‹ Guide du médecin praticien (volume 3)Chapitre 132 sur 369 · SYPHILIS. — DÉFINITION · texte numérisé non relu

SYPHILIS. — DÉFINITION

Il n’a obtenu aucun succès de l’emploi du sous -carbonate de potasse et de plusieurs autres moyens préconisés par plusieurs médecins. Il fait usage des évacuants dans le but de chasser de l’économie les molécules viciées, qui se trouveront remplacées avantageusement sous l'influence du traitement.

Traitement de Le Pelletier (de la Sart/ie ). — 1° Faire prendre dans la journée plusieurs tasses de l’eau martiale factice préparée d’après la formule suivante :

'il Limaille de fer ou vieux clous. 500 grain. Écorce de Winter à gram.

Écorce d’orange 4 gram. Carbonate de potasse 2 gram.

Faites macérer pendant trois ou quatre jours dans :

Eau de rivière 1 kilogr.

2° Tous les jours, le matin, deux des pilules suivantes :

¥ Rhubarbe en poudre. . ... . ( .. 9 Écorce de cascarille 1 a

Teinture de mars tarlarisc. . .

Faites quinze pilules.

3° Immédiatement après les pilules, prendre un quart de verre du vin amer de gentiane indiqué plus haut (voy. p. 390). Si l’individu est irritable, on administrera seulement, immédiatement après la pilule, une tasse d’infusion de houblon.

Les divers symptômes locaux devront attirer particulièrement l’attention du médecin. Lorsqu’il existe une carie, une nécrose, des ulcères, le traitement est spécialement du domaine de la chirurgie. Dans les cas où il y a dos ophthalmies, un engorgement des ganglions, des tubercules de la peau, les onctions, les frictions avec les diverses pommades indiquées plus haut, sont les principaux moyens que l’on met en usage. Nous renvoyons le lecteur à l’ouvrage de Lebert, où il trouvera tous les détails qu’il peut désirer. Le traitement de la scrofule consiste plus dans l’emploi persévérant des moyens appropriés, et surtout dans les soins hygiéniques, que dans un groupe de moyens qu’on pourrait présenter dans une prescription. Il faut d’ailleurs que le praticien soit toujours prêt à varier ses formules et à graduer ses doses.

ARTICLE VI

SYPHILIS

§ I. — Synonymie.

[Mal napolitain, mal français, mal castillan, mal de Bordeaux, grosse vérole, gore, lues venerea, pian, etc. On trouvera dans l’historique de la syphilis les différents noms qui ont été donnés à cette maladie.

§ IL — Définition.

La syphilis est une maladie virulente inoculable dans l’espèce humaine, qui ne se développe pas spontanément et dont l’origine est inconnue. Elle reconnaît pour caractère initial une ulcération ou chancre qui se montre de douze jours à deux mois après l’inoculation. Cetfc période s’appelle incubation. Le chancre est la première manifestation active de la syphilis; dès lors l’organisme est infecté et

MALADIES CONSTITUTIONNELLES

un U aitemcnt généial poul seul arrêter les suites de la maladie. Des circonstances particulières tenant au climat, a l’hygiène ou à l’idiosyncrasie, peuvent influer sur les manifestations de la syphilis. Au chancre succèdent les accidents constitutionnels, lesquels se montrent à une époque qui peut dépasser plusieurs mois, et .iflectent la peau (roséole, syphilides), la gorge, l’anus et la muqueuse uro-génitale (plaques muqueuses, pustules ou papules); a partir de ce moment se rencontrent pendant une péiiode indéfinie qui peut être aussi longue que la vie, des accidents qui semblent affecter non plus la surface mais la profondeur des tissus, le squelette lui -même, et des affections graves de la peau. La vérole est inoculable à la première et à la seconde période, c’est-à-dire par le pus du chancre, par celui des bubons, par les produits morbides de la période plus avancée (plaques muqueuses), et par le sang même des syphilitiques. Elle peut être transmise par la mère au fœtus contenu dans l’utérus, par les enfants aux nourrices et par les nourrices aux enfants ; le vaccin pris sur des sujets syphilitiques, les instruments de travail contaminés peuvent transmettre la syphilis.

