‹ Guide du médecin praticien (volume 3)Chapitre 150 sur 369 · PLAQUES MUQUEUSES. • — NATURE DE LA MALADIE LT FORMES · texte numérisé non relu

PLAQUES MUQUEUSES. • — NATURE DE LA MALADIE LT FORMES

§ II. — Nature de la maladie et formes.

On a interprété diversement les lésions syphilitiques; quelques auteurs y ont ui le début de la syphilis, opinion erronée puisqu’il est démontré que toute syphilis débute par un chancre. Ce qui a pu encourager les auteurs qui ont soutenu cette opinion, c’est que, d’une part, la plaque muqueuse, accident secondaire, est trèscontagieuse et transmet facilement la syphilis, et, que, d’autre part, on voit souvent, chez les femmes surtout, le chancre sur les muqueuses se transformer in situ en une plaque muqueuse. De là est née une confusion qui a nui aux progrès de la syphilis expérimentale, mais qui s’est dissipée entièrement, aujourd’hui que l’inoculation des accidents secondaires est devenue un fait-principe.

D’après Legendre et Bazin la plaque muqueuse ne serait pas une lésion des muqueuses seules, mais pourrait affecter la peau et affecterait certaines formes décrites avec le nom de syphilide papuleuse ou pustuleuse. Beaucoup d’auteurs n’ont vu dans les plaques muqueuses que des ulcérations. D’autres ont voulu assimiler les manifestations muqueuses de la syphilis aux éruptions cutanées; l’érythème, la pustule, la papule, en effet, peuvent se rencontrer sur les muqueuses. On ne peut nier qu’il y ait quelque analogie entre les manifestations cutanées et les manifestations muqueuses de la syphilis, soit que sous une même influence diathé— sique tous les tissus aient tendance à engendrer des produits morbides analogues, soit que la constitution anatomique de ces tissus détermine des lésions comparables à cause même de l’analogie de leur structure. Baumès (1) a décrit l’exanthème et les papules, la forme squameuse et les formes ulcéreuses des éruptions syphilitiques des membranes muqueuses. Ricord, Bassereau, admettent un érythème passager des muqueuses, accompagnant l’exanthème syphilitique précoce. Pillon (2) a décrit les exanthèmes syphilitiques de la peau et des membranes muqueuses. Melchior Robert (3) a consacré un chapitre spécial à ces éruptions des muqueuses.

Erythème — L’érythème ou exanthème de la gorge a été observé le plus souvent au début de la syphilis. 11 se manifeste sous l’aspect d’une rougeur uniforme qui occupe le voile du palais, la luette et les amygdales, avec sensation de cuisson et de sécheresse, le plus souvent sans érosion. Quelquefois cet exanthème se produit par points isolés comme la roséole elle-même. Ces taches peuvent ensuite devenir papuleuses et s’ulcérer. Cullerier admet un érythème tardif avec état granuleux. Martellière a décrit (6) au voile du palais des taches qui se desquament et ressemblent au psoriasis. Gubler a observé le coryza syphilitique au début de la syphilis secondaire. Ce coryza produisait une sécrétion très-abondante. On a lieu de penser qu’il existe en pareil cas un erythème de la muqueuse nasale.

Cullerier pense qu’il existe une entérite syphilitique , principalement chez les enfants.

lorme papuleuse. — La plaque muqueuse consiste en une saillie molle, arrondie, qui débute par une rougeur suivie d’un soulèvement de l’épithélium. Les bords de la plaque muqueuse sont élevés, quelquefois ils se détachent nettement,

(1) Baumès, Traité théorique et pratique des maladies vénériennes, 1840.

(2) Pillon, Des exanthèmes syphilitiques. Paris, 1857.

(3) Melchior Robert, Traité des maladies vénériennes. Paris, 1861.

(4) Martellière, De l’angine syphilitique, thèse. Paris, 1854.

MALADIES CONSTITUTIONNELLES

d’autres fois ils se fondent avec les tissus voisins. Leur couleur est variable, tantôt rose et se confondant avec la couleur des muqueuses, tantôt d’un rouge intense, ou violacé, ou bien elles se recouvrent d’une pellicule blanchâtre, d’un enduit pultacé. Elles n’alfectent jamais la couleur cuivrée. Elles sont sècbes ou humides. Leur apparition peut être favorisée par quelques circonstances locales, telles que l’humidité de la région, la présence de produits d’excrétions âcres, le contact habituel des surfaces.

§ III. — Siège.

