‹ Guide du médecin praticien (volume 3)Chapitre 116 sur 369 · PRINCIPALES ESPÈCES DE RHUMATISME MUSCULAIRE · texte numérisé non relu

PRINCIPALES ESPÈCES DE RHUMATISME MUSCULAIRE

Chacune des espèces que nous allons décrire se manifeste à l’état aigu aussi bien qu’à l’état chronique; mais, comme il n’y a rien de bien important à dire sous le rapport des formes de la maladie, il suffit de cette indication générale, sauf à revenir à cette distinction si elle devient nécessaire.

1° Rhumatisme épicranien {céphalodynie).

Ce rhumatisme occupe le muscle occipito-frontal qui recouvre la région épicranienne. La douleur se fait principalement sentir vers l’occiput, le front et le sommet de la tête.

On a fréquemment confondu ce rhumatisme avec les névralgies trifaciale et occipitale légères. Ce qui les distingue, c’est que le rhumatisme a son siège des deux côtés, que les élancements y sont beaucoup plus vifs, et que les points douloureux, ou points d’émergence des nerfs, sont moins sensibles à la pression, tandis que la contraction du muscle qui tend à mouvoir le cuir chevelu est beaucoup plus douloureuse.

Quant au diagnostic avec l’érysipèle, la céphalalgie du coryza, la céphalalgie fébrile, il ne mérite pas de nous arrêter.

On a donné le nom de gravedo à cette espèce de rhumatisme, comme aux autres rhumatismes musculaires de la tête. 11 donne fréquemment lieu à cet état de céphalalgie chronique auquel on a donné le nom de céphalée.

Traitement. — Il faut avoir soin de faire raser la tête pour l’application des topiques excitants ou calmants, pour les lolions froides, etc. Beaucoup de malades réussissent à calmer leurs douleurs en se couvrant la tête de coiffures très-chaudes. Chomel et Requin ont signalé les inconvénients de cette méthode, qui rend la tête beaucoup plus susceptible à l’impression du froid, et qui, en outre, prédispose aux congestions cérébrales. Nous ne voyons pas jusqu’à quel point cette dernière manière de voir peut être admise.

PRINCIPALES ESPÈCES DE RHUMATISME MUSCULAIRE. CERVICODYNIE. 339 2° Rhumatisme des autres muscles de la tète.

Ce rhumatisme est plus rare cjue le précédent. Il a son siège le plus ordinairement dans les muscles des yeux, dans le temporal et dans le masséter. Dans ces deux derniers cas, la mastication est considérablement gênée. Rien, du reste, qui mérite de fixer plus longtemps notre attention.

3° Rhumatisme du cou ( torticolis , cervicodynie ).

Torticolis. — Le rhumatisme du cou, connu généralement sous le nom de torticolis, et qui présente une variété à laquelle on peut donner le nom de cervicodynie, est un de ceux qui se montrent le plus fréquemment à l’état aigu.

Le plus souvent, il a pour cause l 'action prolongée du froid sur les muscles du cou pendant le sommeil. C’est, en effet, presque toujours au réveil, et du côté exposé au froid, que les muscles se montrent douloureux. Quelquefois le torticolis reconnaît pour cause une contraction prolongée et forcée des muscles atteints, par suite de ce que les malades appellent une fausse position. On a dit que les hommes y sont plus sujets que les lemmes, mais le lait n est pas prouvé.

Le torticolis se manifeste ordinairement le matin au réveil : les malades ne s’en aperçoivent qu'au moment où, voulant tourner la tète, ils sont arrêtés par la douleur. C’est surtout lorsqu’ils veulent tourner la tète du côté opposé au côté affecté qu’ils éprouvent cette souffrance, qui est telle que le mouvement est brusquement arrêté, et que souvent elle leur arrache un léger cri. Toutes les fois que, sans y penser, ils veulent renouveler ce mouvement, les mêmes phénomènes se manifestent ; mais lorsqu’ils se retournent de propos prémédité, ils ont soin de prendre des précautions pour éviter la douleur ; ils se retournent tout d’une pièce ; c’est le corps qui fait le mouvement et non la tète. Ils ont soin par là d’éviter toute contraction des muscles affectés. La même appréhension leur lait tenir instinctivement la tète inclinée du côté malade et'ia face un peu tournée dans le même sens, d’où résulte une tournure bizarre désignée par celte expression de torticolis ou cou tors.