§ III. — Considérations générales.

Les maladies vénériennes occupent une large place dans le cadre nosologique. Elles ont été l’objet de nombreuses et fructueuses études, et il semble que notre époque ail vu redoubler les efforts faits de toute part par les médecins pour éclairer les (joints demeurés obscurs de cette importante question. Si les affections organiques dont le développement pour ainsi dire fatal obéit à des lois qui nous échappent, déconcertent les efforts de la thérapeutique, il n’en est pas de même des affections virulentes dont nous pouvons suivre pas à pas la genèse et le développement.

Parmi les maladies venues du dehors, acquises, il n’en est pas qui aient donné plus que celle-ci satisfaction à l’esprit de recherche et d'analyse, et si la médecine devait cesser d’être une science hypothétique, ce serait à l’étude des maladies virulentes que ce bienfait serait dû principalement. L’importance attribuée aujourd’hui aux maladies vénériennes ne s’explique pas seulement par le progrès que la médecine contemporaine a réalisé dans l’élude et dans le traitement de ces maladies; cette prédilection s’explique mieux encore par la quantité considérable d’affections morbides qui se produisent sous l’influence de ce point de départ et qui en sont des dépendances directes. Lorsque l’état diathésique qui en résulte a été mis en jeu, l’organisme appartient tout entier à la maladie vénérienne pendant une durée souvent fort longue. Une étude attentive des diathèses a permis de reconnaître quelle place importante y devait occuper la syphilis. La dermatologie, sous la féconde impulsion de l’école de l’hôpital Saint-Louis, est devenue une partie considérable de la médecine en général et principalement de la syphilographie. Nonseulement les maladies vénériennes sont mieux étudiées de nos jours, mais elles sont mieux interprétées ; de plus, des faits entièrement nouveaux et d’une importance capitale sont venus, comme une révélation inattendue, s’ajouter aux faits anciens et compléter le tableau de cette maladie complexe. Une sorte de révolution s’est accomplie dans la syphilographie ; le point de vue a changé, la doctrine s’est modifiée, et ce n’est plus une hypothèse c’est la vérité elle-même qui se fait jour et

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s’impose. Ce mouvement irrésistible rend impossible toute conciliation, tout compromis entre le passé et le présent, et nous oblige à donner une description nouvelle des maladies vénériennes.

§ IV. — Historique.

La vérole existe-t-elle de toute antiquité, ou s’est-elle produite pour la première fois à la fin du XVe siècle? Telle est la question que se sont posée la plupart des auteurs qui ont écrit sur cette maladie. Elle ne saurait être résolue encore aujourd’hui malgré les importants travaux entrepris à ce sujet depuis quelques années. Cependant Follin (1) a produit des documents nombreux en faveur de l’ancienneté de la vérole, et a appuyé ces preuves de raisonnements solides. On peut dire qu’il a fait faire un pas de plus à la question. Rollet (de Lyon), un des syphilographes les plus éminents des temps modernes, a traité ce même sujet avec une grande érudition et un esprit critique sévère ; il ne conclut pas pourtant connue Follin (2). Nous donnerons ici un aperçu historique des diverses opinions qui ont régné sur l’origine de la syphilis, et nous exposerons les faits sans parti pris.

S’il ne s’agissait que de traduire en une courte formule l’opinion du plus grand nombre et la tradition, sans recourir aux procédés exacts de la critique scientifique, nous dirions que la vérole a fait sa première apparition en Europe peu de temps après la découverte de l’Amérique. Longtemps on a cru que cette maladie avait été importée d’Amérique par les compagnons de Christophe Colomb. Cette interprétation plutôt populaire que scientifique n’a pu être justifiée. Elle flattait l’instinct des hommes, lesquels concluent volontiers d’une coïncidence h une relation de cause à effet, et qui, entre deux hypothèses choisissent plus volontiers celle qui suppose la maladie venant d’une cause extérieure, étrangère à l’organisme. La vérole importée était plus facilement acceptée que la vérole endémique en Europe de toute antiquité. Quant à la question de l’origine des maladies, elle ne saurait trouver ici sa place; historiquement on doit admettre que toutes les maladies n’ont pas fait leur apparition aux mêmes époques, et que quelques-unes sont de date récente.

