‹ Guide du médecin praticien (volume 3)Chapitre 129 sur 369 · SCROFULE. — SYMPTÔMES · texte numérisé non relu

SCROFULE. — SYMPTÔMES

stitue la prédisposition scrofuleuse, et elle est fréquemment aussi suivie de diverses infirmités, telles que la claudication, l’ankylose ; de diverses mutilations, la perLe du nez, des paupières, qui accusent par des stigmates indélébiles la nature du mal qui les a occasionnés.

» Prédisposition à la scrofule. — Voyons quel est cet état précurseur. La maladie n’est pas encore déclarée ; il y a seulement une prédisposition qui agit sur les organes, modifie leur évolution pendant le premier âge, trouble plus ou moins les différentes fonctions : c’est la scrofule en germe. On donne généralement comme l’un des caractères de la prédisposition à la scrofule le gonflement de la lèvre supérieure. Mais il ne faut pas vous y méprendre, c’est là un symptôme de la scrofule confirmée, et quand cette tuméfaction existe avec des fissures à la peau et un flux nasal, la maladie est déjà parvenue à un degré assez avancé. Doit-on encore, avec les auteurs, regarder le tempérament lymphatique exagéré comme une prédisposition manifeste à la scrofule? Le développement trop marqué du système lymphatique appelle la scrofule sur ce système, mais il ne la fait pas naître ; il n’y a pas là relation nécessaire de cause à effet.

» Les traits de la constitution scrofuleuse consistent dans une modification toute . particulière du faciès, de l’habitude extérieure du corps, et spécialement des fonctions de l’économie.

» Le faciès doit être étudié avec soin. Nous trouvons d’abord à noter la conformation du crâne, dont la partie postérieure est singulièrement développée; en même temps le front est ba>, le cou court, et les mâchoires larges et fortement accusées. Mais ce qui doit surtout fixer votre attention, ce sont les contrastes que vous offrent les scrofuleux dans les traits divers de leur physionomie. Ici la coloration du visage est vive, animée; là, au contraire, la face est pâle, ou plutôt d’un blanc terne et mat. Tantôt l’œil est vif, tantôt morne, languissant, presque éteinl. Chez les uns, l'embonpoint est développé, le tissu graisseux est très-abondant, il y a une véritable polysarcie, mais en même temps les chairs sont molles et flasques. Chez d’autres, quoique doués d’un appétit énergique, il y a une maigreur considérable, la peau est blanche et rosée, ou terne et même brune. La chevelure est tantôt épaisse, luxuriante même, tantôt rare et clair-semée. La physionomie est régulière et belle, ou bien, au contraire, irrégulière et dépourvue d’expression.

» Relativement à la stature, le plus souvent la croissance semble avoir été entravée dans son évolution; le sujet a vingt ans, et il en accuse à peine quinze par son appareiice chétive et enfantine. D’autres sont d’une taille élevée, mais mal prise; en général, chez les scrofuleux, il y a défaut d’harmonie entre les différentes parties du corps. Le thorax est aplati d’avant en arrière et sur les côtés à sa partie supérieure, et présente ainsi une forme quadrilatère; le sternum est souvent bombé en carène, et le ventre forme une saillie disgracieuse; les membres manquent ordinairement de proportion avec le reste du corps, de là cette gaucherie dans lps attitudes et les mouvements que l’on observe chez tant de scrofuleux.

» La colonne vertébrale est assez fréquemment déviée de différentes manières, mais il ne faut pas confondre ceLte déviation avec celles qui sont d’origine rachitique et qui peuvent atteindre des sujets scrofuleux dans leur première enfance. Ce sont là des maladies très-distinctes.

MALADIES CONSTITUTIONNELLES

« Les fondions de l’économie sont modifiées de différentes manières, soit en plus, soit en moins. Ainsi tantôt la nutrition est languissante, tantôt elle est exagérée ; chez l’un, les digestions sont promptes, faciles ; chez l’autre, difficiles, accompagnées d’éructations gazeuses. L’état des forces est également très-variable : certains sujets sont fents, paresseux; d’autres sont actifs, laborieux, et cette paresse est le résultat d’une véritable faiblesse, d’une sorte d’inaptitude au mouvement.

