‹ Guide du médecin praticien (volume 3)Chapitre 131 sur 369 · LÉSION DES OS DANS LA SYPHILIS · texte numérisé non relu

LÉSION DES OS DANS LA SYPHILIS

Douleurs ostéocopcs nocturnes.

Antécédents : symptômes syphilitiques primitifs.

La maladie syphilitique étant très-fréquente, beaucoup d’individus réellement

scrofuleux auront nécessairement éprouvé antérieurement des symptômes vénériens. Ce n’est que par une étude attentive des faits que les renseignements pourront être appréciés à leur juste valeur.

Le pronostic de la scrofule dépend évidemment presque toujours des progrès qu’a faits la maladie; mais s’il n’existe encore qu’un petit nombre de symptômes locaux, un peu de gonflement des ganglions du cou, ou même si, la suppuration s’étant emparée de ces ganglions, toute la maladie paraît encore concentrée dans cette région, on doit espérer de rendre le malade à la sauté. Il n’est encore que trop de cas où la cause générale ne peut être détruite, et où l’affection marche d’une manière certaine, quoique lente, à une terminaison fatale. Lorsque les os sont altérés, et que les symptômes locaux sont très-multipliés, la maladie est presque toujours au-dessus des ressources de l’art. Alors, non-seulement la cause générale résiste puissamment au traitement le mieux dirigé, mais encore les symptômes locaux viennent, par les désordres qu’ils occasionnent, ajouter à la gravité de la maladie.

§ Vin. — Traitement.

Il est bien peu de médicaments, qui se recommandent par une efficacité réelle. L’affection se montrant primitivement avec des caractères de débilité générale, c’est d’abord aux amers, aux toniques, aux ferrugineux qu’on a eu recours. Le vin, le sirop antiscorbutique, l’extrait, la décoction de quinquina, ont été presque généralement prescrits. Chaque médecin a adopté des formules particulières, et associé entre elles des substances très-variées; nous allons indiquer quelques-unes de ces formules.

Amers, toniques. — Le Pelletier (de la Sarthe) prescrit un vin amer dont la composition est la suivante :

If Vin blanc 1 litre. | Racine de gentiane 30 gram.

Faites-y infuser :

Racine de raifort sauvage.. . . 8 gram. Cannelle 2 gram.

Écorce d’orange A gram. Carbonate de potasse 4 gram.

Renfermez le tout dans une bouteille bien bouchée, et exposez-la pendant trois jours à l’action des rayons solaires ; après ce temps, passez et conservez pour l’usage.

A prendre un quart de verre tous les matins pour les adultes, deux cuillerées seulement pour les enfants ; si l’excitation produite est trop forte, affaiblir la liqueur avec deux tiers d’eau sucrée.

Quelques médecins prescrivent simplement une forte décoction de houblon, et d’autres accumulent, au contraire, un très-grand nombre de substances excitantes et toniques.

Négrier (1) a cité un assez grand nombre de faits qui prouvent l’utilité des feuilles de noyer dans cette maladie. « Les infusions de feuilles de noyer sont

(1) Négrier, Sur le traitement des affect, scroful. par les prépar. de feuilles de noyer Archives yen. de médecine, 3e série, 1831, t. X, p. 399, t. XI, p. 41).

MALADIES CONSTITUTIONNELLES

faites en jetant une forte pincée de ces feuilles coupées dans 250 grammes d’eau bouillante ; on édulcore avec du sucre ou avec le sirop dont je vais indiquer ci-après la préparation. J’ai toujours fait prendre de deux à trois tasses de cette infusion par jour; on peut en donner cinq.

» La décoction de feuilles de noyer, qui agit si avantageusement en lotions et comme topique , dont on imbibe les plumasseaux pour panser les ulcères scrofuleux, doit être plus chargée que l’infusion. J’emploie une petite poignée de feuilles pour 1 kilogramme d’eau, et la coction est prolongée dix à quinze minutes. Elle est également fort utile en bains locaux et même généraux ; son efficacité est surtout remarquable en injections dans les trajets fistuïeux.

» L'extrait est préparé avec les feuilles de noyer par la méthode de déplacement. En employant les feuilles sèches, on a de la sorte le moyen de renouveler cette préparation, autant qu’on en a besoin, pendant toutes les saisons, tandis qu’en se servant des feuilles fraîches, il faut en préparer une trop grande quantité, et l’on s’expose à la voir s’altérer.

