‹ Guide du médecin praticien (volume 3)Chapitre 128 sur 369 · RHUMATISME NOUEUX · texte numérisé non relu

RHUMATISME NOUEUX

Attaque surtout les femmes.

Survient à tout âge.

Affecte particulièrement les mains.

Marche continue, progressive, sans intermissions.

Déformations caractéristiques, ducs aux altérations des os.

Le sang ne contient pas d’excès a’acide urique.

Pas de gravelle, de troubles dyspeptiques, etc.]

Pronostic. — Dans les cas ordinaires, la goutte ne menace pas les jours des imalades. S’il survient une affection interne, quelque opinion qu’on se fasse d’ail— ! leurs sur la manière dont elle s’est produite, on doit avoir des craintes sur l’issue (de la maladie. On est, en effet, d’accord sur la gravité de ces accidents ; on ne diffère que dans l’explication. Dans deux des quatre cas qu’il a observés, de Casttelnau a vu la mort survenir à la suite de phénomènes graves qui ne pouvaient s’expliquer que par la paralysie des muscles intercostaux, et chez un sujet il y a eu des troubles dont le siège a paru être dans le nerf pneumogastrique. De Castelnau a fait ressortir les raisons qui portent â admettre que ces accidents étaient sous la dépendance de la même cause qui avait produit les symptômes articulaires. Lorsque

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la goutte a duré longtemps, et que ses attaques ont été très-fréquentes et très-violentes, la constitution peut se détériorer; on adonné à cet état le nom de cachexie goutteuse.

Nous commencerons par le traitement de la goutte aiguë, puis nous exposerons celui de la goutte chronique et le traitement prophylactique.

1° Traitement de la goutte aiguë. — Nous allons passer en revue les moyens qu’on oppose aux symptômes aigus de la goutte; nous rechercherons ensuite s’il convient de faire quelque chose de particulier dans l'attaque.

Émissions sanguines. — Quelques auteurs proscrivent la saignée; d’autres la conseillent dans des cas donnés. Contentons-nous de dire que chez les sujets robustes, sanguins, et lorsque la fièvre est intense , on pratique en général une ou deux saignées. Mead (1) recommande principalement la phlébotomie lorsqu’il y a de l’agitation et du délire. Les émissions sanguines locales ont été surtout regardées comme dangereuses. On craint, en y ayant recours, de faire disparaître trop promptement les symptômes locaux, et d’occasionner ainsi la rétrocession de la goutte. Qu’y a-t-il de positif dans cette manière de voir ? C’est ce qu’on ne peui pas dire après avoir lu ce que les auteurs modernes ont publié à ce sujet, maison ne peut s’empêcher de reconnaître que la plupart des médecins des siècles passés ont attribué aux saignées un danger beaucoup plus grand que celui qu’elles présentent réellement.

Sudorifiques. — Les sudorifiques sont beaucoup moins employés dans la goutte aiguë que dans la goutte chronique. Dans la goutte aiguë, on ne doit pas employer de sudorifiques très-actifs. Quelques infusions chaudes, comme l’infusion de sureau, de bourrache , de salsepareille, de sassafras, une légère décoction de gaïae, sont suffisantes; encore ne doit-on les mettre en usage que dans les intervalles des attaques ou vers la fin. Sydenham insiste beaucoup pour qu’on ne fasse pas abus des sudorifiques. Quelques bains de vapeur peuvent aussi être ordonnés, mais seulement dans les intervalles des attaques, à moins que la fièvre ne soit trèslégère. Schrnit a préconisé les bains russes, après l’emploi des émissions sanguines locales ; c’est une pratique qui n’a guère été suivie.

Mercuriaux. — Les mercuriaux ont trouvé place dans la goutte aiguë comme dans le rhumatisme articulaire. Lentin a prescrit 1 e. deutochlorure de mercure dans cette affection, et Burdach unit ce médicament au colchique de la manière suivante :

IL Deutochlorure de mercure. 10 centigram. I Via de colchique 15 grain.

Eau distillée 50 gram.

Mêlez. Dose : de 30 à 40 gouttes toutes les deux heures.

Musgrave, Hamilton, etc., recommandent le calomel à dose altérante. Ce médicament fait partie d’un bon nombre de formules dont nous donnerons quelquesunes plus loin. Quant à son degré d’efficacité, on ne peut rien en dire.

A l’extérieur, on emploie également le mercure: ainsi les frictions mercurielles ,

fi) Mead, De podagre ( Opéra omnia, t. II).

lt-s lotions avec une solution de deutochlorure de mercure, dans tes proportions suivantes, par exemple :

Deutochlorure de mercure ... 2 gram. | Alcool 500 gram.

Prenez de cette solution \ partie.

Mêlez-la avec :

Eau 1 ou 2 parties.

Pour lotions, matin et soir, sur les articulations malades.

Il faut pendant ces lotions, après lesquelles les mains doivent être soigneusement lavées, surveiller attentivement l’état des gencives. On ne doit les mettre en usage que lorsqu’il n’existe pas de symptômes très-aigus.

Antimoniaux. — Il est peu de médicaments qui aient été aussi fréquemment employés contre la goutte que les antimoniaux; mais il est rare que l’antimoine ou ses composés soient administrés seuls dans le traitement de la goutte. Le plus souvent ils font partie de formules compliquées, telles que celle de Quarin (1), que nous présentons ici parce qu’elle a eu une très-grande réputation, et que Quarin lui accordait la plus complète conliance :

if Salsepareille coupée 120 gram. | Antimoine dans un nouet de linge. 180 gram.

Faites bouillir dans :

Eau 3000 gram.

jusqu’à réduction à 2000 gram.

Puis faites infuser dans ce liquide :

Réglisse ratissée et coupée .. . 30 gram. | Anis Sgram.

Passez à travers un blanchet. A prendre par grands verres, dans la journée.

Richter prescrit la poudre suivante :

if Calomel \ Douce-amère ( ^gr

Sulfure d’antimoine. . >aa 10 centigram. Sucre blanc i ’

Extrait d’aconit )

Mêlez. Faites une poudre. Divisez en seize paquets. Dose : un matin et soir.

Dans presque toutes les formules on trouve réunis les narcotiques, les mercuriaux, les antimoniaux, les orminatifs, les sudorifiques, et parfois les diurétiques. La youdre de James , dont on trouve partout la formule, est très-usitée en Angleterre.

Purgatifs. — On ne prescrit pas ordinairement de purgatifs énergiques. La crainte d’irriter les intestins et l’estomac, et d’appeler sur eux la goutte, a toujours retenu les médecins. On se contente de maintenir le ventre libre; évidemment, il n’y a rien de particulier dans la manière d’agir de la rhubarbe, de la magnésie, de l’aloès, du jalap, qu’on emploie en pareil cas.

(1) Quarin, Animadversiones prncticœ in diversos mnrbos. Yiennæ, p. 279.

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Colchique. — Le colchique a été ordonné dans la goutte comme dans le rhumatisme articulaire. On administre cette substance de la même manière que dans cette dernière maladie (1). Parmi les médecins qui en ont vanté l’eJÛficacité, nous citerons Home, Johnson, Montègre, et surtout Battleley (2). Ce dernier auteur a rapporté un fait dans lequel des douleurs atroces se sont calmées très-peu de temps après l’administration de vingt gouttes de vin de colchique. AV. Gairdner (3) accorde aussi une grande influence à ce médicament; mais il recommande de le donnera dose aussi modérée que possible, et de pc pgs dépasser le point où le médicament commence à manifester son action. [Garrod, Trousseau et Gallier-Boissièrc ont signalé aussi la grande efficacité des préparations de colchique contre l’attaque de goutte. Tous ces auteurs s’accordent à dire que, pour en obtenir les effets utiles, il faut que le médicament soit donné à faible dose, de façon qu’il soit toléré par le tube digestif; h dose élevée, le colchique agit comme substance irritante de l’estomac et de l’intestin, et ne manifeste plus son action thérapeutique.