Les parties le plus fréquemment affectées de plaques muqueuses sont la vulve’ l’anus, le pli génito-crural, les bourses, le pénis, les amygdales, le pharynx, les commissures buccales et les lèvres, l’ombilic. Elles sont plus fréquentes chez les femmes et chez les enfants. Hardy cite le tempérament lymphatique comme prédisposant aux plaques muqueuses. Voici deux statistiques qui indiquent le siège habituel des plaques muqueuses.

Deville et Davasse (1), observant sur 186 femmes, ont trouvé :

Vulve 176

Anus 59

Périnée 00

Fesses et partie interne des cuisses 38

Amygdales 19

Nez 8

Langue 6

Orteils. . , 5

Basscreau a recueilli les chiffres suivants, sur 130 hommes syphilitiques :

Anus 110

Amygdales 100

Scrotum 66

Bouche, lèvres 55

Gland et prépuce 28

Voile du palais 27

Langue 18

Piliers du voile du palais 17

Face interne des joues et des lèvres 11

Espaces interdigitaux 11

On trouve aussi des plaques muqueuses à l’angle interne de l’œil, dans le canal auditif, sur les mamelons, sur le cou de l’utérus. Exceptionnellement on les rencontre en d’autres points, sous la mamelle, dans les plis du cou, au front, au cuir chevelu.

Le nombre des plaques muqueuses n’est pas en général très-considérable, et en cela elles diffèrent des éruptions syphilitiques de la peau. Elles sont généralement

(1) Davasse et Deville, Archives générales de médecine. Paris, 1845. Davasse, La syphilis, ses formes , son unité. Paris, 1865.

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disposées en petit nombre dans la même région. La plaque muqueuse peut être isolée, solitaire. Généralement elles n’existent pas comme manifestation unique de la syphilis, et elles sont accompagnées d’autres produits syphilitiques, notamment des svphilides.

La transformation in situ du chancre en plaque muqueuse est un fait qui a été signalé par Ricord et étudié depuis avec le plus grand soin, en raison de l’importance que ce fait a pris par rapport aux diverses théories sur l’inoculation de la syphilis. Deville et Davasse (1) ont étudié ce phénomène. Nous leur empruntons ce qui suit : « Quand un chancre doit se transformer en plaque muqueuse, ce qui arrive ordinairement du quinzième au cinquantième jour de son existence, il parait d’abord entrer dans la période de réparation ; sa surface, de grisâtre qu’elle était, devient bourgeonneusc et rouge, de la circonférence au centre; de sorte que celui-ci est encore grisâtre et déprimé, tandis que celle-là est déjà rosée. En même temps l’auréole devient plus manifeste et d’une teinte plus sombre, on la voit s’étendre en largeur, se tuméfier légèrement, et former avec la circonférence du chancre un disque lisse régulier, d’une coloration violacée, saillant au-dessus de la peau. Ce phénomène marchant avec la cicatrisation du chancre, il en résulte un disque plus saillant et plus large qui se recouvre d’une pellicule fine à la circonférence, tandis que le centre non cicatrisé reste déprimé, rougeâtre et quelquefois grisâtre, ayant l’aspect véritablement chancreux. Quelquefois on voit, ainsi que l’a signalé Ricord, le bord déchiqueté, le liséré qui existe à la circonférence de la plaque muqueuse dont toute la surface est bourgeonnante et qui indique la trace d’une ulcération précédente de la peau.

Enfin l’élévation et la cicatrisation continuent de marcher de la circonférence au centre; les dernières traces du chancre primitif disparaissent peu à peu, et il en résulte la saillie granuleuse, régulière, recouverte de la pellicule membraniforme, et qui constitue la plaque muqueuse au dernier terme de son développement. Celte transformation est beaucoup plus fréquente chez les femmes que chez l’homme. »

§ IV. — Diagnostic.

Le diagnostic différentiel se tirera des signes que nous avons déjà indiqués et qui sont propres au chancre induré, induration , adénopathie indolente, etc.

§ V. — Marche.

La marche des plaques muqueuses est lente. Elles forment de larges surfaces végétantes qui leur ont mérité le nom d & plaques. Elles sont fissurées, irrégulières, le plus souvent humides et couvertes de pus, végétantes, d’où est née la confusion qui a fait méconnaître les caractères différentiels des végétations franches, lesquelles ne sont pas syphilitiques, et des granulations molles syphilitiques. Lorsqu’elles ne sont pas traitées, les plaques muqueuses persistent pendant plusieurs mois, puis elle» guérissent d’elles-mêmes. Sous l'influence du traitement elles disparaissent promptement. Elles s’affaissent d’abord, se flétrissent, se sèchent, et il reste une tache ou macule violette qui plus tard disparaît. La plaque muqueuse peut s’ulcérer

(!) Deville et Davasse, Archives de médecine, 4 845.