» On prépare le sirop de feuilles de noyer avec l’extrait, en en mêlant kO centigrammes à 30 grammes de sirop simple.

» On sait ainsi quelles sont les doses du médicament qu’on administre. On peut aussi préparer le sirop avec les feuilles vertes ; il est alors plus aromatique que celui qui est composé avec l’extrait, mais on ne peut pas apprécier aussi exactement la quantité du médicament que prend journellement le malade.

» Aux jeunes enfants , je donne deux ou trois cuillerées à café de sirop dans les vingt-quatre heures; pour les adultes, je n’ai jamais dépassé 6ù grammes. La dose ordinaire pour ces derniers est de 30 à h0 grammes.

» Les pilules d'extrait de feuilles de noyer sont chacune de 20 centigrammes d’extrait rendu solide par une quantité suffisante de poudre de feuilles de noyer.

» J’en fais prendre deux par jour; je n’ai jamais dépassé le nombre de quatre.

» Enfin, dans quelques cas où il peut être utile de faire faire des frictions sur la région malade, j’emploie la pommade suivante :

If Extrait mou de feuilles de Axonge 40 gram.

noyer 30 gram. Huile essentielle de bergamote 15 centigram.

» Les frictions doivent être faites doucement et pendant un quart d’heure environ, deux fois par jour. » (Négrier.)

Dans un autre mémoire publié plus récemment (1), Négrier donne une série d’observations recueillies tant par lui-même que par plusieurs médecins étrangers, et dans lesquelles il constate l’efficacité de ce traitement.

« Aux préparations déjà connues, j’ai ajouté, dit Négrier, un vin dit de noyer. On le prépare en faisant macérer de 50 à 00 grammes de feuilles fraîches, ou dix à douze noix recouvertes de leur drupe, coupées en fragments, dans un litre de vin de Malaga ou de Luncl; en hiver, on prépare ce vin avec 15 à 20 grammes d’extrait par litre. Il se donne par cuillerées, matin et soir, après les repas. »

Les ferrugineux ont été dès longtemps vantés. Baglivi les a recommandés

(1) Négrier, Arch. gén. de fnéd., avril 1850.

comme très-efficaces; il associait la préparation ferrugineuse avec la rhubarbe. On peut adopter la formule suivante, proposée par H. E. Richter (1) :

Fer pulvérisé 8 gram.

Racine de gentiane en poudre. 2&r,50

Racine de rhubarbe et de cannelle pulvérisée. . .....

Extrait d’absinthe

aa ter, 25 q. s.

Faites des pilules de 1 décigramme, dont on prendra de trois à quatre, deux ou trois fois

par jour.

Les médicaments que nous venons d’indiquer ont paru sans doute, dans un assez grand nombre de cas, avoir un effet avantageux ; mais comme on n’a pas tenu compte des diverses circonstances, des modifications qu’on a fait éprouver dans le régime, de l’évolution de la puberté, etc., il est impossible de se faire une idée satisfaisante de l’efficacité réelle de ces médicaments. Aussi a-t-on toujours cherché d’autres moyens qui agissent directement contre la scrofule, et a-t-on souvent annoncé la découverte de divers spécifiques.

P/'éparations iodurées. • — Aucun médicament n’a eu, dans ces derniers temps, une plus grande vogue que l’iode et ses diverses préparations. C’est principalement à Lugol (2) que l’on doit la propagation de ce médicament, qui avant lui n’avait été employé que dans des cas particuliers. Ce médecin l’administrait en boisson, sous forme de bains, en injection dans les trajets fistuleux ; enfin sous les formes les plus diverses. Voici les différentes solutions qu’il prescrivait habituellement à ses malades ; elles sont désignées par des numéros d’ordre qui annoncent leur degré de force :

% Iode.

Faites dissoudre dans :

Eau distillée. . .

0sr,10

Ces préparations sont employées uniquement dans le traitement externe ; on les administre en lotions , en collyres dans les ophthalmies, en injections dans les trajets fistuleux, etc. Dans le cas où cette solution ne serait pas assez forte, on la remplacerait par la suivante :

Iode 30 gram. | Iodure de potassium 30 gram.

