RHUMATISME MUSCULAIRE. — DIAGNOSTIC
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forte pour que l’on en tire une semblable conclusion, et le rhumatisme musculaire est une affection si fréquente, qu’il n’est nullement étonnant qu’on la rencontre dans la plupart des autres maladies.
Nous ne pouvons rien dire de précis sur la complication par une névralgie ; elle n’est pas rare ; le rhumatisme musculaire peut se transformer eu névralgie proprement dite, et chez quelques sujets on voit alterner fréquemment ces deux affections.
§ V. — Marche, durée, terminaison de la maladie.
La marche du rhumatisme aigu est continue, mais avec de grandes exacerbations. Par moments, les malades se sentent très-soulagés : s’ils veulent contracter les muscles affectés, ils s’aperçoivent que la douleur est loin d’être dissipée. Dans le rhumatisme musculaire chronique, les exacerbations sont bien plus marquées encore, parce que, pendant des intervalles souvent très-longs, il n’existe qu’une douleur légère et qui ne devient notable que dans les grands mouvements. Dans un certain nombre de cas, il y a intermittence, et la douleur disparaît complètement pendant des temps plus ou moins longs, se reproduisant, dans l’immense majorité des cas, plusieurs fois dans une année. La durée du rhumatisme musculaire aigu n’est ordinairement que de trois à huit ou dix jours. Dans quelques cas, il se prolonge pendant plusieurs semaines ; alors il y a des périodes de rémission bien tranchées.
Cette affection ne se termine pas par la mort. Après plusieurs attaques de rhumatisme musculaire aigu, on voit souvent survenir le rhumatisme chronique. On a cité des cas de paralysie partielle, suites d’un rhumatisme musculaire. C’est surtout dans la scapulodynie, dont nous parlerons plus loin, que l’on a observé cette terminaison.
§ VI. — Lésions anatomiques.
Presque jamais on ne trouve de lésions dans les muscles affectés. Si le rhumatisme est resté longtemps fixé dans un point et y a conservé une assez grande intensité pour empêcher les mouvements, l’atrophie des muscles affectés et celle du membre condamné à l’immobilité en sont le résultat. Il en est de même lorsque la paralysie partielle est la conséquence du rhumatisme musculaire. Quant à l’infiltration gélatiniforme, à l’ossification, à la rétraction des muscles, il n’est pas encore permis de considérer les affections qui donnent lieu à ces résultats comme identiques avec celles que nous venons de décrire, et il faut étudier cette question difficile en ayant soin de ne pas se laisser abuser par de simples apparences, comme on l’a fait quand on a pris l’inflammation des muscles, la myosite (1), pour un simple rhumatisme. Ces derniers mots font voir que nous ne regardons pas comme des rhumatismes musculaires les cas où l’on a trouvé la suppuration des muscles.
§ VII. — Diagnostic, pronostic.
Dans presque tous les cas douteux, c’est entre l’existence du rhumatisme musculaire et celle de la névralgie que l’on a à se prononcer.
(1) Voyez, à ce sujet, Dionis des Carrières, qui a Lit de la myosite l’objet de recherches intéressantes : Études sur la myosite, thèse. Paris, 1851.
MALADIES CONSTITUTIONNELLES
Les signes distinctifs variant suivant chaque espèce de rhumatisme, à cause du siège de l’affection, c’est lorsqu’on arrive à faire l’histoire de ces diverses espèces qu’on peut tracer un diagnostic différentiel vraiment utile. Le rhumatisme diffère de la névralgie proprement dite en ce que la douleur occupe une plus grande surface : les points douloureux à la pression sont moins limités ; ces points se trouvent surtout aux attaches des muscles et non sur le trajet d’un nerf, et la contraction musculaire cause une souffrance hors de toute proportion avec les autres douleurs spontanées ou provoquées, tandis que dans la névralgie, c’est le contraire que l’on observe le plus souvent.
L 'inflammation d’un muscle , la myosite , se distingue du rhumatisme musculaire par l’intensité de la douleur, qui est extrême ; par l’impossibilité absolue des contractions ; par I absence de soulagements passagers aussi marqués (pie dans le rhumatisme ; par le gonflement, et quelquefois la rongeur et l’empâtement de la partie affectée, si le muscle est superficiel ; par l’intensité extrême de la douleur à la pression ; par sa fixité dans un point situé vers le centre du muscle et non aux attaches ; enfin par la fièvre et l’altération des principales fonctions.