On a employé aussi la cèvadille et l 'ellébore blanc comme succédanés du colchique. Ces substances entrent dans la composition d’un grand nombre de remèdes dits antigoutteux.

Il faut, d’ailleurs, être très-réservé dans l’emploi de ces médicaments actifs, qui peuvent, en enrayant brusquement la marche de la maladie, provoquer des rétrocessions sur les viscères. Trousseau n’administre le colchique que quand l’attaque de goutte a déjà duré quelques jours et qu’elle tire à sa fin.]

Narcotiques. — Les narcotiques, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, sont bien plutôt employés contre l’attaque que dans toute autre circonstance; cependant, si dans les intervalles des attaques il restait quelques signes d’acuité, on aurait recoure avec avantage aux applications narcotiques à l’extérieur (cataplasme à la belladone, au dalura, etc. ), et en même temps on donnerait à l’intérieur 1 ou 2 décigrammes de poudre cle Dower à la fois narcotique et sudorifique, ou quelques pilules d’opium. L 'aconit a principalement joui d’une grande réputation depuis qu’il a été préconisé par Stôrk (h). Chapp a publié quatre observations dans lesquelles on voit des douleurs aiguës et opiniâtres céder à l’extrait d’aconit donné d’abord à la dose de 3 à 10 centigrammes, puis élevé progressivement aux doses de 30, UÜ, 50 centigrammes et plus.

Nous signalerons encore la ciguë à hautes doses comme ayant été vantée par Kung (5), mais sans que nous ayons des preuves suffisantes de son efficacité.

Froid. — L’application du froid a été faite sous forme de fomentations d'eau froide (6), d’application de neige (7). La plupart des médecins regardent l’emploi de ce moyen comme très-dangereux, en ce qu’il peut occasionner la rétrocession de la goutte. Dans les faits signalés par les auteurs que nous venons de citer, les douleurs ont été notablement calmées sans qu’il arrivât aucun accident.

(1) Voyez plus haut, p. 297.

(2) Battleley, The London med. Hep., 1820.

(3) Gairdner, On goût, its historxj, its cause and its cure, p. 265.

(4) Journal de médecine, t. XXIV.

(5) Beobachtungcn und Abhandl ungen ans dam Gebiete der gesammt. prakt . Heilkunde , etc., t. V. Wien, 1826.

(6) Voy. Kinglake, S ur la goutte, son origine, etc. Londres, 1804.

(7) Voy. Gremmler, Rust’s Magazin , für die gesammte Heilkundè, t. XIV.

Applications excitantes. • — On a, comme dans le rhumatisme, recours à certaines applications que nous mentionnerons ailleurs, telles que le cataplasme de Pradier (1), les frictions avec l 'alcool camphré , etc., etc.

Un bon nombre des médicaments que nous ferons connaître en parlant de la goutte chronique, peuvent être employés dans la goutte aiguë.

2° Traitement de V attaque. — Le traitement de l’attaque n’est pas composé de moyens bien différents de ceux qui viennent d’être énumérés, ou plutôt presque tous ces moyens entrent dans ce traitement ; mais il est important de savoir comment ils doivent être groupés, et jusqu’à quel point on doit insister sur chacun d’eux.

Si l’attaque s’annonce d’une manière violente, on ne doit pas craindre de faire usage assez largement des émissions sanguines générales et locales. Baillou avait déjà insisté sur la nécessité de cette médication et sur son innocuité. Paulmier employait à plusieurs reprises l’application des sangsues sur les articulations envahies, commençant par trente, et diminuant ce nombre aux applications suivantes. L’école de Broussais a vanté avec beaucoup d’exagération les avantages de ce moyen. La saignée générale et la saignée locale n’ont pas, du moins dans l’immense majorité des cas, les résultats fâcheux qu’on leur a supposés ; elles apportent du soulagement au malade ; mais, d’un autre côté, il ne faut pas compter sur elles pour la cure complète de la goutte.

Quelquefois on a réussi à faire avorter une attaque de goutte commençante, par l’application du froid sur les parties envahies. Cette pratique remonte jusqu’à Hippocrate (2), et cependant c’est encore là une de ces médications auxquelles on a attribué les plus graves dangers. On chercherait en vain dans les auteurs des preuves évidentes de la réalité de ces dangers, tandis qu’on a cité des faits où le traitement abortif , par l’immersion dans l’eau froide, les irrigations, les lotions, etc., a eu un plein succès.

Ce n’est pas seulement à l’extérieur, mais encore à Y intérieur , qu’on a prescrit le froid. Ainsi, on a administré Y eau froide, Y eau frappée de glace, la glace. Ce traitement offre-t-il plus de dangers que le précédent? C’est ce qu’on pense, et ce qui n’est pas clairement démontré ; mais comme, d’un autre côté, les faits qu’on a cités en faveur de ce traitement perturbateur ne sont pas concluants, on doit,

■ dans le doute où l’on est nécessairement, agir avec une grande prudence. En général, on réunit ces deux modes d’applications du froid, et, en même temps qu’on administre l’eau glacée à l’intérieur, on fait des lotions froides sur les articulations.

Viennent ensuite les applications excitantes. Nous avons déjà cité plus haut les principales, nous nous contenterons d’ajouter le Uniment de Pott :

Huile essentielle de térébenthine. 30 gram. | Acide chlorhydrique 15 gram.

Mêlez.

Ce liniment ne doit être employé que dans les moments où les symptômes locaux i et généraux ne sont pas très-intenses.

(1) Voy. Arthrite simple aiguë.

(2) Hippocrate, Aphorismes, 5e section, § 25, in Œuvres complètes, traduction 1E. Littré. Paris, IBM, t. IV, p. 543.

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Fins souvent ou met sur les jointures malades des topiques émollients ou narcotiques. Sydenham appliquait un cataplasme de mie de para et de lait, auquel il ajoutait du safran et de Y huile rosat. Les topiques émollients sont d’un usage trèsfréquent dans le plus fort de l’attaque.

S. A. Turk (1) a beaucoup vanté les lotions suivantes; mais leur efficacité est loin d’étre aussi bien prouvée que le croit ce médecin. Nous les indiquons :

Lessive de soude caustique à 8° 10 000 gram.

Saturez avec :

Alumine en gelée q. s.

Ajoutez :

Térébenthine de Chio 200 gram. Huile d’olive.. . 100 gram.

Gomme arabique 220 gram. Alcool à 36°, saturé de camphre. 250 grain.

Mêlez. Faire, de deux à dix fois par jour, des lotions sur tout le corps. Dans les temps froids, chauffer le liquide au bain-marie.

En même temps qu’on emploie ces moyens, il faut entretenir une douce chaleur autour de l’articulation malade. Le membre doit être placé de manière que la partie affectée ne soit pas dans une position déclive. Dans les premiers jours, lorsque les signes de réaction sont le plus violents, on tient le malade à une diète sévère ; puis on permet des aliments légers, et on ne laisse les malades reprendre leurs habitudes que lorsque les symptômes locaux, aussi bien que les symptômes généraux, sont complètement dissipés.

Chloroforme. — Bartella (2) cite trois cas dans lesquels il est parvenu à diminuer non-seulement les douleurs, mais la durée de l’attaque, en appliquant sur les articulations malades une compresse imbibée de 20 à 30 gouttes de chloroforme ; il y a d’abord chaleur, picotement, sensation de brûlure, puis arrive le calme; on enlève alors l’appareil, qui reste en moyenne trente à quarante minutes appliqué.

Il ne me reste, après avoir mentionné l’emploi de quelques amers vers la fin de l’attaque, qu’à citer deux médications particulières. L’une est celle que recommande Cadet de Vaux (3). Suivant cet auteur, c’est un moyen presque infaillible que de boire de quart d’heure en quart d'heure des verres d’eau aussi chaude qu’on peut, le supporter, et cela jusqu’à quarante-huit, verres. Chaque verre doit contenir 180 grammes d’eau chaude. Il est difficile de se prononcer sur la valeur de ce moyen, car il est bien peu de malades qui aient pu s’y soumettre.