Faites dissoudre dans :

Eau distillée 500 gram.

Enfin on peut la rendre beaucoup plus concentrée; mais alors il faut se borner à l’appliquer avec un pinceau sur les surfaces ulcérées.

Le meme auteur a indiqué les doses graduées propres à servir pour les bains des enfants et des adultes. En voici les formules :

(t) Lehoulant , Lehrbuchder’s Specic/len Pathologie und lherapie , 4° Auflage, von H. E. Richter. Leipzig, 1852.

(2) Lugol, Mémoire sur l’emploi de l’iode dans les scrofules. In-8, Paris, 1829-30-31.

39fi

MALADIES CONSTITUTIONNELLES

Pour les enfants.

'if Iode

Iodure de potassium . .

2»r,50 5 gr.

3 gr.

7 gr.

8Br,50

5 gr 10 gr

Faites dissoudre dans :

Eau distillée

180 gr.

180 gr.

180 gr.

180 gr

Pour les

adultes.

If Iode

Iodure de potassium. .

« gr.

16 gr.

10 gr.

20 gr.

12 gr.

24 gr.

16 gr.

32 gr.

Faites dissoudre dans :

Eau distillée

180 gr.

180 gr.

180 gr.

Pour administrer ces bains, il suffît de verser cette solution dans l’eau de la baignoire.

l'intérieur , Lugol administrait la préparation suivante :

Iode 25 centigram.

Hydriodate de potasse. 50 centigram.

Eau distillée

On prescrira six gouttes de cette liqueur dans un demi-verre d’eau sucrée, deux fois par jour, le matin et une heure avant le dîner.

L’iode a encore été donné sous diverses autres formes, qu’il serait trop long d’énumérer ici.

Avant qu’on eût recours à l’iode même, on employait Y éponge brûlée qui lui emprunte son efficacité, et dont les bons effets, dans quelques cas, ayant engagé à rechercher à quel principe le médicament devait sa vertu, ont fait découvrir ces propriétés thérapeutiques de l’iode. Rust associe l’éponge brûlée à d’autres substances, comme on peut le voir par la formule suivante :

'if Éponge brûlée 16 gram. 1 Oléosaccharum de fenouil Sgram.

Feuilles de digitale de 20 à 40 centigram. |

Mêlez. Pulvérisez; divisez en douze paquets. Dose : de deux à trois par jour.

On a cité un bien grand nombre de faits en faveur des préparations d’iode, Lugol les regardait comme souveraines, et Baudelocque leur a reconnu de grands avantages. On ne peut point douter quelles ne soient utiles, et peu de praticiens se dispenseront de les mettre en usage.

[Dans un travail présenté récemment à l’Académie de médecine (1), Prieur a préconisé l’iode à l’état métalloïde dans le traitement des adénites scrofuleuses cervicales et aussi des adénites inguinales d’origine syphilitique ; il assigne à l’iode métallique une action résolutive très-marquée dans les cas indiqués, en même

(1) Prieur (de Gray), De l’iode à l’état de métalloïde dans le traitement des adénites scrofuleuses cervicales sus et sous-maxillaires, et des adénites inguinales d’origine syphilitique. Rapport de Ricord, Bulletin de l’Académie impériale de médecine , 20 septembre 1864, t. XXIX, p. 1163.

SCROKULE.

TRAITEMENT

i temps que la propriété de produire des eschares épidermiques qui ne laissent le ; plus souvent après elles ni cicatrices ni taches durables.

Le procédé consiste à appliquer sur les engorgements ganglionnaires des lamelles i d’iode enfermées dans l’épaisseur d’une couche de ouate où elles se vaporisent rapidement sous l’influence de la chaleur. La quantité d’iode employée est en moyenne de 1 centigramme par centimètre carré, répartie aussi également que ; possible à la moitié, au tiers ou au quart de l’épaisseur d’une carde de coton, qui i doit être couverte et débordée par une feuille de gélatine dont la circonférence , adhérant aux téguments concentre sur ce point déterminé les vapeurs d’iode. L’appareil est laissé en place de vingt-quatre à quarante-huit heures. Il en résulte i une pblyctène remplie d’une sérosité louche, purulente ou sanguinolente.

L’auteur affirme avoir traité, depuis dix ans, environ cent vingt malades par i cette méthode, et avoir fait disparaître, calcul moyen, plus de trois cents gani glions, tous fortement tuméfiés.

