SYPI1IL1DES TARDIVES
lion découvre des taches larges d’un rouge foncé. C’est, à la paume des mains et à la plante des pieds que siègent ces taches qui sont tantôt isolées tantôt confluentes. Les gerçures qui se forment dans les plis de la main sont en ce cas très-douloureuses.
Cette éruption est lente à se développer ; elle dure plusieurs mois. Quelquefois on l’a vue se prolonger pendant plusieurs années. Elle résiste parfois au traitement général et doit être traitée localement. Elle est tout à fait caractéristique et par cela même compromettante au plus haut degré.
23° SYPHIL1DE TUBERCULEUSE.
(jette variété décrite sous le nom de svphilide tuberculo-plastique (Langlebert) appartient à la variété sèche. Elle est moins commune que les espèces précédentes. Elle affecte surtout le visage, le dos, la nuque et les membres supérieurs. Elle est constituée par de petites masses dures arrondies ou ovalaires, pleines, solides, occupant le derme dans toute son épaisseur, disséminées le plus souvent, quelquefois formant des groupes, et disposées en cercles. Ces tumeurs ont un volume variable et ne dépassent pas les dimensions d’un gros pois. Elles se reœuvrent de squames légères, blanches, et tombent, laissant une tache un peu enfoncée, de couleur sombre, qui peut disparaître ou laisser une légère cicatrice. La marche de cette éruption est lente; elle se prolonge pendant .plusieurs mois. La svphilide tuberculeuse en groupes appartient généralement à une période déjà avancée de la syphilis; elle est plus grave (pie les syphilides que nous avons passées déjà en revue ; elle laisse des cicatrices indélébiles.
24° SYPHILIDES TARDIVES.
Ces éruptions se montrent longtemps après l’accident primitif ; elles ne débutent guère avant deux ans écoulés et elles peuvent se montrer au bout de dix ou vingt ans, alors que depuis longtemps on a perdu de vue et oublié l’accident initial. Ces syphilides sont croûteuscs et forment des ulcérations.
La marche de ces syphilides est lente; elles durent quelquefois pendant plusieurs années et se montrent souvent rebelles au traitement.
Elles accompagnent les phénomènes tertiaires, exostoses, nécroses, gommes. Le plus généralement on décrit, à cette période, les éruptions bulleuses : pernphigus et rupia.
Alibert le premier a donné la description du pernphigus syphilitique sous le nom de syphilis pustulante pemphigo'ide. (jette forme a surtout été étudiée dans la syphilis des enfants nouveau-nés. Pour plusieurs syphilographes contemporains le pernphigus n’aurait pas le caractère spécifique de la syphilis, et ne serait qu’une éruption cachectique, (jette éruption se montre sous la forme de bulles qui affectent surtout la paume des mains et la plante des pieds, quelquefois tout le corps ; ces bulles sont larges, rondes, peu tendues; elles contiennent un liquide roussâtre séro-sanguinolent ; la bulle crève et se sèche ou laisse une ulcération peu profonde.
Le rupia n’est pas, comme le pernphigus, une éruption particulière à l’enfant nouveau-né. Le rupia, forme tardive des éruptions syphilitiques, a la forme de bulles Valleix, 5 édit. I 29
rares disposées sur le dos, les épaules et le front. On désignait autrefois ces bulles sous le nom de pushdœ ostracosœ à cause des croûtes épaisses et stratifiées qui se forment à leur surface. \ la bulle succède une ulcération profonde. Hardy n’admet que deux formes de syphilides tardives: 1° la syphilide pustido-crastacèe ; 2“ la sy p h il id e al véreuse.