La seconde médication est Y hydrothérapie. On n’hésite pas, dans les établissements hydrothérapiques, à soumettre à cette médication les sujets affectés de goutte aiguë, aussi bien que ceux qui sont en proie à la goutte chronique. Les moyen principaux consistent dans Y enveloppement de tout le corps, puis des extrémités malades; dans les bains de pieds, les manuluves froids, en même temps qu’on provoque les sueurs [h). On a cité des exemples de guérison ; mais on n’a pas rapporté

(1) S. A. Turck, Traité de ta rjoutte et des maladies goutteuses. Paris, 1837, in-8.

(2) Gazzetta medica toscana, décembre 1852, et Union médicale, 15 février 1853.

(3) Cadet de Vaux, De la goutte, etc. Paris, 1833.

(4) Scoutetten, De l’eau sous le rapport hygiénique et médira I. Paris, 1843 , in-8. — Ch. Munde, De l’hydrothérapie.

tous les cas dans lesquels ce moyen a été employé; et comment pourrait-on connaître le degré d’efïicacité réel d’une médication, si l’on ne connaît pas tous les laits dans lesquels l’auteur qui la préconise l’a mise en usage?

3° Traitement de la goutte chronique. — La preuve qu’on n’a pas encore trouvé le véritable spécifique, c’est (pie l’on continue toujours à en chercher, que les anciens sont généralement abandonnés, et que le plus souvent les goutteux, après en avoir essayé plusieurs, finissent par y renoncer, se bornant à l’emploi de moyens palliatifs dont leur expérience leur a appris l’utilité.

Nous retrouvons d’abord ici les applications excitantes ; nous ne les rappellerons pas; nous indiquerons seulement celle qu’a proposée G. Villette (1), et qui a été irès-vantée :

Résine de gaïae en poudre . \ rn Chaux vive 250 gram.

' Safran du Câlinais ! ail 60 ?ram’ Eau 2000 gran,.

Arrosez un cataplasme très-chaux de ce liquide.

Saupoudrez-le avec le safran du Gâtinais et la farine de moutarde.

Les alcalins sont recommandés par un grand nombre d’auteurs. En 1835, Petit (2) annonça que les eaux de Vichy guérissaient presque infailliblement la maladie qui nous occupe. Cette assertion fut contredite; mais, en 1 8 3 S , Petit insista de nouveau sur l'excellence de ce moyen, et plus tard Uilliet (de Genève) dans un mémoire intéressant (3), a cherché à résoudre celte question importante.

Traitement par les eaux de Vichy. — « Désireux, dit Uilliet (de Genève), de savoir à quoi nous en tenir sur l’efficacité des eaux de Vichy dans la goutte, nous avons profité de notre séjour dans cet établissement pour nous enquérir de l’effet du traitement auprès des malades eux-mêmes ; nous avons, pendant quelques jours, interrogé un assez grand nombre de goutteux que nous trouvions rassemblés chaque matin autour de la fontaine des Célestins. La plupart de ces malades n’étaient pas des nouveaux venus ; ils avaient déjà passé plusieurs saisons à Vichy, en sorte qu’ils ont pu nous fournir des renseignements détaillés et positifs sur t'influence que les eaux avaient eue sur leur santé. Ils étaient presque tous atteints de goutte ancienne intense, remontant à douze, quinze, dix-huit et même vingt ans. Chez plusieurs, la maladie était héréditaire. Les uns n’avaient pas fait de traitement avant l’emploi des eaux, tandis que d’autres avaient épuisé toutes les ressources de la pharmacie.

» Le traitement auquel ils étaient soumis à Vichy était uniforme, leur régime était en général sévère. Ils s’abstenaient d’excitants, de vin pur, de café, de viandes noires. Le matin, de bonne heure, ils prenaient, de quart d’heure en quart d’heure, un grand verre de table d’eau de Vichy, ordinairement de celle des Célestins, puis ils se promenaient pendant quelques instants. A dix heures, ou dans l’après-midi, ils prenaient pendant une heure, un bain d’eau minérale pure ou coupée avec un

(1) G. Villette, Conseils aux goutteux et aux rhumatisants. Paris, 1811.

(2) Petit, Quelques considérations sur la nature de la goutte et sur son traitement par les ••aux minérales de Vichy. Paris, 1835. — Du mode d’action des eaux minérales de Vichy. Paris, 1850, p. 316.

(3) Rilliet (de Genève), Du traitement de lu goutte par les eaux de Vichy (Arch. gén. de raid ., 4e série, 1844, t. IV, p. 35).

Valleix, 5* édit.

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ueis (I eau commune, » 25 ou 28 degrés. A deux heures, ils recommençaient à prendre de I eau en boisson. La dose prescrite était de huit, douze et vin-t verres Quelques malades outre-passaient de beaucoup les doses : ainsi, nous en avons vu qui prenaient trente ou quarante verres. On des malades, dont Petit a publié l’observation, prenait la dose quotidienne énorme de quatre-vingt-quatre verres Nous n’avons pas observé que les doses, fortes ou faibles, aient produit des accidents graves. Nous nous sommes spécialement attaché à savoir si les malades ressen talent des douleurs de tête ; s’ils avaient habituellement des étourdissements la vue troublée, des bourdonnements d’oreilles, de la congestion faciale • s’ils étaient assoupis pendant le jour, ou agités pendant la nuit; ; s’ils éprouvaient, en un mot d’une manière incommode , les symptômes que déterminent quelquefois les bois’ sons qui contiennent de l’acide carbonique. Aucun de ceux que nous avons interrogés u’a accusé d’accidents cérébraux, et ceux qui avaient déjà fait plusieurs saisons nous ont affirmé n’avoir rien ressenti de pareil, soit pendant leur séjour à Vichy, soit dans l’intervalle des saisons qu’ils y avaient passées. Nous en exceptons un malade qui avait de la céphalalgie et des étourdissements quand il prenait quarante verres d’eau : chez quelques goutteux qui faisaient usage d’une quantité d’eau considérable, il était survenu du dévoiement, surtout pendant les quinze premiers jours. Mais la liquidité des selles n’était pas, en général, le résultat d’une irritation ou d’une hypersécrétion de la membrane muqueuse intestinale ; elle, résultait seulement du passage en nature de l’eau par le gros intestin. Chez la plupart, les urines augmentaient d’abondance. Cet effet se manifestait chez plusieurs de ceux qui ne prenaient pas une quantité d’eau considérable. Quelques malades éprouvaient des douleurs un peu plus vives pendant les premiers jours du traitement. Un grand nombre se félicitaient de ce que les eaux amélioraient l’état de

leurs fonctions digestives. Leur appétit était plus vif, leur digestion se faisait plus régulièrement.

» En résumé, il nous a paru que chez les goutteux, les eaux de Vichy ne produisent pas des effets physiologiques cjui diffèrent d’une manière sensible de ceux que l’on peut remarquer chez les malades atteints d’autres affections, et qu’elles n’occasionnent pas d'accidents immédiats et consécutifs. Cette conclusion est conforme aux faits observés par Petit et à l’opinion exprimée par les membres de la commission de l’Académie (1). Mais de ce que les eaux ne sont pas nuisibles, il ne s’ensuit pas nécessairement qu’elles soient utiles. Aussi devions-nous nous enquérir avec soin de leur efficacité curative.