» Même chose pour l’intelligence. Certains scrofuleux sont doués d’un esprit brillant, d’une pénétration remarquable; d’autres sont lourds, comme stupides: l’obtusion de leurs facultés peut aller jusqu’à lidiotie. Ces malheureux cherchent par tous les moyens à prolonger leur séjour à l’hôpital : ils y passeraient volontiers toute leur vie dans l’existence oisive que l’on y mène. Les facultés affectives sont encore là diverses : ici le caractère est vif, emporté; là doux, patient, plein de mansuétude et d’abnégation.

» Relativement aux fonctions de la génération, le plus ordinairement la puberté est retardée; d’autres fois, cependant, elle est avancée. Très-souvent, chez les sujets du sexe féminin, la menstruation se déclare très-tard, et quant aux appétits vénériens, ils sont ardents ou languissants et presque nuis.

-> Symptômes de la scrofule. — Enfin la maladie proprement dite se maiii-, feste Ici nous pouvons reconnaître quatre périodes successives.

" Première période ( scrofule primitive). — Elle se place ordinairement entre la première et la seconde dentition. La scrofule se décèle par différentes affections sur lesquelles je dois appeler très-sérieusement votre attention, parce qu’elles sont très-souvent méconnues. Ce sont surtout des gourmes, les croûtes de lait, les pseudo-teignes. Vous savez qu’on appelle ainsi l’eczéma et l’impétigo du cuir chevelu. Ces affections sont ordinairement très-rebelles, s’accompagnent souvent de tuméfaction, et se propagent souvent aussi aux bulbes pilifères. C’est là une des manifestations les plus communes de la scrofule à sa première période. Ces éruptions cutanées donnent souvent lieu à des engorgements ganglionnaires du cou; mais ces engorgements ne sont encore que sympathiques : ils n’ont pas de caractères scrofuleux, et ils cèdent avec la cause qui leur adonné naissance. Toul entière à son idée d’anatomie pathologique, l’école de M illau n’a étudié ces éruptions qu’à un seul point de vue, celui de la forme particulière des lésions par lesquelles elles se manifestent. La loupe à la main, ils ont étudié la vésico-puslule qui caractérise l’éruption; ils ont constaté que cette vésico-pustule est petite, acuminée, et renferme une matière assez épaisse et melliforme, ils lui ont donné le nom d 'achor, sous lequel les anciens désignaient les éruptions du cuir chevelu , et ils n’ont pas vu que la ténacité, la fixité de cette affection, lui donnaient un caractère particulier en dehors de la lésion élémentaire. Du reste, cette vésico-pustule acuminée, à laquelle on attache tant d’importance, est très-difficile à trouver, soit que sa durée soit très-courte, soit qu’elle manque réellement.

» On observe en môme temps des éruptions aphtheuses, l’induration et l’hypertrophie des amygdales ; d’où résultent, comme conséquences, la dureté de l’ouïe et le rondement pendant le sommeil.

» Pendant cette première période, nous avons encore à noter les ophthalvues , dans lesquelles l’inflammation attaque les diverses parties de l’oeil et les paupières (orgelet, induration des follicules de Meibomius).

SCROFULE

SYMPTÔMES

« Le coryza habituel, l’enchifrènement avec gonflement de la lèvre supérieure qui est souvent le siège d’érythèmes, d’éruptions impétigineuses, etc.

» L 'otorrhée, soit permanente, soit à répétitions plus ou moins rapprochées.

» La leucorrhée chez les petites filles.

» Un érythème avec induration des joues, qui alterne souvent avec les ophthalmies spéciales.

» Les engelures , différentes formes d 'eczéma, d 'impétigo, d'acnc indurata ou rosea, et même de psoriasis, remarquables surtout par leur ténacité.