Ricord, rapporteur du mémoire de Prieur, a expérimenté ce procédé dans huit

• cas d’adénite scrofuleuse bien caractérisée, et les résultats qu’il a obtenus sont de i nature à confirmer les conclusions de ce médecin. La durée moyenne du traiteiment a été de six semaines à trois mois, ce qui est une durée relativement courte ipour ce genre d’affections. Ricord ne partage pas l’avis de Prieur au sujet du peu (d’intensité de la douleur causée, suivant lui, par l’application de l’iode métallique. (Cette application a été, en effet, très-douloureuse, et la douleur a duré chez plusieurs malades de dix-huit à vingt heures.

Quant à l’action générale de l’iode consécutive à son absorption, Ricord est porté

• sinon à la nier absolument, du moins à la réduire beaucoup. Chez aucun malade i on n’a observé de phénomènes d’intoxication iodique. ]

Rochard (1) a vanté contre la scrofule Y iodhydrargyrite de chlorure mercureux. Il l’emploie sous forme de frictions, ainsi qu’il suit :

Ifi Iodhydrargyrite de chlorure I Axonge 20 gram.

mercureux 1 gram. |

Mêlez.

Faites, avec gros comme un pois de cette pommade, des frictions légères , soit sur les parties malades, soit aux aisselles, sur les cuisses, sur le dos, la poitrine, etc.

Ce médicament a sur les tissus un effet irritant très-prononcé. Il ne faut l’employer qu’avec ménagement.

Avant de donner notre opinion sur cette médication, il faut nécessairement attendre que de nouveaux faits soient enus nous éclairer.

Préparations mercurielles. — Ces préparations doivent nécessairement attirer l’attention des médecins, non-seulement parce que le mercure est regardé comme un des meilleurs fondants des engorgements chroniques, mais encore parce que plusieurs auteurs ont pensé que, chez les scrofuleux, il existe un vice syphilitique héréditaire, AYarthon, Lalouette, Pischaft et plusieurs autres les ont fortement recommandées. Ce dernier administre à l’intérieur le cinabre factice (sulfure) uni au précipité rouge (oxyde rouge) de mercure , d’après les formules suivantes :

(1) Rochard, Union médicale, janvier 18A7.

398 MALADIES CONSTITUTIONNELLES

1° Vhez- !eè -enfants d’un à deux ans.- •

If Cinabre factice 1er, 60 | Précipité rouge 5 centigram.

Feuilles de ciguë 10 centigram. ! Sucre blanc 15 gram.

Mêlez. Divisez en vingt- quatre paquets égaux. Dose : un le matin et un le soir.

2U Chez les enfants de cinq à six ans.

if Cinabre factice lgr,60 Précipité rouge 5 centigram.

Feuilles de ciguë 25 centigram. Sucre blanc 20 gram.

Mêlez. Divisez en vingt paquets. Dose : un le matin et un le soir.

Chez les sujets plus âgés, la dose de la ciguëdoit être portée à 0gr,50, et celle de cinabre à 2 grammes ; on divise la poudre également en vingt paquets, dont on donne un le matin et un le soir.

Gibert(l) a vivement recommandé le deutoiodure de mercure, qu’il administre comme il suit :

Sirop de deutoiodure de mercure.

2f Bi-iodure de mercure 1 gram.

Iodure de potassium 5 gram.

Dissolvez. Filtrez au papier.

Eau

Ajoutez : Sirop de sucre blanc, marquant 30 degrés à froid. . , . Dose : une cuillerée à soupe par jour ; quelquefois deux.

50 gram.

2400 gram.

Pilules.

% Bi-iodure de mercure . 10 centigram. I Gomme arabique pulvérisée 50 centigram.

Iodure de potassium. 5 gram. | Miel q. s.

Pour vingt pilules : de deux à quatre par jour.

Le protoiodure de mercure en pilules, à la dose de 1 centigramme chez les enfants, et de 3 centigrammes chez les adultes, doses que l’on peut augmenter en agissant avec précaution, est peut-être, de toutes les préparations mercurielles, la plus employée aujourd’hui contre les engorgements scrofuleux et contre le principe scrofuleux lui-même.

