CHAPITRE V
MALADIES DES OVAIRES
ARTICLE PREMIER
OVARITE.
[ On a distingué 1 ovarite en simple ou idiopathique , et en puerpérale, cette ddeinièie pouvant, à son tour, être divisée en puerpérale proprement dite et en oost -puerpérale (Chomel). On a, enfin, décrit une ovarite symptomatique d’une lautie affection. Nous traiterons seulement de Lovante simple, qui se termine presque toujours par résolution. Quant aux autres formes de I’ovarite, qui aboutissent l 'presque constamment à la suppuration , l’abcès de la fosse iliaque, qui en est ordiimairement la conséquence, domine à ce point l’intérêt pratique, que l’inflammaùion de l’ovaire sera plus utilement décrite à son occasion.]
MALADIES DES FEMMES
1° OVARITE AIGUË.
§ I. — Définition, synonymie, fréquence.
Chereau (1), qui a réuni les observations d’ovarite les plus importantes, n’a cité que sept cas de ce genre, et encore, on ne peut s’empêcher de conserver des doutes sur quelques-uns d’entre eux. Nous n’en avons observé qu’un seul, dont nous parlerons plus loin.
§ II. — Causes.
Les causes de l’inflammation idiopathique de l’ovaire sont des plus obscures. Chereau a rapporté quelques cas où il a paru que les efforts de la menstruation , dans lesquels il y a congestion sanguine de l’ovaire, peuvent être suivis d’une inflammation de l’organe congestionné. Le fait, cependant, demanderait de nouvelles recherches. La suppression subite des menstrues aurait le même effet, d’après deux observations citées par Chereau (2). Copland (3) a signalé aussi une ovarite rhumatismale ; mais rien ne prouve qu’en pareil cas le principe rhumatismal fût pour quelque chose dans la production de la maladie. Louis (/i) a trouvé, dans plusieurs cas de maladies fébriles, un peu de rougeur et de tuméfaction des ovaires, mais jamais de lésions assez graves pour mériter une description particulière.
[B. Béraud et B. Bail ont décrit aussi une ovarite varioleuse, qui, selon Béraud (5), peut, comme l’orchite de ce nom (6), affecter deux formes, l’une périphérique, l’autre parenchymateuse.]
On a encore cité comme causes de l’ovarite les coups , les chutes , les plaies , l’emploi des aphrodisiaques.
Parfois l’ovarite résulte de l’ extension de V inflammation blennorrhagique à un ovaire (Bourand) (7).
L’ovarite survient parfois sans cause appréciable , ainsi que nous 1 avons constaté chez une femme de plus de soixante ans, chez laquelle son existence n’a pas été douteuse.
Dans le cours d’une fièvre puerpérale , l’ovaire peut s’enflammer; mais, en pareil cas, c’est une affection secondaire. Quelque temps après l'accouchement , cet organe peut également être pris d’une inflammation qui se termine par résolution ou par suppuration. Le second cas nous occupe seul ici.
L’ovarite se produit principalement pendant la grande période de la menstruation; cependant le fait que nous venons de citer prouve que cette règle n est pas sans exception.
Chereau, Mémoire pour servira l'étude des maladies des ovaires. Paris, 1844. Chereau, toc. cit ., p. 131.
Copland, Journal médico-chirurgical. Londres, 1830.
Louis, Recherches sur la fièvre typhoïde , 2e édit. Paris, 1841, 2 volumes in -8. B. Béraud, Recherches sur l'orchite et /'ovarite varioleuses ( Arch . gén. de 1859, t. l*r, p. 588).
(6) Gosselin, Annotations au Traité des maladies du testicule, de Curling, p. 278. 1857. — B. Béraud, Ion. cit. — Voyez aussi t. IV, p. 666, art. Orcuite.
(7) Bourand, thèse. Paris, 1847.
méd.,
Paris,
OVARITE AIGUË. — SYMPTÔMES.
§ HL — Symptômes.
Dans tous les cas cités, il y a eu une douleur spontanée assez vive, et surtout une douteur violente sous la pression; c’est au point qu’un attouchement un peu >'>rt sur la région iliaque malade est tout à fait insupportable. La douleur sponmnée peut s’irradier dans les lombes et môme dans les cuisses; elle est parfois oulsative. Les mouvements du membre inférieur causent de la douleur dans la iaartie malade, et le membre reste immobile et à demi fléchi.
Une tumeur , dont les auteurs comparent généralement le volume h celui d’un 'euf de poule, mais qui peut, comme nous l’avons vu, être plus considérable au commencement de la maladie, se montre dans une fosse iliaque, bien rarement aans les deux h la fois. La position de cette tumeur n’a pas été indiquée d’une Manière bien précise. Dans les faits cités par Chereau, la tumeur était mobile , et jans quelques-uns seulement, elle pouvait être limitée de manière à faire reconnaître la forme de l’ovaire tuméfié. Dans le cas soumis à notre observation, les eeux premiers jours, nous avons trouvé dans la fosse iliaque droite une tumeur mi avait 6 ou 7 centimètres de diamètre, et qui occupait cette région de manière tu’il n’y avait aucun intervalle entre elle et l’os iliaque correspondant. Elle ôtait immobile, et nous crûmes à la formation d’un phlegmon de la fosse iliaque non mcore suppuré; puis la tumeur se limita, un intervalle souple existait entre elle tt l’os iliaque, et l’on sentait une dureté ovoïde parfaitement limitée. Les jours nuivants, la tumeur diminua rapidement de volume, de sorte qu’en dix on douze murs elle avait complètement disparu, sans évacuation d’aucune espèce. Dans une IJjservation due à Harisson (1), la tumeur aurait été située au-dessous de la protubérance du sacrum, ce qui nous paraît difficile à comprendre.