Le torticolis présente, dans sa marche et l’exaspération de ses symptômes, les mêmes particularités que les autres rhumatismes musculaires. La douleur spontanée y revêt moins fréquemment le caractère rémittent, lancinant, névralgique, que dans les autres espèces.

On a parlé de torticolis chronique par rétraction des muscles, inflammation chronique des tendons, etc. (1). Les cas de ce genre ne sont pas de véritables rhumatismes, et le torticolis chronique, s’il existe, est une maladie fort rare.

Cervicodynie. — Il est une autre affection du même genre qui se montre aussi bien à l’étal chronique qu’à l’état aigu. iNous proposons de lui donner le nom de cervicodynie, parce que la douleur a son siège dans les muscles de la région cervicale.

Tous les muscles de la partie postérieure du cou sont affectés. Lorsque le malade

(1) Voy. J. Guérin, Mémoire sur une nouvelle méthode de traitement du torticolis ancien.

Paris, 1838. — Bouvier, Bulletin de l’ Acad, de méd., t. 11, p. 956 ; t. IV, p. 518. Leçons

cliniques sur les maladies de l'appareil locomoteur. Paris, 1858, p. 80.

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MALADIES CONSTITUTIONNELLES

veut incliner fortement la tète en arrière, il sent dans ces muscles une douleur vive, ou bien la sensation que fait éprouver la pression sur une partie contuse. Dans le repos absolu et dans le relâchement des muscles, toute sensation douloureuse disparaît ordinairement ; mais à la plus légère tension des muscles, si le malade baisse un peu la tête, par exemple, une douleur sourde, qui va bientôt en augmentant, ne larde pas à se faire sentir. Cette douleur retentit fréquemment vers la partie supérieure et antérieure de la tète, parce qu’elle gagne le muscle occipito- frontal. On voit par là quelle analogie il y a entre ce rhumatisme et la névralgie occipitale. On trouvera ces rapports bien plus grands encore lorsque nous dirons que nous avons vu le rhumatisme des muscles de la partie postérieure du cou se transforme en névralgie occipito- frontale très-évidente, et que nous avons observé longtemps un sujet chez lequel la douleur était tantôt concentrée dans ces muscles, et tantôt épanouie, pour ainsi dire, à tous les rameaux nerveux de la partie postérieure et antérieure de la tête.

Ce qu’il faut surtout noter, c’est un état de vague dans la tête, de la tension dans cette partie et des étourdissements souvent très-marqués. Nous avons observé plusieurs fois ces symptômes, qui ressemblent beaucoup, comme on le voit, à ceux de certaines congestions décrites dans un autre article de cet ouvrage (1). Nous nous sommes assuré qu’il n’y avait pas de congestion ; les symptômes que nous venons d’énumérer étaient en rapport avec la douleur des muscles du cou, avec son extension aux muscles de la tête, avec la fatigue éprouvée par les parties malades ; ils survenaient principalement lorsque la tête était restée longtemps courbée en avant, lorsque les sujets avaient dû fréquemment tourner la tête à droite et à gauche, lorsqu’ils avaient gardé pendant un certain temps une position dans laquelle les muscles étaient dans un état plus ou moins grand de tension. L’exercice en plein air ne dissipait nullement ces accidents , tandis que le repos dans une position convenable les faisait constamment disparaître.

Nous connaissons trois affections qui ont entre elles des rapports incontestables : ce sont la névralgie occipitale ou occipito-trifaciale, la congestion cérébrale de longue durée et la cervicodynie. Le lecteur, en recherchant attentivement les douleurs de la tête et du cou, aiguës ou chroniques, qui se présenteront à lui, découvrira des cas de ces diverses espèces et distinguera ces douleurs diverses, dont les nuances sont quelquefois très-difficiles à saisir, et qui exigent par conséquent une grande attention de la part du médecin.

La névralgie occipito- frontale se distingue de la cervicodynie par ses élancements, par son siège plus fréquent d’un seul côté, par scs exacerbations, et plus encore parce que la forte tension de la tête en arrière ne détermine pas de douleurs des muscles du cou, ou que, si cette douleur existe, ce qui a lieu lorsque les autres rameaux du plexus cervical participent à la maladie, elle n’est pas comparable à celle du rhumatisme musculaire. Enfin la douleur à la pression est plus vive dans les points névralgiques, ce qui est un caractère diagnostique général, comme on l’a vu plus haut (2).

La congestion sanguine de longue durée a pour signe distinctif l’absence de

(1) Voy. article Congestion cérébrale;

(2) Voy. l’article Rhumatisme en général (diagnostic)..

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