CANCER. — SYMPTÔMES
vivant, qui croît au milieu des tissus et au cœur même de l’organisme dont il fait partie, qui se développe au hasard, sans forme, sans but, déprime, atrophie, ulcère les tissus, se propage aux ganglions les plus voisins, récidive', si on l’enlève, gagne d’autres tissus, se généralise, infecte l’économie tout entière, et entraîne la mort. Il n’v a point de tissu qui y échappe. Les os, les muscles, les viscères, les glandes, les centres nerveux, peuvent être atteints de cancer. La forme, la densité, l’accroissement, les caractères histologiques, varient suivant le lieu, l’organe. Peutêtre l’anatomie fera-t-elle un jour la topographie des cancers ; ce moment n’est pas encore venu.
Les symptômes du cancer appartiennent à plusieurs ordres différents. Les uns sont dus à des lésions purement mécaniques , à des troubles fonctionnels occasionnés par la présence du cancer agissant comme corps étranger : par exemple, une veine est comprimée par une tumeur, et il en résulte au-dessous un arrêt de la circulation en retour, un œdème. C’est ce qui se voit souvent dans les cancers de l’abdomen ou du foie; il y a alors œdème des membres inférieurs, ou ascite. Si la tumeur est développée dans le crâne, elle pourra, par compression, gêner quelque organe des sens; la vue, l’ouïe, le goût, pourront être altérés. Toute tumeur développée, soit dans le crâne, soit dans le rachis, pourra donner lieu à des lésions de la sensibilité et du mouvement, à des paralysies, à de l’hyperesthésie le plus souvent partielle, h des états convulsifs, etc. Si la tumeur cancéreuse siège au pylore et qu’elle obstrue le passage des aliments, il y aura distension de l’estomac, affaiblissement, ou au contraire hypertrophie des parois de ce viscère; il y aura vomissement parce que les aliments ne pourront pas franchir l’obstacle. Si c’est dans l’intestin que siège le cancer, il y aura rétrécissement de l’intestin , arrêt du bol alimentaire ou des matières fécales, distension au-dessus de l’obstacle, tympanite, etc. Si c’est dans l’œsophage, le malade ne pourra plus avaler le bol alimentaire et arrivera à ne plus pouvoir que boire.
Lorsqu’il n’agit pas comme tumeur, le cancer agit comme agent destructeur ; il atrophie, il amène l'ulcération. C’est alors que les tissus érodés laissent échapper le sang, non-seulement des capillaires, mais encore des vaisseaux de moyen et de gros calibre. Aussi l’hémorrhagie est-elle un des meilleurs caractères du cancer. Qui ne sait que la métrorrhagie est le symptôme le plus habituel des cancers du col ou du corps de l’utérus; que l’hématurie est un symptôme du cancer du rein; que l’hématémèsc est un des symptômes du cancer de l’estomac?
Enfin, le cancer peut amener non-seulement l’ulcération des organes, mais la perforation, et c’est ainsi que le cancer de l’estomac, du foie, de l’utérus, des reins, détruit tout devant lui; et s’il ne trouve point un organe voisin qu’il gagne par le contact, il amène une communication de la cavité du péritoine ou de la plèvre avec la cavité du viscère perforé. Quelquefois il en résulte la communication d’un conduit avec un autre, de l’estomac avec le côlon, avec le duodénum, la vésicule biliaire, de deux intestins entre eux, de l’œsophage avec la trachée.
Parmi les symptômes généraux, l’état cachectique, l’anémie, la teinte jaunepaille ont été signalés de tout temps. Il faut s’expliquer a cet égard. La teinte jaune peut être attribuée dans le plus grand nombre des cas h une lésion du foie ; c’est alors un ictère plus ou moins intense; soit que la tumeur ait son siège dans le foie, soit qu elle réside à l’estomac ou dans le voisinage de Ces organes. Lors-
MALADIES CONSTITUTIONNELLES
qu’il n’cxistc qu’une teinte jaune claire, paille, on peut dire qu’elle n’a rien de caractéristique, et qu’elle indique simplement l’état cachectique, quelle qu’en soit la cause; la teinte chloro-anémiquc appartiendra à tous les cancéreux qui, par le fait du cancer, souffriront dans leur nutrition ou perdront du sang.
L’état cachectique, quelquefois, ne résulte ni de troubles digestifs, ni d’hémorrhagies, ni d’un état fébrile marqué, et il est très-vrai que l’on voit des malades atteints d un cancer en un point du corps, dont l’intégrité semble n’importer qui* médiocrement au reste de l’économie, tomber peu à peu dans l’affaiblissement et devenir cachectiques. Le plus souvent, cependant, des troubles fonctionnels graves et dépendant directement du cancer expliquent la cachexie et l’étisic. C’est le cas des cancers viscéraux. Le cancer peut d’ailleurs, par sa destruction, par les phénomènes morbides dont ces sortes de tumeurs deviennent le siège et par la réaction consécutive de l’organisme, donner lieu à de la fièvre, à des phénomènes d’infection purulente ou putride : c’est ainsi que la mort survient dans un grand nombre de cas.
§ IV. — Marche, durée, terminaison de la maladie.
La marche du cancer n’a rien de régulier, et l’on ne peut donner à cet égard que quelques notions très-générales. L’âge a une influence marquée sur la marche et aussi sur le siège du cancer. Chez les jeunes sujets, le cancer marche avec une très-grande rapidité et acquiert des dimensions énormes en peu de temps ; il se montre surtout au foie, dans les os, humérus ou fémur, dans les méninges, dans l’orbite. Il semble que la rapidité de son accroissement soit en rapport avec l’activité de la vie. Chez les vieillards, au contraire, le cancer marche plus lentement, et par cela même sa gravité est moindre. Une tumeur cancéreuse chez un vieillard peut persister presque sans s’accroître pendant plusieurs années, et donner lieu à une lésion qui reste locale pendant un temps très-long. Chez les jeunes sujets, le cancer a un accroissement rapide et indéfini, et détermine la mort en très-peu de temps.
Terminaison. — Lorsque le cancer s’est développé dans les viscères, la mort survient le plus souvent par suite de troubles de nutrition, de fièvre hectique, d’infection putride ou purulente, d’hémorrhagies, de phlegmasie des organes atteints par le cancer, etc. Chez un certain nombre de vieillards morts de maladies aiguës ou chroniques qui ne sont pas sous la dépendance du cancer, on trouve des tumeurs cancéreuses qui sont restées pour ainsi dire à l’état latent, et n’ont donné lieu à aucun phénomène morbide intense. Ces cas sont néanmoins exceptionnels.
§ V. — Causes, traitement.
Causes. — On a invoqué l’hérédité. Cette cause est loin d’être démontrée. On a signalé des causes tenant au milieu et à la manière de vivre, à la mauvaise alimentation, à la misère. Ces causes sont également problématiques. Quant aux causes accidentelles, traumatiques, elles peuvent être invoquées pour expliquer pourquoi le cancer s’est de préférence montré en un organe plutôt qu’en un autre. Ainsi les coups reçus sur la région hépatique, les troubles fonctionnels de l’estomac causés par l’abus des liqueurs fortes, etc., peuvent jusqu’à un certain point passer