A l'extérieur, c’est principalement sous forme de pommade qu’on administre les mercuriaux. L’onguent mercuriel, la pommade de Cyrillo, dont nous donnerons la formule à l’occasion des maladies syphilitiques, la pommade de proto-iodure de mercure, sont ceux qu’on emploie le plus fréquemment. Dans plusieurs cas, nous avons vu des engorgements de nature scrofuleuse céder facilement sous l’influence de la pommade suivante :

’if Onguent napolitain. .. . 30 gram. [ Iode 50 centigram.

Mêlez exactement; pour frictions, deux ou trois fois par jour.

Cette pommade agit-elle tout simplement comme la pommade au protoiodure, ou bien se passe-t-il dans cette préparation quelque chose de particulier, comme

(1) Gibert, Bulletin de thérap., juin 1844.

dans celle des pilules de Blaud, el est-elle plus efficace? C’est ce qu’il ne sera possible de dire qu’après des expériences multipliées.

Préparations d’or. — Les mêmes motifs qui ont engagé les médecins à avoir recours aux mercuriaux leur ont fait mettre en usage les préparations d’or. On sait que c’est principalement Chrestien (de Montpellier) qui a préconisé ces médicaments dans le traitement de la syphilis ; après lui plusieurs modernes, et entre autres Gozzi (!), Niel (2) et Legrand (3), ont signalé les préparations auriques comme les meilleurs remèdes à opposer tant à la maladie syphilitique qu’à la maladie scrofuleuse. Il est très-difficile de se faire une opinion exacte sur leur efficacité réelle. Les médecins que nous venons de citer les regardent non-seulement comme très-efficaces, mais encore comme d’un emploi très-peu dangereux lorsqu’elles sont administrées avec prudence; d’autres, au contraire, leur attribuent un très-grand danger, et mettent en doute leur efficacité contre la maladie. Les observations rapportées par Legrand sont, il est vrai, de nature à faire accorder une certaine valeur aux préparations auriques, mais non à leur faire accorder la préférence sur d’autres médicaments, et sur l’iode en particulier. Chrestien employait principalement les frictions sur les gencives. Gozzi et Legrand pensent qu’il vaut mieux faire avaler le médicament; et comme ce sont eux qui l’ont particulièrement préconisé dans la scrofule, c’est de cette manière qu’on devra l’administrer. La formule suivante peut être prescrite :

If Oxyde d’or. . .... 30 centigram. | Extrait d’écorce de mézéréum. 8 gram.

Mêlez exactement, et faites soixante pilules, dont on donnera de une à deux aux enfants très-jeunes, et de une à cinq aux plus âgés.

On peut faire des pastilles plus agréables pour les enfants, et composées avec le chlorure d’or, d’après la formule suivante :

If Chlorure d’or et de sodium. 25 centigr. I Mucilage de gomme adragant. q. s.

Sucre 32 gram. |

Faites soixante pastilles, à prendre de une à deux par jour.

Ou bien encore des pastilles de chocolat avec le cyanure d’or, dont voici la formule :

^ Cyanure d’or 10 centigram. | Pâte de chocolat 32 gram.

Faites trente pastilles, dont on prendra de une à quatre par jour.

Des pommades sont aussi prescrites pour les frictions sur les engorgements scrofuleux et pour le pansement des ulcères :

Oxyde d’or 75 centigram. | Axonge 30 gram.

Mêlez très-exactement, pour une friction matin et soir.

Les assertions des auteurs sur les dangers des préparations auriques étant entiè-

(1) Gozzi, Sopr. l’un, di aie. remed. aurif. Bolog., 1817.

(2) Niel, Hcch. etobserv. sur les effets des prépar. d’or. Paris, 1821.

(3) Legrand, De l’emploi de l’or dans le traitement des sci'ofules. ln-8, Paris, 1837. — De l’analogie et des différences entre les tubercules et les scrofules, ln-8, Paris, 1849.

MU MALADIES CONSTITUTIONNELLES

rement contradictoires, il est important de n’employer ces médicaments qu’avec une grande prudence.

