CANCER DE L’UTÉRUS. — DIAGNOSTIC, PRONOSTIC
offrent les caractères de l’encéphaloïde : leur tissu est blanchâtre, mou, bourgeonnant; elles sont couvertes, lorsqu’elles s’ulcèrent, par un suc lactescent très-abondant, miscible à l’eau, et suintant aussi par la pression sur une surface de section ; en outre, elles s’aceompaguentd’un développement assez considérable de vaisseaux. Leur caractère distinctif •essentiel consiste dans la formation nouvelle d’une trame de tissu conjonctif, servant de soutien aux vaisseaux et formant des cavités alvéolaires généralement microscopiques, remplies de cellules épithéliales.
Ordinairement, l’altération pathologique gagne les ganglions des régions voisines, soit directement (1), soit par extension, surtout lorsqu’une fois l’ulcération du col ou du corps de l’organe a commencé déjà. Souvent le tissu cellulaire intermédiaire aux organes pelviens est envahi lui-même, et quelquefois c’est à ce point qlie ces organes deviennent adhérents entre eux et complètement immobiles (2).
Outre le vagin, la vessie et le rectum qui, ainsi que nous l’avons vu (§ IV), participent souvent à la maladie et deviennent le siège d’ulcérations, ou voit quelquefois les trompes (3) et les ovaires (U) être atteints par la dégénérescence.
Le produit néoplasique a été retrouvé aussi dans les vaisseaux lymphatiques qui se rendent du bassin aux ganglions inguinaux (5), et même dans le canal thoracique (6), dans le psoas et jusque dans les nerfs sciatique et crural (7).
Outre les détails qui précèdent, nous mentionnerons la coïncidence de la tuberculose pulmonaire avec les tumeurs épithéliales de l’utérus; en effet, quoique Jenning et Carswel aient cru à l’antagonisme des deux néoplasies, Rokitansky, Broca, E. Wagner et, plus récemment, V. Corail ont publié des faits qui s’élèvent contre cette prétendue incompatibilité (8).]
§ VI. — Diagnostic, pronostic.
Les seules affections avec lesquelles on pourrait confondre le cancer de l’utérus sont la métrite chronique , la chute de la matrice, un polype de cet organe, et un ulcère simple ou vénérien.
La métrite chronique , qui succède parfois à une métrite aiguë, s’annonce par un écoulement muco-purulent, delà pesanteur, un gonflement ordinairement con-
(1) V. Cornil, toc. cit., observation III, p. 492.
(2) W. F. Montgomery, Cases of Cancer uteri, case 1 ( Dublin Hospital Reports, janv. 1842, vol. V, p 413).
(3) V. Cornil, toc. cit.
(4) Bluntlell , Diseases of Women , p. 159. — Voyez aussi Siebokl, Frauenzimmerkankheiten,\ ol. I, p. G24. — Velpeau, Mémoire tendant, à prouver l'altération des fluides dans les maladies cancéreuses ( Revue médicale, 1825, t. I). — Schroedcr van der Kolk, De l'extension des cellules du cancer aux environs des tumeurs cancéreuses ( Archives générales de méd., 1856, 1. 1, p. 54).
(5) Montgomery, loc. cit., case 2-3.
(6) Andral. Précis d’anat. palholocj, Paris, 1829, t. I, p. 501, et Clinique médicale ,
t. V. — Voyez aussi : J. Cruveilliier, Traité d'anat. patholog. génér. Paris, 1864, t. V.— liourman, Mémoire sur le cancer utérin ( Revue médicale française et étrangère, 1837). — \. Cornil, l. c., p. 634, et Comptes rendus de la Société de biologie, 3° série, t. V, 1863, p. 184. J '
(7) V. Cornil, loc. cit., p. 637, et Mémoire sur les tumeurs épithéliales des nerfs (. tournai de l’anedomie et de la physiologie de Ch . Robin, t. 1, p. 187 à 191. Paris, 1864, planche IV).
(8) V. Cornil, loc. cit., p. 658.
MALADIES DES FEMMES
sidérable du col et du corps, mais non par une hémorrhagie notable, comme cela a lieu dans presque tous les cas de cancer. Le gonflement du col est uniforme, ou, s’il est bosselé, c’est d’une manière particulière ; dans le cancer, au contraire, le gonflement commence par un point et envahit le reste du col ; il est remarquable par des bosselures irrégulières. Pendant un temps illimité, le gonflement delà métrite chronique persiste sans qu’il y ait rien de changé dans l’aspect de la tumeur; au bout d un temps qui n est pas ordinairement fort long et qui ne peut pas dépasser six mois, le cancer commence à se ramollir ou à s’ulcérer. L’écoulement, dans la métrite chronique, est muco-purulent; dans le cancer, il est d'abord formé d un liquide ténu, roussâtre ou grisâtre ; il présente ensuite une couleur rosée ou sanieusc, et a une odeur forte, pénétrante, particulière, qui ne se remarque pas dans l’écoulement de la métrite. Nous avons vu aussi que, dans la plupart des cas, la muqueuse du col affecté de cancer non ulcéré est pâle, blafarde et lisse. Or, dans la métrite chronique, la muqueuse, participant à l’inflammation, est plus ou moins rouge et ordinairement grenue. Enfin, lorsqu’il s’agit d’un cancer, l’état général est, dans l’immense majorité des cas, promptement détérioré et les signes de la cachexie cancéreuse se manifestent; les exceptions qu'on a citées ne peuvent infirmer cette règle. Dans la métrite chronique, au contraire, on ne voit survenir le dépérissement qu’âpres de longues souffrances, et encore ce dépérissement n’at-il rien de particulier et ressemble-t-il à l’épuisement de toutes les maladies chroniques.
La présence d'un polype dans l’utérus ne peut faire croire à l’existence d’un cancer que si la production morbide n’est pas appréciable par le toucher. Alors il y a des hémorrhagies abondantes et fréquentes qui jettent les malades dans l’anémie et l’épuisement ; le corps de l’utérus paraît gonflé, il est lourd ; on peut supposer l’existence d’un cancer du corps de l’organe. Mais d’abord il faut remarquer que le cancer de l’utérus, borné au corps de l’organe, est de beaucoup le plus rare, ce qui doit déjà inspirer des doutes. Ensuite, si l’on louche par le rectum, on trouve la matrice uniformément développée sans bosselures ; l’anémie causée par un polype ne ressemble que très-imparfaitement à la cachexie cancéreuse ; et enfin on ne remarque pas, dans les matières excrétées, cette odeur particulière signalée plus haut.
La chute de la matrice est presque toujours accompagnée de métrite chronique, et souvent même elle en est le résultat Pour reconnaître l’inflammation chronique et la distinguer du cancer, on aies signes que nous avons exposés tout à l’heure, et en replaçant l’utérus à l’aide du toucher, ou s’assure qu’il n’est pas devenu immobile, comme dans les cas où un cancer a envahi le col, une partie du corps et les parties voisines.
Il est ordinairement difficile de distinguer au premier abord certains ulcères simples , et surtout certains ulcères vénériens , de l’ulcère qui résulte de la désorganisation de la partie cancérée. Il ne faut pas oublier, quand il s’agit du diagnostic de l’ulcère simple, qu’il est ordinairement peu profond ; que ses bords ne sont ni durs ni élevés ; que la matière qui s’en écoule n’a pas la fétidité particulière de celle que produit l 'ulcère cancéreux ; qu’enfin il n’en résulte pas cette débilitation spéciale, cette cachexie cancéreuse dont nous avons parlé.
Quant à Yulcère vénérien , c’est surtout d’après les renseignements qu’on doit