Pronostic. — Le pronostic n’a rien de grave. Le rhumatisme chronique est une maladie des plus rebelles. Quelques espèces, comme le lumbago, la pleurodynie, la scapulodynie, qui sont les plus fréquentes, sont aussi les plus difficiles à guérir.
§ Vm. — Traitement.
1° Traitement du rhumatisme musculaire aigu. — Si le mal est léger, on se contente de prescrire un bain simple , des cataplasmes émollients , le repos dans une position telle que les muscles affectés soient dans le relâchement. Si le rhumatisme csf très-violent, il faut recourir aux émissions sanguines. La saignée générale est rarement mise en usage dans ces cas ; cependant si le sujet est robuste et sanguin, l’extraction d’une assez grande quantité de sang par la veine est un moyen qui a des avantages réels et qu’on ne doit pas négliger. Les ventouses scarifiées sont d’un usage général dans cette affection, ainsi que les sangsues appliquées à plusieurs reprises, si la persistance des douleurs l’exige.
A l’aide de ces seuls moyens et de quelques boissons sudorifiques, telles que l’infusion de sureau et de bourrache, on parvient facilement h faire disparaître le rhumatisme musculaire aigu dans le plus grand nombre des cas. Les émissions sanguines locales, et l’application des sangsues en particulier, ont une efficacité chaque jour démontrée par les faits. Dès le lendemain de la première application, le soulagement est très-considérable, et au bout de peu de temps tous les syinptômes sont dissipés.
Si la douleur résiste, on a recours à quelques topiques excitants, tels que les sinapismes, le chloroforme, les liniments avec Y alcali volatil, les cataplasmes à l’alcool saturé de camphre, les frictions avec l’alcool camphré, une solution de savon, etc. Nous faisons remarquer ce nouveau trait de ressemblance entre le rhumatisme musculaire et la névralgie, (pii, elle aussi, cède parfois aux applications sur la peau des moyens que nous venons d’énumérer.
Si la douleur est rebelle et tend à passer à l’état chronique, on a recours aux vésicatoires, aux cautères, aux rnoxas. Les cas de ce genre sont rares. Pour que
RHUMATISME MUSCULAIRE. — TRAITEMENT
les vésicatoires agissent, on est souvent obligé de les entretenir, ou mieux de les multiplier, comme dans les névralgies. Ce qui nous a réussi le mieux dans des cas très-rebelles de scapulodynie , c’est l’application de larges vésicatoires sur lesquels on appliquait du chlorhydrate de morphine à dose croissante de 1 a 5 ou 6 centigrammes.
2° Traitement du rhumatisme musculaire chronique. • — Dans les cas d’exacerbations violentes et de retour à l’état aigu du rhumatisme musculaire chronique, on met en usage les moyens qui ont été énumérés plus haut. L’existence de la douleur chronique ne change rien à la pratique ordinaire. Si la douleur a perdu son acuité, on a très-fréquemment recours aux vésicatoires à demeure ou aux vésicatoires volants et multipliés. Ce moyen, quoique réellement utile, est notablement moins elïicace, lorsque la douleur siège bien évidemment dans un ou plusieurs muscles, que lorsqu’elle est bornée au trajet bien connu d’un nerf. Ne doit-on pas admettre que, dans les cas très-nombreux où l’on a vu disparaître trèsrapidement la douleur sous l’influence des vésicatoires, il s’agissait d’une névralgie bien caractérisée, d’une névralgie proprement dite, et non d’une névralgie musculaire? C’est une manière de voir qui paraîtra très-légitime à tous ceux qui ont jeté les yeux sur quelques-unes des observations de rhumatisme musculaire publiées avant ces dernières années. Parmi les pleurodynies, les lumbagos, les rhumatismes musculaires de la tête et de l’abdomen, on trouve une très-grande quantité de névralgies intercostales, lombo-abdominales, etc.; et, en pareil cas, les vésicatoires ont dû nécessairement avoir une très-grande efficacité. Cette différence dans l’action d’un même médicament, sur des maladies de même nature, s’explique par la différence du siège.
Les mêmes réflexions s’appliquent à l’emploi de la cautérisation transcurrente , à laquelle on a eu également recours dans des cas où l’on n’a vu qu’un rhumatisme musculaire chronique. On sait combien ce moyen énergique est efficace dans les névralgies. Les cautères et les moxas sont bien moins fréquemment employés, et il n’est pas assez prouvé qu’ils aient plus d’utilité que les moyens qui viennent d'être mentionnés, pour qu’on passe par-dessus leurs inconvénients bien connus.