Vers la fin du xve siècle apparut, dans le sud de l’Italie, une maladie épidémique et contagieuse qui fit de grands ravages parmi les armées. Ce mal, inconnu alors, acquit les proportions d’une grande calamité, d’une peste, comme on disait alors. C’est entre l’année 1Ù9A et l’année 1A96 que se place cette épidémie. Un auteur moderne, Simon de Hambourg, en précise la date, qui serait le mois de février 1Ù95. C’était le moment où les Français , venus en Italie sous la conduite du roi Charles A III, occupaient le royaume de Naples. De là le nom de mal français que les Napolitains donnèrent à la maladie. De leur côté les Français l’appelèrent mal napolitain. Était-ce la vérole? Cela n’est plus mis en doute aujourd’hui. Fracastor, qui écrivait en 15A6 (3) en vers et en prose sur cette maladie, qu’il nomma syphilis (du nom du berger Syphil, héros du poème de la Syphilis), a décrit ia maladie avec une grande vigueur de pinceau. Quelques passages de ses écrits, cités et com-

(1) Follin, Traité élémentaire de pathologie externe. Paris, 1861.

(2) Rollet, Traité des maladies vénériennes. Paris, 1865.

(3) Fracastor, Syphi! ides, sive de morbo gallico. Vérone, 1530; De morhis confagiosis. Venise, 1546.

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montés par Rollct {loc. cit .), montrent tes caractères essentiels de la syphilis : « Chez quelques-uns, dit-il, le mal commençait sans contagion ; chez d’autres, et c’était le plus grand nombre, il était transmis par contagion. Toute espèce de contagion ne suffisait pas pour lui donner naissance; il fallait pour cela que deux corps se fussent échauffés ensemble, ce qui arrive notamment dans le coït. C’est aussi par le coït que la plupart furent infectés. Cependant bon nombre d’enfants contractaient la maladie en tétant leur mère ou leur nourrice infectée. Le mal ne se transmettait pas à distance. II ne se manifestait pas tout d’abord, mais quelquefois au bout d’un mois, ou même de quatre. Toutefois certains signes annonçaient déjà que le mal existait en germe. »

Fracastor décrit des ulcères aux parties génitales, des pustules de la peau avec croûtes attaquant quelquefois le cuir chevelu, la destruction du nez, la perforation du palais, les tumeurs gommeuses, les douleurs ostéocopes nocturnes, l’alopécie, signe très-remarqué alors.

Astruc a réuni tous les matériaux servant à prouver que la vérole avait paru pour la première fois en Europe en 1495. Il cite un nombre considérable d’auteurs contemporains de cette épidémie et (pii l’ont décrite de visu ; de celle longue liste nous extrayons les noms suivants : Joseph Crundbeck, 1496; AI. Benedictus, de Verone, Coradin Gilini et Nicolas Leoniceno, 1497; Montagnana, 1499; Gaspard Torella, 1500; Ant. Benevinio et Wendelin Ifock, 151)2; J. Catanée, 1505; Pierre Trapolinus, 1506; J. de Yigo, 1514; Pierre Maynard, 1516; Ulrich de Hutlen, 1519 ; Jacques de Bethencourt, 1527 ; Laurent Phrisius, 1532; Pierre et André Matthiole, 1535; A. Ferri, 1537; Jérome Fracastor, 1546; Antoine Musa Brassavole, 1536; Sabellicus, 1506 ; Baptiste Fulgose, 1509 ; Guichardin, 1532 ; etc. C’était une opinion partagée alors par tout le monde, que la vérole était un mal nouveau. Les historiens de ce temps ne mettent pas le fait en doute; parmi ceux-ci Rollet cite Vives, mort en 1540; Bembo {Histoire de Venise), 1551.

Deux opinions sont en présence : ou la vérole existe de toute antiquité et n’a été bien observée qu’à la fin du xve siècle, ou elle est moderne, et sa venue coïnciderait avec le retour des Espagnols venant de l’Amérique nouvellement découverte, et où ils auraient contracté la maladie.