MALADIES CONSTITUTIONNELLES

et quelques auteurs ont décrit à part les pfaques muqueuses et les ulcérations de muqueuses; c’est la môme affection vue sous des aspects différents ou a différentes périodes.

Les macules des membranes muqueuses doivent être rangées parmi les accidents du même ordre, elles apparaissent d’emblée ou consécutivement aux plaques muqueuses. On les rencontre surtout sur les bords de la langue. Ce sont des taches arrondies d’un blanc laiteux. Quelquefois elles occupent la commissure des lèvres et la face interne des joues. On les rencontre surtout chez les fumeurs. Elles son! extrêmement tenaces et quelquefois elles ne disparaissent pas quelque soit le traitement employé.

2(5° RÉTRÉCISSEMENT SYPHILITIQUE DU RECTUM ET DE l’GESOPHAUE.

Nous dirons quelques mots, à l’occasion de la syphilis des membranes muqueuses, d’un accident consécutif aux accidents syphilitiques de l’œsophage et du rectum.

R étrécissement du rectum. — Gosselin a surtout attiré l’attention des médecins sur les rétrécissements syphilitiques du rectum (1), accident qui avait été signalé par Morgagni, Rayer, Lagneau, Baumès; Bœrensprung, en 1855, et Leudet (2) ont publié plusieurs faits de ce genre.

l'anus est le siège de végétations et de tumeurs hypertrophiques des papilles du derme, la muqueuse anale est rouge et mamelonnée, elle est le siège d’une phlegmasie chronique ; quelquefois on y trouve des trajets fistuleux. Le rétrécissement peut être tel que le doigt ne puisse y pénétrer; il est habituellement situé à h ou 5 centimètres au-dessus de l’anus; il est constitué par une transformation fibreuse avec atrophie de la muqueuse et hypertrophie de la couche musculeuse. La suppuration est un phénomène constant: il va difficulté extrême à opérer la défécation et douleur excessive. Le traitement doit être à la fois général et local; il faut opérer le débridcment et placer des mèches pour entretenir la dilatation.

Rétrécissement de l'œsophage. — Eollin (3) a rencontré plusieurs cas de rétrécissement de l’œsophage pouvant se rapporter à la syphilis, fait qui jusque-là avait été à peine indiqué ou même soupçonné par les svphilographes. Follin rapporte deux cas de dysphagie œsophagienne avec syphilis : dans l’un de ces cas, il existait un psoriasis palmaire et le malade a guéri sans traitement local; dans l’autre, les lésions étaient plus profondes, cicatricielles, et la guérison, malgré l’emploi de la sonde, a été incomplète.

27° ADÉNITE SYPHILITIQUE.

Sous ce nom il faut comprendre les engorgements chroniques et généralisés des ganglions lymphatiques, phénomène constant, mais plus ou moins prédominant dans la syphilis constitutionnelle. Sigmund a consacré un chapitre spécial à cet état diathesique. C’est principalement à litre d’élément du diagnostic que cette question

(1) Gosselin, Recherches sur les rétrécissements syphilitiques du rectum ( Archives de méd., 1854, et Nouveau Dictionnaire de méd. et de chirurg. pratiques, art. ANUS. Paris, 1864, t. II.

(2) Leudet, Moniteur des sciences, 1860.

(3) Follin, Arcli. gén. de méd., 1853.

1RITIS SYPHILITIQUE.

doit être étudiée. On voit, ainsi que nous l’avons ditplus haut, les ganglions s’indurer en même temps que se manifestent les accidents de la syphilis secondaire. Bazin ei Cullerier précisent que cet engorgement est consécutif aux éruptions; l’opinion la plus généralement admise est que cette adénite n’est pas consécutive, et qu’elle survient d’emblée. Ce sont principalement les ganglions cervicaux postérieurs qui forment cette pléiade si précieuse pour le diagnostic de la syphilis. L’engorgement des ganglions, soit cervicaux, soit axillaires ou inguinaux, ne tend pas à la suppuration. Il persiste pendant un temps indéfini, et n’est pas sensiblement modifié par le traitement.

28° ALOPÉCI" SYPHILITIQUE.