Lorsque la douleur, sans être très- incommode par son intensité, l’est par sa persistance, il suffit quelquefois de frictions sèches avec une brosse anglaise, avec de la flanelle, un morceau de tissu de grosse laine, etc. Mais ce moyen n’est guère que pallialil, et la douleur, un moment calmée, ne tarde pas à reparaître.
Le massage a élé beaucoup v anté dans ces dernières années, ainsi (pie h\ percussion sur les muscles affectés, icpelletier (1) a rapporté des observations dans lesquelles on voit divers rhumatismes musculaires céder à l’emploi du massage et de la distension forcée. Il ne peut pas être un instant douteux (pie ces moyens produisent un soulagement très-marqué, mais on peut leur appliquer la remarque précédente, c’est-à-dire, que, le plus souvent, le soulagement n’est que momentané, et que la douleur se reproduit avec une très-grande facilité.
Mentionnons Y acupuncture , Yélectropuncture , Y électricité , l’action de Y aimant ; nous n’avons rien de positif sur leur degré d’utilité.
(t) Lepelletier, Union médicale , 2 et 5 mars 1850.
MALADIES CONSTITUTIONNELLES
Les liniments excitants , les topiques excitants de toute espèce, sont employés dans le rhumatisme musculaire chronique. Chomel et Requin proposent le Uniment suivant :
if Teinture de cantharides 15 gram.
Huile d’amandes douces 120 gram.
Savon officinal. 30 gram.
Camphre 2 gram.
Dissoudre le camphre dans l’huile et le savon dans la teinture, puis mélanger le tout. Pour frictions, matin et soir, sur les points douloureux.
Delfrayssé (1) vante comme un excellent spécifique le Uniment suivant :
'if Essence de térébenthine... 30 gram. | Tartre stibié U gram.
Faire quatre frictions à une heure d’intervalle sur la région malade.
Ce médecin cite deux observations seulement à l’appui de son assertion.
Les eaux thermales sont regardées comme très-utiles dans le traitement de la maladie qui nous occupe. O11 recommande les eaux sulfureuses, particulièremenl. O11 a de très-fréquentes occasions de voir des malades, partis très-souffrants, revenir débarrassés de leurs douleurs après une ou deux saisons des eaux. Mais queUes étaient les espèces de douleurs dans les divers cas? Voilà ce qu’il serait nécessaire de savoir avant de se prononcer.
Les bains sulfureux , les douches sulfureuses de vapeur , les fumigations sulfureuses, sont de l’usage le plus fréquent, et l’expérience générale nous apprend qu’on en retire de bons effets; mais il reste à déterminer quelles sont les circonstances dans lesquelles ces moyens conviennent particulièrement.
Nous avons encore à signaler ici l’usage de l 'eau froide à V intérieur et surtout à ['extérieur. Des faits nombreux ont été rapportés, qui prouvent les heureux effets de Y hydrothérapie dans le rhumatisme musculaire chronique, aussi bien que dans le rhumatisme articulaire. Lorsque la maladie n’a pas une très-grande intensité, c’est-à-dire dans le plus grand nombre des cas, des lotions froides sur tout le.corps, pratiquées le matin au sortir du lit, et faites en toute saison, sont d’une utilité reconnue par un grand nombre de médecins, et cette pratique se répandant beaucoup, on apprend tous les jours que de nouvelles personnes se sont ainsi débarrassées do douleurs rhumatismales anciennes.
Lorsque le rhumatisme musculaire chronique se montre rebelle à tous ces moyens, on ne doit pas hésiter à mettre en usage les sels de morphine par la méthode endermique, et cela avec persévérance. Lorsqu’il 11e s'agit que de ces petites douleurs qui 11c causent ordinairement qu’une incommodité légère, il n’y a pas lieu de recourir à ce moyen, et les simples palliatifs suffisent. Le sel de morphine, appliqué d’abord à faible dose, peut être élevé, comme nous l’avons dit, dans le traitement du rhumatisme musculaire aigu. Il faut en étendre l’action à plusieurs points à la fois, en appliquant des vésicatoires multipliés sur les endroits les plus douloureux, et en mettant 1 centigramme de sel sur chaque vésicatoire.
(1) Delfrayssé. Gazette des hôpitaux , mai 1852.