Chlorure d'argent. — Sicard a communiqué à a Société de médecine de Marseille (1) plusieurs observations tendantes à prouver l’efficacité du chlorure d’argent dans le traitement des scrofules. Cette substance produit presque toujours des selles abondantes; c’est ce qui fait penser à l’auteur qu’elle agit en produisant sur les intestins une dérivation énergique. Voici comment le traitement est dirigé. Sicard prescrit le chlorure d’argent à l’intérieur, d’après la formule suivante :

If Chlorure d’argent. . . 5 centigrarn. | Pâte de chocolat q. s.

Pour douze pastilles. A prendre une chaque matin, une demi-heure au moins avant le repas; puis il élève la dose du chlorure à 5 centigrammes pour dix pastilles.

En même temps il prescrit des frictions sur les tumeurs scrofuleuses avec la pommade suivante :

If Chlorure d’argent. .. . 0,50 gram. | Axonge 30 gram.

Quelle est la valeur réelle de cette médication ? C’est ce qu’une expérimentation plus étendue pourra seule nous apprendre.

Chlorure de baryum. — Ce médicament a été administré par un grand nombre d’auteurs; mais encore ici nous ne trouvons guère que des assertions accompagnées de quelques faits qui ne sont pas de nature à entraîner la conviction. Dans ces derniers temps, Pavan (d’Aix) a spécialement employé cette substance dans des affections scrofuleuses très-avancées, dans celles, par exemple, où il existait des caries, des nécroses et des ophthalmics intenses ; mais il établit dans les différents cas une distinction qui mérite d’être connue. Suivant lui, chez certains scrofuleux, il existe un état d’excitation très-marqué, et l’on ne trouve pas les attributs du tempérament lymphatique : c’est chez ceux-là que le chlorure de baryum a des effets avantageux; chez les autres, il est nuisible. Voici, en attendant, commentée médecin administre le chlorure de baryum :

Chlorure de baryum .. . 5 centigrarn. | Eau distillée ... 100 gram.

A prendre par cuillerées, de deux heures en deux heures. Tous les deux ou trois jours, augmenter la dose de 5 centigrammes, jusqu’à ce que l’on soit parvenu à prendre 35 centigrammes de chlorure de baryum par jour.

Les autres auteurs n’ont point admis la distinction de Payan, et ils administrent le médicament indifféremment à tous les malades. Lauth est un de ceux qui lui ont attribué la plus grande efficacité. Voici comment il le prescrit pour un enfant de deux ans :

If Eau 90 gram. I Teinture stomachique de Whytt. 30 gram.

Muriate de baryte. . . 60 centigrarn. |

A prendre à la dose d'une cuillerée à soupe chaque jour.

Pour un enfant de quatre ans , élevez la dose de I’hydrochlorate de baryte à (1) Voy. Clinique de Marseille , novembre 18AA.

1 gramme 20 centigrammes. Pour un enfant de six ans, à 2 grammes, et pour un adulte, à l\ grammes.

Baudelocque clit avoir employé ce médicament avec succès ; mais c’est un fait qui ne ressort pas évidemment du pins grand nombre des observations. On a prescrit aussi le chlorure de baryum sous forme de grands bains.

Sous-carbonate de potasse et de soude. — C’est encore là un médicament qui a été préconisé par un assez grand nombre de médecins, sans que nous puissions nous prononcer avec plus de certitude sur sa valeur. Parmi les préparations on a indiqué la potion suivante sous le titre d 'antiscrofuleuse :

If Sous -carbonate de soude 4 gram.

Faites dissoudre dans :

Eau de camomille 90 gram.

Ajoutez :

Sirop de gentiane.. . 40 gram. | Teinture de quinquina !\ gram.

A prendre par cuillerées dans la journée.

Moyens divers. — Il est encore nombre de médicaments que nous pourrions citer. Nous passerons sous silence la ciguë, la digitale, le charbon animal, le brome, le calamus aromaticus, la douce-amère, etc., pour arriver à deux substances qui ont joui d’une assez grande réputation, nous voulons parler du chlorure de chaux et de Y huile de foie de morue. Le chlorure de chaux, qui a été principalement prescrit en Allemagne et en Angleterre, est donné à la dose suivante :

V Chlorure de chaux 2 gram. | Eau distillée 90 gram.

Mêlez. Dose : une cuillerée à thé toutes les deux heures.