»> Pendant cette première période, nous trouvons surtout à signaler des affections que le premier nous avons désignées sous le nom de scrofulides, et qui affectent spécialement la peau et les muqueuses. Ces affections, quoique nous ayons noté leur ténacité, sont légères, en comparaison de celles qui se développeront plus tard.

a A la fin de cette période, on observe, soit comme phénomène de transition à la seconde période, soit comme effet sympathique, des éruptions du cuir chevelu, des engorgements ganglionnaires, qui s’enflamment et suppurent sous l’influencé d’une nouvelle poussée scrofuleuse. Alors se forment des ganglionites tuberculeuses des abcès se creusent: la peau se décolle, s’amincit, se détruit, et il se manifesté des ulcérations d’un aspect particulier et caractéristique. Mais alors ce ne sont pas seulement les ganglions cervicaux superficiels qui sont pris; le mal s’étend à ceux qui sont situés plus profondément, à ceux qui passent sous les clavicules, sousl c sternum, à ceux des aisselles, etc., et là aussi il peut se former des abcès, des décollements, des fistules.

»> Les engorgements ganglionnaires cervicaux sont faciles à reconnaître. Ils affectent un seul côté ou les deux côtés du cou: leur masse est quelquefois très-considérable, et modifie singulièrement la physionomie. Le cou forme quelquefois alors un relief de chaque côté des mâchoires.

4 Les ulcérations succédant à l’ouverture des abcès ont une durée plus ou moins longue: elles restent quelquefois stationnaires, ou bien elles se cicatrisent. Dans le premier cas, on les voit persister dans les périodes suivantes, se joindre aux nm. velles lésions qui se seront manifestées.

» Ces accidents divers de la scrofule primitive peuvent céder, et une guérison apparente survenir; mais plus tôt ou plus tard de nouvelles poussées amènent les i désordres dont nous allons maintenant vous entretenir.

o Deuxieme période (scrofule secondaire). - Les accidents qui se manifestent dans cette période ont un caractère de gravité plus prononcé ; ce sont des scrol'u hdes d’une nature beaucoup plus tenace que celle dont nous avons parlé plus haut et qui affectent la peau et les muqueuses.

•> Nous rencontrerons ici :

» 1° Les différentes variétés d'acné va rioli forme, que nous avons lait connaître pour la première fois il y a déjà quelques années (1), elle lupus acnéique confondu par les auteurs avec Y acné sebacea. 1 ’

» 2U Le lupus et ses formes diverses : les lupus érythémateux eczémateux tuberculeux; certaines variétés de lupus érythémateux désignées par Biett sm.< \l nom d’érythème centrifuge.

(1) Bazin, Jouni. des connaissances inédico-prniiques, 1851 Yalleix, 5« édit.

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» 3° L’ impétigo rodens de Bateman et des auteurs modernes.

» La scrofule cutanée , déjà indiquée par Rayer, mais que personne n’avait complètement décrite; elle se montre soit isolée, soit par groupes, et elle est caracrisée par des élevures papulo-tuberculeuses ou papulo-pustuleuses, qui s’ulcèrent, s’enflamment, etc. Souvent l’inflammation se transmet aux parties sous-jacentes,' d’où la formation d’abcès superficiels; quelquefois enfin elle s’étend plus profondément, peut même aller jusqu’aux parties osseuses, mais sans les altérer.

» 5° Le molluscum tuberculeux.

» 6U Le lupus impétigineux des lèvres, de la vulve.

» 7° Les catarrhes utérins avec érosions granuleuses du col de l’utérus, dont I origine et la natuie reelles sont si souvent méconnues, et que l’on combat inutilement avec des moyens exclusivement locaux.

» 8° Enfin des blennorrhagies suivies de rétrécissements.

)> J andis que ces accidents se manifestent, il n est pas rare de voir des engorgements plus ou moins considérables de ganglions situés dans le voisinage des parties qui sont le siège des affections que nous venons d’énumérer. Ces engorgements, comme ceux de la première période, sont encore seulement sympathiques.

» Pendant cette seconde période, les ulcérations du lupus peuvent faire de grands progrès et s’étendre même jusqu’aux surfaces osseuses.

» Troisième période (scrofule tertiaire). — Elle est surtout caractérisée par les lésions du système osseux. Les surfaces osseuses, les articulations, la conlinuité et le centre des os sont successivement envahis.