Syphilide pustulo-crustacée. — Le caractère essentiel de cette éruption est la formation d’une croûte épaisse recouvrant une ulcération. Cette éruption peut avoir, au début, différentes formes, telles qu’une pustule d’ecthyma profond, ou plusieurs petites pustules, ou des bulles larges et remplies d’un liquide sérosanguinolent. Ces bulles ou pustules se rompent promptement et sont remplacées par une croûte recouvrant un ulcère. La croûte persiste longtemps et l’on voit rarement "au contraire le début de l’éruption. C’est à la tète ou aux membres inférieurs qu’on rencontre surtout cette sypbilide pustulo-crastacée caractérisée par des croûtes épaisses verdâtres, sèches, adhérentes. Voici, d’après Ilardy, l’apparence que présentent les diverses variétés de cette syphilide : « Dans la forme ecthymateuse la croûte est bombée au centre et ses bords sont enchâssés dans la peau environnante, qui est épaisse, saillante et cuivrée; dans la forme impétigineuse, les croûtes sont moins saillantes, inégales, granuleuses, fendillées, débordant la surface ulcérée ; dans le rupia, les croûtes sont noirâtres, saillantes, coniques, stratifiées comme des écailles d’huîtres, et entourées d’une auréole cuivrée. Souvent, autour de la croûte, l’épiderme se soulève, il s’v accumule une nouvelle quantité de sérosité sanguinolente qui se dessèche et augmente l’étendue de la croûte à son centre. »
L’épaisseur de ces croûtes est considérable ; la largeur de l’ulcération ne dépasse pas 5 ou G centimètres; les bords en sont taillés à pic, le fond est anfractueux et irrégulier, quelquefois végétant, recouvert d’une fausse membrane ; le liquide qui s’écoule de ces ulcères reforme très-rapidement des croûtes. Lorsque les croûtes se sont desséchées et sont tombées, on voit, 1» la place de l’ulcère, se former une cicatrice arrondie avec perte de substance, tissu cicatriciel enfoncé, dont la couleur d’abord rouge ou cuivreuse devient blanche par la suite.
Lamarche de ces éruptions est lente et irrégulière; elle peut durer plusieurs années. En général elle a lieu par poussées successives.
Le diagnostic a besoin d’être éclairé. On peut hésiter entre une éruption syphilitique et les éruptions cachectiques ( ecthyma cachecticum ). On se souviendra que cette dernière forme affecte principalement les vieillards et qu’elle occupe presque exclusivement les membres inférieurs. Les scrofulides pustuleuses peuvent aussi être confondues avec les syphilides pustuleuses. Ce qui les distingue, outre la constitution scrofuleuse du malade, c’est la différence de coloration des croûtes lesquelles sont blanches dans les scrofulides, le décollement des bords et l’absence de fausses membranes dans les ulcérations scrofuleuses, enfin la différence des cicatrices qui dans cette dernière affection au lieu d’être blanches et déprimées sont au contraire rouges et saillantes.
Le pronostic de la syphilide crustacée offre une certaine gravité en raison de la période avancée de la maladie et de la menace des accidents du côté des os, et aussi à cause de l’état cachectique du sujet.
Syphilide ulcéreuse. — Il n’y a pas de syphilide ulcéreuse d’emblée, l’ulcère
SYPHILIDES TARDIVES. — TRAITEMENT.
succède toujours à une autre lésion, telle que bulle, pustule, etc. Mais c est 1 ulcère qui domine, qui persiste, qui est la lésion essentielle, et I on peut considérer 1 éruption qui y a donné lieu comme le moyen de l’ulcère. Suivant (pie 1 ulcère a tendance h creuser ou à s’étaler, on le distingue en syphilis ulcéreuse serpigineuse, ou en syphilide ulcéreuse perforante.
Syphilide ulcéreuse serpigineuse. — La syphilide ulcéreuse serpigineuse peut . débuter par une syphilide pustulo-crustacée dont les pustules se rapprochent, ou par des tubercules rouges et durs du volume d’un pois ou d’une noisette. La fonte de ces produits morbides forme des ulcérations que recouvre une croûte d’un vert noirâtre.
L’ulcère a des bords taillés à pic et durs ; les phénomènes morbides suivent la marche indiquée plus haut pour la syphilide pustulo-crustacée. O qu’il y a de particulier ici c’est la formation successive de tubercules ou pustules, se succédant et formant une traînée ulcéreuse, les ulcérations se faisant à côté d’une cicatrice.
La cicatrice est d’abord violette, ensuite blanche.
La forme générale de l’éruption peut être ramenée à deux types principaux; elle est centrifuge ou en cordon, ou traînée.
Le siège des ulcères syphilitiques serpigineux est surtout le voisinage des articulations, le dos, les épaules et le visage.
La marche est extrêmement lente et chronique ; les ulcérations laissent des cicatrices gaufrées profondes et nécessairement indélébiles.
Le pronostic emprunte sa gravité à l’état de cachexie dont l’éruption est l’indice.