» Lorsque nous avons dirigé nos interrogations dans ce sens, nous avons été frappé de l’uniformité des réponses des malades. Presque. tous ont affirmé que, depuis qu’ils prenaient les eaux, les accès de goutte avaient beaucoup diminué de fréquence, de durée et d’intensité. Chez quelques-uns, ils avaient été suspendus complètement pendant un ou deux ans, rarement plus ; chez d’autres, les accès, qui étaient à peu près périodiques, avaient eu de la tendance à reparaître à l’époque ordinaire, mais ils avaient été à peine sensibles. Nous avons cru voir aussi, d’après l’ensemble des renseignements fournis par les malades, que c’était principalement après la première saison que la diminution la plus marquée dans le nombre des

(1) Bulletin de l’Aead. de méd. Paris, 1840, t. V, p. 60 et $uiv.

accès avait lieu, tandis que c’était sur leur intensité que les saisons subséquentes semblaient surtout agir.

» Les faits dont nous avons été témoin, et la lecture des observations de Petit, nous portent à conclure que les eaux thermales de 1 icliy sont , sinon un remède spécifique , au moins un moyen précieux à mett/ e en usage dons le traitement de la goutte; quelles rendent les accès moins fréquents , moins longs, moins douloureux, et quelles tendent à diminuer et ci faire disparaître les accidents locaux qui en sont la conséquence. »

[Depuis quelques aimées, la médication thermale a pris une extension considérable, et des travaux importants ont servi à en établir les indications et les effets; nous signalerons spécialement ceux de Durand-Fardcl (1), où nous puiserons la plupart des détails suivants, relatifs à l'opportunité du traitement par les eaux de Vichy, à leur mode d’emploi et aux effets qu’on en peut obtenir.

Les eaux de Vichy sont partiiuliciemcnt indiquées dans les formes régulières de la goutte aiguë, et elles sont aussi applicables à la goutte chronique; leur emploi doit, au contraire, être très ré séné dans les formes irrégulières ou anormales de la goutte, et il est même préférable d'y renoncer. Le traitement th.rmal possède en effet, outre son action spéciale curative, une propriété excitante qui tend à provoquer le retour des manifestations goutteuses; aussi vpit-o.) quelquefois un accès de goutte survenir durant le cours du traitement thermal. Si cet accident est pieu à redouter quand il s’agit d’une goutte régulière, l’accès étant le plus souvent peu intense et de courte durée, il n’en est plus de même dans la goutte anomale, où les tendances irrégulières de la maladie peuvent amener des manifestations viscérales parfois très-graves.

C’est dans l’intervalle des accès de la goutte aiguë que l’on doit employer la médication alcaline, et l’époque que l’on doit choisir de préférence est ia plps élpignée des accès passés et des accès futurs, quand il est possible de prévoir l’époque de leur retour : « Tout traitement dirigé dans le seus curatif de la goutte, dit Durand-Fardcl, doit donc être adressé aux époques où la goutte silencieuse ellemême ne peut être troublée dans scs phénomènes extérieurs, où l’on ne trouve à combattre que la disposition vicieuse de l’organisme sous l'influence de laquelle elle existe'. » Les eaux ne doivent jamais être employées pendant les accès, ni quand ceux-ci viennent de se terminer ou qu’il est possible d’en prévoir la prochaine apparition.

Dans la goutte chronique régulière dont la marche est continue, les paroxysmes peu intenses et inconstants, le traitement peut être appliqué indifféremment à toute • époque.

Nous avons vu que la médication par les eaux de Vichy n’était pas applicable | aux formes irrégulières de la goutte , mais là ne se bornent pas les contre-indications : quand les goutteux présentent un état général de débilité provenant d’une cause quelconque, et qu’ils n offrent que des manifestations morbides incomplètes, Constituant ce qu’on a appelé ia goutte atonique, les eaux de Vichy doivent être formellement proscrites; c’est aux médications reconstituantes qu’il convient de

(1) Duraud-Fardel, Dictionn. gén. des eaux minérales, \ 860, t. Il, art. Goutte et Vichy. — Traité thérapeutique des eaux minérales , 1862, p. 515. — Lelfres sur Iq trqüçrqeÿt de la goutte par les eaux de Vichy. Paris, 186... (Extrait de la Gazette des eaux.)

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s’adresser, ün trouve encore des contre-indications dans l’existence, chez certains goutteux, de maladies viscérales qui exposeraient à ce que les manifestations goutteuses se dévient de ce côté.

Quant au mode d’administration, les eaux de Vichy s’emploient surtout en boisson : « La dose de l’eau minérale doit être soigneusement proportionnée aux conditions individuelles d’organisation, de tolérance, d’excitabilité; il me suffit d’exprimer ici que la goutte est une des maladies où il convient le plus de retenir le zèle outré des malades, et que je n’ai jamais considéré comme utile de dépasser six ou huit verres d’eau minérale par jour, dose que je suis loin d’atteindre toujours. Il faut défendre les bains aux goutteux sujets aux étourdissements, aux palpitations, à ceux chez qui la goutte se réveille aisément, se déplace \oIonliers, surtout s’ils sont sujets à des accidents quelconques suspectés de caractère goutteux irrégulier. Il est d’observation que les bains tendent à favoriser et accroître toutes ces dispositions fâcheuses. C’est par la même raison qu’il faut également proscrire les bains lorsque le traitement se trouve appliqué à une époque un peu rapprochée des attaques; il y a même des goutteux chez qui les bains ramènent à coup sûr les manifestations goutteuses. Hors des cas que je viens d’énumérer, les bains journaliers apporteront un complément utile à l’usage interne de l’eau minérale; on évitera seulement qu’ils soient d’une température trop élevée ou d’une trop longue durée.

» Les douches sont généralement contre-indiquées. On paraît avoir fait partout celte observation, qu’elles ramènent très-aisément la goutte aiguë. » (Durand- Fardel. )

La durée du traitement ne doit pas être longue : on la fixe généralement à vingt ou trente jours; d’après Trousseau, les eaux alcalines ne doivent même pas être prises plus de dix à douze jours de suite, et il est bon de n’y revenir que tous les mois.

Quel est l’effet des eaux de Vichy appliquées au traitement de la goutte? On a vu que Petit les considérait comme un moyen curatif certain, et il leur attribuait même la vertu de faire disparaître les effets de la maladie, tels que les altérations articulaires et les concrétions urinaires. L’expérience ultérieure a montré ce qu’il y avait d’exagéré dans ces assertions, et Durand-Fardel ne donne au traitement de 'Vichy que la propriété d’atténuer les manifestations goutteuses : « Dans la grande majorité des cas, dit-il, lorsque les eaux ont été administrées en temps opportun et d’une façon méthodique, on voit les attaques de goutte sainoindrii et s éloigner, quelquefois perdre seulement de leur fréquence, d autres fois de leui intensité. L’usage réitéré des eaux de Vichy a pu amener, pendant de longues périodes, un silence complet de la goutte, sauf quelquefois des apparitions avortées. »» Ces conclusions se rapprochent beaucoup, comme on voit, de celles qui ont été présentées par Rilliet

On a voulu expliquer les propriétés des eaux de Vichy par des actions chimiques. Considérant la goutte comme produite par la diathèse acide ou urique, quelques médecins ont pensé que les eaux alcalines agissaient en neutralisant les acides qui se formaient en excès dans l’économie. 3iais, si l’on ne voit dans la diathèse urique que l’un des effets, et non la cause de la goutte, on attribuera plutôt l’efficacité de a médication thermale alcaline à son action sur la nutrition, et en particulier sur

GOUTTE

TRAITEMENT

les appareils de la digestion, de la sécrétion urinaire et de la perspiration cutanée dont les troubles paraissent être les phénomènes primitifs de la goutte; les eaux de Vichy agiront dès lors en régularisant les grandes fonctions qui constituent l’acte capital delà nutrition. (Durand-Fardel, Trousseau.)

Si la médication alcaline peut rendre de grands services, quand elle est bien appliquée et nettement indiquée, il faut savoir qu’elle n’est pas exempte de dangers. Trousseau a particulièrement insisté sur les fâcheux résultats que produisaient les eaux alcalines, quand on les employait en temps inopportun ou sans mesuré; il a montré qu’on s’exposait alors à changer une goutte franche en goutte chronique, vague, viscérale; ou bien à développer des symptômes d’épuisement qu’il a groupés sous le nom de cachexie alcaline.