« Nous avons donc à considérer ici :

» 1° Des abcès froids enkystés; 2° des périostites ; 3° des tumeurs blanches; h° des ostéites raréfiantes ou condensantes ; 5° des caries simples ou tuberculeuses; 6° des nécroses ; 7° des hyper ostoses avec ou sans carie ; 7° des spina-ventosa , caractérisées par une inflammation des tissus médullaires avec dilatation des parties centrales de l’os et amincissement des parois.

» Les produits de la suppuration du système osseux qui forment les abcès, d’abord sessiles, deviennent migrateurs, et gagnent le plus ordinairement la surface tégumentaire ; ils forment collection sous la peau, amincissent, perforent cette membrane, se font jour à l’extérieur, et laissent à leur suite des trajets fistuleux, ^ des décollements, etc.

» Quelquefois ces collections vont aboutir à la surface tégumentaire interne, qu’elles perforent par un travail d’ulcération ; le pus tombe dans l’intestin et vient sortir par l’anus.

» Enfin, dans des cas plus rares, l’abcès par congestion s’ouvre dans la vessie, et le pus est rejeté par l’urèthre avec les produits de la sécrétion urinaire.

>» C’est pendant cette période que se montrent les symptômes dits généraux. Les traits du visage s’altèrent ; le visage lui-même prend une teinte pâle bien prononcée; les forces se perdent graduellement; on voit se manifester les signes irrécusables d’une altération du sang, des infiltrations séreuses dans les membres, et parfois même de l’albuminurie. Les fonctions digestives sont le plus ordinairement altérées: la diarrhée se déclare, par intervalles d’abord, puis d’une manière permanente. L’amaigrissement fait des progrès. Le pouls est quelquefois accéléré; mais

SCROFULE

SYMPTÔMES

t;» général on n’observe pas les phénomènes do la lièvre hectique. l.a sueur, en particulier, fait presque toujours défaut.

» Par le fait des accidents survenus pendant cette période, la maladie peut se terminer d’une manière funeste. Le plus ordinairement la mort a lieu par l’épuisement graduel des forces et de la sensibilité; mais dans quelques cas elle survient par suite d’une affection intercurrente, une pleurésie, par exemple. Ailleurs, elle est la conséquence d’une rupture vasculaire. Enfin j ai vu, dans plusieurs cas, un caillot arrêté dans une artère ou dans une veine amener un obstacle à la circulation : d’où un sphacèle mortel des parties situées au-dessous.

» Quatrième période ( scrofule quaternaire ou viscérale). — Dans les trois périodes précédentes, les déterminations de la scrofule avaient lieu sur l’appareil tégumentaire interne ou externe, sur l’appareil ganglionnaire lymphatique, sur les tissus cellulaires, ligamenteux ou osseux ; dans la quatrième période, ce sont les viscères qui vont se trouver pris.

» Tantôt les affections dont nous allons parler se montrent dans leur ordre régulier de succession, c’est-à-dire qu’elles apparaissent à la suite de celles qui ont caractérisé les périodes précédentes; d’autres lois, il faut bien le savoir, elles débutent d’emblée; mais, dans ce dernier cas, le danger est très-grand; il est bien rare que la thérapeutique puisse en triompher. La scrofule viscérale consécutive offre plus de chances favorables.

» Quelles sont donc les affections qui constituent la scrofule quaternaire ou viscérale ? Ce sont :

» 1° La phthisie bronchique on pulmonaire , ayant pour lésion anatomique le tubercule.

» 2° La phthisie abdominale , comprenant le carreau et la péritonite tuberculeuse; différentes tumeurs du foie ou du pancréas; tumeurs de nature diverse : fibro-plas tiques, cancéreuses, dégénérescences graisseuses, etc. ; les altérations du rein qui donnent lieu à l’albuminurie (maladie de Bright); diverses tumeurs de l’ovaire, certaines indurations de l’utérus, etc.

» 3° La -phthisie cérébrale. Ici se rangent la méningite tuberculeuse ou granuleuse; les tubercules dans le cerveau ou le cervelet. Les convulsions qui se montrent alors sont ordinairement la conséquence de la tuberculisation dans l'appareil nerveux central, tandis que les troubles de la sensibilité et du mouvement, que l’on observe dans la période précédente, sont plutôt dus à une compression du cerveau ou de la moelle, occasionnée surtout par des dépôts ayant pour point de départ une affection du système osseux du crâne ou delà colonne vertébrale (maladie de Pott).