L’alopécie, ou chute des cheveux et des poils, peut se montrer à différentes périodes de l’évolution syphilitique. Quelquefois ce phénomène se montre dès le début des accidents secondaires, avant la roséole elle-même. Les poils tombent et la plus légère traction suffit pour les enlever. L’alopécie peut n’atteindre que les cheveqx, mais elle se montre quelquefois sur toutes les régions garnies de poils, sourcils, cils, pubis, barbe, poils des membres. Il y a des cas rares d’alopécie générale. Pendant longtemps on a regardé la chute précoce des cheveux comme un indice de syphilis. Les cheveux perdent leur poli et leur souplesse, ils deviennent ternes, secs et cassants. Cette chute des cheveux survient rapidement et se généralise le plus souvent, attaquant à la fois toutes les parties du cuir chevelu, même les régions inférieures et latérales que respecte la calvitie sénile. Quelquefois, après une alopécie rapide et qui atteint presque tous les cheveux, ceux-ci repoussent aussi abondants qu’auparavant, les choses se comportant alors comme à la suite de certaines maladies aiguës, la fièvre typhoïde par exemple. Souvent la calvitie reste définitive.

29° ONYXIS SYPHILITIQUE.

Cet accident est exceptionnel ; il consiste en une altération des ongles qui se montre à la période secondaire de la syphilis, et qui n’est pas sans analogie avec, les lésions syphilitiques de la peau. Langlebert décrit Yonyxis sec et Yonyxis humide. Celle altération se rencontre fréquemment dans les syphilis des enfants nouveau-nés. L’ongle devient jaune et terne, cassant, soit en totalité, soit dans une de ses parties. 11 en résulte une chute totale ou partielle de l'ongle, et l’ongle qui repousse est souvent difforme. Quelquefois il y a inflammation du sillon cutané de 1 ongle et suppuration abondante, dans ce cas, la déformation consécutive est trèsapparente.

30° 1IUTIS SYPHILITIQUE.

L iritis appartient aux périodes secondaire et tertiaire de la syphilis, plus fréquemment a la période secondaire. C’est un accident qu’il est important de reconnaître a temps, d’aborcl comme élément de diagnostic, ensuite au point de vue du tiaitement qui doit être promptement appliqué. L’iritis débute le plus souvent par des douleurs de tête (céphalalgie sus-orbitaire) de la photophobie et du larmoiement. Les douleurs sont plus intenses pendant la nuit. Il y a quelquefois aberrations de la vue, phénomènes subjectifs, mouches, Muettes. Le globe de l’œil est endolori

et éprouve une sensation de compression. Il y a de la rougeur, de la conjonctive, développement vasculaire, injection; le bulbe périkératique ou sclérotidien devient très-apparent; l’iris est modifié dans son apparence, dans sa couleur; la pupille est moins mobile, rétrécie, et cesse d’être arrondie. Ce dernier signe a une grande valeur. La coloration est altérée différemment suivant la couleur normale de l’iris : l’iris à couleur brune devient d’un rouge sombre, l’iris bleue devient de couleur verte. Quant au rétrécissement età la forme de la pupille, rien n’est moins régulier; Beer pensait que l’irilis syphilitique était caractérisée par la forme ovale et verticale de la pupille. Cette déformation résulte du dépôt d’exsudats plastiques qui se font au bord de l’iris et se rétractent plus ou moins. Quelquefois il se forme des adhérences en arrière, à la capsule cristalline, circonstance qui rend plus difficile le retour de l’iris à son état normal et laisse quelquefois une déformation incurable.

JM. Robert conseille, pour déterminer le siège de la lésion de l’iris, de soumettre la pupille aux divers agents qui la font contracter ou dilater. Le côté qui restera immobile sera le côté malade. Le même auteur donne l’explication suivante des variations qui surviennent pendant le cours de l’iritis, dans la forme de la pupille; le point adhérent est invariablement fixé et ne suit plus le mouvement des autres parties. Si la portion mobile se dilate de façon à dépasser en dehors le point adhérent, ce point fera saillie dans le champ pupillaire. Si la contraction amène les parties mobiles au niveau du point adhérent, la forme de la pupille sera régulière ; si enfin cette contraction rapproche les parties mobiles du centre pupillaire, de manière à leur faire dépasser le point adhérent, celte partie, saillante dans le premier cas, se trouvera placée au sommet d’un angle rentrant.

La durée de l’iritis syphilitique est en général assez longue. Le traitement la fait cesser en peu de temps. Le pronostic n’est grave que dans des cas exceptionnels et lorsqu’il se présente quelque complication, telle que les abcès, l’hypopyon. Il peut se faire que l’iris reste déformé, et que la vision soit par cela même gênée.

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