? C’est ce que les recherches des auteurs ne permettent pas de décider.

[Toutefois, nous ferons remarquer que, dans cet état, la pléthore sanguine est niée aujourd’hui par tes observateurs les plus sérieux, d’après les données de l’analyse chimique. Becquerel et Rodier ayant analysé le sang de neuf femmes enceintes, ont trouvé 111 comme chiffre moyen des globules; et Regnauld, sur vingt-cinq analyses, a trouvé 117,4 comme moyenne. Cette pléthore doit rentrer dans la classe des pléthores séreuses. ]

Les sujets qui sont affectés de pléthore ont, en général, un embonpoint assez notable; mais l’embonpoint est moins une cause prédisposante de la pléthore qu’un effet. D’ailleurs, il n’est pas très-rare de voir des sujets maigres offrir tous les accidents de la pléthore.

Dans un bon nombre de cas, il faut avoir recours, pour expliquer l’existence de la pléthore, à une prédisposition cachée, à une constitution primordiale du sang. Cette vérité est démontrée par la production de la pléthore dans des cas où toutes ces causes manquent, aussi bien que les causes occasionnelles dont il va être question, et où, dès le jeune âge, on remarque une tendance invincible du sang à se charger d’une trop grande quantité de globules.

Les causes occasionnelles sont de deux ordres, savoir : 1° l’introduction dans le sang d’une plus grande quantité de matériaux que n’en exige l’entretien du corps; 2° la rétention, dans ce liquide, de substances qui auraient dû en sortir par les excrétions. Une nourriture trop abondante, trop substantielle; l’usage des vius généreux, etc., appartiennent au premier ordre; le second comprend la suppression d’une évacuation habituelle, d’une saignée de précaution, d’un llux quelconque, et en particulier, du llux hémorrhoïdal. Dans ce dernier ordre aussi doivent être rangés les résultats de certaines causes prédisposantes, telles que la vie sédentaire et la mollesse; car, en pareil cas, ce qui occasionne les accidents, c’est la disproportion de l’alimentation et des pertes journalières du corps.

§ III. — Symptômes.

Le n’est que par degrés que se développe la pléthore. Aussi arrive-t-il souvent que, dans le principe, les sujets, loin de se croire malades, se trouvent plus forts, plus dispos, et se félicitent de ce surcroît d’énergie de toutes leurs fonctions. Mais plus tard quelques accidents, légers encore, viennent annoncer que les limites sont dépassées. Loin d’être plus ardents que dans l’étal normal, ainsi qu’ils l’étaient d’abord devenus; loin d'avoir une digestion plus active, une respiration plus libre, etc., les sujets se sentent lourds, ils ne peuvent pas se livrer à une occupation suivie, ils ont une grande tendance à s’endormir, surtout après les repas;

PLETHORE.

leur face devient plus colorée, turgescente; en un mot, l’état de plénitude se fait déjà sentir.

Plus tard, ces accidents, d’abord supportables, prennent un plus grand accroissement. La face est vivement colorée, l’œil brillant. La tête est lourde; les sujets y éprouvent un sentiment de tension, quelquefois une véritable douleur; ils ont des bourdonnements, des tintements d’oreille. Parfois la vision est troublée, les objets paraissent colorés en rouge, et souvent des étourdissements viennent effrayer les malades, surtout après de grands efforts, au moment où ils se relèvent après s’être baissés pendant un certain temps, après l’acte de la défécation, etc. Quelques-uns éprouvent un sentiment de pesanteur , une lassitude générale; tous ont une tendance plus ou moins grande au sommeil , et leur sommeil est lourd, prolongé, avec des rêvasseries. Le réveil est pénible, long; les sujets restent longtemps encore dans un état de torpeur. Par moments, une tension plus grande de la tète et des bouffées de chaleur se font sentir. Les battements clu cœur sont grands et forts. Quelques médecins ont cru trouver un bruit de souffle dans cet organe; mais, ainsi (pie le fait remarquer Andra), ce symptôme n’appartient pas à la pléthore; dans les cas où on l’a noté, il y avait une complication de maladie du cœur. Le pouls est large, grand; il bal lentement et avec force; on le déprime difficilement. La respiration elle-même ne se fait plus avec la même facilité; il y a un sentiment de plénitude dans la poitrine et quelquefois une véritable chaleur. En lin du dégoût, de l’anorexie, la pesanteur de l’épigastre, la constipation, peuvent venir se joindre à cet appareil de symptômes.

Tous les sujets ne présentent pas l’ensemble de ces phénomènes, quoique la maladie n’eu soit pas moins bien caractérisée. L’état de la circulation et de l’innervation fournit les symptômes les plus précieux.

§ IV. — Marche, durée, terminaison.

La marche de la pléthore est graduelle et continue; dans certaines circonstances, les accidents deviennent promptement intenses, mais ordinairement ils ne s’accroissent que peu à peu. La durée est illimitée.