» k° La scrofule mammaiie ou testiculaire. Chez la femme, le sein devient le siège de tumeurs de nature diverse : tuberculeuses, fibro-plastiques, etc. Chez l’homme, même chose pour le testicule.

» 5° La cachexie scrofuleuse n’est point exclusivement propre à la quatrième période ; elle est commune à toutes les autres, mais surtout aux deux dernières. Elle résulte de l’épuisement delà constitution par les suppurations abondantes, les souffrances prolongées, etc. (1). »

(1) Bazin, Cours de sémiotique cutanée , et Leçons sur la scrofule , p. 92 et sulv.

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Tout en reconnaissant que la scrofule peut tenir sous sa dépendance les affeclions nombreuses qui précèdent, et qu’on observe quelquefois l’ordre dévolution que Bazin leur a assigné, Hardy pense qu’il y a de trop nombreuses exceptions pour qu’on puisse admettre cet ordre d’une manière absolue; aussi cet auteur étudie-t-il simplement les affections locales de la scrofule dans les différents tissus où elles peuvent se développer, tels que la peau, les muqueuses, le tissu cellulaire, les ganglions lymphatiques, les os et les viscères, sans assigner un ordre régulier à ces expressions variées de la même maladie (1).

Comme on le voit , la scrofule comprend un très-grand nombre de manifestations diverses : ici c’est une ulcération, là c’est l’hypertrophie d’un tissu, là une affection de la peau, et d’autres fois c’est le tubercule. Mais aucune de ces lésions n’est la scrofule elle-même; aucune n’en est le caractère anatomique. El c’est ici que plusieurs auteurs sont tombés dans l’erreur. Lebert, en particulier, voyant (pie le tubercule n’est pas constant dans la scrofule, en a fait une affection tout à fait isolée , et il ne veut pas qu’aucune lésion tuberculeuse soit scrofuleuse. Bazin combat cette opinion, en faisant remarquer que la cause de ce faux raisonnement provient de ce que l’on confond la maladie et la lésion. Le tubercule est certainement, dans un grand nombre de cas, étranger à la scrofule, mais il peut aussi lui appartenir à titre de lésion ; et dans ce cas, il n’est plus qu’un élément variable et non nécessaire de la maladie : c’est ainsi que la gravelle est quelquefois une maladie indépendante et quelquefois un élément de la goutte.

Il nous semble que c’est réellement ainsi qu’il faut comprendre la scrofule, et tpie ce point de vue est de la plus grande utilité pour le diagnostic et la thérapeutique ; car, si la scrofule se manifeste particulièrement par des lésions qu’on peut retrouver dans d’autres maladies, il ne s’agira, pour le diagnostic et la thérapeutique, que de rechercher si la lésion que l’on a sous les yeux se rattache d’une manière évidente, par sa marche, par ses caractères, par les manifestations antérieures, à la maladie scrofuleuse.

§ IV. — Formes et variétés.

Maintenant il nous resterait à décrire les formes et variétés de la scrofule, mais on comprend que cette étude ne peut être faite que dans une monographie ; nous nous bornerons donc à une simple indication.

Alph. Milcent a distingué : 1° une forme bénigne , 2° une forme maligne ou grave, 3° une forme fixe primitive, lx° des affections symptomatiques de la scrofule.

Bazin réduit toutes les manifestations si variées de la scrofule à sept formes principales :

1° La scrofule régulière et complète, dans laquelle les périodes se succèdent dans l’ordre précédemment indiqué. Cette forme n’est pas la plus fréquente.

2° La scrofule incomplète. C’est la forme vulgaire des auteurs; il y en a plusieurs variétés. Ici des ophthal mies ouvrent la scène; à ces ophthalmies et sans ganglionites intermédiaires, a succédé le lupus; ailleurs ce sont encore des oph-

(1) Hardy, Leçons sur ta scrofule, p. 25.