Quanta Y huile de foie de morue, elle a été très-vantéc dans ces derniers temps. On peut donner l’huile de foie de morue pure dans des capsules gélatineuses, comme on le fait pour le copahu. Ce mode d’administration a l’avantage d’éviter le dégoût extrême qu elle occasionne à la plupart des malades. Boech la prescrit sous forme de mixture. Voici sa formule :

’if Huile de foie de morue . . 1 . . ,

Sirop d’écorce d’orange.. . J aa ™ Sram-

Eau distillée d’anis . .

Essence d’acore vraie

Dose : une cuillerée deux ou trois fois par jour.

30 gram.

3 gouttes.

Lebert rapporte qu’il a obtenu de très-bons effets de l’huile de foie de morue principalement dans Y arthrite scrofuleuse et les autres maladies du système osseux. Il n’a pas observé des effets semblables dans l’ophthalmie scrofuleuse bien que d’autres auteurs, et en particulier Lombard (1), lui aient attribué une grande eflicacité en pareil cas.

Suivant le meme auteur, les bains sulfureux conviennent dans les affections

(1) Lombard, Séances de lu Soc. helvétique des sciences naturelles, août 1845 Vai.leix, 5e édit. . ’

MALADIES CONSTITUTIONNELLES

Zi02

cutanées; lot ’ hydrothérapie , conseillée par Bonnet (de Lyon), a des avantages réels (1). On prescrit aussi les bains de mer.

Il ne faut pas oublier les eaux sulfureuses prises à la source, et principalement les eaux de Baréges, qui ont procuré de nombreuses guérisons.

Le grateron (Galium aparine), déjà conseillé par Girolamo Gaspari et Cyrillo, contre les scrofules, a été vanté par Ferramosca (2).

Nous pourrions citer encore le sirop antiscorbutique , le gaïae, la ciguë, etc. , etc.

On peut dire que ce sont encore les préparations d’iode, les préparations de feuilles de noyer et les eaux sulfureuses prises à la source, qui paraissent avoir la plus grande valeur; ce sont aussi celles dont on doit recommander principalement l’emploi.

La médication qui vient d’être exposée est composée presque entièrement de remèdes administrés comme spécifiques. Il est d’autres moyens cpii, quoique n’agissant que dans le but de fortifier la constitution, ne sont peut-être pas les moins utiles. Ces moyens consistent d’abord dans un régime fortifiant, dans une nourriture abondante, composée principalement de viandes rôties; dans l’usage d’une quantité modérée de bon vin; dans l’ habitation d’un lieu aéré, dans une chambre vaste facilement ventilée; dans un exercice journalier en plein air; en un mot, dans tout ce qui peut contribuer à rendre la constitution robuste. Les bains froids , recommandés par Cullen, Leid, Bordeu, etc., peuvent être utiles, en agissant dans le même sens ; il en est de même des bains d'eau salée, et principalement des bains de mer , qui sont si souvent prescrits en pareil cas. Baudelocque insiste principalement sur ces moyens, qui seuls peuvent modifier suffisamment la constitution, et sans lesquels l’action de tous les remèdes prétendus spécifiques resterait presque toujours inutile.

Traitement de Baudelocque. — 1° Placer les malades dans des conditions atmosphériques convenables, c’est-à-dire dans un lieu bien éclairé, largement aéré, où il n’existe ni humidité ni aucune cause de viciation de l’air. 2° Administrer la solution suivante :

24 90 gram. 1 lodure de potassium A ccnligrum.

25 centigram. j

A prendre dans la journée.

La dose précédente est donnée au début du traitement, puis on augmente la quantité de la solution, en la portant successivement à 120, 150, 180, 250, 300 et 360 grammes. Inutile d’en donner une plus grande quantité. 3° En même temps administrer des pilules de sous-carbonate de fer, à la dose de 30 centigrammes, matin et soir; s’il survient des engorgements, des ulcères, des fistules, etc., faire des frictions et des injections avec les solutions indiquées plus haut (voy. p. 395). h° Trois fois par semaine, un grand bain composé ainsi qu’il suit :

Eau de puits 1 kilogr. j lodure de potassium 20 grand

Versez cette solution dans une baignoire contenant 300 litres d eau. Augmentez ou diminuez la dose, suivant qu’il faudra pour le bain une plus ou moins grande quantité d eau commune.

(Il Bonnet, Traite de thérapeutique des maladies articulaires. Paris, 185o.

(2) Ferramosca, // Filial rc sebezio, 1844.

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