L’origine américaine, soutenue par Astruc (1789), a longtemps été admise comme un fait à peu près certain. Sanchez (1785) (1) a prétendu démontrer que la syphilis existait dans l’ancien monde, de toute antiquité. Cette opinion, soutenue avec un grand talent par Follin {loc. cit.), semble destinée à prévaloir. Rollet admet seulement que les anciens ont connu quelques accidents locaux, tels que le chancre mou. Rosenbaum (2) a réuni un grand nombre de documents conformes à l’idée de l’antiquité de la vérole; Cazenave (3) a adopté cette opinion.

D’après Follin, auquel nous empruntons une partie des démonstrations qui suivent, la vérole a existé dans l’antiquité et a été décrite par les poètes et les historiens. Sans doute les descriptions n’embrassent pas l’ensemble de la maladie, et il faut, pour en retrouver le tableau, rassembler les traits épars dans des écrits différents et à des périodes très-distantes les unes des autres; mais il faut savoir

(1) Sanchez, Obs. sur les mal. vènér. Paris, 1785.

(2) Rosenbaum, Hist. de la mal. vènér. dans l'antiquité, 1857.

(3) Cazenave, Traité des syphilides, -1843.

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interpréter les descriptions incomplètes, les allusions, emprunter aux médecins, aux historiens, aux poètes satiriques, aux documents religieux; alors on est en possession d’un nombre de faits considérable et dont la signification est évidemment favorable à la thèse historique que soutient l’auteur. Un des meilleurs arguments qu’on puisse donner en faveur de cette interprétation a été fourni par Rollet, alors qu’il a montré la vérole décrite sous des noms variés, et méconnue, soit dans les temps modernes, à une époque déjà un peu éloignée, soit même de nos jours, dans des pays qui ne sont pas arrivés au même degré de civilisation que le nôtre. Nous donnerons plus loin l’exposé de ces faits, très-dignes d'intérêt, dont Rollet a doté la science, sans en tirer cependant lui-même cette conclusion.

N’est-il pas permis de penser qu’il en a été de la vérole comme de tant de faits d’histoire naturelle? N’a-t-on pas décrit comme des individus différents et appartenant à des espèces séparées, le même être observé à différentes périodes ou métamorphoses de son existence? Ces erreurs, longtemps accréditées, n’ont été détruites qu’après de longues périodes. De même pour la vérole, peut-être ; quelques observateurs ont connu d’abord les accidents génitaux; d’autres ont vu les dartres, d’autres les accidents graves de la période avancée; survient une épidémie à une époque où la médecine observe mieux, et la vérole est faite. Que les choses aient pu se passer ainsi, cela est admissible. Voyons les faits historiques cités par Fol lin.

Hippocrate (1) parle des ulcérations de la bouche, des fluxions sur les parties génitales, du gonflement des aines, des fies et des fongosités aux parties sexuelles, des grandes éruptions pustuleuses. Dans un livre de la médecine hindoue, V Ayurvédas de Susrutas, traduit par le docteur Hessler (2), sont citées les maladies honteuses, les ulcères, les éruptions in planta et palma, les pustules profondes colorées, les bubons. Parmi les auteurs latins, Celse décrit le phimosis et les ulcères du gland. Il reconnaît deux sortes d’ulcères ( ulcéra para siccuque et ulcéra humida et purulenta). Il signale les ulcères phagédéniques et peut-être les ulcères serpigineux. Arétée (3) décrit les perforations du voile du palais. Galien signale le psoriasis scroti, sorte d’induration avec ulcères, les douleurs dans les os, qu’il appelle ostéocopes, les exostoses du crâne. Oribase parle des ulcères pudendi et uni; Aetius, des divers ulcères des parties génitales. Marcellus Empiricus emploie les expressions suivantes : Ulcéra tibiarum quœ intrinsecus serpunt.

Quelques passages relevés par Follin, dans le livre de Paul d’Égine, semblent aussi se rapporter à la vérole.