SCROFULE. — MARCHE, DURÉE, TERMINAISON

thalmies qui sc sont manifestées les premières, mais le phénomène principal, c’est l’apparition de tumeurs blanches, d’ostéites; dans d’autres cas, la première et la seconde période font défaut, et la troisième se montre d’emblée, etc.

3° La scrofule bénigne est caractérisée par le plus faible degré des accidents de la première période.

k° La scrofule maligne est le degré le plus élevé et le pins grave des affection qni constituent la scrofule.

5° Dans la scrofule phagédénique, la tendance à l’ulcération, commune à toutes les variétés de la scrofule, est singulièrement exagérée, et elle se manifeste dès le début. Le phagédénisme se joint souvent à la forme suivante ; il ne faut pas le confondre avec la pourriture d’hôpital qui est contagieuse.

6° La scrofule fixe primitive n’est accusée que par une seule affection qui se montre au début et persiste pendant tout le cours de la maladie. Tantôt c’est une ophthalmie, tantôt un lupus, ailleurs une tumeur blanche. C’est ici que se montrent souvent les accidents du phagédénisme.

7° La scrofule larvée emprunte l’appareil symptomatique d’une autre maladie. Ainsi, elle pourra revêtir l’apparence d’une phlegmasie, d’une phthisie, d’une lièvre typhoïde. Il faut considérer la méningite granuleuse comme une forme larvée de la scrofule ; nous devons en dire autant de la péritonite tuberculeuse. La diathèse tuberculeuse générale n’est autre chose qu’une forme larvée de la maladie qui nous occupe.

§ V. —Marche, durée, terminaison de la maladie.

Nous empruntons encore à Bazin quelques considérations sur la marche de la scrofule.

Irrégularités. — « La scrofule, dans son évolution, ne suit pas toujours l’ordre régulier dont nous venons d’esquisser à grands traits le tableau ; certaines périodes peuvent manquer, mais ces irrégularités ne sont pas aussi communes qu’on pourrait le croire. Les accidents propres aux premières périodes ont pu se montrer, mais à un faible degré, et échapper ainsi à l’attention du malade et même du médecin qui lui a donné des soins dans son enfance. Nous l’avons dit , la portée réelle du phénomène qui caractérise la première période est aujourd’hui trop souvent méconnue; nous en avons chaque jour la preuve. Enfin, certains malades, mus par un sentiment de crainte ou de fausse honte, que vous rencontrerez souvent dans la pratique pour diverses affections, mais surtout pour celles qui accusent un vice congénital ou acquis , telles que les dartres, la scrofule ou la syphilis, certains malades, dis-je, vous déguiseront la vérité. Il leur semble qu’en trompant le médecin et en cachant leurs antécédents, ils atténueront la gravité de leur mal. Il faut être en garde contre cette source d’erreur, et presser le malade de questions, soit pour rappeler ses souvenirs, s’il est de bonne foi, soit pour le forcer à dire la vérité, s’il cherche à la dissimuler.

» Dans certains cas, la scrofule est à l’état latent, et c’est une cause extérieure ou bien une affection morbide qui vient l’éveiller, en déterminer le siège et lui donner ainsi, dès le début, les caractères d’une période plus avancée. Ainsi, un coup, une chute, peuvent, chez un sujet fortement prédisposé, amener une tumeur

MALADIES CONSTITUTIONNELLES

blanche de l’articulation lésée, des abcès froids suivis de fistules ou de caries dans les parties confuses.

» Comme on le voit, dans ces cas la scrofule tertiaire se montrera d’emblée. Ailleurs, c’est une pleurésie qui déterminera une éruption de tubercules dans le poumon, c’est-à-dire la scrofule du quatrième degré.

» Dans certains cas, la maladie suspend brusquement sa marche, soit dans le cours de l’une de ses périodes, soit dans un intervalle, soit à une époque de transition, et donne ainsi au patient un sursis de plusieurs années, pendant lesquelles la guérison semble complète. D’autres fois, l’ordre des périodes est interverti. La maladie débute par des engorgements ganglionnaires qui s’ulcèrent ; puis viennent de nouvelles poussées, etc. Ailleurs encore la scrofule secondaire fait défaut, et la première et la troisième s’enchaînent sans intermédiaire ; ou bien enfin ces deux périodes se confondent, et marchent parallèlement.