La pléthore n’a pas, par elle-même, une gravité réelle, et sa terminaison n’est pas fâcheuse ; mais on a dit qu’elle pouvait se terminer par certaines affections graves. Ainsi la plupart des auteurs ont admis que les sujets pléthoriques étaient, beaucoup plus que les autres, disposés aux phlegmasies : maladies qui, chez eux, se faisaient remarquer par une très-grande gravité. Relativement à cette dernière assertion, nous ne pouvons rien dire de positif; mais la première a été démentie par Amiral. Cet auteur, remarquant que chez les pléthoriques la fibrine n’exislc pas en plus grande quantité qu’à l’état normal, avait tout d’abord pensé que l’opinion générale pouvait être erronée, soupçon qui a été ensuite confirmé par l’examen des faits cliniques. Aussi n’hésite-t-il pas à avancer que « ce n’est qu’une fausse analogie de symptômes qui a fait dire que la pléthore disposait aux phlegmasies » . On ne trouvera nulle part aucune objection sérieuse à cette manière de voir. La pléthore dispose- t-elle davantage aux congestions cérébrales, à l’apoplexie, aux hémorrhagies actives? On est naturellement porté à l’admettre; cependant des recherches exactes sur ce point ne seraient pas inutiles.

D’abord, pour expliquer la pléthore, on a dit que le sang était plus riche, sans

PLÉTHORE

TRAITEMENT

spécifier davantage. Puis on a cherché dans la surabondance de la fibrine la cause de la série d’accidents précédemment décrite; mais les dernières recherches d’Andral ont définitivement résolu la question. Ce n’est pas la fibrine qui est en surabondance, puisque, dans l’analyse du sang des pléthoriques, Andral n’a trouvé qu’une moyenne de 2,7 sur 1000 en fibrine, et que la moyenne normale est 3 sur 1000 ; ce n’est pas non plus un autre élément étranger aux globules; c’est la surabondance seule de ces globules qui constitue la véritable altération anatomique. Dans l’état physiologique (1), on a pour moyenne des globules 127/1000, pour maximum 140, et pour minimum 110 ; or, dans la pléthore, les chiffres correspondants sont : moyenne 141, maximum 154, et minimum 131. La différence est, comme on le voit, des plus notables.

§ V. — Diagnostic, pronostic.

Le diagnostic de la pléthore est en général facile. On la distingue d’une véritable phelegmasie, en ce que, aucun organe n’étant particulièrement affecté, elle ne donne pas lieu à des symptômes locaux caractéristiques. Il est un peu plus difficile de la distinguer d’une simple congestion locale, et surtout d’une congestion vers la tète. Ces congestions, en effet, s’accompagnent assez souvent d’un état général qui les rapproche de la pléthore. Mais la rapidité plus grande avec laquelle elles sont survenues, et la disproportion entre les symptômes locaux et les symptômes généraux font bientôt cesser les incertitudes. Ces congestions étaient décrites autrefois comme des pléthores, sous le nom de pléthores locales. Mais nous pouvons mieux encore à présent reconnaître combien on était dans l’erreur, puisqu’il est évident qu’une augmentation dans la quantité des globules du sang ne saurait produire une affection toute locale. Quant au pronostic, on a déjà vu que la possibilité de quelques accidents consécutifs peut le rendre grave dans certains cas.

§ VI. — Traitement.

Le traitement de la pléthore est des plus simples, et l’application en est trèsfacile. Si les accidents sont légers et demandent encore, pour se produire, des causes excitantes assez énergiques, telles que des excès, le séjour dans un appartement chaud, etc., il suffit de quelques jours de diète, de l’usage des boissons aqueuses, des bains simples, et d’un exercice un peu actif.

Mais si les troubles du système circulatoire et du système nerveux sont considérables, et si surtout on a quelques raisons de craindre les accidents consécutifs signalés plus haut, on doit avoir recours à quelques moyens plus actifs. La saignée tient sans contredit le premier rang. A la suite de la saignée, le vide fait dans l’appareil circulatoire tend à se combler par une production de liquide presque entièrement séreux ; par ce fait, la seule altération qui existe dans la pléthore, c’est-à-dire la surabondance des globules sanguins, se trouve atténuée ; rien de plus simple donc que 1 efficacité souveraine de la saignée. On aura recours à ce moyen avec d autant plus d’empressement, que les accidents seront survenus après la suppression d un flux, un retard dans une saignée de précaution habituelle, etc. Lorsque des hémorrhagies ont lieu chez des sujets pléthoriques, elles

il) Amiral, Ihlmatolngip , p. 29.

PLÉTHORE

produisent le môme effet que la saignée ; il faut cloue se garder de les arrêter trop tôt, et le médecin devra se contenter de veiller à ce que la perte de sang ne dépasse certaines limites. (les hémorrhagies sont presque toujours des épistaxis, un flux hémorrhoïdal, des menstrues abondantes. Il faut toujours rechercher si l’on ne peut pas rapporter l’hémorrhagie à une lésion organique, car alors la conduite 6 tenir serait bien différente (1). L’application d’un nombre considérable de sangsues est utile, principalement quand il s’agit de suppléer des flux sanguins, tels que les menstrues et le (lux hémorrhoïdal, parce qu’on peut les appliquer sur le point même, et rappeler le llux supprimé. Mais ordinairement la saignée est bien préférable.

Les boissons aqueuses abondantes, apportant dans le torrent circulatoire une grande quantité de liquide, ont également une utilité réelle; on ne devra donc pas les négliger. Une diète plus ou moins rigoureuse viendra en aide à ces moyens, auxquels on joindra avec avantage les bains simples de courte durée à une température modérée, un exercice assez actif, de légers purgatifs fréquemment répétés, l’habitation d’un lieu frais et: aéré.

Ce traitement est plutôt hygiénique que thérapeutique, mais il suffit lorsqu’il est bien employé.

(1) Yoy. tome II, Épistaxis, Hémoptysie.

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