Si l’on puise ailleurs qu’aux sources médicales, on trouve dans l’histoire de i’Eglise, dans les prédications, les poèmes satiriques, des renseignements utiles. D’après Klein (à), les annales malabares feraient mention de la syphilis longtemps avant la découverte des Indes orientales, et en indiqueraient le traitement par le mercure. Le culte de Lingam (Priape indien) renferme un mythe, celui de Civa, lequel lut puni de son amour de la volupté par des ulcères qui rongèrent ses

(1) Hippocrate, Œuvres complètes , t. III, livre lit des Appendices. Trad. Littré.

(2) Susrutas, Azurvedase kl est medicinæ systema a venerabili D'hanvantm'e démonstration a Susruta discipido compositum. N une primum ex sanskrita in latinum sermonem vertit Hessler. Erlangen, 1844 et 1850.

(3) Arétée, De cousis et signis acutorum morborum , lib. I, cap. vm.

(4) Klein, De morln Vénérai curatione in India orientati usitata dissertatio. Hafniæ, 1795.

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organes génitaux, d où naquit un mal qui se communiqua dos femmes aux hommes. Natalis Cornes (1) rapporte que les Athéniens furent punis de leur négligence envers Bacchus de la même façon : « Deus indignatus pudenda hominum morbo infestavit qui erat ille gravissimus. » Dans les Priapeia on trouve* un ex-voto contenant la nomenclature d’un grand nombre de maladies des organes génitaux. Les livres saints des Hébreux ne contiennent pas de description se rapportant exactement h la vérole, mais on y rencontre des allusions à des maladies vénériennes ; la blennorrhagie y est positivement décrite.

Les poètes satiriques latins, Martial, Juvénal, Perse, en énumérant les maux qui frappent les débauchés, parlent des ulcères honteux, de la voix rauque, de la perte du nez; Ammien Marcellin décrit l’apparence des débauchés : « Turpi sono fragosis » naribus introrsum reducto spiritu concrepantes. » Le morbus campanus dont parle Horace paraît avoir quelque ressemblance avec la syphilis.

Les preuves tirées des auteurs du moyen fige sont peu nombreuses; cependant Daremberg (2) cite un passage d’un auteur du ixc siècle où se rencontrent beaucoup de traits se rapportant à cette maladie, à propos de diverses lésions de l’anus:

« Ragadas et hiantes glandulas, condolamatas, verrucas, et ibi pustias diverses in ma- >> gnitudine granorum fabæ vel pisi, aliquando ut avellanæ fiunt — curn causa inter .) pessimo loco et indecore sunt positi et non curati præcadunt, non solum anus d tumefit, sed etalia membra quæ prope sunt et veretri immunda vulnera et sordida » vel maligna indc fiunt. » — Il en est de même d'un passage emprunté à Richard l’Anglais au XIIIe siècle et cité par Littré. Guillaume de Salcet, vers la même époque, parle des ulcères de la verge, et des bubons (3). Lanfranc écrit un chapitre « de fico et ulcéré in virgci virili. » Bernard Gordon, Guy de Chauliac parlent des ulcères de la verge et de la vulve. Parmi les prétendues preuves historiques, il faut ne tenir compte que des plus importantes et négliger les arguments tirés de faits vagues et incompréhensibles. C’est dans cette catégorie qu’il faut placer les preuves tirées des lois de Moïse, du livre de Job, d’un passage d’Hérodote sur la maladie des Scythes, etc. — Il n’y a pas lieu non plus de commenter la calvitie et les cicatrices calleuses d’Auguste ni le corona veneris de Tibère.

On a cité pour prouver la transmission de la vérole à travers les âges quelques documents du moyen âge, tels que les ordonnances de Jeanne de Provence (1 367) sur les maisons de prostitution, celles de Londres (Beckctt) antérieures au xvu siècle sur le même sujet. Parmi les maladies épidémiques dont l’histoire a gardé le souvenir depuis douze siècles, il faut citer, au VIe siècle, le lues venerea ; en 9A5, le feu sacré qui avait succédé à l’invasion des Normands, et en 99ù, le mal des ardents; en 1130, une nouvelle épidémie de même nature. Melchior Robert, dans son excellent livre sur les maladies vénériennes (A), cite les ordonnances de 1371, 1388, 1A02 sur les lépreux, l’épidémie de 1A88 ; c'est une question qui a été fort controversée que celle de la lèpre. Quelques auteurs ont voulu voir dans ces ulcères de la face, dans ces lèpres de tout le corps, qui survinrent à la suite des croisades

(1) Cornes, Mythologie. Francfort, 1588.