» On observe également de grandes irrégularités dans la durée de ces différentes phases d’évolution.

» Relativement à l'époque de l’invasion, la maladie débute à tous les Ages , mais plus particulièrement dans les premières périodes de la vie ; ce n’est que très-rarement qu’on la voit survenir dans la vieillesse. Je ne puis partager les idées de Dumoulin, qui regarde le lichen, le pemphigus et le prurigo des vieillards comme de nature scrofuleuse ; je ne puis voir là que de véritables dartres (1). »

Marche chronique. — La marche de la scrofule est ordinairement chronique, et la maladie dure des années. Mais le mal n’est pas toujours en éveil : on voit par intervalles la santé se rétablir, puis les accidents reparaissent ; quelquefois alors c’est le même organe qui est repris, et c’est le même genre de lésion qui se reproduit ; d’autres fois le contraire a lieu.

« La puberté, le mariage, l’âge critique chez les femmes, ont quelquefois une grande influence pour activer ou ralentir les progrès de la maladie. La scrofule muqueuse ou catarrhale est plus intense pendant l’hiver, et la scrofule cutanée se réveille habituellement au printemps. Enfin, ajoute Bazin, les climats chauds ont une action incontestable, mais plus particulièrement sur les sujets qui ont habité antérieurement des régions moins favorisées. Le régime, les agents thérapeutiques modifient également la marche de la scrofule. »

Marche aiguë. — On voit quelquefois, par exception, la scrofule suivre une marche aiguë. « Sur un enfant de deux ans, Luton (de Reims) a observé, en quelques jours, une tuberculisation pulmonaire, une dégénérescence des ganglions bronchiques et mésentériques, un eczéma, un érysipèle, une conjonctivite, un coryza, une bronchite à llux mueoso-purulent. Tous ces symptômes se sont rapidement terminés par la mort (2). »

U est diverses circonstances qui précipitent ainsi le cours de la maladie : les inflammations plus ou moins répétées, une maladie fébrile comme la rougeole, la scarlatine, etc., peuvent hâter l’évolution des diverses lésions locales.

Durée. — Elle est généralement très-longue, et pour s’en convaincre, il suffit,

(1) Bazin, Leçons, etc., p. 103 et suiv.

(2) Luton (de Reims), Bulletins de la Société anatomique, 1854, p. 45. — Cavasse, Annuaire des sciences vied .,1857.

SCROFULE. — DIAGNOSTIC. o\i\

en parcourant une salle de scrofuleux, de jeter les yeux sur les pancartes, et l’on verra que la plupart des malades sont admis depuis cinq, six, huit mois, et même depuis plusieurs années.

Terminaison. — « Une guérison radicale, définitive, peut être obtenue, cela est incontestable. On a parlé de crises, d’éruption furonculeuse, de la formation d’abcès à la suite desquels on voyait les accidents marcher rapidement vers la guérison. Je n’ai jamais rien vu de semblable. La mort est assez commune : elle arrive le plus souvent d’une manière graduelle, par le fait des progrès de la cachexie. Quelquefois elle succède à un accident, et arrive alors prématurément. Ici c’est une hémorrhagie rapidement mortelle, là c’est un caillot qui ferme le calibre d’une artère et amène le sphacèle des parties situées au-dessous ; ailleurs, c’est l’action mécanique d’une tumeur scrofuleuse sur un organe très-important situé dans le voisinage. Une masse tuberculeuse placée sur le trajet des grosses bronches va comprimer les canaux aériens et donner lieu à une asphyxie progressive. D’autres fois, une vomique va s’ouvrir dans les bronches, et ici l’asphyxie sera instantanée. Dans d’autres cas enfin, c’est une perforation du péritoine qui amènera une péritonite suraiguë. Je possède des exemples de ces différentes terminaisons (1). »

§ VI. — Lésions anatomiques.