Le toucher par le rectum peut être utile pour constater la position de la tumeur, niais nous ne trouvons pas de renseignements suffisants sur ce point.
La tumeur est résistante; elle donne un son mat à la percussion, qui doit être pratiquée légèrement dans les premiers temps, à cause de la douleur vive qu’elle (occasionne.
Dans les cas où la maladie survient après les couches, les symptômes locaux ont les mêmes d’abord; il n’y a, en effet, rien de particulier sous ce rapport, que î terminaison par suppuration dans certains cas. t
Les autres symptômes locaux signalés par quelques auteurs étaient dus à des usions des organes voisins, et appartenaient par conséquent à des complications ont nous ne devons pas nous occuper ici.
Les symptômes généraux sont très-variables suivant les cas. Si la maladie est urvenue spontanément, elle peut ne déterminer qu’un simple malaise et un mouement fébrile insignifiant. Dans les cas où elle vient pendant une menstruation ifficüe, il y a les signes de la dysménorrhée, et de plus un mouvement fébrile 'ssez prononcé (Chereau); la fièvre, avec brisement des membres , céphalalgie, oif, troubles digestifs, accompagnait les ovarites survenues à la suite d’une suppression des règles. Enfin chacun sait que l’ovarite qui se manifeste pendant les oouches détermine un mouvement fébrile semblable h celui que produit la métrite.
(1) Harisson (de Louisville), The American Journ. of the med. sciences, 1835.
MALADIES DLS FEMMES.
Dans tous ces cas, une constipation opiniâtre peut être le résultat de la compression exercée sur l’intestin par la tumeur, lorsqu’elle est considérable.
§IV. — Marche, durée, terminaison.
La marche de la maladie est continue. Sa durée est d’un ou deux septénaires lorsqu’elle se termine par résolution ; dans le cas contraire, il se forme un abcès (1), ce qui n’a jamais eu lieu dans les cas d’ovarite idiopathique. Suivant quelques auteurs, on aurait encore à craindre de voir l’ovaire se gangrener; mais on n’a pas cité de cas d’ovarite simple so terminant ainsi.
[Luton (2) a pubié la relation d’un cas, suivi de mort, dans lequel une hémorrhagie intra-péritonéale diffuse avait eu son point de départ dans un ovaire altéré par l'inflammation.]
§ V. — Diagnostic, pronostic.
Le signe principal qui, avant la suppuration, sert à faire distinguer cette affection d'un phlegmon de la fosse iliaque, est la forme ovoïde et circonscrite de la tumeur; mais ce signe ne se montre pas toujours. Le signe consistant dans un intervalle entre la tumeur et l’os iliaque est très-important. On ne l’observe jamais dans les abcès; cet intervalle n’a été sensible qu’au bout de quelques jours. S’il en était toujours ainsi, il nous paraîtrait bien difficile de distinguer, avant cette époque, l’ovarite du phlegmon de la fosse iliaque. Il ne faudra pas oublier le toucher rectal, qui peut faire apprécier la forme de la tumeur, alors qu’elle n’est pas facilement perçue à travers la paroi abdominale.
Le pronostic est peu grave lorsque l'affection s’est développée hors de l’époque des couches. Dans le cas contraire, on a à redouter la suppuration, dont nous ferons connaître plus loin le danger.
[Pour le cas particulier de Yovarite varioleuse, le pronostic, comparé surtout à celui de l’orchite du même nom, offrirait, selon Béraud, une gravité plus grande. Il y a là, en effet, une inflammation qui se déclare au milieu d’une vaste membrane séreuse, et qui, quoique localisée d’abord dans un point très-circonscrit, peut envahir les parties voisines et déterminer une véritable péritonite (3).]
§ VI. — Traitement.
La saignée, des sangsues en plus ou moins grand nombre, suivant la force des malades, et surtout suivant l’intensité des phénomènes locaux et généraux; les émollients, quelques narcotiques ; la diète, le repos; des purgatifs peu violents pour vaincre la constipation : tels sont les seuls moyens qu’on ait mis en usage, et qui se soient montrés suffisants dans les cas d’ovarite simple. On conseille, si la résolution se fait attendre, d’avoir recours aux frictions mercurielles, aux médicaments appelés fondants, etc.; mais nous n avons pas de bonnes obseï \ ations qui
nous fassent connaître les cas de ce genre.
[Dans le cas où, chez une femme atteinte de variole, une douleui suiviendiait dans les fosses iliaques ou dans leur voisinage, Béraud (ft) conseille de ne pas
(!) voyez plus loin l’article Inflammation des fosses iliaques internes.
(2) Luton, Comptes rendus des séances de ta Société de lao/ogtc . 2e sérié, t. II, année
(3) Béraud, loc. cit., p. 592.
(Il) Id., ittid. , p. 593,