Ces accidents sont beaucoup plus rares maintenant, parce qu’on n’emploie plus les eaux de Vichy aux doses excessives que l’on conseillait y il a quelques années encore; mais ils montrent au moins la réserve que l’on doit apporter dans l’emploi de la médication alcaline, et les dangers que l’on doit chercher à éviter.

Nous n’avons parlé jusqu’ici, à propos de la médication thermale alcaline, que des eaux de Vichy, parce qu’elles représentent le type de cette médication, et qu’elles ont été surtout préconisées contre la goutte. Il est probable que les autres eaux minérales bicarbonatées peuvent avoir une action analogue .contre la goutte ; on a signalé particulièremen les eaux de Vais , de Néris , d 'Ems, du Mont- Dure, de Contrexéville ; mais on a sur ces eaux beaucoup moins de renseignements que sur celles de Vichy.

Dans la goutte chronique, et spécialement dans les formes atoniques, où la médication alcaline est contre-indiquée, on a quelquefois obtenu de bons effets des eaux chlorurées sodiques, et en particulier des eaux de Wiesbaden.

Les eaux sulfureuses peuvent aussi rencontrer leurs indications dans le traitement de la goutte, dans la goutte asthénique par exemple, ou lorsque l’organisme est profondément débilité; c’est dans ces mêmes conditions qu’on peut aussi employer les eaux ferrugineuses. ]

Bucklcr (1), se fondant sur ce que l’acide urique prédomine dans le rhumatisme et dans la goutte, et sur ce que des concrétions d’urate de soude et de chaux se forment dans les tissus blancs, a traité ces deux maladies par le phosphate d’ammoniaque , qui, avec les urates, produit de l’urate d’ammoniaque et du phosphate de soude facilement soluble. Il assure que par ce moyen les malades sont soulagés et guéris en peu de jours, et qu’un phénomène qui se produit trèspromptement est la limpidité de l’urine succédant aux urines briquetées. Le phosphate d’ammoniaque est donné à la dose de 50 à 60 centigrammes trois fois par jour. Edwards (2) a employé le même moyen, et il est arrivé au même résultat.

Nous pourrions ajouter ici les sudorifiques , les bains de vapeur, le gaïae, le sassafras, la salsepareille, etc. ; mais ils ne nous présenteraient aucune considération nouvelle.

Les amers sont d’un usage très-fréquent. La poudre du duc de Portland, dans

(1) Buckler, Jahrcsberidü der gesammten Medizin , et Union médicale, décembre 1847

(2) Edwards. Provincial Jour n. ofmed., 1847.

MALADIES CONSTITUTIONNELLES

laquelle ces substances tiennent la première place, a joui d’une très-grande réputation. Voici sa composition:

y Petite centaurée } Aristoloche ronde ) .

Cerniandrée > aa parties égales. Ivette j aa Par*ics égales.

Gentiane )

Mêlez. Dose : deux grammes tous les matins.

Pour que cette poudre agisse , suivant ceux qui ont vanté son efficacité, il faut en continuer l’usage pendant très-longtemps ; seulement, lorsque l'amélioration devient très-évidente, on peut diminuer la dose.

On a mis en usage le quinquina, le simarouba , le Colombo, etc. C’est surtout lorsque la constitution est débilitée, lorsqu’il existe cet état auquel on a donné le nom de cachexie goutteuse, qu’on a recours à ce-; médicaments, qui ont l’avantage de rétablir les digestions. Ileld a surtout préconisé le quinquina à dose élevée, el l’a donné comme le meilleur spécifique (1); mais l’expérience des autres auteurs n’a pas confirmé ces effets merveilleux, bien que quelques-uns aient parlé avec avantage des effets de ce médicament.

On a encore eu recours aux narcotiques : à la belladone, à la ciguë, à Y aconit, à V opium. Ces médicaments sont utiles pour calmer les douleurs; mais rien ne prouve qu’ils soient des spécifiques. La plus célèbre des préparai ions narcotiques est celle à laquelle on a donné le nom de gouttes noires, et dont Scudamore nous a laissé la formule suivante :

if Opium coupé par tranches. . 250 gram. Muscade.. 50 gram.

Bon verjus 3000 gram. Safran 15 gram.

Faites bouillir jusqu’à réduction de moitié. Ajoutez :

Sucre 125 gram. | Lcvûre de bière 30 gram.

Mêlez le lout, pendant deux mois, près du feu, puis à l’air, jusqu’à consistance sirupeuse. Décantez, filtrez; mettez dans des bouteilles, après avoir sucré. Dose : deux, tros, quatre goultes et plus par jour, progressivement et avec précaution, parce que celle préparation est plus active que la teinture d’opium ordinaire.

Nous pouvons encore citer les purgatifs, les vomitifs; mais ces médicaments ne sont utiles que dans des circonstances particulières et pour combattre quelques accidents.

Les excitants généraux : Y antimoine, les mercuriaux, sont également employés, mais sans que nous ayons rien à en dire de particulier.

Mogens divers. — Nous signalerons des médicaments particuliers, comme Viodure de potassium (Gendrin, Clendinning, etc.); la décoction de Zittmann, Yacétate de potasse, Y éther pfioèphorique (llufeiand), les frictions avec le phosphore proposées par Gœden, et dont voici la formule (2) :

'if Phosphore 2gr,50

Faites dissoudre dans :

Huile de sabine. 15 gram. | Huile de térébenthine 15 gram.

(1) Voy; Êphèm. des curieux de la nature , cent. 3 et 4.

(2) Horn’s Archiv, t. XI.

Ajoutez :

Ammoniaque liquide 60 gram.

Faire des frictions sur les parties affectées, chaque jour, à la sortie du bain, où le malade doit rester trois heures.

Nous pouvons encore mentionner l'arsenic (Fr. Hoffmann, J. Ch. Fr. Harless) (1), le rhododendron chrysantum, le soufre (2), le camphre , Y électricité, Y acupuncture, Y action de l'aimant , le massage , etc. , etc. ; mais il vaut mieux, après avoir dit un mot de l’action de l’eau froide, présenter quelques remèdes antigoutteux qui ont eu de la célébrité, sans nous porter garant de leur efficacité.

L’ hydrothérapie a été fréquemment employée, dans ces dernières années, contre la goutte chronique. On a cité un certain nombre de cas où les bons effets de cette médication ne sauraient être douteux. C’est surtout dans la goutte invétérée qu’elle s’est montrée utile.

Nous mentionnerons, sans le citer, un remède proposé par Sydenham (3), qui contient une énorme quantité de substances; il suffit de dire ([ue les amers et les excitants y tiennent la plus grande place.

Nous ne parlerons pas des préparations de colchique, décorées du nom d’antigoutteuses, parce que nous avons dit tout ce qu’il y avait à en dire à l’occasion du rhumatisme articulaire aigu et chronique ; mais nous citerons le sirop antigoulteux suivant, dans lequel celte substance est unie à d’autres médicaments actifs (Bouchardat) :

Sirop antigoutteux.

% Extrait de gaïae 10 gram.

Teinture alcoolique de semence de colchique )

- de digitale aa 5 gram.

Délayez l’extrait dans les teintures. Ajoutez :

Sirop de sucre 1000 gram.

D’abord, trois cuillerées a bouche dans la journée, délayées dans un verre d’eau. On augmente successivement la dose jusqu’à dix et douze par jour.

Gall donnait les pilules suivantes, connues sous le nom de pilules antiarthritiques. Elles contiennent des médicaments que nous avons déjà signalés :

Extrait aqueux de gaiac Sgram. 1 Extrait gommeux d’opium. . . 25 centigram.

Antimoine cru 2 gram. ]

Mêlez. Faites vingt pilules. Dose : trois le matin, trois à midi, trois le soir.

Les pilules antiarthritiques de Vicq d'Azyr sont composées comme il suit :

Savon médicinal râpé 8 gram. | Extrait de fiel de bœuf.