(2) Daremberg, Annales des maladies de la peau et de la syphilis, t. IV, p. 275.

(3) Guillaume et Salicet, La Cyrurgie. Lyon, 1492.

(4) Robert, Nouveau traite des maladies vénériennes , d’après les documents puisés dans la clinique de M. Ricord et dans les services hospitaliers de Marseille, 1801.

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et nécessitèrent de grandes mesures de salubrité publique (léproseries, maladreries, isolement), la preuve que la vérole avait sévi à cette époque. Cette question est fort controversée. Parmi ces maladies il en est qui n’avaient aucun rapport avec la vérole, telles que l’éléphantiasis.

On peut laisser de côté la question controversée de l’antiquité de la vérole. La préexistence des maladies qui, circonscrites dans des espaces limités, dans des milieux restreints, de toute antiquité, feraient une subite explosion et s’étendraient à un moment donné à une grande masse d’hommes, est un fait qui n’est pas sans précédents dans l’histoire. Nous devons abandonner à l’avenir le soin de dire le dernier mot sur ces questions obscures. Quoi qu’il en soit, le véritable point de départ de l'élude de la vérole date de la fin du xve siècle, et il y a presque unanimité parmi les auteurs contemporains sur la nouveauté de cette maladie. D’où venait-elle? — Oviedo, en 1535, dans un rapport adressé à Cbarles-Qidnt sur le nouveau monde, attribue l’origine de- la vérole au contact des Européens avec les Indiens des Antilles. Le fanatisme de cette époque s’accommoda aisément de cette opinion qui rendait responsables d’un fléau horrible les pauvres peuples prétendus idolâtres que les conquérants traitaient avec tant de cruauté. Des médecins éminents, tels que Fabrice de Hilden, Fallope, Fernel, crurent à l’origine américaine de la vérole. Astruc, plus tard (1736) (1), s’empara de cette thèse et l’appuya d’une érudition solide. Cullen (2), Van Swieten et Haller admirent la réalité de cette origine : Sanchez soutint la thèse contraire et rompit une tradition qui péchait par la base. Robert ( loc . cit.), dans un chapitre sur l'histoire de la syphilis, discute les preuves, et se range à l’avis de Sanchez. D’après Robert, la vérole existait déjà en Italie avant le retour des Espagnols d’Amérique. Fulgosi dit qu’en 1492 on découvrit une nouvelle maladie que les Italiens appelèrent mal français. A ce moment, il y avait à Rome et dans toute l’Italie des maladies épidémiques de nature contagieuse. Les Espagnols qui revinrent les premiers d’Amérique, dit Robert (loc. cit.), n’avaient pas la vérole. Ce sont, plus tard, les compagnons de Colomb et les soldats de Gonzalez de Cordoue (1494) qui en furent atteints; il y en eut parmi ceux-là qui allèrent (1495) combattre l’armée de Charles VIII à Naples. La preuve tirée de ce que, d’après Ferdinand Colomb, lorsque son père retourna, en 1498, à Saint-Domingue, il y trouva les Espagnols en proie au mal français, ne prouve pas l’origine américaine de la maladie, car ceux-ci avaient pu l’apporter d’Europe.

D’après Sanchez, le mal français serait né, en 1493, au centre de l’Italie. Il semble que cette violente épidémie italienne qui se prolongea pendant plusieurs années et se propagea par le retour des troupes étrangères en France, en Espagne et dans toute l’Europe, ait été compliquée de diverses maladies. C’est à cette époque que l’on décrit pour la première fois la morve, qui apparut, d’après Parazzez, au siège de Naples en 1494.