On trouve, après la mort, les lésions qui caractérisent les différentes affections dont on avait constaté l’existence pendant la vie, et dont l’étude ne peut être faite qu’à propos de chacune de ces affections en particulier. Souvent aussi, d’après l’observation de Bazin, on rencontre des lésions organiques qui ne se sont révélées par aucun trouble fonctionnel, des tumeurs fibreuses ou lardacées, des tumeurs graisseuses, l’infiltration graisseuse ou tuberculeuse des os.

§ VII. — Diagnostic, pronostic.

Le diagnostic des affections diverses qui traduisent la scrofule et que nous avons énumérées plus haut, ne saurait être exposé ici ; chaque manifestation de la scrofule peut offrir des caractères particuliers qui permettent d’en reconnaître la nature, mais ceux-ci devront être étudiés à propos des maladies de chaque appareil.

Nous devons seulement signaler quelques caractères généraux qui se retrouvent dans presque toutes les affections scrofuleuses et servent ainsi puissamment au diagnostic.

Les ulcérations qui succèdent à un grand nombre des affections scrofuleuses, bien que présentant des caractères variables suivant la lésion à laquelle elles sont liées, offrent généralement un aspect spécial : leur surface est grisâtre, blafarde ; leurs bords sont décollés, amincis ; souvent elles présentent des bourgeons saillants et même de véritables végétations. Le pus, rarement épais et bien lié, est presque toujours sanieux, mêlé de grumeaux. Il résulte des ulcères scrofuleux des cicatrices caractéristiques qui persistent comme trace indélébile des affections antérieures, et qui ont été très-bien décrites par Baudelocque : elles sont le plus souvent formées par plusieurs petites cicatrices superposées, accolées ou enchâssées les unes dans les autres. Elles sont irrégulières, réticulées, présentant l’aspect des

(1) Bazin . Leçons, etc., p. 111.

MALADIES CONSTITUTIONNELLES

colonnes charnues des ventricules du cœur, offrant quelquefois à leur surface ou sur leurs bords des portions saillantes, comme des végétations, ou bien enfoncées et déprimées quand elles sont consécutives à des lésions profondes.

Ces caractères, joints à ceux que l’on peut tirer de la considération des phénomènes antécédents et concomitants, et des signes qui servent à reconnaître la diathèse même en l’absence de toute manifestation scrofuleuse, permettent le plus souvent de reconnaître la scrofule sous les expressions variées et multiples qui la traduisent.]

L'engorgement ganglionnaire , qu’il soit consécutif aux affections nombreuses dont la peau peut être le siège ou bien qu’il soit primitif, est un des éléments importants de la scrofule, et il importe de ne pas le confondre avec le simple engorgement inflammatoire des ganglions : dans cette affection, les ganglions sont ordinairement douloureux dès le début; on trouve aux environs soit une inflammation, soit une maladie de la peau qui a donné lieu à leur gonflement et qui disparaît dès qu’on s’est rendu maître de ces affections; enfin la constitution ne paraît nullement altérée. Divers symptômes de syphilis constitutionnelle pourraient être confondus avec la scrofule; comme celle-ci, en effet, la syphilis donne lieu à des accidents du côté de la peau, des ganglions et des os. Mais il suffit de remarquer que dans la syphilis constitutionnelle ce sont les ganglions situés derrière le bord postérieur du muscle sterno- mastoïdien qui s’engorgent, tandis que dans la scrofule ce sont principalement les ganglions sous-maxillaires. Les premiers d’ailleurs sont petits, isolés, en chapelet, et les seconds se réunissent en masse bosselée. Nous exposerons dans l’article consacré aux syphilides les caractères particuliers de ces affections. Relativement aux lésions des os, les douleurs ostéocopcs nocturnes, qui accompagnent celles qui sont ducs à la syphilis, sont le meilleur caractère distinctif; enfin la connaissance des antécédents vient, dans le plus grand nombre des cas, éclairer le diagnostic.

TABLEAU SYNOPTIQUE DU DIAGNOSTIC

\n Signes distinctifs de la scrofule et de V engorgement chronique des ganglions.

SCROFULE.'

Tumeur ganglionnaire apparaissant souvent sans cause déterminante appréciable.

Indolente au début.

Ne disparaissant pus avec les inflammations voisines.

Constitution altérée dès que la maladie a fait, quelques progrès.

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