Mêlez et incorporez :

Poudre de gaïae.

Résine de gaïae i

Calomel j aa ^ £rarn-

Faites des pilules de 20 centigrammes. Dose : une ou deux matin et

soir.

. h gram.

2 gram.

(1) J. Ch. Fr. Harless, De arsen. usu in medicina. Norimbergoe, 1811.

(2) Barthez, Traité des maladies goutteuses. Montpellier, 1810.'

(3) Sydenham, Traité de la goutte, § '838, dansl ’Encyc/op. des sciences méd. Pans, 18 là

MALADIES CONSTITUTIONNELLES

On emploie en Italie un spécifique antigoutteux qui a une très-grande réputation. Agostinacchio (1) expose connue il suit sa composition et son mode d’administration :

« On prend 180 grammes de teucrium polium , autant d'ajuga iva, autant d 'artemisia vulgaris , et on les fait infuser pendant vingt-quatre heures dans 10 kilogrammes et demi d'eau. On fait ensuite bouillir le tout à feu lent dans un pot de terre verni, jusqu’à réduction du tiers ou de la moitié. On passe avec expression, cl l’on ajoute à la décoction 3 kilogrammes de térébenthine de Venise. On fait ensuite de nouveau bouillir jusqu’à réduction d’un tiers ou de la moitié. On enlève le vase du feu; on laisse refroidir, et l’on retire toute l’eau. Ce qui reste alors est conservé pour l’usage dans un pot de terre verni en dehors et en dedans.

» Le goutteux doit prendre tous les matins, avant de manger, un bol de celle masse du poids de h grammes, boire par-dessus un verre d’eau fraîche, et continuer ainsi toute sa vie. Il sera bon, pour renforcer l’effet de cette médication, qu’à l’époque des équinoxes et des solstices, il se mette pendant une vingtaine de jours à l’usage quotidien de 2 grammes de salsepareille en poudre, sans discontinuer pour cela celui des bols. Il est à peine besoin de dire que le malade observera la plus stricte tempérance; il s'abstiendra de faire excès d’huile, de vin, de spiritueux, d’aromates et de condiments, de chocolat, de café, de viandes et de poissons salés. Il suivra un régime aussi peu azoté que possible.

»> S’il y a de la constipation, on purge, et de préférence avec les purgatifs salins. »

Ce médicament est en vogue à Naples, comme remède populaire. Agostinacchio n’affirme pas toutefois qu’il guérisse toujours ni radicalement; mais il jouit, dit-il, dans la plupart des cas, d’une efficacité incontestable, en éloignant le retour des accès et en les soulageant. Dans quelques cas aussi, que l’auteur cite, il a procuré une guérison complète.

Feuilles de frêne. — Les docteurs Pouget et Peyraud (2) considèrent les feuilles de frêne comme un spécifique puissant dans la goutte, le rhumatisme articulaire et musculaire. Voici le mode d’administration :

« On fait infuser chaque prise de poudre de feuilles île frêne, pendant trois heures, dans deux tasses d’eau bouillante; avant de prendre l’infusion, qu’on peut édulcorer à volonté, il faut avoir soin de la passer à travers un linge.

» Dans le cas de goutte aiguë et au commencement surtout de l’attaque, avec ou sans fièvre, on doit faire infuser deux prises dans trois tasses d’eau, que l’on prendra l’une le soir au moment de se coucher, l’autre le matin, et la troisième au milieu de la journée, entre les deux repas.

» 11 est nécessaire de continuer cette médication pendant une huitaine de jours, après la disparition des symptômes précités, à la dose seulement d’une seule prise de poudre pour deux tasses d’infusion.

» Dans la goutte chronique, on peut se contenter de deux lasses d’iufusion par jour, une le soir et l’autre le matin; mais le traitement doit être continué pendant plus longtemps.

(1) Agostinacchio, U Filiatre sebezio, mai 1846. — Notice sur un spécifique antigouttevx.

(2) Pouget et Peyraud, Union médicale, 27 novembre 1852.

» Cette médication, employée tous les mois pendant huit à dix jours, éloigne, ajoutent ces médecins, les attaques plus ou moins indéfiniment. »

Dans le rhumatisme aigu, cette infusion aide beaucoup l’action des moyens thérapeutiques ordinairement mis en usage.

La prise est constituée par un gramme de poudre (1).

Nous ne croyons pas que l’expérience ait encore définitivement prononcé sur la valeur de ce moyen.

Sabine. — Nous ajoutons deux formules ayant la Sabine pour base, et que des médecins allemands disent employer avec succès, sans toutefois citer aucune observation (2).

Gceden recommande le liniment suivant dans la goutte invétérée.

Phosphore 2®r,80

Huile essentielle de sabine. . 15 gram.

Huile essentielle de térébenthine. 15 gram. Ammoniaque CO gram.

Le malade se frictionne de ce liniment au sortir du bain. Kopp vante l’usage externe du mélange suivant :

Huile de sabine 4 gram.

On imbibe de ce mélange un plumasseau de charpie et on l’applique sur le point malade.

Baume de copahu |

du Pérou aa /0 Sram'

On sent combien il serait nécessaire de pouvoir étudier les faits, pour juger de la valeur réelle de ces moyens, qui sont d’ailleurs compliqués.

Les cataplasmes de feuilles de choux ont été recommandés contre la goutte, aussi bien que contre les douleurs rhumatismales. Labonnardière (3) cite deux cas dans lesquels l’application de feuilles de choux, amorties sur la flamme, a dissipé complètement la maladie. On trouve des exemples semblables dans le Journal des connaissances médico-chirurgicales (h).

Il y a eu un grand nombre de remèdes secrets contre la goutte; nous ne pouvons en mentionner aucun.

Nous n’avons pas indiqué certaines particularités du traitement local , parce qu’il est on ne peut plus facile d’en comprendre la nécessité et d’en faire l’application. Si, par exemple, il survient une ulcération par suite de l’accumulation de la matière tophacée, on doit faciliter la sortie de cette matière. Si l’inflammation est très-vive, en pareille circonstance, on emploie les émollients; si, au contraire, l’ulcère est blafard, atonique, on l’excite par des pommades un peu irritantes.

Résumé. — Ce qui résulte de plus positif des détails dans lesquels nous sommes entré, c’est qu’il n’y a pas de remède spécifique contre la goutte; que l’usage des eaux thermales, et principalement des eaux de Vichy et de celles qui ont avec elles une plus ou moins grande ressemblance de composition, doit être vivement conseillé ; que les émissions sanguines n’ont pas, à beaucoup près, le danger qu’on leur a supposé, qu’il en est de même de l’application du froid; qu’enfin les remèdes

(1) Union médicale , 2 décembre 1852.

(2) Voy. Gazette des hôpitaux, et Journ. des connaissances méd.-chir., 15 niai 1852.

(3) Labonnardière, Jour, de méd. et de chir. prat., juillet 1848.

(4) Avril 1848.

MALADIES CONSTITUTIONNELLES

doivent être employés avec une très-grande persévérance, si l’on veut en tirer tout le bénéfice qu’on doit en attendre.

Nous n’avons pas, dans l’exposé précédent, indiqué les moyens destinés à dissoudre les concrétions par leur action chimique; on comprend pourquoi.

U° Traitement de la goutte rétrocédée et des complications. — Ce que nous avons dit plus haut, à propos de la rétrocession de la goutte, nous dispense d’entrer dans de grands détails sur son traitement. Si, en effet, nous ne voyons guère, dans les affections internes qui surviennent chez les goutteux, que des maladies secondaires conservant leurs caractères particuliers, il suffit évidemment de renvoyer au traitement de ces maladies, dont on mesure l’intensité sur la violence des symptômes. Pringle et ’Cullen ont vanté l’emploi du musc dans les cas où il existe des phénomènes nerveux considérables.