Parmi les hypothèses nées à l’occasion de l’origine de la vérole, il en est une qui attribue le transport de cette maladie aux peuplades chassées d’Espagne au

(1) Astruc, De morbU uenercis. Parisiis, 1736.

(2) Cullen, Éléments de médecine pratique, traduits de l’anglais par Bosquillon. Paris, 1787.. t. Il, p. 615.

MO

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xv° siècle. Cette opinion n’est appuyée sur aucun fait positif et doit être reléguée parmi ces traditions vagues qui encombrent les voies historiques.

Nous dirons en quelques mots comment la syphilis enfin dégagée de l’obscurité qui l’enveloppait au début de l’épidémie complexe du xvu siècle, se montra seule, fut observée méthodiquement, et devint l’objet des études les plus multipliées et les plus considérables. Les plus grands noms de la médecine moderne appartiennent h l’histoire de la syphilis. Cette maladie virulente, si intéressante par ses effets, si nette dans son mode de développement, a exercé la sagacité des plus grands esprits, et la médecine est plus avancée sur ce point que sur tout autre.

Avant de pénétrer dans l’histoire de la syphilis depuis le xve siècle jusqu’à nos jours, il nous semble utile de citer les faits recueillis et commentés par Rollet, de Lyon (1), sur certaines épidémies isolées et confinées de syphilis qui ont été observées à diverses périodes de l’époque moderne. Sous le nom de maladie de Brunn, Thomas Jordan décrivait, en 1578, une épidémie de syphilis qui avait éclaté à la suite de l’application de ventouses scarifiées faites sur plusieurs personnes. On supposa que l’instrument avait transmis la maladie ; plus de trois cents personnes en furent atteintes. En 1800, le docteur Cambieri publiait une histoire de la maladie dite de Scherlievo ou de Fiume; elle avait pour symptômes, des éruptions, des angines spécifiques, des ulcérations du voile du palais, des douleurs ostéocopes, des ulcères serpigineux. Cette maladie qui avait atteint plusieurs milliers de personnes durait depuis très-longtemps. Plus récemment, cette même maladie provoqua une enquête à laquelle prirent part un grand nombre de médecins, entre autres les docteurs Bagneris, Hendler, Massich, Boué, Sigmund (1855), Felice Grauch (1862). On a compté jusqu’à 3 ou 5000 malades. Un hôpital spécial a été fondé à Portore pour éteindre cette endémie. U en est de même de l’épidémie de Facaldo étudiée d’abord par le docteur Beccbinelli, puis par Sigmund; elle durait depuis 1786; et cette maladie, qui était la syphilis méconnue, était appelée du lieu où elle régnait, Facaldina. Le Sibbens (d’Écosse) ou Siwens ou Yaws, décrit par Gilchrist d’abord (1771), puis par Benjamin Bell, doit être également rattaché à la syphilis.

U règne en Norvège une maladie qui a porté le nom de radezyge et dont le docteur Bœck a donné une description en 1860 (2) ; ce mol signifie mal immonde.

Elle débuta en 1710 à la suite du séjour d’un vaisseau russe, à Stavanger (Norvège). Observée en 1758 par Honoratius Bonnevie, elle se propagea rapidement par le coït, par le contact des nourrissons avec les nourrices, et réciproquement : elle donna lieu à des enquêtes ecclésiastiques et administratives. En 1771 une commission composée de médecins de Copenhague, parmi lesquels étaient les docteurs Deegen, Steffens, Tychsen, en reconnut la nature syphilitique. Des hôpitaux spéciaux furent fondés, et de nombreux travaux furent publiés sur cette question. La même maladie a régné épidémiquement en Esthonie et dans le Jutland. Sous le titre de mol kabyle ou syphilis du Djurjura, les docteurs Vincent (1862), Deleau,

(t) Rollet (de Lyon), Recherches sur plusieurs maladies de la peau réputées rares et exotiques, qu’il convient de rattacher à la syphilis ( Arch . de méd 1861, et Traité des mal. vénériennes , 1865).

(2) Bœck, Traité de la radezyge. Christiania et Paris, 1860.

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