Syphilide ulcéreuse perforante. — C’est l’éruption la plus fâcheuse, la forme la plus grave de la syphilis cutanée ; elle constitue, en tant que lésion locale, une maladie inquiétante et dont les conséquences au point de vue social (lorsqu’elle siège au visage) peuvent être déplorables. Le début de celte syphilide comme de la \ariété précédente est souvent l’apparition de tumeurs rouges, lisses, dures, tuberculiformes, lesquelles sont indolentes et ne tardent pas à se détruire par suppuration. Une ulcération qui d’abord est peu profonde se recouvre d’une croûte noirâtre.
La tendance ulcéreuse s’étend et occupe toute la masse de ces tubercules, lesquels s’enfoncent profondément, et en dépasse les limites, si bien que les tissus fibreux, cartilagineux, osseux, peuvent être frappés de mort et compris dans l’ulcération. Cette ulcération profonde, irrégulière, anfractueuse, laisse écouler un pus sanieux et fétide. Les croûtes se reproduisent avec une grande rapidité et la cicatrice se fait tardivement. À la suite de ces ulcères profonds et destructeurs, la cicatrice est nécessairement enfoncée, irrégulière et souvent difforme.
§1.— Traitement des syphilides.
Nous avons indiqué, à la fin de cet article, le traitement de la syphilis à ses diverses périodes, et nous avons donné des formules se rapportant aux accidents variés que produit cette affection constitutionnelle à formes multiples. Nous donnons cependant ici quelques indications thérapeutiques spéciales, à cause de l’importance particulière des syphilides.
Les indications sont de deux ordres : générales et locales. Suivant la nature de
MALADIES CONSTITUTIONNELLES
la sypliilidc et en s’aidant des antres éléments du diagnostic, on saura reconnaître si l’éruption appartient à la période primaire, moyenne ou tertiaire, et le traitement différera suivant les cas. Les syphilides précoces qui apparaissent dès le début de la syphilis en même temps que les accidents secondaires , demandent le traitement de la syphilis initiale (préparations mercurielles).
Dans tous les cas, les toniques reconstituants sont indiqués, par exemple, le fer, le quinquina, l’huile de foie de morue. Les syphilides moyennes ou intermédiaires doivent être traitées également par les mercuriaux.
Lorsqu’on est en présence des syphilis tardives, c’est-à-dire d’une manifestation syphilitique de la dernière période {tardive ou tertiaire ), c’est à l’iodure de potassium seid ou associé au mercure qu’il faut avoir recours, soit qu’on associe les deux médicaments dans une même préparation pharmaceutique, soit qu’on les emploie isolément et successivement. Hardy administre en pareil cas une ou deux pilules de Sédillol pour le soir et de 1 à h grammes d’iodure de potassium, 2 grammes le plus souvent. C’est à la période avancée surtout qu’il convient de s’occuper de l’étal général, de l’ensemble de la constitution, des forces, et d’employer les moyens hygiéniques alimentaires ou autres propres à relever le niveau de la constitution du malade.
Le traitement local des syphilis consiste souvent en un pansement simple et en lotions. Cependant dans quelques cas on se servira avec avantage de pommades irritantes, onguent digestif, onguent Canct, ou de la préparation suivante préconisée par Hardy :
% Minium j „ Axonge ou cérat 30 gram.
~ „. . >aa 2 gram. ° D
Cinabre 1 °
Les bains simples ou médicamenteux jouent un grand rôle dans le traitement
de la syphilis cutanée. On emploie alternativement et suivant les cas, les bains simples, alcalins, sulfureux, de sublimé, les fumigations cinabrées.
La médication thermale peut rendre de très-grands*services dans le traitement de la syphilis, surtout lorsqu’il y a des éruptions. C’est généralement aux eaux minérales sulfureuses que l’on donnera la préférence, et parmi celles-ci Baréges occupe le premier rang, viennent ensuite Bagnères-de-Luchon, Uriage, Aix, etc. Sous l’influence du traitement thermal il se produit souvent une poussée vigoureuse sur la peau, en même temps que les fonctions viscérales se font avec plus de vigueur, et que la constitution en général s’améliore.
25° plaques muqueuses {accidents secondaires des muqueuses).
§ I. — Synonymie.
Différents noms ont été donnés à ces manifestations syphilitiques des membranes muqueuses, on les a appelées pustules plates, tubercules muqueux , syphilide papuleuse humide , exanthème des muqueuses , tubercule plat, papule ou pustule muqueuse.