Mais il est un autre point de vue sous lequel on peut considérer cette partie du traitement. Si la douleur articulaire a diminué, si les autres symptômes locaux se sont en partie dissipés, pendant que les accidents du côté des organes internes se sont développés, on cherche à rappeler la goutte dans les articulations affectées. A plus forte raison doit-on chercher à le faire, si les symptômes locaux ont complètement disparu. Enfin, lorsque la chaleur est mobile, qu’elle se porte tantôt sur une articulation, tantôt sur une autre, et qu’elle alterne avec des symptômes thoraciques, abdominaux, cérébrauxi on emploie des moyens propres à la maintenir dans un ou plusieurs articles : c’est ce qu’on appelle fixer la goutte.

Pour remplir les indications que nous venons de mentionner, on a recours à des applications irritantes. On couvre les articulations où la douleurs’est principalement manifestée de sinapismes , de cataplasmes excitants , comme celui de I’radicr ou celui de lliolan; on frictionne les parties avec un Uniment ammoniacal ; on y fait des lotions stibiées , ou au sublimé; enfin, on a recours au vésicatoire, au cautère , et même au moxa. Les vésicatoires sont principalement employés dans le but de fixer la goutte.

Quant à la goutte interne , elle ne nous présente aucune considération particulière. Certains auteurs ont appelé goutte interne toutes les affections qui surviennent chez les goutteux : c’est un abus; d’autres entendent par goutte interne la goutte rétrocédée, nous venons d’en parler, et, pour la goutte interne proprement dite, on peut affirmer que son existence est loin d’être mise hors de doute.

5° Traitement prophylactique. — Le traitement prophylactique peut se résumer ainsi qu’il suit : Être sobre ; s’abstenir presque complètement de boissons alcooliques. Éviter l’oisiveté; ne pas trop se livrer aux travaux de cabinet, mais prendre un exercice actif tous les jours, et, s’il est possible, se livrer à quelques travaux corporels. L’exercice doit être pris en plein air (I). On trouve, dans tous les auteurs, des exemples de goutte qui s’est dissipée ou qui est revenue avec la mauvaise et la bonne fortune; par conséquent, les goutteux doivent s’interdire, autant que possible, tout ce qui touche au luxe; se tenir constamment à l’abri du froid humide, avoir surtout les pieds constamment chauds; ne pas se livrer trop fréquemment à l’acte vénérien ; aller tous les ans, s’il se peut, aux eaux thermales : voilà les moyens qui complètent le traitement prophylactique. De toutes les drogues

(1) Voy. Reveillé-Parise, Guide des goutteuxetdcs rhumatisants. Paris, 1847, p. 103etsuiv.

SCROFULE

qu’on a données comme spécifiques pour prévenir les attaques de goutte, il n’en est aucune qui mérite la confiance du praticien.

RÉSUMÉ SOMMAIRE DU TRAITEMENT

1° Traitement de la goutte aigue. — Émissions sanguines; sudorifiques; purgatifs; colchique; narcotiques; froid; phosphate d’ammoniaque; applications excitantes.

2° Traitement de V attaque. — Émissions sanguines; froid; eau chaude en abondance; hydrothérapie; applications excitantes; narcotiques; chloroforme; position ; diète.

3° Traitement de la goutte chronique. — Applications excitantes; alcalins; eau de Vichv; eaux thermales diverses ; sudorifiques; amers; toniques; narcotiques; antimoine; mercuriaux; moyens divers; antigoutteux; particularités du traitement local.

k° Traitement de la goutte rétrocédée et des complications.

5° Traitement prophylactique.

[Si nous faisions ici un traité complet de la goutte et des malad:es goutteuses, nous devrions décrire la gravelle et Y hématurie goutteuses. Mais nous devons abandonner ce dessein , afin de pas scinder l’histoire de ccs dernières affections, qui appartiennent, par leur localisation anatomique, au groupe des maladies des voies urinaires et seront étudiées dans le tome IV de cet ouvrage. ]

ARTICLE V

SCROFULE

[Les travaux sur la scrofule sont extrêmement nombreux, et l’on peut les diviser en deux groupes : les uns sont analytiques, les autres synthétiques. Dans les premiers, tous les éléments, tous les divers modes d’expression de la scrofule sont isolés, étudiés à part, et la hialadie se trouve ainsi démembrée. Dans les autres, au contraire, on étudie l’unité morbide, et l’on fait, par conséquent, un travail extrêmement profitable au point de vue de la pathogénie et de la thérapeutique. Parmi les ouvrages qui appartiennent à ce deuxième groupe, nous citerons surtout ceux de Kortum (1), Hufeland (2), Lcpellctier, de la Sarthe (3), Sat-Deygallières, Joseph de Véring (U) , Baudelocque (5), mais les plus importants sans contredit

(1) Kortum, Commentarius de vitio scrophu/oso. Lemgo, 1789-1790, 2 tomi.

(2) Huleland, Uher die Nafur , Erkcnntrivismittelund Heilart der Scrofe/krankheit. Berlin, 1785. — Traduit de l’allemand sur la 3e édition, accompagné de notes par J. B. Bousquet. Paris, 1821.

(3) Alm. Lepelletier, Traité complet sur la maladie scrofuleuse et les différentes variétés qu’elle peut offrir. Paris, 1818.

(4) .los. de Vc ring, Heilart de Scrofelkrankheit. Wien, 1829. — Manière de guérir la maladie scrofuleuse. Vienne. 1832.

(5) A. C. Baudelocque, Études sur les causes, ta nature et le traitement de la maladie scrofuleuse. Paris, 1834.

MALADIES CONSTITUTIONNELLES

sont ceux d’Alph. Milcent (1), de Lebert (2), et surtout ceux de Bazin, médecin de l’hôpital Saint-Louis (3). Nous signalerons aussi les leçons récentes de Hardy (6), qui a admis, sauf quelques restrictions, la plupart des opinions de ce dernier auteur.

Nous ferons aux travaux de Bazin les plus larges emprunts, et cet article ne sera qu’un long extrait des ouvrages de ce maître, qui seul fait maintenant autorité sur cette matière.

§ I. — Définition, synonymie, fréquence.

Le mot scrofule asi si expressif, et sa valeur est si bien connue de tout le monde, que la plupart des auteurs ont jugé inutile de donner une définition de la maladie à laquelle il s’applique, ou qu’ils ont donné des définitions vagues et incomplètes îi travers lesquelles perce seulement une esquisse plus ou moins réelle de la maladie. '

Lorsqu’on définissait la scrofule, un engorgement chronique des ganglions sousmaxillaires, suivi d’abcès froids et d’accidents généraux à marche lente, on partait bien d’un fait d’observation, la fréquence et l’apparition souvent primitive des engorgements en question, mais on donnait certainement une fort mauvaise idée de la maladie. El, d’un autre côté, on s’appuyait sur une hypothèse, en disant avec Jolly, que la scrofule est « un état morbide général ou constitutionnel dans lequel les glandes et les vaisseaux lymphatiques , ainsi que les liquides qui les pénètrent, sont spécialement affectés. »

Nous dirons d’abord avec Bazin, que la scrofule appartient h ce groupe d'affections constitutionnelles qui se caractérise par des lésions très-multipliées, et par des produits morbides très-variés; et que, sous ce rapport, elle se rapproche de la syphilis et des maladies arthritiques (goutte, rhumatisme); tandis qu’elle diffère des diathèses proprement dites, parce que celles-ci ne se caractérisent que par la production et l’évolution d’un seul produit toujours identique avec lui-même. Voici maintenant la définition de cet auteur et son opinion sur la fréquence de la maladie.

« La scrofule est une maladie constitutionnelle, non contagieuse, le plus souvent héréditaire, d’une durée ordinairement fort longue, se traduisant par un ensemble d’affections variables de siège et de modalité pathogénique, qui ont cependant pour caractère commun la fixité, la tendance hypertrophique et ulcéreuse, et pour siège ordinaire les systèmes tégumentaire, lymphatique et osseux.

» La scrofule a été connue et dénommée dès la plus haute antiquité; elle est indiquée ou décrite dans tous les traités généraux de médecine; elle a faille sujet d’un nombre très-considérable de monographies, de notes, de mémoires, etc. Il n’est pas dans le cadre nosologique de maladie plus commune. Nous la trouvons partout, mais surtout en France, en Angleterre, en Hollande; les ravages qu’elle fait dans l’espèce humaine sont véritablement effrayants, et je ne crains pas de dire

(1) Milcent, De la scrofule. Paris, 1846.

(2) Lebert, Traité pratique des maladies scrofuleuses et tuberculeuses, in-8. Paris, 1849.

(3) Bazin, Cours de sémiotique cutanée , extrait de la Gazette des hôpitaux , in-8. Paris, 1856. — Leçons théoriques et cliniques sur la scrofule, in-8, 2e édit. 1861.

(4) Hardy, Leçons sur la scrofule et les scrofulides et sur la. syphilis et les syphtltdcs,

in-88. Paris, 1864.

SCROFULE

CAUSES

qu’elle enlève plus de victimes que les grandes épidémies de peste ou de choléra. On la rencontre à tous les âges, sur les deux sexes, dans toutes les classes de la société; il n’est peut-être pas une famille qui n’en offre au moins un exemple (1) ! »]

La scrofule a été désignée aussi sous les noms de strumes et affections strumeuses, d 'écrouelles, à' humeurs froides , etc.

§ II. — Causes.

Parmi les causes prédisposantes, la plus évidente, sans contredit, est Y uge. On sait que c’est dans l’enfance, et principalement de deux à dix ans, que se développe principalement la maladie scrofuleuse. Le sexe, d’après Lepelletier, du Mans (2), a une action également très-évidente, puisque, parmi les scrofuleux, les femmes sont dans la proportion de 5 à 3. Le tempérament lymphatique est aussi regardé par le plus grand nombre des auteurs comme une des causes prédisposantes les plus efficaces; toutefois Guersant (3) n’admet pas l’existence de cette cause; et, comme lui, Baudelocque (4) fait remarquer que, parmi les malades, il en est un bon nombre qui n’ont aucun des attributs du tempérament lymphatique.

Les conditions hygiéniques ont été particulièrement étudiées. Baudelocque (p. 60 et suiv.) est entré à ce sujet dans des détails importants. On a regardé une nourriture insuffisante, composée principalement de végétaux, de légumes secs, de fruits non mûrs, en un mot, une nourriture peu succulente, comme une des principales causes de l’affection. Baudelocque a cité un très-grand nombre d’exemples pour prouver que rien n’était moins fondé que cette assertion, et un des arguments les plus forts qu’il ait adressés à cette manière de voir, c’est que les aliments les plus divers ont été tour à tour regardés comme produisant les scrofules. Passant ensuite en revue les différentes boisson s auxquelles on a attribué la production des scrofules, Baudelocque étudie l’action de l’eau provenant de la fonte des neiges, privée d’air, de mauvaise qualité ; les vins acidifiés , le cidre; les boissons trop abondantes, et il arrive encore à la même conclusion, c'est-à-dire que rien n’est moins prouvé que leur influence. Les arguments qu’il apporte en faveur de sa manière de voir sont en effet très-forts, et inspirent les plus grands doutes sur l’exactitude des auteurs qui ont admis l’existence de ces causes. Même résultat de l’examen des faits par lesquels on a cherché à prouver que certains médicaments et certains poisons, comme les purgatifs, le mercure, le plomb, donnaient lieu au développement de la scrofule; il en est de même de la malpropreté, que Kortum (5) regarde comme une des causes les plus efficaces de la maladie dont il s’agit. C’est également par de simples assertions que les auteurs comme Kortum, Marc-Aurèle Séverin, Warthon et quelques autres, ont prétendu que les scrofules étaient dues à la rétention de certaines sécrétions et excrétions; il faut en dire autant à propos de l’électricité, dont la diminution a paru à de Humbold une cause de la scrofule.

Parmi les influences atmosphériques, le défaut de lumière, une température

(1) Bazin, Cours de sémiotique cutanée, p. 39 ; et Leçons sur la scrofule, p. 89 et 9 1 .

(2) Lepelletier, Traité complet sur la maladie scrofuleuse. Paris, 1830.

(3) Guersant, Dictionnaire de méd , lre édit., t. XIX.

(h) Baudelocque, Traité de la maladie scrofuleuse. Paris, 1834.

(5) Kortum, Comment, de vitio scrophulsso. Lemgo, 1790.

MALADIES CONSTITUTIONNELLES

ordinairement basse, paraissent avoir une influence réelle sur la production de la maladie; mais c’est une simple présomption qui n’est point fondée sur des faits assez positifs. Quant à l’humidité, JJaudelocque élève contre cette cause des objections qui 11e permettent pas de regarder son influence comme suffisamment démontrée. Pour cet auteur, l 'altérât, on de l’air est la cause principale de la scrofule; c’est dans les ateliers encombrés, c’est dans les rues étroites, dans les chambres où l’air ne peut pas être facilement renouvelé, ou qui sont trop étroites pour que celui quelles contiennent suffise à la respiration pendant la nuit, etc., que, d apres cet auteur, la sciofule est principalement produite. Il rapporte un assez grand nombre de faits qui viennent à l’appui de cette opinion. Ainsi, c’est principalement dans les endioits où *es maisons sont enlassees, où les rues sont étroites et tortueuses, où les chambres, peu étendues, sont occupées par un trop grand nombre de personnes, qu’on trouve la plupart des scrofuleux. Ces faits sont de nature à faire regarder la proposition de Baudelocque comme fondée. Toutefois, il faut reconnaître a\ec lui qu’un certain nombre des autres causes mentionnées peuvent favoriser l’action de ces dernières.

Restent maintenant deux autres causes, qui sont Y hérédité et la contagion. L’existence de la première n’est mise en doute par personne. On a cité l’ex mpje d’enfants scrofuleux au moment même de leur naissance, et l’existence héréditaire de la scrofule dans certaines familles, est un fait qui a été fréquemment observé. Toutefois, nous ne sa\ons pas quel est le degré (('influence de cette cause, dont l’action a clé très-exagérée par Lugol (1). Quant à la contagion, c’est une opinion qui a été mise en avant, mais dont le peu de fondement est démontré chaque jour par le contact continuel d’enfants sains avec des enfants scrofuleux, et que l’existence de l’hérédité a peut-être seule fait admettre.

On a souvent débattu la question de savoir si ja çause primitive de la scrofule se trouve dans une altération du sang. Lcbert (2), après avoir examiné les divers travaux sur ce point, et principalement ceux de NicJjjolson, est armé aux deux conclusions suivantes : «1 L'existence des scrofules dans la masse du sang 11’est point prouvée jusqu’à présent par l’observation directe; 2° l'hypothèse que la dernière cause des scrofules réside dans une altération particulière du sang a pour elle des raisons de probabilité. »

Le même auteur a encore démontré la non-existence d'une matière scrofuleuse particulière.

[ Indépendamment des causes générales capables de produire la maladie scrofuleuse, il est un certain nombre de causes occasionnelles qui peuvent éveiller ses différentes manifestations locales. Ainsi un traumatisme peut, chez un scrofuleux, amener une tumeur blanche, une carie, etc. Certaines maladies, telles que les fièvres éruptives, la coqueluche, les phlegmasies, peuvent avoir une influence considérable sur le développement des accidents de la scrofule. ]

§ III. — Symptômes.

[« La marche de la maladie scrofuleuse nous présente quatre périodes bien distinctes à étudier. Souvent elle est p récédée d’un étal particulier du corps qui con-

(1) Lugol, Hec h . et observ. sur les causes des maladies scrofuleuses. Paris, 18M.

(2) H. Lebert, Traité pratique des maladies scrofuleuses et tuberculeuses . Paris, 1 $49, p. ÛO.

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